‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 117 sur 135 · OPIUM · texte numérisé non relu

OPIUM

Tardieu, disling-uoi' deux formes de rempoisonnemenl ai^ii pai- ropinm : une forme foudroyante et une forme aiguë, qui est la plus frécpuMile.

Dans la foi-me foudi-oyanle, qui est conséeutive h l'ahsorplion de doses massives d'opium, les malades sont atteints d'aceidcnts graves presque immédiatement après l'ingestion du poison. Ils tombent dans le sommeil ou plutôt presque d'emblée dans le coma. Le sommeil est profond. Aucune excilalion physique ou psychique ne parvient à rappeler les malades à la notion du monde extérieur. Les membres sont dans la résolution. La peau est insensible. Les grandes fonctions organiques (respiration et circulation) sont languissantes. La respiration est faible. Le pouls est difficilement perceptible. C'est le tableau du coma complet. Cet état dure peu de temps. Sans convulsions, sans manifestation délirante, la mort survient rapidement, dans l'espace de (juclques heures, parfois d'une demi-heure. D'après Tardieu, dans cette forme de l'empoisonnement, les pupilles seraient dilatées.

Dans la forme aiguë de l'empoisonnement, les accidents, pour être moins rapides, sont encore généralement précoces. Ils apparaissent une demi-heure ou une heure après l'ingestion du poison. Le plus souvent, l'empoisonnement présente deux phases : une phase d'excitation et une phase de dépression (coma opianique). Pendant la phase d'excitation, les malades se plaignent dé maux de tète violents. Ils accusent des battements dans la tête et particulièrement dans les tempes. Le système circulatoire est le siège d'un éréthisme général. Le cœur bat violemment. Le pouls est rapide. La peau est chaude; elle est parfois couverte de plaques érythémateuses ou purpuriques; elle est le siège de démangeaisons intenses.

Du côté du tube digestif, on note la sécheresse de la bouche et de la langue. La gorge est rouge et douloureuse. Les malades ont des nausées et des vomissements. Ces vomissements doivent être examinés avec le plus grand soin, car ils peuvent renfermer la substance qui a causé l'intoxication. Dans le cas particulier d'empoisonnement par le laudanum, les vomissements ont une couleur jaunâtre et une odeur vireuse caractéristiques.

La peau est sèche.

La plupart des sécrétions sont abolies ou diminuées. Il y a anurie ou au moins oligurie. La constipation est absolue.

Il existe des phénomènes d'excitation nerveuse. Les malades ont fréquemment du délire, de l'agitation, et des hallucinations terrifiantes. La sensibilité générale et les sensibilités spéciales sont exaltées au point que le moindre bruit, le plus petit contact sont difficilement supportés et causent des douleurs vives. Phénomène très important et qui ne se retrouve pas avec la même constance dans les autres intoxications : les pupilles sont extrêmement contractées.

A cette période d'excitation succède, au bout de quelques heures, une période de dépression, dans laquelle on retrouvre l'appareil symptomatique de la forme foudroyante. Celte période de dépression est en elTet caractérisée par un coma profond. Les malades sont plongés dans un sommeil d'où nulle excitation ne peut les faire sortir. Ils sont insensibles à tous les appels. La peau ne répond plus par des réflexes aux contacts ni aux piqûres. Les membres, sans être paralysés, retombent lourdement lorsqu'on essaye de les soulever. En même temps, les fonctions organiques s'affaiblissent. La respiration devient très lente. Les inspirations tombent au chiffre de 8 ou K» par minute. Elles sont

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siispirieuses. Le pouls devionl faible; il est somenl irréfi^ulier. Pendant ce temps, les sécrétions restenl nulles. Dans celle période, les j)upilles se dilatent et les sphincters se relâchent.

Cet état comateux dure à peine quelques heures et la mort arrive sans qu'il se soit produit d'autres phénomènes. Quelquefois, ce coma est inlei-ronipu de temps en temps par des mouvements convulsifs.

Parfois le coma opianique est inlerrompu par des rémissions pendant lesquelles le malade recouvre en partie sa connaissance. Il répond alors aux excitations. Mais ces réveils sont de courte durée; bientôt le coma reprend et la mort arrive, retardée de quelques heures.

Dans un certain nombre de cas, la guérison peut survenir à la suite d'un de ces réveils, spontanés ou déterminés par l'emploi d'un traitement approprié.

Le traitement a, en effet, une grande importance. On doit s'efforcer d'évacuer ce qui peut encore rester de poison dans l'estomac. On doit surtout, pendant la période comateuse, stimuler le malade par tous les moyens ordinaires : par la parole, par les excitants de tous genres (pincements^ brûlures, électrisations cutanées, marteau de Mayor). A l'intérieur, on administrera du café très fort soit en infusion, soit en lavements. On se trouvera bien des injections sous-cutanées d'atropine, particulièrement si l'arrêt de la respiration survient. L'atropine a été considérée comme l'antagoniste de la morphine et o milligrammes d'atropine seraient la dose antagoniste de Og'^,06 de morphine.

Les lésions que l'on constate chez les sujets morts empoisonnés par l'opium n'ont rien de significatif. Elles consistent dans une congestion de tous les viscères. L'estomac seul pourrait donner des renseignements importants, si on constatait une teinte jaune spéciale de sa muqueuse, due à l'imbibition de la membrane par le laudanum, dans l'empoisonnement par ce médicament.

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