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EMPOISONNEMENT AIGU PAR LE TABAC ABSORBÉ EN NATURE

Un certain nombre d'observations montrent que l'absorption du tabac en nature peut causer des accidents mortels. Presque toujours on s'est trouvé en présence d'accidents, dont les auteurs étaient des mauvais plaisants qui dissimulaient le tabac dans un produit quelconque ('). Pécholier cite, d'après VEdinburg med. Journal de l8oo, le fait d'un aliéné qui mourut après avoir ingéré 50 à 40 grammes de tabac. Matauschek a observé un cas de mort chez un jeune garçon qui fut empoisonné povu' avoir mangé une pomme de terre dans laquelle on avait déposé du suc de tabac.

Quand les lavements de décoction de tabac étaient employés dans le traitement des coliques et de l'occlusion intestinale, on a vu des empoisonnements suivre l'administration d'une décoction de 50 à 40 grammes de feuilles sèches de tabac.

Le tabac, appliqué directement sur la peau, peut causer des accidents graves. On connaît le fait de Namias, concernant un contrebandier qui éprouva les accidents les plus graves pour avoir appliqué directement sur sa peau des feuilles de tabac, qu'il voulait passer en contrebande. A la suite de la communication de Namias, Gallavardin a rapporté plusieurs faits d'intoxication par le tabac dans les mêmes conditions.

Dans le même ordre de faits, des applications externes de feuilles de tabac sur des surfaces ulcérées, sur des eczémas ou des ulcères rebelles, des cataplasmes de feuilles de tabac sur la peau saine ont également déterminé des accidents toxiques.

Le séjour dans une pièce renfermant de grandes quantités de tabac peut être dangereux. Pécholier rapporte, d'après Depierris, l'histoire de trois Chinois qui s'endormirent dans une chambre où l'on avait déposé 60 kilogrammes d,' tabac. Deux de ces Chinois moururent ; le troisième fut rappelé difficilement à la vie.

La dose toxique du tabac est mal établie. D'après les faits cités précédemment, on peut admettre que 50 à 40 grammes de tabac sont une dose dangereuse, Isi le tabac est administré par la bouche ou par le rectum.

Symptômes de l'empoisonnement aigu par le tabac. — Les accidents consécutifs à l'ingestion d'une dose toxique de tabac apparaissent rapidement, (quelques minutes à un quart d'heure après l'absorption). Ils débutent par une sensation de brûlure dans la gorge et le long de l'œsophage. L'estomac

(') On sait que le poète Santeul mourut empoisonné pour avoir bu du vin d'Espagne dans lequel on avait jeté du tabac à priser.

[H. RICHARDIÈRE.1

devient douloureux spontanément et à la pression. Des vomissements se montrent, abondants et douloureux, suivis de selles répétées. Le système nerveux est profondément troublé; il y a des vertiges incessants, une céphalalgie intense, une anxiété extrême.

Peu après, les malades sont couverts de sueurs froides. Ils tombent rapiment dans la stupeur, d'où ils sortent de temps en temps pour manifester les désordres de l'intelligence par du délire et les troubles du système nerveux moteur par des convulsions cloniques et toniques. A la dernière période, le coma est un phénomène presque constant. La respiration s'embarrasse, le pouls faiblit et la mort arrive par syncope ou par asphyxie.

Lorsque l'intoxication est moins grave, les accidents s'arrêtent à ce qu'on pourrait appeler la période digestive. Les malades ont des nausées, des vomissements et de la diarrhée. On observe des vertiges et la tendance au refroidissement ; l'intelligence reste intacte et les convulsions font défaut. — Dans cette forme d'intoxication, les malades se rétablissent après quelques jours de malaise pénible ; ils gardent pendant un certain temps une céphalalgie pénible et une grande intolérance de l'estomac.

Le traitement de l'empoisonnement par le tabac consiste, en plus des moyens évacuatifs ordinaires, à précipiter la nicotine à l'aide de solutions fortes de tanin, ou, à défaut de tanin, à l'aide de substances renfermant une forte proportion de cette substance, telles que l'infusion concentrée de thé, de café non torréfié ou d'écorce de quinquina. On a encore recommandé l'emploi de la noix vomique, dont on peut donner 1 gramme par la bouche, et que l'on peut encore administrer par la voie hypodermique en solution de nitrate de strychnine à 2 pour 100 à la dose de 1 à 2 milligrammes par jour. Gomme dans tous les empoisonnements, l'emploi des stimulants est indiqué.

A l'autopsie des individus qui ont succombé à un empoisonnement par le tabac, les lésions sont insignifiantes. On a signalé une pâleur remarquable des tissus et la présence de quelques suffusions sanguines. Dans quelques cas, si la mort remonte à peu de temps, on note une odeur spéciale des organes, qui exhalent une odeur tabacique très prononcée. — Dans cet empoisonnement, comme dans tous les empoisonnements par les alcaloïdes, l'anatomie pathologique doit céder le pas à la chimie, qui dans ce cas particulier permet de retrouver des traces de nicotine, même longtemps après la mort (S tas).

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