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GÉNÉRALITÉS SUR LES TRICHOPHYTIES

Les trichophytons appartiennent au genre botrytis, famille des mucédinées.

Ils ont pour caractères communs d'être constitués par un mycélium dont les filaments sont réguliers, composés de cellules à double contour; ces cellules (spores mycéliennes) sont incolores, fortement réfringentes, disposées en chapelet, de forme arrondie ou ovalaire, parfois carrée; leurs dimensions sont variables suivant les espèces, souvent même dans une seule espèce : elles sont toujours de dimensions relativement considérables par rapport aux spores d'autres espèces parasitaires, d'où le nom de tondantes à grosses spores donné

(•) Neebe u. FruTiiM.\NN. Mer Trichophvlonarten, Munatsli. f. pmkt. rJcniinlnl.. ISDl. XIII. p. 477.

(-) Saboiracd, Los trichophylies humaines. Thèse de Paris. 1894. Les trichophyties et la teigne tondante de Gruby. Transarlions of Ihc ô'''' înlernalional Congress of Dcrmalology, Londres, 1896, p. 49r>.

(■') MinELLT, Sur la pluralité des Irichopli} lies, Ainiulcs ilc DcriiialoliKjie, 1895, p. 7."m.

(*) BoniN, Les Iciniies tondantes du cheval el leiu's iiidoulations humaines, Thèse de Paris, 1895-96.

(^) CoLCOTT Fox el F. Bl.vx.vll, An impiirv into the pluralily of fuiii^d causiiiii' rinirworm, British Juurnitl nf Dermalnlogy, '189(), p. '2'tl,"29l, 557, 577.

(^) Malcolm Momris. Ringworm in the liyhl of reeenl researches. Londres, 1897.

[GEORGES THIBIERGE.Ji

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aux teignes londanlos Irichophylicjiics, j)ar opposition à celui de (oudaulo à petites spores donné à la leif^no tondante occasionnée par le niicrosporon. Les filaments luycéliens des triehopjiylons sont raïuifiés.

La recherche et la constaUUion du Irirhophijlon ne présentent pas de difficultés considérables. Les poils malades (voir plus loin, à propos de Tétude de teignes tondantes et à pi'opos de la trichophytie des parties g-labres, les précautions à prendre pour découvrir lespoils parasités) sont placés sur une lame de verre, sur laquelle on dépose une goutte d'une solution dépotasse caustique à 40 pour 100; on recouvre avec une lamelle couvre-objet et on chauffe légèrement sur une flamme de gaz ou d'alcool : la potasse éclaircit les tissus animaux et respecte les spores et le mycélium qui deviennent ainsi plus apparents, de sorte qu'il est inutile de colorer la préparation.

L'examen, fait avec un microscope de puissance moyenne, permet de constater la présence du mycélium et des spores, leur forme et leurs dimensions; il permet en outre de constater, en variant la hauteur de l'objectif, si le parasite est situé à la surface du poil (trichophyton ectothrix) ou à l'intérieur de celuici (trichopliyton endothrix) et, dans ce dernier cas, si les spores restent régulièrement sériées après l'action de la potasse (trichophyton à mycélium résistant) ou si elles se dissocient et s'égrènent (trichophyton à mycélium fragile).

La culture des trichophytons peut être faite sur la plupart des milieux de laboratoire et à toute température ordinaire. Mais, le parasite se nourrissant d'aliments quaternaires (peptones) et ternaires (sucres), il est nécessaire, pour obtenir avec leur maximum de netteté les caractères différentiels des cultures des divers trichophytons, de les étudier sur les milieux les plus favorables à leur développement. Sabouraud a montré que l'agar au moût de bière est le milieu qui donne les meilleurs résultats; les caractères différents des cultures de deux trichophytons ne se présentent avec toute leur netteté et toute leur valeur démonstrative que quand on a soin de les cultiver tous deux sur un même milieu, préparé simultanément pour les deux : c'est seulement après une culture de ce genre qu'on peut être sûr de l'identité ou de la non-identité de deux parasites. En effet, un même parasite cultivé sur deux milieux différents, voire très peu différents, peut donner des cultures d'aspect très peu comparable.

On obtient d'emblée des cultures pures en déposant, au moyen d'une baguette de platine, un fragment de cheveu parasité à la surface de l'agar au moût de bière. Sur des milieux peu sucrés et trop azotés, le parasite se développe mal, reste chétif ou est complètement anéanti par des champignons commensaux, qui se trouvent parfois associés au trichophyton et dont le rôle est encore indéterminé.

Les cultures de trichophytons ont pour caractères généraux de s'étendre excenlriquement et progressivement autour du point inoculé ; mais, en dehors de leur forme arrondie et de leur extension centrifuge, de rapidité d'ailleurs variable, elles n'ont plus de caractères communs : l'aspect de leur surface, qui peut être régulière ou irrégulière, lisse ou duveteuse, en cocarde ou continue, leur coloration, varie d'une espèce à l'autre.

Les cultures de trichophytons sont presque indéfiniment réinoculables à la condition que la réinoculation ne soit pas trop tardive.

Leur inoculation aux animaux ou à l'homme est souvent difficile à obtenir; lorsqu'elle réussit, elle donne des résultats variables suivant les espèces trichophytiques, mais toujours les mêmes pour une espèce trichophytique donnée.

LKS THICHOPHYTIES ET LES TEIGNES TONDANTES. 45

Los triclu)|)hyl()iis, qui onl ])(Mil-("^lr(' une cxislonco snpropliylifjuo (Sal)ouraii(l, l>0(lin), sont en nombre cxlrèniemenL considérable. Sabouraud a pu en étudier plus de vingt espèces.

Les uns sont propres à Thonime; ce sont les Iricliopliylons endothrix, dont les lésions onl pour caractère cliniipie général d<* ne pas s'accompagner de suppuration. Les autres, les trichophytons cctotlirix, peuvent s'observer sur l'homme, chez lequel ils déterminent des lésions j)lus ou moins nettement suppuratives, mais lui sont transmises par des animaux : on connaît plusieurs espèces propres au cheval, dont l'une provoque chez l'homme des lésions particidièrement intenses; d'autres propres au chien, au chat, au b(Euf, aux oiseaux.

La transmission de ces trichophytons d'oi'igine animale peut se Caire directement de l'animal atteint à l'homme, ou de l'homme à l'homme, ou par l'intermédiaire d'objets ayant servi à l'homme ou à l'animal atteints.

La fréquence des espèces trichophytiques est extrêmement variable; certaines sont d'observation courante, d'autres n'ont été vues qu'un petit nombre de fois.

Pour chaque espèce trichophytique, la fréquence relative est aussi très variable suivant les pays et suivant les régions, et même, dans une région donnée, suivant qu'on observe à la ville ou à la campagne.

Envisagées en bloc, les trichophyties sont plus fréquentes chez l'enfant que chez l'adulte ; cette fréquence tient principalement au nombre considérable de trichophyties du cuir chevelu qui s'observent chez l'enfant, tandis que cette localisation est rare chez l'adulte.

Les diverses espèces trichophytiques ont chacune une expression clinique qui leur est propre et qui permet, avec une expérience suffisante, de la reconnaître par l'examen du malade avant d'avoir fait la culture du parasite. Cette proposition est nettement établie pour les espèces trichophytiques les plus fréquemment observées; il en est vraisemblablement de même pour les espèces plus rares. Il serait cependant exagéré de soutenir que chaque espèce trichophytique ne se révèle que par des lésions toujours absolument identiques à elles-mêmes et que le siège des lésions, l'individualité de chaque malade ne peut modifier ces caractères en plus ou en moins : ainsi, même avec les espèces les plus régulièrement et les plus considérablement suppuratives, on peut voir des lésions trichophytiques abortives se révélant, aux différentes localisations du même malade ou en quelques-unes seulement, par des éléments circinés à peine irritatifs.

La description complète de toutes les formes trichophytiques nous entraînerait trop loin et exigerait des développements hors de proportions avec le cadre de cet ouvrage ; nous nous contenterons, à propos de chacune des localisations que peuvent alfecter les trichophyties, d'indiquer les caractères généraux qu'elles y présentent et de donner la description des lésions provoquées par les espèces les plus communes dans chacune de ces localisations.

TEIGNES TOiNDANTES

Nous inscrivons en tête de ce paragraphe, non pas le nom de trichophytie du cuir chevelu, mais celui de teignes tondantes, parce que cette dénomination, tout archaï([ue (pi'elle est, a l'avantage d'être plus compréhensive que celle de trichophytie; elle nous permet de réunir dans ce seul paragraphe toutes les lésions décrites il y a quelques années encore sous le nom de trichophytie du

[GEORGES THIBIEHOE/i

cuir chevelu el parmi lesquelles uue place iuiporlaiilc «loil rlic lailc à la lci<j;;ne à petites spores ou niierospoi-ic du cuir chevelu.

Caractères généraux des teignes tondantes. — Ouoi(|u<' cluupie espèce Irichophvlique, en se <l(''\('i()p|)aiit sui" le euir dievelu. v dc'lei mine des lésions revêtant un type clinique particulier, généralenienl susceplihie d'une reconnaissance précise el d'un diajj^nostic ferme, il es! indispensable d'indi(pier tout d'abord les caractères de la leif^ne tondante en j^énéral ; quelque conventionnel et vague qu'en soit le tableau, il peut cependant èli-e séparé nettement de celui des diverses autres afï'ections du cuir chevelu; il est déjà utih;, avant d'avoir déterminé de quelle leig-ne tondante un enfant est atteint, de savoir qu'il est atteint d'une teigne tondante et qu'il y a lieu de lui faire subir un Irailemenl particulier et d'exiger à son encontre des mesures de prophylaxie.

Cette description n'est d'ailleurs autre que celle qui était donnée^ autrefois de la trichophylie du cuir chevelu avant les recherches de Sabouraud.

Une ou plusieurs plaques de forme arrondie, de dimensions variant de celle d'une lentille à celle d'une pièce de cinq francs et même plus, à progression centrifuge, au niveau desquelles les cheveux sont cassés à ras de la surface cutanée ou à une petite distance de cette surface, caractérisent les teignes tondantes. Les fragments de cheveux qui persistent à la surface des placards, après leur rupture, sont parfois courts et leur ensemble rappelle alors plus ou moins celui d'une barbe mal rasée. Cet aspect est pathognomonique. Lorsque l'on cherche à extraire avec une pince ce qui reste de ces cheveux cassés, on y parvient difficilement : le cheveu se rompt un peu plus bas, sa racine reste fixée dans la peau ; le fragment que l'on saisit avec la pince est toujours court, de coloration grise ou noire, de dimensions transversales souvent supérieures à celles des cheveux sains du voisinage, et souvent s'écrase avec une grande facilité dès qu'on le presse entre les mors de la pince. Ces différents caractères sont dus à la présence du parasite qui altère le tissu du poil, accroît son diamètre et diminue sa résistance.

Les plaques sont souvent recouvertes de squames plus ou moins abondantes, fines, blanchâtres ou grisâtres, peu adhérentes: au début cet état pityriasique est plus prononcé.

Ces plaques s'étendent pendant un certain temps, mais généralement elles cessent bientôt de s'accroître et dès lors restent stationnaires pendant un temps souvent fort long; c'est par mois que s'exprime leur durée, et, avant de pouvoir assurer leur guérison absolue, il faut avoir constaté à plusieurs reprises l'absence de poils cassés à leur niveau, et avoir vérifié au microscope l'intégi'ité de tous les poils qui paraissent être suspects.

Le développement successif des plaques, l'apparition de nouvelles plaques sous l'influence d'auto-inoculations, alors que les premières semblaient guéries ou sur le point de l'être, augmentent encore la durée de la maladie dans son ensemble.

Néanmoins, sa terminaison est la guérison. guérison parfois spontanée chez les sujets qui approchent de l'âge où la trichophytie cesse de se développer. La guérison est toujours complète, sans cicatrices et sans alopécie consécutive, à moins qu'on n'ait eu recours à des applications trop irritantes <pii aient déterminé l'inflammation, la suppuration et la destruction des follicules pilaires.

Les teignes tondantes sont presque exclusivement l'apanage de l'enfance :

LKS THICHOIMIYTIKS KT LKS TKWiNKS TONDANTKS. il

rares jiisqu'à l'Age de 'J ans, elles disparaissent à |)eu prrs coniplrlemenl aprrs TAge de li à 15 ans. Après la pnherLé, on ne voit pins apparaîli'c la teigne londanle, el cela quelle qu'en soit la vaiiélé; mais on peut encore voii- se continuer pendant quel(|ues annexes une forme de teigne tondante à lésions dcHinilives, (jui se rencijnlrent {»lus particulièi-enn'ut chez les filles.

TEIGNE TONDANTE A PETITE!^ SrOIiES

Cette alïeclion, qui constitue la forme la plus fréquente des teignes tondantes à Paris (60 pour 100 d'après Sabouraud), et à Londres (80 à 90 pour 100 d'après C.Fox et M. Morris), est inconnue ou presque inconnue dans certaines villes de France, dans le midi et l'est de l'Europe.

Elle est causée par le microsporon Audouini, parasite étudié pour la première fois par Gruby qui avait improprement donné le nom de pelade aux cas dans lesquels il l'a découvert; Bazin, dans des termes peu clairs, avait reconnu l'erreur de Gruby, et attribué ce parasite à la trichophytie. Sabouraud a bien montré que le microsporon diffère des trichophytons par ses caractères botaniques, et que la teigne qu'il provoque a des caractères cliniques particuliers,

La tondante microsporique est caractérisée par des taches arrondies ou ovales, de 5 à 5 centimètres de large, ordinairement couvertes de squames blanches adhérentes, peu nombreuses et d'aspect poudreux; sur toute son étendue, les poils sont fragiles ou cassés, et cassés non pas au niveau de la peau, mais à 6 ou 7 millimètres au-dessus d'elle; on peut même en trouver de plus longs encore.

Lorsqu'on cherche à arracher les poils qui persistent, on constate tout d'abord qu'ils viennent avec facilité, et, comme ils sont longs et nombreux sur la plaque, il est très habituel d'en arracher simultanément plusieurs formant une sorte de faisceau irrégulier.

Ces poils sont tous complètement entourés, à leur base et sur une longueur de 5 à 5 millimètres, d'une gaine grise très spéciale, d'aspect terne, comme si le cheveu avait été saupoudré de cendre finement pulvérisée.

Cette gaine, d'ailleurs, peut être constatée sur une étendue de !2 à o millimètres à la base des poils avant leur arrachement.

Les plaques de tondante microsporique ne se présentent avec leurs caractères nets qu'avant tout traitement; cependant, même sur une plaque traitée, on reconnaît encore la nature de la maladie à la dimension des plaques, pins considérable que dans les autres tondantes, à leur coloration légèrement grise et surtout à la gaine grise qui entoure les poils arrachés.

L'examen microscopique du poil parasité (et celui-ci est facile à reconnaître à sa gaine, facile à arracher, parce qu'il est long et sensiblement moins fragile que dans la teigne trichophytique) est démonstratif : le parasite ne forme pas des traînées régulières de spores comme dans la trichophytie; il constitue, autour du poil, une enveloppe continue (c'est la gaine constatée macroscopiquement) formée par des spores arrondies, toutes de dimensions égales et petites ('2 à ô jx), nettement limitées, tassées les unes contre les autres et rappelant assez l'aspect des grains du tapioca dans le bouillon. 11 est facile de s'assurer que les spores ne pénètrent pas dans le cheveu.

Lorsqu'on examine, après simple éclaircissement de la préparation par la potasse, un cheveu atteint de teigne microsporique, on ne peut y constater la

présence de mycélinni: pour le distinguer, il \':\\\\ drcorliquer le cheveu, le chauffer lentement el longuement dans la potasse et le colorer avec Téosine ou mieux avec la tliioninc ])li('Mii(pu'*('. 11 ajjparaît alors sous la l'orme de rubans minces el bifurcpiés au milieu des cellules corticales du cheveu.

En culture siu- a^ar au moût de bière, le microsporon Audouini donne un disque blanc formé de ceix'les concentriques alternalivcmenl glabres et duveteux.

Les caractères morphologi(iues (jui dilTérencient le microsporon des trichophytonset le font classer dans un genre distinct sont tirés de la disposition de son mycélium el de son mode de reproduction : ils sont d'ordre trop spécialement botanique pour pouvoir être exposés ici. Il suffit, pour l'étude et le diagnostic cliniques, de connaître les caractères grossiers décrits ci-dessus.

La teigne microsporique s'accompagne beaucoup plus rarement que la teigne trichophytique de lésions des parties glabres de la face, qui sont toujours peu considérables.

Elle constitue la forme la plus grave des teignes tondantes, en raison de sa longue durée, qui est en moyenne de dix-huit mois, mais peut atteindre quatre à six ans, sans qu'aucun traitement en vienne à bout;. elle guérit spontanément aux environs de la puberté.

Elle est encore grave en raison de sa contagiosité extrême et telle que, dans les écoles, elle peut atteindre en quelques mois tous les enfants en âge de la contracter.

TEIGNE TONDANTE A TRICHOPHYTON ENDOTHRIX, A CULTURES CRATÊRIFORMES

Cette forme de trichophytie, qui paraît propre à l'homme, est, à Paris, la plus fréquente des teignes tondantes, après la tondante microsporique. Cette tondante se caractérise par des taches nombreuses, toutes très petites, dont certaines correspondent à 5 ou 6 cheveux seulement et qui, en raison de leurs petites dimensions, risquent bien plus de passer inaperçues que celles de la tondante microsporique. Ces taches , un peu squameuses au centre, à bords légèrement surélevés et rosés au début, sont recouvertes de petites squames épidermiques et de très fines vésicules, qui disparaissent dans la suite.

Sur ces plaques, on voit persister un certain nombre de cheveux sains, ayant conservé toute leur longueur. Jamais l'épilation ne permet d'enlever, comme dans la teigne microsporique, un faisceau de cheveux fragiles et malades. Les poils malades, difficiles à apercevoir au premier abord et plus difficiles à arracher, sont représentés par des points noirs, ayant '2 à 'ô fois le diamètre d'un cheveu normal; lorsqu'on les extirpe, on constate que ces poils sont incurvés dans l'épiderme, en crochet ou en points d'interrogation, et qu'ils sont très friables.

Lorsqu'on porte sous le microscope un de ces fragments de cheveu (et ce sont seulement ces fragments et non les cheveux ayant conservé leur longueur normale qu'il faut examiner si on veut trouver le parasite), on voit des spores réfringentes à double contour, de o [x de large sur 5 à 6 p. de long, disposées en chapelet ou en chaînes; ces chaînes, divisées dichotomiquement, à peine flexueuses, suivent la direction du cheveu ; elles sont situées dans l'intérieur du poil, et si nombreuses, sur certains cheveux, qu'elles les remplissent presque entièrement; le mycélium est résistant lorsqu'on écrase la préparation: les spores se détachent bien, mais en fragments assez longs.

LES TIUCHOIMIYTIKS KT LHS TF:I(;\1:s TONDANTES. 49

L;i culliifC de co li'icliopliN Ion sur ;t!4;ir au iiioùl de hirrc csl jauni', poudicuse, son (•(Milrc csL ond)ili(|ii<' cl repose siu- une saillie r^'i^ulirreinciil arrondie en Tormc de IVa^-nienl de sphère; à la p('ripliéi'ie, on \()il des sillons iVang-és de mOmc eoloralion, é^alenienl poudreux.

La londauLe à lri<di()|)li\ Ion endollirix dure en moyenne dixdiuil mois eoninu' la londanle inlcrospoi-i(pie; on la voiL larenienl persister deu.v el Irois ans, eomnie il arrive pour celle dernière; cepcndanl ell(^ peut durer aussi l'orL lon^leinps. Elle est moins neUement influencée par la pul)erlé que la Londanle microspoi'ique, et on pcuL l'observer encore à vingt et vin<i,t-deux ans, sous la l'orme de petites taches disséminées.

Pendant toute sa durée, tant qu'il persiste un ]^oil malade, il [>euL se l'aire^ des inoculations nouvelles sur le cuir chevelu.

Il est fréquent d'observer dans cette forme des lésions des parties glabres, désignées par E. Besnier sous le nom de trichophytie accessoire des teigneux, caractérisées par de petites taches roses lenticulaires, arrondies, légèrement saillantes, squameuses à leur centre, occupant la lisière du cuir chevelu, ou (jnelque point du visage ou des oreilles.

TEIGNE TONDANTE PELADOÏDE, PRODUITE PAR LE TIUCIIOPHYTON ENDOTHRIX, A CULTURE ACUMINÉE

Cette forme de tondante, désignée par Sabouraud sous le nom de tondante peladoïde, en raison d'une analogie un peu éloignée avec les plaques de pelade, est, à Paris, un peu moins fréquente que la précédente; à elles deux, elles constituent les 2/5 des cas de tondante trichophytique.

Elle est caractérisée par une plaque généralement unique, atteignant très rapidement 5 à 7 centimètres de diamètre, jamais tout à fait ronde, le plus sauvent à contours irréguliers, et poussant des prolongements sur les parties adjacentes. Plus rarement, il existe un grand nombre de plaques de petites dimensions. A la surface, on voit par places quelques cheveux ayant conservé leur longueur normale. Tous les cheveux malades sont cassés au ras delà peau, représentés par des points noirs très nombreux, rappelant les comédons acnéiques; ces points sont inclus dans l'épiderme, incurvés dans l'épaisseur même de la couche cornée.

Il est fréquent de voir des inoculations secondaires sur la peau glabre.

Cette forme de teigne s'observe surtout chez l'enfant, mais peut se rencontrer également chez l'adolescent. Sabouraud l'a même vue chez des sujets de dix-sept et de vingt-deux ans.

Le cheveu malade (et ici encore, comme pour la forme précédente, il est difficile à extraire de la peau) est toujours réduit à l'état de fragment très petit. Au microscope, on constate que le parasite est contenu dans le poil lui-même et formé de spores arrondies, volumineuses, de 5 à 7 p. de largeur, de dimensions un peu inégales, à dovd^les contours, disposées en files irrégulières et moniliformes; ces spores n'adhèrent pas les unes aux autres, de sorte que la pression sur la plaque les dissocie et les fait tlotter une à une dans la préparation (trichophyton à mycélium fragile).

Sur gélose au moût de bière, la culture de ce tricho[)hyton forme un monticule saillant d'un gris foncé avec des incisures radiées au nombre de 5 à 10, qui partagent le monticule en secteurs; le centre du monticule est d'un gris

TRAITÉ DE MÉDECINE, "i" cdil. — III. i

GEORGES THIBIERGE.}

un peu brun; sa Ijaso osL couverte (Tune poudre grisâtre (jui forme autour de lui une aréole ; sa périphérie est rayonnée, et les prolongements des rayons au delà du monticule sont recouverts de la même |>oudre bi-une.

Cette forme de tondante est d'oi'igine humaine. Sa durée est un peu moindre que celle de la forme précédente.

TEIGXES TOXDAXTES D'ORlGiyE AXIMALf, A TJlirjJfJl'IjyTOX LriOllllUX

Les teignes tondantes d'origine animale sont rares et relèvent d'espèces Irichophytiques ditîérentes, (jui ne se prêtent pas à une description d'ensemble. D'autre part, leui- rareté ne justifierait pas une (Hude particulière de chacune d'elles.

D'une façon générale, on peut dire que ces teignes tondantes sont caractérisées, outre des altérations pilaires variables et généralement accompagnées du développement d'une gaine autour des poils, par la présence de lésions suppuratives, telles qu'une folliculite à petits éléments plus ou moins nombreux ou des croûtes d'apparence impétigineuse.

Nous verrons plus loin qu'une folliculite intense caractérise une forme particulière de irichophytie d'origine animale, à laquelle le nom de tondante ne convient plus, à cause même de l'intensité de la réaction inflammatoire.

Les teignes tondantes d'origine animale s'accompagnent de lésions circinées, oixlinairement suppuratives à un degré plus ou moins accusé, des parties glabres.

Le poil, dans ces diverses tondantes, présente des filaments mycéliens situés à sa surface (trichophyton ectothrix).

Les parasites qui les causent ont pu être identifiés dans certains cas aux trichophytons du cheval, du chat, etc.

Elles sont toutes remarquables par la rapidité de leur guérison, qui se fait en deux ou trois mois, et contraste avec la longue durée des trichophyties d'origine humaine.

Diagnostic général des teignes tondantes. — Les teignes tondantes risquent d'être méconnues plus encore que d être confondues avec d'autres affections du cuir chevelu. Tout d'abord certaines d'entre elles ont des caractères peu frappants qui les font bien souvent passer inaperçues. Une autre raison risque de les faire méconnaître, c'est que, si on ne choisit pas avec discernement les poils à examiner, on peut ne pas constater la présence du parasite; il est indispensable en effet, et nous y avons déjà insisté, de savoir où doit se trouver le parasite avant de le rechercher.

La pelade se distingue des teignes tondantes par l'aspect uni et lisse de ses plaques dépourvues de poils et de fragments de poils: cependant, dans certains cas désignés sous le nom de pelade pseudo-tondante, où de nombreux cheveux fragiles se sont rompus près du niveau de la peau, le diagnostic peut devenir embarrassant, si on ne cherche avec attention les autres caractères du poil. Le poil peladique n'est pas augmenté de volume comme le poil trichophyti({ue ; s'il est fragile, il peut être facilement extrait en entier de la peau et ne se laisse; pas écraser par la pince, son extrémité est atrophiée, il n'est jamais entouré d'une gaine comme le poil parasité par le microsporon ; enfin l'examen microscopique ne permet pas de reconnaître la présence de spores soit à sa surface soit dans son épaisseur. Le diagnostic de la pelade peut souvent être présumé

LES TRICHOPHYTIKS ET LES TEIGNES TONDANTES. :,|

en lonniil coiiipLc de 1 àii^c; des malades, car la jx'ladc à (dicNcux IVat^nics se di'veloppe encore à un aiii'e où la londanle ne s'observe plus.

Les cczrmio^ du cuir chevelu se dislini^iieul de la londaule ]>ar leur dilVusion plus considérable el par TabsiMice de zones lonsurées, ciicinées. par l'absence de poils cassés; si, dans l'eczéma, certains chevevix ont une Causse; traîne incomplète, cette g-aine est plus molle et |)lus brillante (|ue dans les teignes tondantes et les cheveux (jui en sont entourés ont conservé tonte leur longueur.

La séborrhée du cuir chevelu donne lieu parfois à des plaques grises, arrondies, légèrement squameuses; mais on ne voit à leur surface aucun cheveu cassé ou entouré d'une gaine grise et terne, les squames qui les recouvrent sont fines (d moins adhérentes que dans les diverses tondantes.

Le psoriasis peut donner lieu à des plaques arrondies, nettement délimitées, mais les squames sont plus épaisses que dans les tondantes, il n'y a pas de (dieveux cassés ; il existe d'ailleurs, presque toujours, en mémo temps que les lésions du cuir chevelu, des plaques psoriasiques caractéristiques aux lieux d'élection, particulièrement aux coudes et aux genoux.

Le favus donne lieu à des godets caractéristiques ou, lorsque ceux-ci sont tombés, à des plaques cicatricielles et alopéciques irrégulières, au niveau desquelles on trouve quelques cheveux généralement gros et secs , ternes, d'aspect spécial et ayant conservé toute leur longueur. Dans la forme pityriasique du favus, où les godets sont à peine apparents, les squames sont plus épaisses que dans les tondantes et l'afTection a toujours une durée beaucoup plus longue que celle des tondantes.

Traitement. — Un grand nombre de traitements ont été proposés contre la teigne tondante, la plupart vantés trop prématurément, avant une observation assez étendue et assez minutieuse.

La prétention de presque tous les traitements de la teigne londanle a été d'agir comme parasiticides, et de détruire in sitic le champignon pathogène. Une si'mblalde prétention semble irréalisable ; la parasite est situé, soit dans le cheveu lui-même où il est protégé par l'enveloppe de celui-ci, soit à la surface du cheveu, mais à l'intérieur du follicule dont la paroi est directement appliquée contre lui, si étroitement appliquée que les parasiticides les plus pénétrants ne peuvent y parvenir. En réalité, comme l'a fait observer E. Besnier(*), les parasiticides agissent plus souvent en qualité d'irritants ou d'agents d'exfoliation et d'expulsion du cheveu.

Les tondantes guérissant toutes sans laisser d'alopécie consécutive, il importe de ne pas déterminer d'alopécie thérapeutique, et pour cette raison nombre des agents préconisés contre les tondantes doivent être proscrits.

Les recherches récentes si remarquables sur la parasilologie des tondantes n'ont en rien modifié leur thérapeutique qui reste, comme il y a dix ans, représentée en première ligne par l'épilation et par les applications de substances su.sceptibles d'exfolier l'épiderme el d'entraîner, avec l'épiderme exfolié, les parasites qu'il peut receler, et qui peuvent être l'origine de réinoculations. A ces moyens il convient de joindre des lavages répétés du cuir chevidu. toujours dans le but d'empêcher les réinoculations.

(') E. Besnier, Coiisidéi'alions sur les alTcclions parasilairos ot l(Mir trailenient. Acad. de //ié(<eci?ie, 8 janvier 18Si.

[GEORGES THIBIERGE.J

52 ISrAI.ADlKS CUTAXKKS.

En conséquence, dans toutes les formes de leif^ne tondante, la première prescription doit être Tépilation de toutes les phupies el d'une l)ordnre de 1 centimètre environ autour de la périphérie de toutes les plaques, celle i)ordure servant de zone de protection aux parties saines.

Après l'épilation, badigeonnâmes, répétés une ou deux lois par semaine, de teinture d'iode pure ou de solution d'iode au 500'' dans de l'eau iodurée.

Le badigeonnage à l'iode de toute la tête avant l'épilation est à la l'ois un moyen prophylactique très utile et un moyen de reconnaître plus facilement les taches multiples d'inoculation, qui échapperaient à l'examen et qui prennent, sous Faction de l'iode, une coloration brune plus apparente.

L'enfant sera en outre soumis à des lavages quotidiens de tout le cuir chevelu avec de l'eau chaude et du savon mou de potasse, ou mieux avec un savon au goudron, ou à des frictions avec un liquide alcoolique.

Pendant toute la durée de la maladie, les cheveux seront tenus absolument ras; l'épilation sera renouvelée sur les plaques tant qu'il y restera un cheveu malade; elle pourra se réduire à un cercle de plus en plus étroit à mesure que les cheveux malades deviendront plus rares.

Prophylaxie des teignes tondantes. — La prophylaxie des teignes tondantes soulève, en raison de leur extension considérable dans les grands centres urbains, de très réelles difficultés, et les essais jusqu'ici tentés pour en empêcher l'accroissement sont très imparfaits. Elle supposerait l'isolement absolu ou relatif, et la mise en traitement d'un trop grand nombre d'enfants en âge scolaire.

Elle doit avoir pour base la surveillance attentive du cuir chevelu des enfants de toutes les écoles, l'isolement de ceux qui en sont atteints, isolement dans l'école, s'il y est praticable, et absolu, hors de l'école dans le cas contraire et leur traitement réellement exécuté avec soin.

La prophylaxie des teignes tondantes comprend aussi, dans toutes les agglomérations d'enfants, la coupe des cheveux avec des instruments et par des mains aseptiques, la séparation complète des objets de toilette et de coiffure de chaque enfant et surtout l'interdiction d'entrer dans ce groupement ou d'y rentrer après absence ou maladie sans avoir subi une inspection médicale constatant l'intégrité absolue du cuir chevelu et du tégument externe en général.

Dans les familles, la prophylaxie comprend la séparation des enfants atteints de teigne tondante, l'obligation pour ceux-ci de tenir la tête constamment couverte d'un bonnet susceptible de désinfection, d'avoir ses coifTures et objets de toilette soigneusement isolés de ceux des autres enfants.

Un autre point très important dans la prophylaxie des teignes tondantes est l'obligation imposée à tous les enfants qui en sont atteints de justifier de la guérison complète de leur affection avant d'obtenir la libre pratique à l'école. Ce point capital demande, de la part du médecin qui soigne un teigneux, une attention toute spéciale : il n'est possible daccorder un certificat de guérison à un enfant qu'après examen attentif de son cuir chevelu répété à plusieurs reprises, à 15 jours au moins d'intervalle, et constatation à chaque examen de l'absence de tout poil suspect : un seul poil cassé, examiné au microscope s'il y a doute, et reconnu infecté, doit faire reprendre le traitement avec rigueur et suspendre la délivrance du certificat de guérison.

LES TRir:nopiiYTii:s kt les teignes tondantes.

TRICHOPHYTIE SUPPURÉE FOLLICULAIRE, DORIGINE ÉQUINE

Celle l'orme de liichopliylie niérile une menliou luuLe spéciale, en raison de sa rré([uence relative, de la niulliplicité de ses sièges de prédilection, de l'uniforniilé (pie |)résenlenl ses lésions dans leurs difi'érenls sièges, enfin de son origine aninude nellenuMit délerniinée (').

Elle peut occuper soit le cuir chevelu, où elle a été décrite sous le nom de hcrion Celai, soit la barbe, où elle est appelée syrosk paivsUaire, soit les pai'lies glabres, où elle détermine des lésions (pii étaient connues sous le nom de /'nllindile^ i(;/ii(inécs en plnr(in1x{-) avant d'avoir été rapportées à leiu- origine trichophytique(^).

Le kerion Celsi s'observe surtout chez l'enfant; cependant il peut débutera un âge plus avancé que les diverses teignes tondantes, voire se développer chez l'adulte.

Il est constitué par un placard de dimensions variables, généralement de la largeur d'une pièce de 5 francs, de forme arrondie ou allongée, de coloration rouge souvent vineuse; ce placard, surélevé au-dessus des téguments et à bords nettement arrêtés, a l'aspect d'un macaron appliqué sur le cuir chevelu. Sa surface, tantôt régulière, tantôt largement mamelonnée, est parsemée de petites pustules blanchâtres, plus ou moins acuminées, ou de petits orifices irréguliers, à fond grisâtre, résultant de l'ouverture des pustules ; ces orifices laissent sourdre un pus jaunâtre plus ou moins consistant, ou sont oblitérés par une croûte jaunâtre plus ou moins épaisse. Les cheveux sont pour la plupart tombés; ceux qui persistent s'arrachent avec la plus grande facilité et viennent entiers à la traction.

Souvent, en même temps que le placard principal, on trouve sur le cuir chevelu soit des saillies rouges plus limitées, ayant l'aspect de furoncles, qui représentent le début du placard de kérion, soit des suppurations superficielles ou de petites plaques trichophytiques légèrement squameuses, d'apparence pityriasique, qui constituent des lésions avortées.

Le kérion, malgré son apparence de gravité et l'intensité de ses lésions, guérit assez facilement, dans l'espace de 2 à 5 mois. jMais, contrairement aux teignes tondantes, il laisse à sa suite des cicatrices; sur ces cicatrices un certain nombre de poils, dont les follicules ont été détruits par la suppuration, font défaut.

Le sycosis trichophytique de la barbe est caractérisé comme le kérion par des lésions saillantes, de coloration rouge ou violacée, sur lesquelles on voit des

(M Saiîoup.aud, Elude sur les U-ichophytios à (iormile proibndo, spécialement de la foUiruiilo agmiuéo chez IMiomme et à son origine animale. Aivhdes de rinstitut P((><teuv. 18!».", \). 490; ~E. Boni\, Les teignes tondantes du cheval et leui's inoculations humaines. Thèse de l^aris 18yo-189(i.

(*) J. Pallikr, Des périfoliiculites sui)pui-ées agniinées en p]a(pies. Thèse de Paris 188',t.

(^) Majocohi a décrit une l'orme de lésion trich()phyti(pie cai'aclérisée par le dévelopjjcment de nodosités ou de plaiiues de coloration rouge ou violacée, disséminées ou disposées en chapelets; cette lésion dilïère du kérion pai'cc fait qu'elle ne suppure jamais quoi(iu"elle tende à se ramollir. Sa structure est celle des granulomes et elle n'a pas de relations avec les follicules pilaires. Les caractères biologi(pies particuliers et l'origine de ce Irichophylon ne sont pas déterminés. Voira ce sujet G. Pini, Granuloma trichoph\ ticum Majocchi, ricerche e osservazioni cliniche. Giornale ilaliano délie malattie veneree et délia pelle, 18'.t7. il Tld.

[GEORGES THIBlERGE.-\

54 MALADIES CUTANKLIS.

pustules cl des orifices remplis de pus ou des croules; mais leur surface est irréf>ulière, mamelonnée, rapi)elanl vaguemenl la surface de déchirement d'une figue (cruxo;, figue); leur contour est égalenicnl ii-ré<<ulier; leur eonsislance est ferme. Ces lésions, d'élendue variable, occupenl généralement la région des maxillaires, plus rarement le menton et les joues; chez certains su j(its, la barbe est envahie dans prescjue toute son étendue. Les poils qui persistent à leur surface sont entourés d'une pustule et s'arrachent avec la plus grande facilité.

Les ganglions sous-maxillaires sont le siège d'adénopathies plus ou moins prononcées.

Il y a des démangeaisons, des sensations de cuisson très pénibles. Le sycosis mal traité persiste pendant un temps très long, un traitement convenable en vient rapidement à bout, mais il reste toujours à sa suite une alopécie incomplète de la barbe.

Le sycosis trichophylique n'est pas la seule forme de trichophytie qu'on puisse observer à la barbe : on y voit encore, entre autres formes, une trichophytie à forme de dermite humide disséminée, en placards, avec nombreux abcès folliculaires, due à une autre espèce trichophylique, également d'origine équine, dont les cultures sont jaunes, craquelées et vermiculaires, — - et une trichophytie sèche, dans laquelle la peau présente un aspect granité et dans laquelle les poils atteints sont gros, cassés, entourés d'une gaine parasitaire en forme d'étui pseudo-épidermique; cette dernière forme de trichophytie de la barbe est due à un trichophyton eclothrix à mycélium fragile donnant, sur moût de bière gélose, une culture duveteuse d'un rose tendre.

D'autre part, le sycosis trichophylique peut être simulé par des atreclions suppuratives de la barbe due à des infections microbiennes (sycosis streptococcique, etc.) et qui ont pour caractères de donner lieu à des pustules plus petites, de ne pas compromettre autant l'adhérence du poil, et de ne pas renfermer de tricophyton. (Voir plus loin l'examen microscopique des poils dans la trichophytie équine.)

Il peut encore être confondu avec certaines formes d'eczéma et surtout avec la folliculite sous-nasale récidivante (considérée par certains auteurs comme un eczéma) qui occupe toujours la moustache, succède à un écoulement nasal séreux ou purulent et se traduit par une plaque généralement arrondie, recouverte de pustules péripilaires, mais sans induration profonde, et qui n'a aucune tendance à déborder la région sous-nasale.

La folliculite agminée trichophytique peut occuper les diverses régions glabres du corps; on l'observe principalement sur les membres. Elle est caractérisée par un placard saillant en forme de macaron, comme le kérion, ou par une saillie acuminée ressemblant à un furoncle; sa surface, rouge foncé, est parsemée de pustules ou d'orifices donnant issue à du pus ou de croûtes jaunâtres et rappelle parfois l'aspect d'une écumoire. L'évolution de celle lésion comme celle du kérion et du sycosis est rapide. Les lésions sont (juclquefois multiples, le plus souvent uniques.

Quel que soit le siège qu'elle occupe, la trichophytie éipiine attaque le poil, ou plutôt siège au pourtour du poil et détermine une suppuration folliculaire et une inflammation périfolliculaire.

Pour constater le parasite, il ne faut pas le rechercher dans le pus des folliculiles ouvertes où il est détruit par les microbes pyogènes d'infection secondaire,

LKS TRICIIOI'IIVTIKS ET I.KS TKIC.XiiS lONDAMES. 55

mais dans le |)iis des al>C(vs non encore ouvei'ls, ou mieux eneore à la surface (les poils malades. (^'L examen ne doil {)as porLei- sur les poils plonf^és dans le pus, mais sur les poils ternes, le |)lus souvent cassés, entourés d'une «^aiiie grisûtro et terne, visible à Tcril nu, (pu- Ton rencoidre, à un examen alleidit. à la périphérie des lésions.

Sur ces poils, on trouve le pai'asite sous la l'orme de lilamenls mycéliens, occupant à la l'ois le poil lui-môme et la g-ainc qui renloure: ces filaments soni formés de chapelets de spores arrondies, de dimensions très irrégulières, et variant sur un môme poil de 2 à 0 ix,

La culture de ce trichophyton sur moût de bière est blanche; à son cenire, elle présente une petite élcvure, couverte d'un fin duvet et entourée d'une large auréole poudreuse, absolument blanche, dont la périphérie est entouiéc de rayons plâtreux, blancs, tandis que dans la profondeur de l'agar on ^oil d'autres rayons grisâtres, fins et nombreux. Cette variété de trichophyton est douée de propriétés pyogènes, comme le prouve sa présence à l'élal de cullure pure dans des pustules non eneore ouvertes. Son existence a pu être constatée chez le cheval (Saljouraud, Bodin).

L'origine équine de cette trichophytie est d'ailleurs bien nelle en clini([ue : on l'observe, dans ses diverses localisations, chez des sujets exerçant des professions qui les mettent en rapport avec des chevaux : cochers, palefreniers, maréchaux ferrants, bourreliers, ou ayant eu des contacts accidentels avec des chevaux malades; le plus souvent les parents des enfants atteints de kérion Celsi exercent une des professions précédemment énoncées, ou habitent dans des maisons voisines d'écuries occupées par des chevaux malades. Cependant la transmission peut se faire de l'homme malade à l'homme sain.

Traitement. — Ces diverses localisations de la trichophytie équine sont toutes justiciables du môme traitement qui consiste, pour la barbe et le cuir chevelu, dans l'épilation des parties malades et d'une bordure autour des parties malades; dans l'application de pansements émollients et légèrement antiseptiques (cataplasmes de fécule de pomme de terre boriques, compresses (Feau boriquée, etc.) tant que durent les phénomènes inflammatoires; lorsque ceux-ci ont disparu, on fait des badigeonnages de teinture d'iode répétés deux fois par semaine ou des applications de vaseline iodée au 50'^ jusqu'à guérison complète.

TRICHOPHYTIE CIRCINÉE DES PARTIES GLARRES

Toutes les parties glal^res peuvent être le siège de lésions dues à de nombreuses es})èces de Irichophytons; mais les lieux d'élection de ces lésions sont la région dorsale de la main, du poignet et de l'avant-bras, le cou, la face, en part icuruT au niveau du menton et dans la région du maxillaire inférieur. On les obscMve encore assez fréquemment au niveau de la TMertèbre cervicale, et, chez l'homme, dans la région inguinale.

Ces lésions des parties glabres sont particulièrement fré([uentes chez l'enfant, chez lequel elles accompagnent très souvent ou i)récèdent les teignes tondantes: mais, conlrairementaux localisations des trichophylons sur le cuir chevelu, elles peuvent se rencontrer à tout âge, voire môme chez les vieillar^ls.

La trichophytie des partie.-; glabres est presque toujours produite par des

Irichophylons d'origine animale; le nombre des trichophytons qui peuvent les causer est très considérable, presque illimité, car une étude suivie de ces afîeclions l'ait constamment trouver des espèces nouvelles.

En présence de la variété si considérable des agents pathogènes, il ncjus est impossible de donner une description détaillée de chacune des trichophyties avec les caractères biologiques du trichophyton correspondant. Nous nous bornerons à décrire les caractères généraux dos trichophyties cutanées.

Ces lésions ont pour premier et pour j)his important caractère de présenter une forme arrondie, et de s'étendre toujours excentriquement, avec une rapidité qui est variable suivant les espèces lrichophyti(pies, mais est toujours assez considérable : en quelques jours, une plaque trichophytique a atteint la dimension d'une pièce de 2 francs ou de 5 francs et elle continue son évolution, appréciable facilement d'un jour à l'autre.

Les inoculations trichophytiques pouvant se faire, soit primitivement, soit ultérieurement, en des points multiples et rapprochés du tégument, des lésions voisines peuvent se réunir, constituant ainsi des placards de forme irrégulière à contours polycycliques.

La trichophytie cutanée débute généralement par une tache rosée, disparaissant par la pression, sur laquelle se fait souvent une légère desquamation centrale. Par la suite, les caractères varient suivant l'espèce trichophytique en cause. Arrivée à sa période de plein développement, la lésion trichophytique est arrondie et constituée soit par une plaque rouge, à bords nettement accusés, très légèrement saillante au-dessus des parties voisines, soit par une plaque rouge bordée par un léger soulèvement épidermique constituant ou non de minimes vésicules peu apparentes, ou par une mince collerette de squames blanches, pityriasiques, relativement assez adhérentes. D'autres fois les vésicules sont plus nettes, rappellent l'aspect des vésicules d'herpès (d'où le nom d'herpès circiné donné à cette affection par les anciens auteurs) ; elles sont petites, acuminées ou aplaties, généralement peu résistantes; parfois elles suppurent et se transforment en pustules petites, acuminées, se rompant rapidement pour laisser à leur place une petite croûtelle peu adhérente. Plus rarement, le soulèvement épidermique devient plus considérable, constitue une véritable phlyctène disposée en couronne autour de la plaque trichophytique ou même occupant toute son étendue.

Dans la plupart des trichophyties cutanées, les lésions ne présentent le caractère vésiculeux qu'à la périphérie; le centre est simplement rouge ou légèrement squameux, parfois parsemé de quelques rares vésicules avortées. Sur certaines, on voit, à l'intérieur du cercle vésiculeux ou surélevé, un ou plusieurs cercles concentriques, également rouges et saillants ou vésiculeux, formant ainsi une cocarde plus ou moins nette.

Dans quelques formes, cependant, les lésions toujours régulièrement arrondies et à progression centrifuge sont constituées, non seulement à leur périphérie, mais sur toute leur étendue, par des vésicules persistantes, très analogues à celles de la dyshidrose.

Les diverses formes cliniques de la trichophytie circinée correspondent chacune à des espèces trichophytiques difl'érentes, presque toutes d'origine animale (cheval, chien, chat, bœuf, poule, etc.); nous avons cependant, à propos des teignes tondantes, signalé les trichophyties cutanées d'origine humaine qui sont toujours associées à des lésions du cuir chevelu, occupent surtout le

LES TRICIIOPIIYTIFS ET LES TEIGNES TONDANTES. 57

visage, poni Irôs supoificicUcs ol griirralonionl, peu (''londuos. Avec les ospèces Irichopliyliques varient aussi Ja marche cl la gravite de leui-s lésions cutanées.

L'identification aux espèces botaniques correspondantes et la détermination de riiahilat ordinaire du parasite sont faites pour (juelques-unes de ces formes, présumées pour quelques auti'cs, incoiuiiies pour un plus grand n(jml>re; l'exposé de ces recherches incomplètes encore nous entraînerait tro|) loin.

Quelle que soit leur forme clinique, les trichophyties ciilanées atteignent, en même temps que Tépiderme, les poils follets des régions occupées par elles : ces poils se cassent plus ou moins près de la surface cutanée, sont souvent entourés d'une gaine parasitaire; c'est à leur niveau, bien plus encore que dans les squames épidermiques où ils se dissimulent plus facilement, qu'on doit rechercher les éléments parasitaires suivant la méthode générale indiquée plus haut: ils se traduisent par des rangées linéaires de spores réfringentes de forme arrondie ou ovalaire, de dimensions variables, disposées oblicjuement par rapport à l'axe du poil et se divisant dichotomiquemenl.

Les cultures des trichophytons développés sur la peau offrent des caractères trop variables pour pouvoir être exposées ici.

Trichophyties exotiques des parties glabres. — On observe dans les îles du Pacifique une affection qui a été décrite sous les noms d'herpès desquamant, de teigne imbriquée (Patrick Manson), de tokelau('), du nom d'une des îles où on la rencontre et qui présente un ejisemble clinique très différent des teignes européennes.

Elle est constituée par des cercles concentriques au nombre de trois, quafre ou cinq pour chacune des lésions élémentaires, cercles fermés de squames épidermiques blanches ou grisâtres adhérentes par leur bord externe, soulevées sur leur bord interne, et entourés d'une abondante desquamation épidermique. Les squames contrastent avec la coloration brune de la peau des sujets qui sont atteints de cette affection. Les cercles concentriques s'étendent excentriquement, se confondent par leurs bords et forment des figures irrégulières et bizarres qui recouvrent de grandes étendues de la surface cutanée.

L'affection, à marche chronique, peut occuper et arrive en quelques années à occuper la totalité de la surface cutanée, à l'exception de la tète et de la face palmaire de la main.

La teigne imbriquée est due à un trichophyton à grosses spores occupant les couches superficielles de l'épiderme et dont les caractères microscopiques ne diffèrent pas de ceux que l'on observe en Europe (Sabouraud), mais dont la culture n'a pu encore être faite.

Sabouraud a rencontré chez un sujet revenant du Soudan une trichophylie dont les lésions respectaient l'épiderme et se caractérisaient par des placards arrondis et saillants de coloration rouge très accusée, isolés et agminés ; cette lésion était produite par un trichophyton à grosses spores donnant des cultures d'aspect spécial.

Peut-être, dans la pathologie exotique, existe-t-il d'autres atreclions produites par des trichophytons (-).

(*) BoNNAFY. Le tokchm el son pnvasile. Paris, 1800.

(-) On décrit sous le nom de cavales des alTeclions desquamatives de répidernie avec modifications de la pigmenlation cutanée, caraclérisées i)ar la présence de plaques lanlùt noires, tanlôl bleuâtres ou rouges et occupant de préférence les parties découvertes, mais

[GEORGES THIBIERCE.]

58 MALADIES CUTANKES.

Diagnostic. — La forme régulièrement arrondie des lésions, leur extension rapide, leur siège sur les parties découvertes, et, au besoin, la recherche du parasite i)ernieltent de reconnaître facilement la trichophytie circinée.

L'érijtlièDie inorcjlné a bien une disposition circulaire et une évolution rapide, mais ses éléments sont plutôt érythémateux que scjuameux: ils sont plus nombreux dans une môme région et n'atteignent i)as des dimensions aussi considérables que ceux de la trichoi)hytie.

Le ])Soriasis produit des squames plus blanches, plus épaisses, plus adhérentes; la surface de ses éléments est plus uniforme, leur extension moins rapide et leur nombre plus considérable en même temps qu'ils sont disséminés sur des surfaces plus étendues et en des régions de prédilection, telles que les coudes, les genoux, les fesses, qui sont rarement occupées par la trichophytie circinée,

Veczéma donne souvent lieu à des plaques rouges et squameuses à contour circulaire : mais ce contour est moins régulièrement arrondi, le centre ne présente pas de tendance à la guérison, les squames sont plus larges et souvent mélangées aux sécrétions des vésicules eczémateuses; le prurit est plus prononcé, la durée plus longue et l'extension toujours beaucoup moins rapide.

Le pityriasis rosé., que Kaposi fait rentrer à tort dans la trichophytie cutanée, se caractérise par le développement de plaques nombreuses, de dimensions variées, mais généralement peu considérables, n'ayant pas la rapide extension centrifuge de celles de la trichophytie cutanée, disséminées d'abord sur la partie supérieure du thorax et s'étendant ensuite de haut en bas sur le tronc et les membres; ces plaques, de forme arrondie ou le plus souvent ovalaire, ont un contour érythémateux légèrement saillant et souvent bordé en dedans par des squames minces; sur les parties centrales de la plaque, l'épiderme présente un aspect plissé très particulier que l'on ne rencontre pas dans la trichophytie.

Traitement. — Quelle que soient leur forme, leur durée, leur étendue, les trichophyties cutanées sont toujours faciles à guérir, dans un temps très court. 11 suffit de faire à leur surface des badigeonnages de teinture d'iode qu'on répétera 2 ou 0 fois à 4 jours d'intervalle pour A'oir disparaître complètement et ne plus reparaître les lésions trichophytiques du tégument glabre. Sur le visage, on peut, au moyen d'un badigeonnage avec une solution de potasse au 20*^ ou au iO'^, faire disparaître la coloration de l'iode; mais il faut avoir soin de laver rapidement et très largement à l'eau pure, pour empêcher l'action caustique de la potasse qui risquerait de déterminer des eschares superficielles.

On aura soin d'examiner très attentivement et à plusieurs reprises pendant plusieurs semaines le cuir chevelu des enfants atteints de trichophytie des parties glabres, celle-ci étant souvent la compagne ou l'avant-coureur d'une teigne tondante.

TRICHOPHYTIE UNGUÉALE

Les ongles sont parfois envahis par les trichophytons, chez des sujets présentant ou ayant présenté antérieurement une quelconque des localisations précé-

pouvant sii'iior sur loulos les n'-iiioiis du coi-jjs. Ces affoclions. de durée exlrèiiKuiipnl loni,aie. i^onl jjropros à l'Anirriquc ('((uinoxiale. Monloya a montré [Annales de dernuitolor/lr, 18!t7. p. 464 ol 1898. j). ()7"i) ([uVllos étaient dues à des espèces parasitaires se rapprochaiil l)eaucoiip des aspert^illus.

FAVUS. r,,,

•dentés de ces parasites. Celle lésion, assez rare, étudiée par C. Peliiz/;iii, Dubi-euilh, Lespinasse('), est caractérisée par l'épaississement de i'onj^ie, (pii est strié longitudinalemetit et transversalement, ou parsemé de points jaunes ou bruns; il se courbe, son extrémité libre se relève ou s'inflérbit vers la pulpe, sa surface devient irrégulière ; sur une coupe, il est formé de deux couches, Tune superliciellc, cornée et compacte, l'autre friable, fibreuse, ayant l'aspect de la moelle de jonc, molle et se dissociant facilement; le voisinage de la lunule est respecté, au moins pendant un certain temps.

La trichophytie unguéale est toujours de longue durée.

Ces lésions doivent être recherchées avec soin, car elles peuvent être la cause de la dissémination de la trichophytie par le sujet qui en est porteur ou de ses récidives chez celui-ci dans des régions diverses.

La trichophytie unguéale est produite par les trichophytons d'origine animale. Son étude mycologique est encore très incomplète.

La constatation dans les lames unguéales du parasite, dont les éléments sont toujours plus irréguliers que dans les squames épidermiques, permet seule de reconnaître exactement la nature des lésions dans les cas de trichophytie primitivement unguéale, car celle-ci ne présente aucun caractère clinique qui la distingue absolument du favus et surtout de l'eczéma et du psoriasis des ongles.

Le traitement consiste dans le grattage de l'ongle, son décapage par macération dans un doigtier de caoutchouc, et l'apphcation des parasiticides, en particulier de la solution iodo-iodurée de Lugol.

FAVUS

On donne le nom de favus (de favus, rayon de miel) aux lésions déterminées par un champignon découvert par Schonlein (1859) et appelé acliorion Schœnleiniï.

Ce champignon habite ordinairement le cuir chevelu, où il amène la chute des cheveux qu'il infiltre en même temps qu'il envahit lepiderme : raffeclion est désignée sous le nom de teigne laveuse ou de favus du cuir chevelu.

Il peut également se développer sur les régions glabres, y produisant autour des poils des altérations analogues à celles qu'il cause au cuir chevelu (favus cutané ou favus des parties glabres). Il peut encore, mais beaucoup plus rarement, végéter dans le tissu unguéal. Enfin, dans un cas observé par Kaposi et Kundrat et resté unique, le favus de la peau s'accompagnait de lésions des muqueuses des voies digestives (œsophage, estomac, intestin), dues à la présence du même parasite.

Description du parasite. — Le champignon du favus est constitué par des spores et par des tubes que l'on met en évidence au moyen des diverses matières colorantes employées en technique microscopique et, en particulier, de l'éosine et du violet de méthylaniline, après dégraissage à l'éther et action de la potasse;

(') Lkspinasse, Elude sur les onychoinyoosos IricIiopliN lii|uc el l'juiiiuc. Tiu-r-e do l'xu'deaux 1880-1890. — AiîNOZAN ot ^^'. DuniuaiLii. De la liiclioplix lie dos mains ol dos oiiylos. ArcliiDes cliniques de Bordeaux, janvier 18l)J.

iGEORGES THIBIERGE-Ji

mais Texamen du poil parasilé ou de la matière favique peut ôlrc fait, extemporanémenl, pour le diagnostic clinique, après simple action de la potasse, comme pour les Irichophytons (voir page ii).

Les spores, de forme arrondie ou irrégulière dans les godets faviques, sont aplaties par pression réciproque dans les cheveux faviques et offrent alors une forme quadrilatère. Elles mesurent de 5 à 7 [jl de diamètre, sont disposées en chaînes ramifiées et sont formées d'un épispore cellulosique, d'un protoplasma assez abondant et d'un noyau beaucoup plus petit que celui du microsporon furfur et souvent caché par le protoplasma.

Les tubes du mycélium sont ténus, simples, noueux, cloisonnés ou articulés et ramifiés; certains d'entre eux renferment des spores, d'autres en sont dépourvus; à l'examen microscopique du cheveu, l'achorion se distingue des trichophylons par les caractères suivants : les spores n'ont pas de double contour; leur forme est généralement quadrangulaire tandis que dans les trichophytons elle est arrondie; les fdaments, tout en ayant la même direction générale que le cheveu, ne sont jamais rectilignes, mais flexueux et ondulés; leur largeur varie considérablement, non seulement dans les différents points du même cheveu, mais encore sur différents points d'un même filament; ces filaments se divisent fréquemment, ceux qui ne sont pas sporulés en 2 filaments secondaires, ceux qui sont formés de spores en 5 ou 4 filaments, ce que l'on n'observe jamais pour les trichophytons.

Dans les godets, les éléments du champignon sont agglutinés par une substance amorphe, connue en botanique sous le nom de glaire ou de gangue amorphe.

Le mode de pénétration du parasite dans le poil a été diversement interprété. Pour Kaposi, les éléments du champignon développés à la surface épidermique suivent la gaine de la racine du poil jusqu'à la base du follicule, pénètrent dans le bulbe, puis, alTectant un trajet rétrograde, remontent dans le poil lui-même, qu'ils envahissent de bas en haut, tandis que dans d'autres points du trajet du poil ces éléments arrivent latéralement dans le poil, à travers les gaines de la racine. Unna, n'ayant jamais trouvé de filaments parasitaires dans le bulbe pileux, rejette la théorie a du détour » imaginée par Kaposi. Pour Balzer, la pénétration se fait tantôt directement, tantôt par la voie détournée.

Quoi qu'il en soit du mode d'envahissement du poil, il résulte clairement des recherches de Lebert, Robin, Gudden, Kaposi, revisées et complétées par Balzer, que le champignon a pour siège initial l'épiderme dans lequel il végète; par le fait de sa végétation dans l'infundibulum pilaire, se développe la lésion que l'on désigne sous le nom de godet, puis le poil est envahi ; plus tard, les gaines externe et interne du cheveu sont franchies, le parasite pénètre dans le derme, l'enflamme et, par suite de la destruction des papilles pilaires, les poils tombent, laissant à leur suite une alopécie cicatricielle et définitive.

Cette réaction inflammatoire provoquée par le parasite, sous la forme chronique, est propre à l'achorion; elle ne s'observe jamais avec ces caractères et cette constance dans les autres dermatophyties.

Comme pour les trichophytons, les caractères des cultures varient considérablement suivant la composition du milieu de culture: les substances qui facilitent le développement de l'achorion sont les matières albuminoïdes, tandis que les trichophytons se développent mieux sur les milieux renfermant des hydro-

FAVUS. 61

carbuivs. Le mili<Mi (|iii conNicnl le mieux à réliide de radiorioii cl ;'i la dilTt'-rcncialioii de ses variétés csl un milieu acide, reurermauL h pour lOO de ])e|)lonc (E. Ijodin). Ce milieu a l'avanlai^e de ne pas favoriser le dévelopi)emenL des champignons (pii son! associés à l'achorion : ees champignons commensaux, comme ceux (jui accompagnent les trichophytons, semblent n'avoir aucune importance pathogène, (pioicju'ils existent dans j)resque tous les cas de favus.

L'achorion peut être cultivé sur la plu|)art des milieux employés pour la culture des bactéries et des champignons.

Ouincke, ayant constaté des ditTérences d'aspect dans les cultures de champignons provenant de sujets dilïérents, a admis(') que le favus pouvait être produit par trois espèces difterentes de champignons qu'il distingue par les notations a, [3, y; des recherches ultérieures l'ont amené à ne plus admettre que deux espèces, l'une, a, ayant le plus souvent pour siège les régions glabres et déterminant le favus herpétique, l'autre se développant dans le cuir chevelu et donnant lieu au favus vulgaire.

Les recherches de Ouincke ont paru plus ou moins complètement confirmées parcelles d'Elsenberg, puis de Kral; mais bientôt de nouvelles rechutes de Kral, de Pick(^), de Mibelli, de Jadassohn, de Marianelli ('') ont ramené l'achorion à une seule espèce; Unna, Frank et Neebe en décrivirent au contraire jusqu'à 9 espèces dilTérentes, semblant provenir de pays difféi^ents. Dubreuilh et Sabrazès(^) ramenèrent encore à une seule espèce l'achorion du favus humain, tout en décrivant chez le chien un champignon donnant lieu à des lésions faviques, VOospora canina susceptible d'être inoculé à l'homme, et chez la poule un autre champignon différent.

E. Bodin {^) a constaté l'existence de 5 champignons faviques, variétés d'une même espèce botanique, se traduisant toutes par des lésions cliniques identiques et ne se différenciant que par les caractères de leurs cultures.

La variété la plus fréquente répond aux descriptions de Kral et donne sur agar peptonisé une culture d'un gris blanchâtre, d'apparence sèche, saillante à son centre, de surface irrégulière rappelant assez bien les circonvolutions cérébrales; une autre variété, assez fréquente, donne une culture gris brunâtre, d'aspect humide, formant une membrane plus ou moins étalée avec de petites irrégularités et une élevure centrale. D'autres variétés rappellent plus exactement la forme en godet des lésions cutanées. Toutes colorent plus ou moins fortement le milieu de culture.

Étiologie. — Quel que soit son siège, le favus débute presque toujours dans l'enfance, pour persister jusqu'à un âge plus ou moins avancé.

Ses localisations, soit initiales, soit secondaires, sont souvent favorisées, comme l'ont fait remarquer Kôbner et Gailleton, par toute excoriation ou lésion cutanée antérieure ouvrant une porte d'entrée à travers le tégument.

La cause réelle, unique et suffisante, du favus est la transmission directe (épidémies familiales) ou indirecte (par les vêtements d'un favique, parles coilïeurs. par exemple) de l'achorion à un sujet sain par un sujet antérieurement alleint

(') Ouincke, Ueber Favus. Monaslli. /'. pmkt, DennatoL, 1887, p. 981.

(-) Pk^.k u. Ku.vl. Unlei'suchungen ùber Favus. ErgdnziiDgshcftc zitm Airh. f. Dermnt., 1891, p. r)7.

(5) Mai!I.vm;lli. Achorion Sciioenleinii, inorfologki. l)ioloi,Ma. clinica, Pisc. 189'2.

(*) S.viîRAzts, Sur le favus de l'homme, de la poule et du chien. Thèse de Bordeaux, 189^.

(») E. BoDiN, Sur la pluralité du l'avus. Aiuiales de. DennaUilogic, novembre 1894, p. I"2'i0.

{GEORGES THIBIERGE.]

de la mémo maladie. La transmission peut se faire de Tliomme à Ihomme (plus de la moitié des cas, d'après E. Bodin) ou de lanimal à l'homme, certains animaux étant parfois atteints de favus; ceux qui sont le plus souvent à incriminer sont les souris, les chiens, surtout les ratiers, les chats, rarement les

poules.

11 faut remarquer que la contagion du favus s'exei-ce avec ime certaine difficulté : on voit souvent dans une famille, un favus durer pendant plusieurs années sans que les autres membres de la famille soient atteints : l'absence de soins et la malpropreté semblent favoriser la contaj^ion.

La maladie à achorion s'observe surtout à la campagne, les cas de favus observés à Paris et dans les grandes villes provenant le plus souvent des villages avoisinants; cependant à Paris, E. Bodin a trouvé 1/5 de cas autochtones. En outre, elle est plus fréquente dans certains pays que dans d'autres. En Europe, elle est surtout répandue en France et en Hollande. En France même, elle a certaines régions de prédilection : les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Seine-Inférieure, des Côtes-du-Nord, du Finistère, de l'Aveyron, du Tarn, de l'Hérault, des Landes, des Basses-Pyrénées, et s'observe plus rarement dans les départements du Centre et de l'Esté) (J. Bergeron, H. Feulard).

FAVUS Db CUIR CHEVELU

Le favus du cuir chevelu débute au pourtour d'un cheveu par une tache rouge bientôt suivie du développement d'une petite tache blanc jaunâtre, ayant l'aspect d'une pustule ; cette tache s'étend progressivement et lentement par sa périphérie, son bord est saillant, tandis que sa partie centrale est déprimée; cette dépression, qui résulte de l'adhérence de la couche épidermique à la cuticule du poil et accessoirement du mode de développement du parasite, car eUe s'observe parfois sur les cultures expérimentales, a valu à l'élément favique le nom très exact de godet. Les godets peuvent avoir des dimensions variées : tantôt punctiformes, tantôt plus larges, atteignant ou dépassant la largeur d'une lentille, d'une pièce de 20 centimes.

A la période d'état, les godets peuvent rester entiers, ou se rompre et se désagréger en fragments plâtreux ou poussiéreux.

Les godets peuvent être isolés les uns des autres et conserver leur forme arrondie caractéristique (favus urcéolairé), ou se réunir pour former de larges plaques à contours festonnés et saillants, limitant comme une zone de fortifications une surface plus déprimée et irrégulière, ou recouvrir d'une véritable carapace une plus ou moins grande étendue du cuir chevelu [favus scutiforrné).

Quelle que soit leur configuration, les lésions faviques ont une coloration caractéristique, blanc jaunâtre ou jaune soufre; par une traction suffisamment forte, on parvient à les détacher en fragments volumineux, friables, et on voit alors le derme rouge, humide, légèrement déprimé.

Le cuir chevelu atteint de favus exhale une odeur spéciale, que présentent également les cultures d'achorion, odeur comparable à celle de la souris, très distincte de celle des surfaces eczémateuses ou impétigineuses suintantes et de la suppuration, et qui peut, dans certains cas, être utilisée pour le diagnostic.

(') H. Feulard, Teignes cL teigneux. Thèse de Paris 188r). — II. Feul-^ud. Le favus et la pelarle en France (1887-1S9'2). Annales de Dennalologie. 18'J'J. p. 1118.

FAVUS. (M

Les poils, (jui, au dôbul, occupénl le ccnire des godets favicjucs. subissent les elTets de la pénétration du parasite dans le derme et dans la papille pileuse; ils deviennent secs, se décolorent, prennent un aspect terne et poussiéreux; cet aspect du poil est important pour le diagnostic de certaines formes de iavus, dans lesquelles les lésions épidermiques sont peu développées. Les poils persislent longtemps à la surface des lésions faviques; ils sont seulement atrophiés, mais non cassés comme dans les trichophyties ; ils finissent cependant par tomber, les bulbes pileux étant envahis par la folliculite d'origine favique. Losrque les lésions occupent une certaine étendue et ont duré un certain temps après l'avulsion ou la disparition des masses faviques, le cuir chevelu est glabre et d'apparence cicatricielle ; néanmoins, môme sur les cicatrices, on trouve presque toujours, disséminés en nombre variable et isolés les uns des autres, quelques cheveux secs, poussiéreux.

Le favus peut occuper toutes les régions du cuir chevelu. Cependant il débute le plus souvent par le sommet de la tête, plus particulièrement au voisinage de la bordure du cuir chevelu ; mais il reste presque constamment, le long du front et des tempes, une étroite bande de cheveux entièrement respectés par la maladie, jusque dans ses périodes avancées. Cette intégrité de la bordure même, avec disparition des cheveux en zones plus ou moins irrégulières et aspect cicatriciel du cuir chevelu, est un des caractères diagnostiques les plus importants de l'alopécie post-favique.

Des infections secondaires peuvent se produire au niveau des lésions faviques, déterminer des suppurations dermiques à type d'impétigo, des adénites cervicales parfois suppurées. Dans quelques cas, ces infections secondaires ont été suivies de phénomènes généraux graves.

La durée du favus du cuir chevelu est extrêmement longue et est par elle-même un élément de diagnostic : repullulant fatalement tant qu'il n'est pas soumis à un traitement efficace et tant qu'il reste sur les surfaces atteintes des cheveux susceptibles de devenir le centre de godets nouveaux, il persiste ainsi pendant des années.

A côté de la forme vulgaire du favus, il convient de décrire des variétés anormales (Besnier, Dubreuilh, Bodin, Alardo), dont le diagnostic est particulièrement embarrassant. Parmi elles ('), on doit distinguer :

1" Une variété pityriasique, dans laquelle le cuir chevelu est recouvert de squames blanches ou grisâtres, ressemblant à certaines variétés de séborrhée sèche, assez adhérentes, se détachant en larges écailles dans l'épaisseur ou à la face profonde desquelles on parvient à découvrir des taches jaune soufre, punctiformes, rudiments de godet;

2° Une variété impétigineuse, dans laquelle les lésions faviques sont recouvertes de croûtes simulant l'impétigo et certains eczémas;

5° Une variété alopécique, dans laquelle on voit des plaques glabres, cicatricielles d'aspect, entourées d'une étroite zone de folliculites, se traduisant par une tache rouge péripilaire recouverte d'une mince squame adhérente ou d'une petite croûtelle, dans laquelle on parvient à découvrir des éléments d'achorion.

Pronostic. — En raison de sa longue durée, de ses rechutes et de l'alopécie définitive qui en est l'aboutissant fatal, le favus du cuir chevelu constitue la plus

(') Alardo, Conlribiilion ;i l'élmle dos formes alvpitiuos du Iavus. 77(cse de Paris. ISO.V

IGEOBGES THIBIERGE ]

G4 MALADIKS CUTANÉES.

grave des alVection.s désignées sous le nom de leig-ne et n'esl comparable, sous ce rapport, ni à la trichophylie, ni à la pelade. L'aspect repoussant de ses lésions, l'impossibililé de dissimuler efficacement les cicatrices qui lui succèdent, ont l'ait comprendre parmi les causes de réforme ou d'exemption du service militaire le favus et Falopécie post-favique : c'est là, ainsi que l'a fait remarquer Feulard, une des causes les plus efficaces de la persistance et de la propagation de la maladie, certains parents se gardant bien de traiter leurs enfants atteints de favus ou même cherchant à leur faire contracter la maladie dans le but de les empêcher d'entrer dans l'armée.

Diagnostic. — Le diagnostic du favus du cuir chevelu est facile, dans les cas où il se traduit par la présence des godets faviques : l'odeur dégagée par les malades et, si l'on éprouve quelque doute, l'examen microscopique des cheveux et des débris de godets permettent de le reconnaître sans cause d'erreur.

Mais, lorsque les godets manquent ou sont très peu apparents, on peut éprouver des difficultés sérieuses à reconnaître la nature de la maladie : sa longue durée, la présence de poils décolorés, d'aspect terne et poussiéreux peuvent alors mettre sur la voie de ce diagnostic et, une fois que l'idée en est éveillée, on le confirmera en recherchant la présence de godets minuscules, de cicatrices plus ou moins apparentes et en pratiquant l'examen microscopique des cheveux.

La tricliopJiytie et \a pelade, bien que partageant avec le favus la dénomination commune de teignes, ne peuvent guère être confondues avec celui-ci, tant leurs lésions sont différentes et s'écartent de l'aspect des godets et des cicatrices faviques.

Veczéirta, Vimpétigo du cuir chevelu, \q. phtJiiriase ne peuvent guère non plus prêter à la confusion : leur durée moins longue, l'absence de godets et de cicatrices permettent facilement d'éliminer le favus; il faudra cependant, dans certains cas, chez des sujets mal tenus, ne pas oublier que le favus peut se-'dissimuler sous les apparences d'un eczéma ou coexister avec la phlhiriase et qu'un examen attentif du cuir chevelu, après que les cheveux ont été coupés et la tête nettoyée, est parfois indispensable pour découvrir des lésions faviques peu étendues; dans ces cas, la longue durée de la maladie, l'aspect terne et décoloré que les cheveux présentent en certains points et qui contraste avec l'apparence normale des cheveux du voisinage, l'odeur de souris peuvent faire soupçonner un favus dont on constate la présence après que le cuir chevelu est débarrassé des cheveux et des lésions de toutes sortes qui le masquaient.

Certaines follicidites peuvent simuler le favus : l'alopécie qui leur succède peut être de tous points semblable à celle produite par le favus, et les pustules qui les caractérisent peuvent être prises pour des lésions faviques au début. L'examen microscopique des cheveux et des débris épidermiques permet seul parfois ce diagnostic différentiel souvent très ambigu, et encore l'examen doit-il être répété avec persévérance, car il est souvent difficile de découvrir un poil parasité.

Traitement. — Il est facile, au moyen de savonnages et de lavages ou de cataplasmes, de déterger les surfaces atteintes de favus et de les débarrasser des godets.

Ce traitement préparatoire doit être suivi de l'épilation de tous les cheveux

FAVUS. 65

malades et d'une zone de cheveiïx autour des régions atleinlos, ]a<juello pcrmol seule d'avulser les parasites d'une l'aeon complète et <rem|>(Vhor leur re(>uilulalion. Plus que dans aucune autre alîeclion parasitaire, l'i'pilation est assez souvent suivie dans le lavus de rollicnliles miliaires <[ii'ij est nécessaire de Irailer par des applications émollientes. L'épilation doit être répétée dès que les cheveux repoussent sur les parties épilées. On y joindra l'emploi de la pommade au turhith au id'-, dos hadig'oonnag'es à la teinture d'iode, dos savonnages répélés pour nettoyer la lète, et dos lolions avec une solution alcoolique de salol, ou avec la liqueur de van Swieten. Ce traitement devra être continué avec persévérance lant qu'il restera dos traces d'inHaninialion folliculaire et des poils malades.

Les enfants atteints de favus doivent être isolés des autres enfants pondant toute la durée de leur maladie, jusqu'à ce que la guérison absolue ait été constatée et confirmée par des examens répétés à plusieurs reprises de quinzaine en quinzaine.

FAVUS DES RÉCxfONS (1 LABRES

Sur les parties glabres, le favus peut se présenter, comme au cuir chevelu, sous la forme de godets jaunes, caractéristiques; mais ces godets sont plus disséminés et moins nombreux, et il est rare, sauf chez les sujets particulièrement insouciants et d'une intelligence très inférieure, de les voir se réunir en larges surfaces comme dans la teigne faveuse invétérée; leur ablation laisse une surface rouge sur laquelle peuvent repousser des godets analogues. D'autres fois, les godets sont moins nets, peu étendus, et la présence de l'achorion se manifeste principalement par la rougeur des téguments sous forme de petits anneaux ou de nappes irrégulières parsemées de squames blanchâtres ou jaunâtres.

Le tronc et les membres peuvent être le siège de ces lésions dont la guérison est facile en apparence, mais dont les récidives sont ordinaires, à échéances plus ou moins éloignées, et peuvent s'échelonner sur un nombre d'années considérable. Elles coexistent ordinairement avec des lésions semblables du cuir chevelu ol peuvent leur survivre.

Le diagnostic en est facile et repose essentiellement sur la coloration spéciale des godets et sur la recherche du parasite au moyen du microscope ; il no saurait présenter de difficultés qu'en l'absence de lésions semblables du cuir chevelu; et, en réalité, il suffit d'y penser pour le poser immédiatement.

Le traitement consiste dans l'enlèvement dos godets au moyen de catiiplasmes ou d'applications savonneuses et de lavages, et, après la chute des godets, dans les badigoonnages soit avec la teinture d'iode répétés tous les 4 ou à jours, soit avec une solution au 10'' d'acide chrysophaniquo dans le chloroforme, suivis d{^ badigoonnages avec la traumalicine.

EAl'US DES ONaLES

Le favus des ongles est peu fV<'M|uontot passe sounciiI inaperçu, conrondu avec diverses onychopathios mal déterminées.

Il accompagne ordinairement le favus du cuir (lioxclu. aii(|iiol il jtout survivre parfois pendant des annéc^s: consécutif à riiisoriion <lu para^ilo sous

TRAITK DK MlinKCIMC. 2" ('(Hl. — III. "•

[GEORGES THIBIERGE ]

m MALADIES (:utanp:hs.

Tonf^lc lors du gratlage des téf^umenls rccouverls de Cavus, il peul servir à son tour à transmettre la maladie à des portions de peau encore indemnes. Cependant il peut exister indépendamment de toute autre localisation favique. Fal)ry l'a observé aux ongles des orteils.

L'ongle atteint de favus prend un aspect irrégulier, parfois rocailleux; il présente une série de renflements et de nodosités et des taches d'un jaune soufre ou d'un jaune maïs qu'on aperçoit à travers les couches unguéales : il est soulevé en totalité plutôt qu'épaissi; d'autres fois, il est épaissi et prend l'aspect de la moelle de jonc; il peut être déraciné et relevé sur ses bords.

L'examen microscopique peut seul permettre de reconnaître la nature de ces lésions et encore l'achorion est-il, au niveau des ongles, difficile à distinguer du trichophyton, de sorte que le diagnostic repose surtout sur les antécédents ou sur la coexistence d'autres lésions manifestement faviques ou trichophytiques et mieux encore sur le résultat des cultures.

Le traitement consiste dans l'ablation de l'ongle malade, ou dans son grattage avec une lame de verre, après ramollissement par des cataplasmes ou des emplâtres; après ce traitement préparatoire, on fera des enveloppements avec des compresses imbibées d'une solution de sublimé au 500^ ou même au SGO^.

PITYRIASIS VERSICOLORE

Définition. — On donne le nom de pityriasis versicolore à une affection caractérisée par le développement de taches jaunes ou fauves, occupant de préférence le tronc et dues à la germination dans l'épiderme d'un champignon parasite, le microsporon fi(rfui\ découvert par Eichstedt en 1846.

Description clinique. — Les taches de pityriasis peuvent être de dimensions variées : tantôt très petites, punctiformes, tantôt plus larges et arrondies, ou plus rarement sous forme d'anneaux, elles se réunisssent le plus souvent en lacs irréguliers plus ou moins étendus à contours géographiques au voisinage desquels persistent des taches isolées. Leur coloration varie du jaune paille au brun café au lait en passant par les teintes jaunes rosées, et offre de grandes diversités suivant les sujets, suivant les points considérés, suivant que la peau sous-jacente est ou non congestionnée. Dans le courant même d'un examen, elle se modifie en raison des modifications que subit la vascularisàtion de la peau.

Ces taches semblent de niveau avec la peau adjacente ; cependant lorsqu'on les examine obliquement, on les voit faire une saillie très légère et uniforme, leur surface est lisse, ou légèrement farineuse. Jamais elles ne sont naturellement squameuses; mais, lorsqu'on cherche à les écailler avec l'ongle en les grattant un peu brusquement, on en détache facilement u i lambeau mince et mollasse qui laisse au-dessous de lui une surface brillante comme vernissée, non saignante. Le signe du coup cVongle a une valeur presque pathognomonique; il faut savoir cependant que, sur des lésions déjà anciennes ou chez des sujets qui ont pris récemment des bains répétés, on peut avoir quelques difficultés à le mettre en évidence.

PITVIIIASIS VERSICOLORE. 67

Los laclics peuvoiil siéger sur louLc la surface de la peau, sauf la main et le pied; mais elles occupent presque exclusivement les régions couvertes; leur siège d'élection est le tronc, particulièrement les régions sus-mammaire, intermammaire, scapulaire et interscapulair(;, où elles sont disposées avec une certaine régularité et une certaine symétrie; leur disposition rappelle la forme des vêtements de flanelle en contact avec la peau ; elle rappelle aussi la topographie des régions où la sécrétion grasse de la peau atteint son maximum, telle que l'a établie Arnozan ('). Le siège des lésions a une grande valeur au point de vue du diagnostic du pityriasis versicolore.

S'accompagnant d'un prurit léger ou nul, ne déterminant aucune lésion profonde de la peau, le pityriasis versicolore est une affection essentiellement persistante; une fois développée, elle se reproduit pendant des années : une guérison apparente, sous l'influence de divers agents externes, est suivie tôt ou tard de la réapparition de lésions semblables, par suite de la persistance de spores parasitaires au niveau de l'infundibulum pilaire oii les agents thérapeutiques ne les atteignent pas. Abandonnée à elle-même, l'affection persiste indéfiniment dans les mêmes régions et tend, en outre, à envahir des régions de plus en plus étendues; plus rarement, elle disparaît spontanément.

Description du parasite. — Le microsporon fur fur est facile à déceler : il occupe les couches cornées de l'épiderme, et pénètre peu dans le corps muqueux, de sorte qu'il suffit, pour constater sa présence, d'enlever, soit avec l'ongle, soit au moyen d'un canif, une squame au niveau des taches pityriasiques et de la porter sous le microscope après l'avoir simplement traitée par une solution de potasse à 40 pour 100, ou mieux après l'avoir, en outre, colorée à réosine,au violet de Paris ou à la thionine phéniquée. Sur la préparation écrasée avec une lamelle couvre-objet, on voit très facilement sans autre préparation des grappes ou des amas de spores reliés entre eux par des tubes. Les amas sont situés dans des fentes ou des loges résultant de la dissociation des cellules épidermiques. Les spores, dont le volume varie dans un même amas de 2 à 7 ix, sont arrondies ou aplaties, et rappellent un peu l'aspect des globules sanguins ; leur centre est occupé par un noyau volumineux et arrondi, enveloppé d'une très mince couche de protoplasma granuleux contenue dans une enveloppe cellulosique. Les tubes sont courts, peu flexueux, ou contournés en V, peu ramifiés, le plus souvent libres, isolés ou placés bout à bout ; on y trouve des noyaux correspondant à chaque cellule, semblables à ceux des spores et entourés d'une quantité de protoplasma ordinairement plus considérable que dans les spores (F. Balzer) {^).

Les poils ne sont jamais envahis par le parasite : celui-ci s'arrête au fond de l'infundibulum pilaire.

Le microsporon furfur est individualisé par les caractères morphologiques de ses spores et de ses tubes et leur disposition en grappes ou en amas. Grawitz a soutenu ({ue ce parasite était identique au trichophyton, à l'achorion, au parasite du muguet, à l'oïdium lactis, au mycoderma vini ; mais cette opinion n'a pas eu d'autres défenseurs.

Le nom de microsporon qui a été donné à ce parasite a trait uniquement

(') Arnozan, Do la répartition dos sôcroLions grassos normalos à la surface do la peau. Annales de Dermatologie, 1892, \). 1.

(-) F. B.\LZER, Sur l'hislologic des dcrmalophyles. Archives de jiInjsioL, 1880, t. II, p. 466.

IGEORGES THIBIERGE.-}

(i8 M,U.ADIES CUTANEES.

aux caracltires de la spore dams l'épiderme, mais m'implique aucune parente botanique avec le mici'osporoia Audouini de la teigne tondante.

La culture de ce cbampiginon a hié tentée sans succès par de nombreux Oibserva leurs. Spietschka (') est parvenu à oMenir sur milierux glycérines la Gulture d'un pai'asite cpii se présentait avec les mêmes caractères dan^les 12 cas dont il a fait d'étude exipéri mentale.

Étiologie. — H. Kôbner a montré que le parasite du pityriasis versd'colore peut être transmis aux animaux par inoculation et que l'incubation est toujours prolongée (environ quatre semaines). La clinique démontre que la contagion existe, mais n'est pas fatale, mêone après xin contact prolongé.

Il y a, e-n effet, comme pour tous les parasites, des conditions individuelles propres à certains sujets, qui en facilitent la germination. Le pityriasis versicolore s'observe surtout, d'une part, chez les tuberculeux, et, d'autre part, chez les sujets rentrant dans la classe des arthritiques nerveux et gras. Les troubles de la sécrétion sébacée, engendrés par l'arthritisme, par les aflections gastrointestinales, favorisés par des 'causes locales, telles que le port continu du gilet de flanelle, jouent nn rôle important dans le développement et la persistance du pityriasis versicolore : sa topographie habituelle le prouve suffisamment.

L'âge joue également un rôle, car le pityriasis ne s'obsei've qu'exceptionnellement avant ou après l'âge adulte.

Diagnostic. — L'aspect et la coloration des taches, le signe du coup d'ongle et, au cas où on conser\erait quelque doute, les résultats de l'examen microscopique très aisé des squames permettent toujours ée faire facil-ement le diagnostic du pityriasis versicolore. L'affection risque cependant dêtre méconnue, soit parce que le malade est examiné dans des conditions défectueuses d'éclaii'age, 'soit surtout parce qu'en présence de formes quelque peu anormales, et surtout de lésions peu étendues, on ne pense pas à elle et qu'on néglige d'en rechercher les signes caractéristiques.

Les hyperclwonmes consécutives à l'application de vésicatoires, celles de la grossesse et de la syphilis, etc., en diffèrent par leur coloration d'un brun plus foncé et plus uniforme et par leur disposition ou leur siège (la face dans le masque de la grossesse, le cou pour la syphilide pigmentaire), autres que ceux du pityriasis.

Les roséoles, et en particulier la roséole syphilitique, peuvent être simulées par le pityriasis versicolore ; naais celui-ci a toujours, au moins par places, une teinte jaune ou brunâtre, ses éléments sont moins réguliers de forme, moins uniformes de coloration et ordinairement plus cohérents que ceux de la roséole.

Le pityriasis rosé a une marche cyclique, une disposition régulière sur le thorax; ses éléments sont de dimensions variées, un grand nombre affectent une forme circulaire ou en médaillon qui est rare dans le pityriasis versicolore : au centre de ces médaillons, l'épiderme a un aspect plissé caractéristique.

Uérythrasma est localisé aux plis inguinaux et axillaires, ses éléments sont plus larges, réunis en placards continus, d'une coloration brune plus rouge que ceux du pityriasis.

h'eczéma séborrhéique des régions médianes du Ihoni.r a (h\'^ localisations plus

(') Spietschka, Untersuchungen ûber das Microsporon ruifur. Anh. f. Devmut. i. WWW, p. (55.

ÉRYTHRASMA. 69

stricles que le pityriasis ; ses éléments sont régulièrement arrondis, bordés par une zone rouage plus foncée, régulièrement in<,'isée en dehors^.

Traitement. — Le siège du parasite dans les couches les plus superficielles de répiderme permet de déterminer sa chute par l'emploi des substances qnii amènent une exfoliation épidermique rapide : mais, d'autre part, la persistance du parasite au niveau de l'infundibulum pilaire permet sa r('|)iillnlation après guérisoû apparente.

Les badigeonnages de teinitnre- é'iode, mais mieux encore les frictions de savon mou de potasse (savon noir), de savons à l'ichthyol, au naphtol, au soufre, au goudron ou à la pierre ponce, sont les meilleurs procédés d'exfoliatioEi épidermique. On y joindra les applications de pommade soufrée au 10^, a-dditionnée de I pour 100 d'acide salicylique, les applications de pommade au turbilh, et les bains sulfureux répétés pendant plusieurs semaines après la guiérison appareitte.

On lera désinfecter les vêtements portés par les malades et on ne négligera pas les traitements internes nécessités par l'état constitutionnel des malades et les troubles digestifs.

ÉRYTHRASIVSA

Définition. — On donne le nom d'érythrasma à une affection occupant le plus ordinairement les régions inguinales, constituée par des placards rouges ou bruns et due à la présence d'un pairasilje s-péeia'l, le micrusporon mimitissimuiii.

Description clinique. — Ne donnant lieu à aucun prurit ou seulement à une démangeaison insignifiante, l'érythrasma est déconrert le plus souvent par hasard, à l'occasion d'une affection dilïérente. Il se présente sons la forme de placards variant de l'étendue d'une pièce de 5 francs à celle de la paume de la main, à contours nets, mais déchiquetés et incisés irrégulièrement, environnés êe petits îlots disséminés, arrondis, qui se réunissent aux placardis principaux pour accroître leurs dimensions ; la coloration des placards et des îlots est rougeâtre ou brun terne ou café au lait, comme saupoudrée de farine; fépiderme est souvent finement plissé, et donne au toucher une sensation onctueuse.

Les placards d'érj^-tlTra-sma siègent le plus souvent dans les régions inguînoeruraltes, où ils occupent sur une égale étendue les deux surfaces cutanées adossées ; on les voit encore aux creux poplités, aux creux axillaires, aux plis des coudes, en un mot dans tous les plis de flexion, plus rarement sur les segments intermédiaires des membres, jamais sur les régions découvertes.

Persistant pendant des années, ils semblent ne jamais disparaître spontanément ; parfois ils présentent pendant un certain temps une marche aiguë et des caractères inflammatoires plus prononcés.

Description du parasite. — Sur des squames détachées par le grattage

IGEORGES THIBIERGE.J

et colorées soil au violcl d'aniline ou de gentiane, soil à Féosine à Talcool, le microsporon minutissimum est constitué par des tubes longs et flexueux, rarement ramifiés, mais contournés et enchevêtrés de façon à former un véritable feutrage ; les tubes ne sont pas continus, mais divisés en segments placés bout à bout et séparés par un espace clair: ils sont quelquefois moniliformes ; de nombreux amas de spores très fines et un peu inégales sont mêlés au mycélium.

Le microsporon siège uniquement dans la couche cornée de l'épiderme.

Ce parasite, décrit par Burchardt, v. Bserensprung, Kôbner, Balzer, comme propre à Férythrasma, a été rencontré sur la peau saine et considéré par Bizzozzero comme un parasite normal. Balzer et Dubreuilh (*), qui ont constaté, sur la peau, en l'absence de lésions de Férythrasma, au moyen de l'examen microscopique, la présence d'un parasite semblable au microsporon minutissimum, font remarquer que jamais ce parasite n'est aussi abondant qu'au niveau des placards d'érythrasma : aussi est-il difficile de contester son rôle dans la production de cette affection. Ducrey et Reale(^) ont obtenu, sur des milieux très nombreux et en particulier sur la pomme de terre, des cultures pures de microsporon dont l'inoculation à l'homme a donné des résultats positifs. Les cultures leur ont permis de distinguer 5 variétés différentes de microsporon, mais ils n'ont pu déterminer s'il s'agissait de variétés fixes ou de faits de pléomorphisme.

Étiologie. — L'érythrasma est beaucoup plus fréquent chez la femme que chez l'homme ; il s'observe surtout chez les sujets gras et presque exclusivement chez ceux qui ont dépassé 50 à 55 ans.

Diagnostic. — Vérythème intertrigo diffère de l'érythrasma par sa rougeur plus vive, son humidité, le prurit souvent très vif qui l'accompagne.

L'eczéma s'accompagne également d'une exsudation liquide, ses placards ne sont pas plissés; ses éléments sont vésiculeux; sa ténacité est moindre que celle de Férythrasma, il y a presque toujours du prurit à un degré quelconque.

Les tricJiophyties, avec lesquelles quelques auteurs confondent encore aujourd'hui l'érythrasma, ont une évolution plus rapide, les cercles sont plus, larges, légèrement vésiculeux à leur périphérie, leur centre n'a pas la coloration brune et l'apparence plissée de Férythrasma ; l'examen microscopique permettrait la différenciation des deux affections dans les cas douteux.

Traitement. — Les applications de teinture d'iode, de pommades soufrées et salicylées, les frictions avec du savon noir, sont les moyens les plus efficaces contre l'érythrasma, de même que contre le pityriasis versicolore ; leur usage doit être longtemps prolongé en raison des récidives faciles de la maladie. Le malade doit éviter le contact des vêtements de laine et, après guérison, faire désinfecter ses vêtements.

(*) Balzer et Dubreuilh, Observations et recherches sur l'érythrasma et les parasites de la peau à l'état normal ; Annales de Derm. 1884, p. 5^7 et 661.

(*) Ducrey et Reale. Contribuzione allô studio delFervlbrasma, ricerchc cliniche e sperimentali. Naples, 1895.

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