ERYTHEMES DES NOUVEAU-NÉS
La peau des nouveau-nés est exposée aux contacts irritants de l'urine et des matières fécales, que la délicatesse, l'imperfection de son revêlement épidermique incomplètement kératinisé et longtemps macéré dans la cavité utérine ne lui permettent pas de supporter sans réaction inflammaloire. L'intlammation ainsi produite revêt des aspects cliniques variables, mais dérivant tous du type érythémateux.
Description clinique. — Laïorme la plus simple de ces érylhèmes consiste en une rougeur {érythème simjyle) plus ou moins vive : d'abord peu accusée, ne s'accompagnant d'aucune modification apparente de lépiderme, qui conserve son aspect velouté, cette rougeur, souvent ponctuée par places, prend chez les enfants athrepsiés un ton plus foncé, livide, rappelant celle de la cerise très mûre; en même temps que la rougeur s'accuse, l'épiderme devient brillant et
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comme vernissé, scml)le prèl à former des érosions étendues, ou même disparaît complètement, laissant des surlaces suintantes sur lesquelles on voit par places des excoriations plus profondes.
L'érylhème simple occupe le plus souvent les plis inguinaux, où il nCsl pour ainsi dire pas un nouveau-né qui n'en présente quelque degré. Lorsqu'il allciul quehjue intensité, on le voit occuper les fesses, la réoion lomljaire, la face postérieure des cuisses et des jambes, le périnée, le pourtour de Tanus, les organes génitaux. Il peut s'étendre davantage, envahir toute la partie inférieure du tronc, les membres inférieurs dans toute leur étendue. Plus rarement il se généralise presque entièrement.
Fréquemment, sur le fond érylhémateux se développent des vésicules (érythème vésiculeux) acuminées, peu saillantes, remplies de liquide séreux ou un peu louche; ces vésicules éphémères laissent après leur rupture des érosions arrondies, à bords nets, à fond rouge, à contour parfois jaunâtre ou grisâtre, qui se réunissent souvent en groupes à bords polycycliques ou arrondis pouvant atteindre la largeur d'une lentille.
Ces vésicules et les ulcérations qui leur succèdent peuvent occuper toutes les parties du corps qui sont le siège de l'érythème simple. On les observe surtout sur les fesses, la partie postérieure des cuisses et des jambes. Les ulcérations sont surtout prononcées sur les parties saillantes, aux fesses, au niveau des talons, aux organes génitaux et dans les plis de l'anus dont elles occupent le sommet.
Les érosions et ulcérations se cicatrisent généralement en peu de jours, se rétrécissent progressivement en laissant après elles une macule qui ne tarde pas à disparaître ; chez les enfants déjà cachectiques, elles deviennent de plus en plus profondes et iDcrsistent jusqu'à la mort.
Dans quelques cas dont l'évolution a été bien étudiée par Jacquet ('), les érosions de l'érythème vésiculeux ou du moins quelques-unes d'entre elles deviennent bourgeonnantes, forment une saillie arrondie très aplatie ou hémisphérique, excoriée, luisante, légèrement suintante, entourée d'un plissement épidermique fin et rayonné. Cet érythème papuleux post-érosif avait été à tort rapporté par Parrot (^) à la syphilis et appelé par lui syphilide lenticulaire. Ses sièges de prédilection sont les mêmes que ceux de l'érythème simple ou vésiculeux auquel il succède.
Il convient de décrire ici une forme très spéciale d'érythème infantile, dont les causes ne sont pas déterminées et dont les relations avec les autres formes d'érythème ne sont pas établies; cette affection décrite sous les noms d'érythème papuleux vacdniforme(^), de vaccino-syphiloïde infantile (''), d'herpès vacciniforme, est caractérisée par des saillies papuleuses arrondies, déprimées à leur centre qui est parfois recouvert d'une croûtelle ou exulcéreux, de coloration grisâtre et d'aspect couenneux à la périphérie entourée d'une bordure rouge. Cette affection, qui disparaît sans laisser de cicatrices, siège aux régions génitocrurale et fessière, principalement au sommet des larges plis de la peau de la région crurale et sur le bord libre des grandes lèvres.
Étiologie. — Les formes légères d'érythème peuvent s'observer chez des
(') L. Jacquet, Des syphiloïdes posl-érosives. Thèse de PariS; 1888. - (-) Parrot, La syphilis héréditaire. Paris, 1886. p. 59.
(^) E. Besxier, Syphilis infantile (syphilides et syphiloïdes). Bulletin médical, 1887, p. 490. (*) A. FouRNiER, Vaccino-syphiloïde du jeune çnïani. BuUelin jne'dtcrt/. 26 janvier 1891, p. 83.
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nouveau-nés bien |)oilaiils, bien noui-ris, n'nyanl aucun (rouble digesliC ou simplement une diarrliée passagère et sans gravité.
Les formes plus intenses ne s'observent guère que chez des enfants mal nourris, allirepsiés, atteints de diarrhée verte, c'est-à-dire dans les condilions où s'observe le muguet; aussi avaient-elles été attribuées à ce dernier iv.r Valleix. '
Outre les condilions défectueuses de la sanlé générale qui les favorisent d les condilions parliculières de mauvaise résistance de la peau des nouveaunés, il laut faire une part importante dans la production de ces érylhèmcs aux- causes locales : l'action des garde-robes vertes, acides et irritantes pour la peau, l'action de l'urine agissant à la fois par sa qualité de liquide produisant la macération de l'épiderme, et par sa composition chimique normale ou anormale (concentration par suite de la diarrhée, décomposition sous l'influence de la chaleur), le contact de linges trop rudes, la chaleur causée par l'enveloppement dans des étoffes de laine trop épaisses et superposées en trop grand nombre; toutes ces causes agissent d'autant plus activement que les soins de propreté sont plus espacés et exécutés avec moins d'attention. Aussi est-ce surtout chez les enfants pauvres que ces érythèmes sont observés.
Anatomie pathologique. — Les lésions des érythèmes infantiles consistent dans une hyperhémie vasculaire, principalement dans une hyperhémie veineuse (Parrot); dans les vaisseaux on trouve des thromboses de leucocytes en déo-énérescence hyaline décrites par Menahem Hodara(*); aux lésions vascufaires s'ajoutent des altérations plus profondes surtout bien décrites par ce dernier auteur.
Les diverses couches épidermiques sont atteintes : il y a un œdème de la couche granuleuse et d'une partie de la couche épineuse, œdème à la fois intérêt intra-cellulaire. Le derme est le siège de lésions plus ou moins considérables suivant les cas, consistant en une prolifération embryonnaire, laquelle porte surtout I sur la couche papillaire; les papilles sont proliférées et bourgeonnantes, ce qui explique la transformation papuleuse de certains éléments de cet érythème.
Diagnostic. — Les érythèmes des nouveau-nés peuvent être confondus avec des poussées eczémateuses, avec des éruptions sudorales. Mais la confusion la plus à redouter est celle qui peut faire croire cà l'existence de syphilk/es papuleusesou ulcéreuses' lorsque l'érythème est localisé aux organes génitaux ou à l'anus et s'accompagne d'érosions ou de prohfération papuleuse. La syphilis ^e distingue de ces formes d'éry thème par le caractère plus nettement papuleux de ses lésions, par leur coloration plus foncée et tirant sur le brun, par leur siège dans la profondeur plutôt qu'à la partie saillante des plis de l'aniis, par la présence de lésions syphilitiques en d'autres régions de la peau et sur la muqueuse buccale, par l'augmentation de volume du foie et de la rate, pail'état général et le faciès de lenfant. Il est cependant des cas où les syphihdès sont localisées dans une seule région, et où le diagnostic présente les plus grandes difficultés : aussi, en cas de doute, doit-on suspendre l'allaitemenl de l'enfant s'il a une nourrice et réserver le diagnostic: Tobservalion ultérieure
(') Menauem Hodara, Beitrag zur Histologie des Erythema crluleale der Kindor Un»n/ h /-. /)mfr<. Z)erma<., 1898, t. XXVI. p. 7.25. "'uci. .wo«a^s/,.
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pennclli'a de voir si les lésions se l'éparenL rapideincnl sous rinducncc des soins de propreté, comme cela a lieu pour les éruptions indépendantes de la syphilis.
Traitement. — Chez les enfanis atteints d'érvthème, on doit d'ahord traiter les troubles digestifs qui peuvent exister, régulariser l'alimentation, etc.
Localement, on doit proscrire les couvertures trop épaisses et trop cliaudes, faire entourer l'enfant de linges de toile souples, fins ou déjà un peu usés; l'enfant doit, à moins de contre-indication spéciale, être baigné une ou deux fois par jour dans l'eau d'amidon ou de son, lavé, chaque fois qu'il s'est sali, avec de l'eau boriquée tiède, ou, si les selles sont acides, avec une solution de bicarbonate de soude au l/SOO"^; après chaque lavage, fait avec de l'ouate hydrophile, l'enfant est essuyé doucement, sans frotter, puis poudré avec de la poudre de talc, de carbonate de magnésie, d'oxyde de zinc, de sous-nitrate de bismuth, de préférence à la poudre d'amidon qui pourrait fermenter. Ces soins, en y ajoutant l'interposition, dans les plis, d'une couche d'ouate hydrophile ou d'un linge fin enduit de poudre, suffisent à guérir en peu de jours le plus grand nombre des érythèmes simples. L'emploi des pommades, même de la vaseline pure, doit être rejeté, en raison de l'irritation qu'elles provoquent souvent.
Dans les érythèmes vésiculeux et ulcéreux, le traitement précédent est encore préférable dans la plupart des cas, à condition qu'il soit fait avec beaucoup de régularité et de soin. Dans les milieux hospitaliers, pour éviter les infections, il sera bon de donner tous les 2 ou 5 jours un bain au subhmé au 1/8000'^ ou de faire des lavages avec la solution de sublimé au 1/iOOO'^.
Parfois, lorsque l'irritation est très vive, on peut se trouver bien d'appliquer temporairement des cataplasmes de fécule de pommes de terre.