COMMEXT OX PEUT ÉVALUER L'ACTIVITÉ DE LA XUTTUTIOX
Dans une étude lue devant l'Association pour l'avancement des sciences, à Bordeaux, en 1895, X. Arnozan a examiné comment on pourrait déterminer le type de la nutrition normale et différencier celle-ci de la nutrition ou des nutritions pathologiques.
Il a montré d'abord comment les recherches contemporaines ont modifié, sur plusieurs points, l'idée trop simple que les médecins du commencement de ce siècle s'étaient faite de la nutrition.
La connaissance du rôle dévolu au système nerveux pour régulariser, par son pouvoir vaso-moteur, l'irrigation sanguine dans chaque organe, et même pour exciter ou modérer, par une action trophique, les activités nutritives de nos éléments anatomiques, a enlevé à la nutrition « le caractère trop exclusivemeni physico-chimique qu'elle avait gardé jusqu'alors ».
On croyait l'animal seulement capable d'opérer dans les substances chimiques des métamorphoses régressives, pour rendre au monde minéral les matériaux (■ue les végétaux ont transformés en substances organiques. On sait maintenant que l'animal peut opérer « certaines synthèses » et qu'il peut tirer des aliments qui lui sont fournis les principes immédiats dont il a besoin, alors que ces principes n'y préexistent pas. Flourens engrais.sait un ours avec du pain. Voit el Pettenkoffer ont engraissé des oies avec de la viande ; les diabétiques, nourris exclusivemeni de viande, fabriquent encore du sucre.
On admettait que la nutrition consistait uniquement en une combustion de nos tissus par l'oxygène puisé dans l'atmosphère par la respiration, et que l'eau, l'acide carbonique et l'urée représentaient le terme le plus parfait de l'oxydation des matières hydrocarbonées, grasses ou azotées de l'organisme, ^lais A. Gautier, ayant constaté que l'eau, l'acide carbonique et l'urée éliminés chaque joui' contiennent en poids 1/5^ en plus d'oxygène que le poids d'oxygène introduit par la respiration, a montré que cet excès d'oxygène provient non pas des oxydations, mais de dédoublements fermentatifs; nos cellules, fonctionnant comme anaérobies, enlèvent l'oxygène aux éléments liquides ou solides qui les entourent .
Les travaux contemporains ont encore montré que le sang n'est pas le seul distributeur de matériaux nutritifs aux organes, mais que chaque glande, peutêtre chaque organe, fabrique des substances nécessaires à la nutrition de tout l'organisme ; on sait depuis Cl. Bernard que le glycogène accumulé dans le foie est cédé peu à peu par lui au fur et à mesure des besoins de l'organisme ; mais depuis Brown-Séquard et ses recherches sur les sécrétions internes, on a appris que le pancréas sécrète, outre le ferment digestif, un ferment qui, versé dans le
OU'EST-CE OUE LA NUTRITION? 'JSl
sang, conli'ihucà r*''g'ulai'is('r la consommation du suci'f, — (j[ue le corps Ihyroïdc Tabricjiic une snijslanco indispensable à la croissance du corps, an fonclioniiemeid du sysième nerveux et à la nulrilion en g'énéral ; — (juc la niiliilion de certaines parties du s([uelellc est probablement sous la dépendance du coi[)s j)ituilaire, puiscjuc les altérations de celui-ci entraînent Tacromégalie.
Enfin nos divers organes fabriquent aussi des j)roduits toxiques pour l'organi.sme et qui doivent être sans cesse ou détruits, décomposés, neutralisés dans l'organisme, ou expulsés par les sécrétions.
Quels moyens avons-nous d'apprécier si les diverses phases de la nutrition s'accomplissent normalement? L'examen physique des organes ne permet guère de pri'juger de leur fonctionnement. L'étude biologique et chimique des sécrétions et excrétions est précieuse. Malheureusement le dosage de ce qiii est éliminé par le poumon, la peau et l'intestin n'est pas encore réalisé d'une façon jira tique. C'est l'analyse des urines qui a jusqu'ici rendu le plus de services. On sait qu'un adulte de taille moyenne, soumis à un régime mixte, doit rendie par jour en moyenne 1500 grammes d'urine contenant '25 à 50 grammes d'urée, un peu plus de 5 grammes de chlorures, un peu moins de 2 grammes de phosphates et de sulfates, qu'il y a lieu de tenir compte des variations dans la proportion relative des substances minérales, de rechercher le coefficient d'oxydation (A. Robin), les produits incomplètement oxydés, de déterminer le coefficient uro-toxique (Bouchard). On s'est efforcé de trouver dans l'urine les nombreux poisons normaux ou pathologiques formés au sein de l'organisme et qui doivent s'en échapper par la voie rénale; mais cette analyse, fût-elle poussée plus loin que ne l'ont encore permis les connaissances chimiques actuelles, ne saurait nous renseigner sur les produits fabriqués par la nutrition de certaines cellules et détruits par d'autres cellules au sein même de l'organisme. « Quel est le suc surrénal qui empêche le dépôt des granulations de pigment dans l'épiderme? Quel est le suc pituitaire qui, à l'état normal, régularise la nutrition des extrémités? Quel est le suc orchitique ou ovarien qui conserve à chacun les attributs intellectuels et vocaux de son sexe? » (Arnozan). On doit encore explorer par tous les moyens possibles les diverses fonctions physiologiques pour en induire la régularité de la nutrition. « Tout sujet dont la nutrition est normale devra avoir le plein et parfait fonctionnement de ses organes : bien respirer, bien digérer, avoir des mouvements souples et faciles, se maintenir dans un bon équilibre au point de vue du froid et de la température et n'avoir aucune sensation fâcheuse de malaise. »
Quant aux troubles de la nutrition, ils sont très nombreux. M. Bouchard nous a fait connaître les caractères de la nutrition retardante. Mais toutes les perversions nutritives héréditaires, toutes les intoxications, toutes les infections créent des perturbations spéciales des échanges nutritifs.
M. Hénocque (') a utilisé sa méthode d'hématospectroscopie pour reconnaître l'activité des échanges entre le sang et les tissus au point de vue de l:i consommation d'oxygène, d'après la durée de la réduction de l'oxyhémoglobine.
M. Chiaïs (-) s'appuie sur ce principe qu'un organisme en état de nutrition normale utilise les aliments suivant un mode physique et un mode chimiqu(>. toujours les mêmes.
(') Assoc. pour l'av. des se, Bordeaux, 1895. (-) Eodem loco.
[P LE GENDRE
On reconnaît, dil-il, que le mode physique de la nutrition est normal aux caractères suivants :
1° L'absorption, la circulation inlra-cellulairc et Télimination de l'eau sont rapides : on le constate au pèse-urine et au volume des urines comparé au volume des liquides ingérés; après les repas, l'urine a une très faible densité; l'élimination quantitative pendant les douze heures diurnes est supérieure d'un tiers à l'élimination quantitative des douze heures nocturnes;
2" La voie rénale élimine dans les vingt-quatre heures plus d'eau qu'il n'en a été pris en boisson. De ces deux faits, le plus important pour établir si la nutrition est normale, c'est l'élimination rapide de. l'eau après le repas; car les artério-scléreux éliminent très souvent par les reins plus d'eau qu'ils n'en ont pris en boisson, mais ils en éliminent peu le jour et beaucoup la nuit; leur urine du jour est à densité élevée, leur urine de la nuit à faible densité.
Dans la nutrition normale, l'élimination quantitative des chlorures est, pour vingt-quatre heures, de 12 à 14 grammes, variant peu d'un jour à l'autre.
Voici les caractères du mode chimique normal de la nutrition.
1° Les produits ternaires d'origine alimentaire, aussi bien que ceux qui sont d'origine intra-organique, n'apparaissent dans l'urine qu'en quantité inappréciable; ils sont réduits en eau et en acide carbonique; 2° les produits quaternaires n'apparaissent dans l'urine qu'en très faibles quantités, qu'on ne peut constater qu'en traitant l'urine par l'alcool absolu; ce sont les néphrozymases. Les matières quaternaires d'origine alimentaire sont réduites totalement en eau, acide carbonique, urée, acide urique, créatine, créatinine, etc., phosphates, sulfates, chlorures. Les divers résidus de la réduction intra-organique des albuminoïdes sont entre eux au rapport de quantité à peu près constant et ils restent dissous en totalité dans l'urine excrétée. Les excréta de la nutrition normale ramenés au kilogramme de matière vivante donnent, pour l'urée, de 55 à 45 centigrammes; pour l'acide phosphorique, de 4 à 5 centigrammes; pour l'acide urique, de 8 milligrammes à 1 centigramme; la somme totale des solides urinaires, de 80 centigrammes à 1 gramme. Les variations quantitatives journalières sont très faibles, tant que les conditions de milieu extérieur restent égales. S'il se produit des variations quantitatives absolues, les variations quantitatives relatives ne sont pas modifiées.
M. Maurel (') fait résider le critérium d'une bonne nutrition dans la quantité minima d'urée excrétée sans perte de poids du sujet. Cette quantité est, pendant les chaleurs de l'été de nos climats, de 25 centigrammes environ par kilogramme de poids. Cette quantité d'urée est constante pour une même ration d'entretien et sensiblement équivalente chez des organismes du même âge placés dans les mêmes conditions d'existence; mais la température ambiante plus froide nécessite une ration d'entretien plus forte. Avec une nutrition normale les phosphates représentent le 1/10 de l'urée (25 milligrammes par kilogramme) et l'acide urique ne doit pas dépasser le 1/50 (5 milligrammes).
M. Maurel considère la nutrition comme une fonction régulière et uniforme, s'accomplissant d'après les mêmes lois chez tout le monde. L'état dune bonne ou mauvaise nutrition exerce sur tous les organes et tissus l'action la plus importante, et pour faire disparaître beaucoup de troubles pathologiques il suffit de ramener la ration alimentaire à la quantité convenable. Or
(') Assoc. pour l'av. des se, Bordeaux, 1895.
gU'P:ST-GE OUE LA NUTHiriON? 283
M. Maurol admet trois rations : celles (rentrclieii, de travail et de croissance.
La ration d'enlreiien correspond à la vie ordinaire des adultes (professions libérales); elle doit être fixée dans les climats tempérés et pendant les saisons intermédiaires à lg'',r)0 (par kilogramme de poids) de substances azotées et à ('» grammes de substances hydrocarbonées; c'est-à-dire, pour un homme, de ()0''^',90 de substances azotées et oOO grammes d'hydrocarbonées. Pendant Thivei" et dans les pays froids, les azotés doivent être portés à U'',lo et même 'i grammes, les hydrocarbonés à 7 et 8 grammes. Pendant l'été de nos climats, il faut abaisser les azotés à U'\'2t) et les hydrocarbonés à 5 grammes. Dans les pays équaloriaux, il faut môme descendre à 1 gramme les azotés et à i grammes les hydrocarbonés.
La rafinn de travail nécessitée par les travaux manuels peut être calculée en augmentant les azotés de 1/iO et les hydrocarbonés de i/o.
Si Ton doit condamner au repos absolu un organisme en pleine santé, comme dans le cas de fracture ou d'internement, on devra diminuer dans la même proportion la ration d'entretien, les azotés de 1/10, les hydrocarbonés de i/o.
Pour rétablissement de la ration de croissance, il faut tenir compte de ce fait que pendant l'allaitement les azotés sont aux hydrocarbonés comme 40 est à 70 ; il ne pourrait être sans inconvénient de faire passer sans transition l'enfant de ces proportions à celles de l'adulte, qui est comme 1 à 4 (l8'',50 et 6 grammes). Il y a donc lieu de faire dans la ration de l'enfant et de l'adolescent une plus large part aux azotés, de manière à n'arriver que graduellement aux proportions de l'adulte.
Il faut encore, pour que la nutrition soit bonne, que l'organisme ait à sa disposition une quantité d'oxygène suffisante pour les oxydations. Or, certains adolescents à poitrine étroite, à respiration vicieuse, à hypertrophie amygdalienne, sont en hypohématose. Les recherches de M. Maurel l'ont convaincu que, pour qu'un thorax puisse fournir à un organisme une quantité d'oxygène suffisante, il faut que sa section au niveau de l'articulation sterno-xyphoïdienne ait 8 centimètres carrés par kilogramme de poids : (pour un homme de 60 kilogrammes, section thoracique de 480 centimètres carrés). Il faut élargir par des exercices respiratoires les thorax insuffisants.
Enfin une bonne nutrition requiert un nombre suffisant d'hématies pour véhiculer l'oxygène respiré, et pour ces hématies une richesse suffisante en hémoglobine. Dans nos climats et pour les professions manuelles, soit 5 000 000 de globules normaux; dans les températures élevées et pour les professions libérales, 4 500 000 suffisent.
Donc la pesée, l'hématimétrie avec la chromométrie, l'hématospectroscopie d'Hénocque, l'analyse des urines et la statigraphie métrique, sont les procédés pratiques dont on peut disposer, suivant INI. Maurel, pour apprécier l'état de la nuti'ition.
coxsidi'::rations sur L'état statique du corps
Mais personne n'a apporté dans l'étude de l'évaluation de l'intensité de la nutrition des idées aussi neuves que M. Bouchard, et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire intégralement plusieurs de ses publications sur ce sujet.
[P. LE GENDRE
'28i GÉNÉRALITÉS SUR LA NUTRITION ET LES PRÉDISPOSITIONS MORBIDES.
« La préoccupation, dit-il ('), de ce qui concerne la nutrition s'est introduilc dans l'esprit du médecin, et les investigations relatives aux modifications du poids du corps et aux proportions des matériaux excrémentitiels occupent luw place importante dans l'exploration clinique.
« On pèse ses malades, on les interroge sur la fréquence, l'abondance, !a consistance des évacuations alvines. On commence à doser fjuelques-uns des éléments de la respiration; mais ce qu'on fait aujourd'hui couramment el presque universellement, c'est l'analyse quantitative des urines.
« On fait le dosage d'un assez grand nombre des substances qui s'élimineiil par les reins et on pousse l'approximation jusqu'au milligramme. Il est entendu que de telles minuties dans l'analyse n'ont de valeur que si le liquide qu'on examine représente bien exactement la totalité de ce qui a été sécrété dans un temps donné, de préférence dans une période de vingt-quatre heures, période qui se renouvelle incessamment, toujours la môme, avec ses phases régulières consacrées à l'activité corporelle, à l'alimentation, au repos, au sommeil. Enlin, on pense que la comparaison entre l'individu dont on étudie les métamorphoses nutritives et l'homme normal ne laissera rien à désirer si l'on arrive à établir quelle quantité de chaque substance a été élaborée dans l'unité de temps et par l'unité de poids, par chaque kilogramme de poids vif.
« La prise en considération de chacun de ces éléments d'estimation a marqué un progrès. Mais on se tromperait étrangement si l'on pensait que 1 kilogramme d'un individu est semblable à 1 kilogramme d'un autre individu. Un homme ordinaire a comme composition moyenne de 1 kilogramme de son corp.^ : 160 grammes d'albumine, 150 grammes de graisse, 660 grammes d'eau et 50 grammes de cendres. Chez un autre homme très obèse, chaque kilogramnu' est ainsi composé : albumine, 78 grammes; graisse, 575 grammes; eau, 325 grammes; cendres, 24 grammes. Quand on voudra comparer la vie et les produits de la vie dans ces deux masses de matière vivante qui ont égal poids, comment ne pas tenir compte de ce fait colossal que l'une d'elles contient deux fois moins d'albumine que l'autre, deux fois moins de cette substance dont le.-^ composés possèdent seuls la vie et etTectuent seuls les métamorphoses dont on cherche les reliquats aux émonctoires ?
« Si le kilogramme ne peut plus être considéré comme l'étalon des mesures anthropométriques, faut-il retourner en arrière, ne plus considérer que l'homme dans son ensemble? On le pourrait si la substance agissante était en même quantité chez les différents hommes, si le poids de l'albumine était le même chez tous; encore ne faudrait-il compter que l'albumine fixe. On pourrait alors attribuer aux variations de l'activité de cette matière, quand elle est figurée et vivante, les différences constatées dans les produits de son élaboration. Mais deux hommes absolument normaux et, comme je le montrerai plus tard, conslitués suivant le type moyen, avec la même proportion dans les matériaux qui les composent, peuvent avoir comme partie constitutive essentielle de leur corps, l'un 10 kilogrammes, l'autre 12 kilogrammes d'albumine. Il suffit pour cela que l'un soit petit, ait l'",50 de taille, et que l'autre soit grand, ait 1"\80.
« La notion du poids ne doit donc pas être rejetée, mais on entrevoit la nécessité de tenir compte de la taille, parce que la taille est un des éléments qui font varier la composition du corps et la quantité absolue de la substance active
(•) Leçons professées à la Faculté de Médecine de Paris en 1897 {Semaine médicale).: .
([iii s'y trouve. La (aille et le poids nous aidei-ont à connaître la quantité abso lue de cette substance active-, à la condition qu'on connaisse la proportion des substances consli!uli\('s ducorps, à la condition qu'on possède une méthode (|ui permette d'estimer le rapport entre l'albumine, la graisse et l'eau. Or, je pense que nous soaunes en possession d'une telle méthode.
« Mais il ne sulTit pas encore de savoir quelle masse de matière agissante il y a dans le corps, il importe de savoir mesurer l'inlensilé des excitations qui provoquent son action et (jui la provoquent non d'une façon intermittente et fortuite, mais ({ui la mellent en jeu d'une façon continue^ indépendante des variations extérieures, d'une façon pour ainsi dire constitutionnelle^ c'est-à-dire liée à l'architecture même du corps. C'est dire que cette excitation des actes nutritifs, nous ne la rechercherons ni dans la nature, ni dans la quantité des aliments, ni dans l'intensité du travail musculaire. Je louche là incidemment à un point qui mérite éclaircissement et dont je veux dire quelques mots avant d'aller plus loin.
« On a dit et on a admis pendant longtemps que l'augmentation des ingesta organiques accroît l'intensité des mutations nutritives; que plus on prend d'aliments^ plus on en digère, plus on en absorbe et plus on en détruit.
<■<■ L'augmentation de l'urée et des autres matériaux azotés de l'urine à la suite de l'ingestion d'une plus forte proportion de viande a fait illusion. Quand on augmente la masse des aliments azotés, tout ce que le tube digestif en peut digérer est absorbé; une partie de ce c/ui est absorbé passe dans les cellules et l'épare leurs pertes : c'est la part qui devient substance vivante, part qui, pour un même individu, à une même période de son existence, ne parait pas soumise à de grandes variations, sauf dans le cas d'inanition ou de maladie. Une autre part de la matière azotée qui a été absorbée ne s'assimile pas, ne devient pas substance constitutive des cellules; elle circule et, dans ses circuits, elle subit à proximité des cellules, peut-être en traversant certaines d'entre elles, des transformations destructives qui ne sont pas désassimilatrices, parce que, à l'inverse de la part précédente, celle-ci n'a pas été assimilée, elle se détruit sans avoir vécu. Mais cette destruction n'est pas complète et elle se fait d'abord sans oxydation, plutôt avec réduction, à la faveur de Vhydratation. C'est ce que A. Gautier a exprimé dans sa formule hypothétique des transformations régressives de l'albumine, où une molécule d'albumine, s'unissant à vingt molécules d'eau, se décompose en deux groupes de substances : les unes, azotées, consistent en sept molécules d'urée, trois de glycocolle, une de taurine ; les autres, non azotées, sont représentées par cinq molécules de glycogène, une de rliolestérine, six A'iiydrogène.
«. Dans ce premier stade de la destruction de l'albumine, c'est bien l'hydratation qui intervient : il n'y a pas d'oxygène consommé, pas d'acide carbonique produit, il y aurait réduction plutôt qu'oxydation ; aussi n'est-ce pas dans cette phase que se dégage l'énergie accumulée dans la formation de l'albumine.
« La vraie destruction, celle qui s'accomplit avec oxydation, formation d'eau et d'acide carbonique, et dégagement d'énergie ne s'effectue qu'après, mais porte exclusivement sur les produits non azotés du dédoublement, sur l'hydrogène, en partie sur la cholestérine et totalement sur le glycogène, après que ce dernier, par nouvelle hydratation, s'est transformé en glycose. Les produits azotés du dédoublement de l'albumine ne subissent pas ces oxydations ultérieures
[P. LE GENDEE.-i
ou ne les subissent qu'accessoirement. L'albumine ingérée se délniil ol donne de l'urée et d'autres produits azotés proportionnellement à la quantité d'albumine absorbée. Elle produit ou ne produit pas la consommation d'oxygène, la formation d'eau et d'acide carbonique, le dégagement de chaleur, suivant que les produits non azotés du dédoublement de cette albumine, le glycogène en particulier, subissent ou ne subissent pas une destruction ultérieure.
« Cette destruclion du glycogène ou du sucre qui en dérive dépend du besoin d énergie qui se produit dans l'organisme, elle résulte de l'activité et elle en est la condition. Et il en est de même pour le sucre directement introduit par l'alimentation, et il en est de même pour les graisses. Qu'il y ait action, il y aura combustion de glycose, soit que cette glycose vienne de l'amidon ou de la saccharose ingérés, soit qu'elle provienne du glycogène fourni par le dédoublement de l'albumine. S'il n'y a pas action, le sucre, quelle que soit sa provenance, est épargné; généralement il se transforme, mais il peut aussi s'accumuler, puis s'éliminer. Mais qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas action, toute la portion de l'albumine absorbée qui ne sert pas à la rénovation des cellules livre, sous des formes diverses, son azote aux émonctoires.
« On disait autrefois : l'augmentation de l'apport augmente la métamorphose de la matière, et on en donnait pour preuve l'augmentation de l'urée. On dit aujourd'hui : l'augmentation de l'apport n'augmente pas le métamorphisme, et on en donne pour preuve l'insignifiant excès de l'oxygène consommé, de l'acide carbonique produit et des calories dégagées quand l'individu ne subit aucun changement que l'augmentation des aliments. En réalité, les repas, surtout les repas copieux, augmentent les combustions et le dégagement de la chaleur, non parce que plus de combustible est fourni, mais parce que les mouvements de la mastication, de la trituration stomacale, du cheminement intestinal sont, comme tout mouvement, cause de combustion et de dégagement de calorique en plus forte proportion que ce qui est strictement nécessaire pour le travail mécanique qui a été accompli. De même les sécrétions glandulaires, car l'activité des glandes, des salivaires, du foie produit comme celle des muscles une élévation de température. Tout cela, c'est du dégagement de chaleur par fonctionnement et non par apport de combustible. Il y a du combustible brûlé assurément, mais en rapport avec le travail effectué et non avec la quantité ingérée. La destruction de la matière avec oxydation est commandée par une seule circonstance, le besoin d'énergie créé par le fonctionnement. Si l'on mange beaucoup et si l'on n'agit pas, on ne détruit pas, on emmagasine. Si l'on agit beaucoup et si l'on ne mange pas, on détruit les réserves et même la partie active du corps. Si l'on détruit les réserves, glycogène ou graisse, on augmente notablement l'acide carbonique. Si l'on en vient à détruire les tissus azotés, on augmente l'urée et les autres excréta azotés; mais, contrairement à ce qui se passe quand on mange trop de viande sans augmenter en même temps le fonctionnement, on augmente aussi l'acide carbonique, parce que cette fois le glycogène dérivé de l'albumine n'est pas épargné.
« Si l'on mange plus de viande que n'en exigent, d'une part, la réparation et, d'autre part, le fonctionnement, il reste du glycogène disponible. Si l'on mange plus de graisse ou plus de sucre que n'en exige le fonctionnement, la graisse s'accumule et le sucre reste disponible à l'état de glycogène. Qu'il vienne de l'albumine ou des hydrates de carbone ingérés, le glycogène disponible se transforme en graisse qui s'accumule.
« Cette digression m'a paru nécessaire pour arriver à la solution de cette question : si l'on est parvenu à connaître la masse de substance active qui se trouve dans le corps, comment mesurer l'intensité des excitations auxquelles est normalement, incessamment et constitutionnellement soumise cette substance aciive? J'ai dit que nous ne devons pas la chercher dans la quantité et dans la nature des aliments. Nous ne devons pas davantage la chercher dans l'intensilé du travail musculaire, intensité variable à volonté et que nous pouvons supprimer sauf dans la partie restreinte qui accomplit la mécanique de la respiration. Nous pouvons nous imposer le repos absolu, nous n'en avons pas moins un besoin d'énergie provocateur de destruction de la matière; et ce besoin d'énergie vient de ce que, notre température corporelle étant supérieure à celle de notre milieu, il en résulte pour nous une perte incessante de calorique. (^ette perte de calorique, ce besoin d'énergie sont proportionnels à l'étendue de notre surface cutanée.
« La surface du corps crée ce besoin de deux façons.
« Tout le monde connaît aujourd'hui cette expérience de Gh. Richet. Un chien reste étendu immobile à l'air; sa température centrale s'abaisse. A un moment, le refroidissement provoque le frisson; quand le corps dans sa profondeur, quand le système nerveux central a atteint un certain degré de réfrigération, alors le frisson commence, alors se produit la série de secousses musculaii'es et immédiatement la température du corps se relève. Le dégagement de calories dépendant de la contraction musculaire s'est fait proportionnellement à la perte de calorique, qui elle-même a été proportionnelle au nombre de décimètres carrés de la surface. D'autre part, certaines impressions de froid à la peau activent les combustions et augmentent l'exhalation de l'acide carbonique, avant même qu'il y ait eu abaissement réel de la température des centres. La menace seule du refroidissement a suffi pour mettre l'organisme en garde. Ainsi le système nerveux, refroidi ou averti par les nerfs périphériques que la réfrigération est imminente, réagit et par des procédés divers augmente la destruction de la matière et en dégage la chaleur. Dans les deux cas, qu'il v ait soustraction de calorique allant jusqu'à l'abaissement de la température centrale ou excitation par le froid des nerfs périphériques, l'effet est proportionnel à l'étendue de la surface cutanée. Nous devons donc tenir compte d'un nouvel élément si nous voulons comparer deux individus au point de vue de l'activité avec laquelle ils élaborent la matière. Avec le poids, la taille, la proportion des substances constitutives, il faut considé4^er aussi la surface du corps.
« C'est chose connue déjà depuis longtemps et sur laquelle Ch. Richet surtout a insisté, que la production de la chaleur est, à poids égal, plus grande chez les petits animaux que chez les grands, parce que la surface cutanée, et par conséquent la déperdition du calorique, est comparativement plus considérable chez les petits que chez les grands.
4 Mesurer le poids du corps ou la taille d'un malade, c'est chose facile et expéditive. Mais établir la proportion de ses matériaux constitutifs et déterminer sa surface, c'est chose plus difficile et qui réclame plus de temps. Ces deux données sont de telle importance qu'il faut cependant triompher des difficultés et ne pas les traiter avec moins de précision qu'une analyse d'urines.
«t C'est assurément le kilogramme corporel qui fait l'urée, l'eau, l'acide carbonique, qui dégage la chaleur, mais il fait tout cela parce que c'est le caractère
[P. LE GENDRE
el la condilion de la vie. Il peul le laiie plu.s ou moins, parce que la .'^ub.slance vivante est plus ou moins active par elle-même, abstraction faite des excitations. Mais cette activité peut être plus ou moins incitée par les sollicitations qui lui viennent de la surface et proportionnellement à cette surface. Chaque kilogramme est à la fois desservi et sollicité par un certain nombre de décimètres carrés de surface cutanée, par où se dégagent les calories qu'il a produites cl qui reçoivent et transmettent aux centres nerveux les impressions qui se réfléchiront sur lui pour l'inciter à détruire à nouveau de la matière et à fournir de nouvelles calories.
« La clinique s'est jusqu'ici peu préoccupée de déterminer la surface du corps. Celte détermination est cependant aussi utile qu'une analyse d'urine el, san< cette détermination, les résultats de l'analyse ne livrent pas toute leur signification. Si le clinicien n'a pas jusqu'ici dirigé son esprit vers ces conceptions el s'il n'a pas abordé ces recherches, ce n'est pas un motif pour qu'il se détourne d'une voie qui peut le conduire à un but d'où il pourra mieux voir et mieux mesurer les besoins de ses malades et diriger son action pour leur plus grand profit. J'ai la conviction que, sans ces notions, on risque de faire fausse route dans l'intelligence et dans la cvration de Vobésité et de tant d'autres maladies qui s'associent naturellement à l'obésité, comme le diabète, la goutte, la lithia>ie biliaire. Sans ces notions on ne saura pas régler le régime dans les fièvres. Sans elles on ne soupçonnera pas le danger qui menace les individus marastiques, et en particulier les femmes atteintes d'anorexie.
« Je pense, par un exemple, faire comprendre l'importance pratique de ces notions. Je prends un homme moyen, de taille plutôt petite; cette taille est de l'",52o. Il est de corpulence ordinaire, il pèse 64 kilogrammes. Sa surface, déterminée par un procédé que je vous indiquerai plus tard, est de 192 décimètres carrés, ce qui attribue 3 décimètres carrés à chaque kilogramme comme surface d'émission. Le calcul accorde à cet homme 9728 grammes d'albumine fixe appartenant aux cellules ou à la substance solide ou demi-solide intercellulaire.
« Ce même homme devient obèse; il va peser 125 kilogrammes. Sa surface est alors de 225 décimètres carrés, le kilogramme n'a plus que 1,8 décimètre carré pour surface d'émission. L'augmentation de son poids n'étant due qu'à la graisse, nous admettrons qu'il a encore 9728 grammes d'albumine fixe.
« Supposons, au contraire, que cet homme soit devenu très maigre. Il ne pèse plus que 27 kilogrammes. Sa surface est alors de 117 décimètres carrés, soit 4,3 décimètres carrés par kilogramme. La diminution de son poids porte sur tous ses éléments constitutifs; son corps ne contient plus que 4104 grammes d'albumine fixe, pas la moitié de ce qui existait quand il était sain ou quand nous le supposions obèse.
« La perte de calorique, partant le besoin d'énergie sont proportionnels aux surfaces d'émission. Dès lors, tandis que l'homme encore normal a besoin d'aliments combustibles comme 192 pour tout son corps et qu'il lui en faut comme 3 pour chaque kilogramme, si cet homme devient obèse il lui en faut comme 225 pour tout son corps et comme 1,8 pour chaque kilogramme: et si ce même homme devient maigre il lui en faudra seulement comme 117 pour tout son corps, mais il en exigera comme 4,3 pour chaque kilogramme.
tt Les besoins de l'obèse sont, ce qu'on ne soupçonne guère, doubles de ceux de l'homme sain, mais pour l'unité de poids il lui faut presque moitié moins.
QU'EST-CE QUE LA NUTHITION? 28y
L'homme marastiquc a besoin de moins d'aliments que l'homme normnl, moins des deux tiers, mais pour l'unité de poids il lui en faut environ une fois et demie aulant (ju'à l'homme normal.
« Voulez-vous savoir ce que sont comparativement les sollicitations qui, dans les trois circonstances, viennent de la périphérie et provoquent les tissus vivants, ou, si vous voulez, l'albumine, à déf^ager l'énergie de la matière circulante e\ au besoin d'elle-même, ^ous trouverez que chez l'homme en question, 1 kilogramme d'albumine a pour suri'acc de sollicitation et d'émission 19,7 décimètres carrés à l'état normal, 25,1 s'il est obèse, 28,7 s'il est marastique. En d'autres termes, vous arrivez à ce résultat encore inattendu <jue la sollicitation à la destruction est le moins intense dans l'état normal, qu'elle augmente dans l'obésité, qu'elle augmente plus encore dans le marasme, que la nature lutte pour les obèses, mais qu'elle combat contre ceux qui tombent dans la consomption, d'où résulte pour nous l'obligation pressante de savoir, de veiller et d'agir.
« Si l'on veut provisoirement laisser de côté la considération des déviations nutritives qui ont pu engendrer l'obésité et le marasme, on voit que les tendances à la destruction et que les besoins de l'organisme ne peuvent être compris et déterminés que si l'on a au préalable établi ce que sont le poids, la surface et la composition du corps. Cela revient à dire que, pour avoir l'intelligence des désordres et pour y porter remède, il faut déjà connaître ce qu'est le corps; que, contrairement à la méthode toujours suivie en pareille matière, il faut connaître l'état statique avant d'étudier l'état dynamique.
« Je pense montrer que nous avons des procédés expéditifs et suffisamment approximatifs, par conséquent cliniques, pour arriver à la détermination de ces données statiques, notamment de celles qui concernent la surface cutanée et la composition du corps. Mais il est une autre surface qu'il n'est pas moins important de considérer, parce que, si elle ne rayonne pas, elle est pourtant le siège d'une notable déperdition de calorique, c'est la surface jjubnonaire . Il ne me paraît pas possible de la mesurer directement, mais on peut déterminer la portion de cette surface qui suffit pour mettre l'air inspiré en équilibre avec la température du corps et pour le saturer de vapeur d'eau. J'ai établi expérimentalement qu'à 57*' une surface humide de 1 décimètre carré peut en une minute élever jusqu'à sa propre température et saturer, par évaporation de Us'",12 d'eau, 5 litres 559 d'air qui avant le contact avec la surface liquide était à 16" et marquait 71° à l'hygromètre. On en peut déduire que, pour une perte d'eau pulmonaire de 450 grammes en vingt-quatre heures, 2,5 décimètres carrés de surface respiratoire suffiraient pour échauffer et saturer l'air qui a emporté ces 450 grammes d'eau.
(c La surface pulmonaire est incomparablement plus grande, mais les deux ou trois premiers décimètres carrés suffisent pour opérer totalement la déperdition de chaleur par évaporation de l'eau et par échauffement de l'air. Le reste de la surface complète l'absorption de l'oxygène et l'élimination de l'acide carbonique, laquelle emporte encore du calorique à raison de 127 calories par kilogramme d'acide carbonique, passant de l'état dissous à l'état gazeux. Dans un cas j'ai pu déterminer que la spoliation en calorique par le poumon avait été, par mètre cube d'air respiré, 5,98 calories pour échauffement de l'air, 18,57 calories pour évaporation de l'eau, 8,05 calories pour volatilisation de l'acide carbonique, en tout 53,20 calories par mètre cube d'air.
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2" édil. — I. 19
[P. LE GENDRE
290 GÉNÉRALITÉS SUR LA-^UTRITION ET LES PRÉDISPOSmOXS MORBIDES.
« Ce sont CCS diverses mensurations qui olï'rent le plus de difficultés et dont l'adaptation à fa clinique laisse le plus à désirer. J'ajoute qu'elles sont beaucoup moins importantes (jue les autres déterminations dont j'ai parlé précédemment.
« Je ne me dissimule pas le sentiment de révolte (juc ne man(|uera pas de provoquer chez le médecin la perspective de toutes ces mesures et le sentiment de découragement auquel il se laisserait aller, s'il se persuadait que la médecine ne peut se faire qu'à cette condition. Pendant longtemps encore on fera de bonne et utile médecine sans en passer par ces déterminations géomélricjues; mais il est une médecine où elles sont indispensables pour rintelligence des faits pathologiques et pour l'institution d'un traitement, c'est la médecine ({ui vise les maladies de la nutrition. C'est pour elles surtout que le pathologisle devra établir la nature et l'intensité de la déviation nutritive en mesurant directement, autant qu'il sera possible, chacune des déviations et chacune des conditions qui provoquent ces déviations. Car si en physiologie on peut, pour certaines circonstances d'un fait, se fier aux moyennes normales, en pathologie il n'y a jamais place pour les moyennes. Le propre de la pathologie, c'est précisément de ne considérer que ce qui se dérobe à la règle, ce qui s'écarte de la normale. Pour édifier la théorie de la maladie, il faut plus de rigueur et de minutie dans l'étude de chaque cas particulier que pour se faire une idée d'une fonction normale. La théorie étant faite par le pathologiste, le clinicien s'en inspirera pour interpréter les faits qu'il observera, sans être obligé chaque fois de faire par lui-même la vérification expérimentale; mais le plus souvent il devra se renseigner sur les caractères de forme et de structure qui différencient son malade et qui influencent son activité. Il devra souvent aussi mesurer certaines manifestations de cette activité.
« De toutes ces mesures, une est encore impossible, c'est la calorimétrie directe, mais on peut tourner la difficulté; une autre est relativement longue et délicate, c'est l'analyse des urines; une autre est rendue difficile par l'imperfection de la technique, c'est l'analyse des échanges respiratoires. L'analyse urinaire est déjà acceptée ou subie. Ce sont là des mesures d'ordre dynamique. Pour le reste, à l'aide de formules et de trois mensurations faciles, le poids du corps, la taille et le tour de taille, on peut en vingt minutes arriver, avec une suffisante approximation, à connaître les conditions statiqu«s qui influencent l'activité nutritive.
« Connaître les conditions anatomiques qui commandent la déperdition de la chaleur et imposent à l'organisme l'obligation de détruire de la matière pour en dégager de l'énergie en quantité égale à la quantité perdue, à quoi cela peut-il aboutir pour la pratique de la médecine?
« Cela aboutit d'abord à établir le régime dans les maladies, à introduire avec les aliments les calories qui auront l'occasion de se dégager par les décimètres carrés des surfaces d'émission, à régler la température extérieure et Vétat hygrumétricjtie de l'air des pièces où séjournent les malades, de manière à limiter la déperdition que provoquent à la peau et à la surface pulmonaire l'évaporation de l'eau et réchauffement de l'air inspiré. On enveloppe déjà les malades de ces atmosphères chaudes et humides dans le traitement de certaines bronchites, de la diphtérie, en vue d'empêcher la dessiccation des surfaces enflammées ou de leur procurer le contact d'un air émollient. Il faut le faire aussi \iO\\v épargner les combustions intra-organiques dans les cas surtout où la surface cutanée est
Irop grande pour le ))oi(ls du malade. Invcrsemonl, il y a lieu parfois de refroidir le milieu ambiant où de le renouveler par un déplacement continu de J'air, en vue d'augmenter la" soustraction du calorique; il y a lieu môme de recourir à la balnéntion froide ou aux hnirn^ (ièdes. ((ui sont plus rél'rif^érants que les froids, si Ton redoute l'hypcn-thermie. On préférera les (ipplicaiions froides si Ton a avantage à provoquer la destrudion plus rapide de la matière, celle de la graisse chez l'obèse, celle du suci'e chez l(Mlial)('ti(pie, celle de ralbiimine mêmci dans des étals variés qui relèvent du i-alenlisseiuent d(! la nulrition.
« On comprendra mieux k^ danger de finonilion (jui augmente la surface de déperdition par rapport au poids de la portion agissante du corps, cpii du même coup ne reçoit plus, pour en dégager Ténergie, le combustibh; alimentaire. Il arrive alors que l'albumine fixe, dont la destruction se fait constamment, régulièrement, invariablement, même si les influences extérieures varient, est obligée de fournir rénergie que l'organisme ne peut plus puiser ailleurs. Dans les conditions normales, -Sî«' 10 calories que dépense l'organisme^ 2,5 son^ fournies par talbumine fixe, résultent de la désassimilation, et 7,5 par la matière circulante. Si chaque décimètre carré émet normalement 9 calories en vingt-quatre heures, et si à l'état normal le kilogramme est desservi par 5 décimètres carrés, ce qui suppose une production de 27 calories par kilogramme, dont 6,75 proviennent de la désassimilation, chez le marastique dont le kilogramme pourra être dépouillé de son calorique par 4,3 et même par 4,5 décimètres carrés de surface emportant 40 calories, il faudra que ces 40 calories soient dégagées par le kilogramme. Et si l'homme marastique est en abstinence, il faudra que la totalité de ces 40 calories soit fournie par l'albumine fixe, car nous supposons les aliments totalement supprimés et les réserves de graisse déjà épuisées. C'est une destruction six fois plus intense qu'à l'état normal. La destruction quotidienne normale de l'albumine fixe est environ 1/160% elle deviendra 1/27*=.
« L'action combinée de l'abstinence et de l'augmentation relative de la surface crée donc un danger pressant en augmentant la désassimilation dans des proportions énormes. La fièvre agit d'une façon analogue. La destruction de la matière n'est pas nécessairement augmentée chez le fébricitant; elle peut être diminuée, mais la diminution porte surtout sur la matière circulante, tandis que la matière fixe semble se détruire plus \"ite, même si l'on cherche à l'épargner par des ingesta combustibles faciles à digérer ou déjà prêts pour l'absorption. Dans les fièvres, mais surtout dans la fièvre à très longue durée des maladies chroniques, le médecin devra donc tenir compté de l'étendue de la surface cutanée, tant pour faciliter l'émission d'un calorique qui s'accumule, que pour épargner aux tissus une trop rapide destruction et pour régler le choix et la quantité des aliments en proportion avec la destruction. »
DÉrERMINATION DE LA SURFACE DE LA CORPULENCE ET DE LA COMPOSITJOX CHIMIQUE DU CORPS DE EIIOMME (')
« Si l'on veut estimer l'intensité de la vie, c'est -à-dire la rapidité avec laquelle se fait la rénovation moléculaire de la parlie vivante du corjis, il importe de pouvoir, soit par des mensurations directes, soit à laide de for-
(') Cii. BouciiAKD. Acad. .les Sciences, 1897.
[P LE GENDRE -
2'.)i GÉNÉRALITÉS SUR LA NUTRITION LT LES PRÉDISPOSITIONS MORRIDES.
mules, arriver à apprécier avec une suiTisanle approximation la composition chimique et la surface du corps.
« Ce qui agit dans l'être vivant, cest exclusivement la cellule, qu'on l'envisage soit dans son protoplasma albumineux, soit dans la masse nucléo-albumineuse de son noyau. Cest vrai même pour lactivité nutritive.
« L'albumine fixe, figurée, fonctionnante, est en étal de constante rénovation; elle se détruit et se répare : c'est là essentiellement la vie. La phase de des- Ifijction de ce mouvement de rénovation, c'est la (Jésassimilation qui se fait constamment et nécessairement, tant que la vie existe, et qui, en s'efïecluant, dégage de l'énergie constamment et forcément, même s'il n'y a pas besoin d'énergie, même si cette énergie libérée est nuisible.
a D'autre part, cette albumine fixe, rivante, est Vogent de la destruction de la matière organique circulante, de la matière non vivante, que cette matière vienne du corps ou des aliments, qu'elle soit albumine, graisse ou sucre. Cette destruction de matière non vivante, opérée dans le corps par l'albumine vivante, c'est la consommation fonctionnelle ou respiratoire qui se règle automatiquement, non suivant l'abondance ou l'exiguïté des aliments, mais suivant les besoins de rorganisme : car cette destruction, elle aussi, dégage de l'énergie: elle en dégage proportionnellement aux besoins du fonctionnement, du mouvement en particulier, proportionnellement aussi aux pertes de calorique subies par l'économie.
« Si Ion suppose l'individu au repos, la consommation est en rapport avec la déperdition de chaleur et par conséquent avec le nombre des décimètres carrés de la surface.
« Il résulte de ce qui précède que la désassiniilation est proportionnelle au poids du corps ou mieux au poids de l'albumine fixe et que la consommation fonctionnelle ou respiratoire Qi>i proportionnelle à la surface du corps.
a De là la nécessité de connaître : 1" le poids delà substance active, de l'albumine fixe: 2° l'étendue delà surface du corps et delà surface d'émission dévolue à l'unité de poids de la substance active, c'est-à-dire le nombre de décimètres carrés par lesquels s'élimine le calorique produit par la vie et le fonctionnement d'un kilogramme d'albumine fixe. On se rappellera qu'une part de ce calorique provient de la désassimilation de cette albumine fixe; qu'une autre part, extrêmement variable et souvent considérable par rapport à la première, provient de la consommation, c'est-à-dire de la destruction que cette albumine fixe fait subir à la matière circulante. On devra enfin se pénétrer de cette vérité : c'est que, si le kilogramme de substance active oblige chacun des décimètres carrés qui lui sont alloués à éliminer sa part des calories produites, inversement chaque décimètre de surface oblige le kilogramme à dégager les calories qu'il élimine. La température du corps n'est constante qu'à cette double condition : plus les pertes par la surface sont grandes ou, ce qui revient au même, plus la surface est grande pour l'unité de substance active, plus l'activité de cette substance se trouve sollicitée.
« Pour éviter la perte de temps considérable qu'exige une mensuration directe de la surface du corps, faite à l'aide des'méthodes géométriques, on a cherché à calculer la surface, à l'aide de formules empiriques, en partant d'une mesure corporelle facile à prendre. La formule de Meeh déduit la surface du poids, qu'on peut, sans trop grande erreur, considérer comme égale au volume. Cette formule est la suivante : 12, ô y^P^ ,Je l'ai appliquée à douze personnes dont j'avais
OU'EST-CE Q{:E la XUTIUTIOX? '293
mesuré (lirectenu'iil la surface et ai trouvé que, si elle est exaflc^ pour l'homme très maigre, elle s'éloigne beaucoup de la vérité quand on rappli([ue à des individus de corpulence moyenne ou forte et qu'elle est inexacte pour la femme. J'ai pensé à substituer à cette formule empirique une autre formule qui tiendrait compte de deux mesures : le jjoi(k P et la toille H. J'assimilais alors la surface ducorps à celle (Fun cylindre qui aurait pour volume le volume du corps, qui est sensiblement égal à son poids, et pour hauteur la taille. La formule
géométri(iue qui donne cette surlace est 2 (p -h-H WrTï )' ^" rappliquant
à des individus normaux, j'ai reconnu qu'il convient de multiplier le résultat obtenu par 1,57 s'il s'agit d'un homme, par l,4i s'il s'agit d'une femme. Mais, ([uand on s'éloigne de la corpulence moyenne, il faut changer la correction.
« J'ai eu alors l'idée d'ajouter une troisième mesure, le tour de taille C, et ai assimilé la surface du corps à la surface courbe de deux troncs de cônes égaux appliqués par leur grande base, C étant la circonférence de cette grande base. Le calcul de cette surface suppose qu'on a déterminé les rayons R et r de la grande base et de la petite base pour chaque tronc de cône. Le calcul portant
sur un seul de ces troncs de cône, son volume p = -r^, sa hauteur h = -t, •
« La surface latérale dun des troncs de cône est
« J'ai, à l'aide de cette formule, calculé la surface chez six hommes et chez six femmes, chez lesquels j'avais fait directement la mensuration par les moyens géométriques. La surface calculée était plus petite que la surface mesurée et réclamait, pour la correction, un multiplicateur qui se trouve indiqué pour chaque cas dans le tableau suivant :
Corpulence. Hommes. Femmes.
Très obèse 1,48 1.42
Modérément obèse 1,55 1,6*2
Normal fort 1,68 1,47
Normal mince 1-65 1.49
Modérément maigre 1.61 1.53
Très maigre 1,59 1.65
« On voit que le multiplicateur à l'aide duquel se fait la correction est peu diiïérent de l'unité, et que les différents multiplicateurs, malgré la dilTérence de corpulence des individus, diffèrent peu entre eux, ce qui est dû à l'introduction de la troisième mesure C.
« Cette formule, bien qu'elle me paraisse offrir plus de garanties que les précédentes et que celles qui vont suivre, a le tort grave de réclamer beaucoup de temps. Je pense que ceux qui reculeront devant les lenteurs de la mensuration directe, et qui cependant estimeront que l'exactitude des résultats compense la perte du temps, lui donneront la préférence.
ce Cependant, j'ai cherché à simplifier, tout en tenant compte des trois mesures, et ai essayé cette autre formule v^Px\/CH.
[P. LE GENDRE "i
20i GÉNÉRALITÉS SUR LA^XUTRITIOX ET LES PRÉDISPOSITIONS MORBIDES.
« Jo donne encore, pour les douze cas où jai vérifié celte formule, les mulliplicaleurs qui établissent la coiTcction :
Corpulence. Ilomnios. Femmes.
Très oljèse .".."il ,",,2i
Modérément obèse -"...'w 4,14
Normal foii .'.U« 4,00
Normal mince 4, ni .").9")
Modérément maigre 4,01 5,91
Très maigre. . / 4,08 4.46
« Pour des raisons que fera comprendre la suite de cette note, j'ai préféré revenir à la comparaison du corps au cylindre en assimilant la surface du corps à la surface latérale du cylindre et en tenant compte encore des trois mesures : la taille H, le poids P, le tour de taille C. J'ai, pour cela, associé ces mesures deux par deux et calculé la surface de trois cylindres. J'ai fait ensuite la moyenne des trois surfaces ainsi calculées, après avoir corrigé chacune d'elles par un multiplicateur fourni par la comparaison du résultat calculé avec le résultat de la mesure directe. Les formules géométriques de la surface de ces trois cylindres sont les suivantes :
CH, 4.P, 2.H^y^.
« En intei'posant, par le calcul, des formules intermédiaires entre les formules corrigées, vérifiées par la mesure directe, j'ai attribué pour chaque sexe, à des types de corpulence assez nombreux, des formules qui me semblent offrir une suffisante approximation. Mais je dois dire ce qui indique un type de corpulence.
« Il est difficile ou arbitraire d assigner à un individu donné un type de corpulence, si l'on tient compte seulement de son poids et de la forme générale de son corps, telle que la vue la fait connaître. La corpulence est indiquée par le
quotient du poids divisé par la taille; elle a pour formule tt' Quelle que soit
leur taille et quel que soit leur poids, les hommes qui ont le même quotient jj
rentrent dans le même type de corpulence.
« Chez l'homme normal moven, ^^=A.'îl.
ri
P « Chez la femme normale moyenne, Ty-=5.9.
ht
« L'homme n'est pas encore obèse quand sa corpulence s'élève à 4,8; il n'est pas encore maigre quand elle tombe à 0,6.
« La femme n'est pas encore obèse quand sa corpulence s'élève à -4,6; elle n^'est pas encore maigre quand elle tombe à 5,1.
« Chez l'homme à partir de 5,4, chez la femme à partir de 5,0, c'est l'obésité manifeste qui peut monter jusqu'à 8, 9, 10.
« Chez l'homme à partir de 2,9, chez la femme à partir de 2,5, c'est le marasme qui peut descendre juscju'à 2 et même jusqu'à 1,5.
« En ne tenant compte que des degrés de corpulence compris dans les limites extrêmes où ils se rencontraient chez les individus, hommes et femmes, dont j'ai mesuré directement la surface, j'ai pu dresser pour chaque sexe une échelle