PITYRIASIS OU SÉBORRHÉE SÈCHE DU CUIR CHEVELU
malades s'en aperçoivent ; elle se manifeste par des squames très petites, quelquefois un peu plus larges, qui tombent spontanément ou par le grattage et sont remplacées par d'autres. L'affection est exclusivement squameuse et les cheveux sont secs; ou bien le cuir chevelu est gras, il y a de la séborrhée en même temps que des squames. C'est alors une forme intermédiaire entre le pityriasis et la séborrhée concrète du cuir chevelu. Cette dernière forme présente de petites croûtes jaunâtres, des squames et des excoriations dues au grattage provoqué par des démangeaisons très vives. Sous les squames et les croûtes séborrhéiques, la peau est d'une coloration normale ou à peine rouge.
Le pityriasis capilis est une affection de longue durées qui s'aggrave si elle n'est pas enrayée par un traitement opportun. Elle gagne le bulbe pileux; la chute des cheveux se manifeste d'abord au sommet de la tête et en avant, puis s'étend et amène une alopécie plus ou moins complète, ne laissant des cheveux qu'en arrière et sur les parties latérales {alopécie pityrodes de Pincus).
Nous mentionnons seulement une forme bénigne de pityriasis capitis, s'observant à la suite des maladies graves, de la fièvre typhoïde, etc., et qui guérit facilement par quelques lotions excitantes.
Le diagnostic doit être fait avec l'eczéma à la période squameuse : dans ce dernier il existe presque toujours une éruption ailleurs que sur le cuir chevelu, derrière les oreilles particulièrement, et, antérieurement aux squames, il y a eu du suintement et des croûtes ; au-dessous des squames, qui sont plus adhérentes, le cuir chevelu est un peu épaissi, enfin il n'y a jamais d'alopécie. Le psoriasis présente des squames plus épaisses, plus adhérentes, formant dès plaques au-dessous desquelles la peau est rouge ; souvent le grattage amène quelques gouttelettes de sang ; les plaques dépassent un peu le cuir chevelu et forment sur le front une bordure caractéristique ; l'alopécie fait défaut et il existe des lésions psoriasiques sur les coudes ou aux genoux. La teigne tondante diffère du pityriasis en ce qu'elle se présente sous l'aspect de plaques plus ou moins arrondies, circonscrites au lieu d'être diffuses; dans la teigne, les cheveux, remplis de spores, sont cassés ou se cassent, quand on veut les saisir.
ÉTIOLOGIE. — Certains auteurs voient dans le pityriasis une manifestation de l'arthritisme ; d'autres, comme Malassez, Bizozzero, Unna, Van Hoorn, etc., pensent que le pityriasis capitis est une maladie parasitaire. Nombre de dermatologistes n'admettent pas cette origine. Vidal (1) a prouvé que l'on rencontre des spores identiques à celles de Malassez dans d'autres dermatoses. Cependant Lassar et Bishop (2) auraient reproduit l'alopécie chez des lapins, en recouvrant ces animaux d'une pâte faite avec des squames prises sur la tête d'un
(1) ViKAL, Du pityriasis [Proç/rès méd., 1877).
(2) Lassak et Bishop, Monatshefle fur praktische Dermatologie, 1882, p. 131.
pityriasique. Si ces faits se confirmaient, il y aurait lieu de prendre contre le pityriasis capitis des mesures prophylactiques analogues à celles usitées contre la^pelade.
TRAITEMENT .—Le traitement général est le même que dans '"eczéma.
Le traitement local consistera d'abord à nettoyer la tête, à la débarrasser des squames et des matières grasses. Chez les hommes il sera bon de couper les cheveux ras et de les couper souvent ; mais che? les femmes pareil sacrifice est presque impossible à obtenir, aussi chez elles le traitement est-il plus long et plus difficile. On nettoiera la tête avec une décoction de bois de Panama tiède, une fois par semaine. Chez les bruns on pourra employer le savon au goudron. On prescrira aussi les lavages avec la solution de bicarbonate de soude à 5 ou 10 p. 100 sur le cuir chevelu, tous les jours ou tous les deux jours jusqu'à nettoyage de la tête, ou la solution de Hillairet (borax, 15 gr. ; éther sulfurique, 15 gr. ; eau distillée, 250 grammes). La tète bien nettoyée, on passera au traitement curatif consistant en l'usage des préparations soufrées, en pommades, en poudres ou en lotions. La pommade soufrée (2 à 3 grammes de soufre précipité pur tamisé pour 30 grammes de vaseline), sera appliquée chaque soir sur le cuir chevelu, après écartement des cheveux. Il en sera de même pour la poudre soufrée (5 à 10 grammes de magistère de soufre pour 100 grammes de poudre inerte) ; le matin on fera un nettoyage de la tête avec une lotion alcaline. On peut substituer les lotions soufrées aux pommades, qui ont l'inconvénient de graisser la tête, souvent atteinte de séborrhée en môme temps que de pityriasis, ou aux poudres qui laissent des dépôts pulvérulents dans les cheveux. La lotion sulfo-camphrée d'Hillairet est composée de : soufre précipité et tamisé, 15 gr. ; alcool camphré, 12 gr. ; eau, 250 gr. — Voici encore une lotion sulfureuse : polysulfure de potassium, 50 gr., eau distillée, 100 gr. ; ou parties égales de chaque ; 50 gouttes de cette solution dans un demi-verre d'eau ; mais cette lotion a l'inconvénient de sentir assez mauvais. On pourra se servir encore des préparations mercurielles : solution de sublimé à 1/1000, à 1/500, dans l'eau ou l'alcool. En cas de démangeaisons très vives, on peut associer au sublimé le chloralà 2 p. 100 (sublimé, 20 centigr. ; chloral, 4 gr. ; alcool, 200 gr.). Pour le traitement de l'alopécie consécutive nous renvoyons à l'article Pelade.