‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 141 sur 173 · KÉRATOSE ESSENTIELLE DES EXTREMITES. — DESCRIPTION · texte numérisé non relu

KÉRATOSE ESSENTIELLE DES EXTREMITES. — DESCRIPTION

rubra pilaire, de la dermatite herpétiforme, lorsque ces dermatoses se localisent aux mains et aux pieds. L'administration continue de l'arsenic ou l'intoxication arsenicale professionnelle peuvent aussi la produire (1). Mais, en dehors de ces cas, il y a une kératodermie essentielle, primitive, palmaire et plantaire ; c'est celle que nous avons en vue dans cet article.

VARIÉTÉS. — Besnier en distingue quatre formes : 1° La kératodermie symétrique des extrémités, congénitale et héréditaire, avec ou sans nsevi, coexistant sur d'autres points du corps. Dans un cas, le malade avait sa mère, trois oncles maternels et deux sœurs atteints comme lui. 2" La kératodermie commune symétrique des extrémités, qui se développe dans la seconde enfance (kératodermie érythémateuse). 3° La kératodermie des extrémités en foyers, se développant en îlots isolés et multiples à la paume des mains et à la plante des pieds, offrant plusieurs variétés dont l'une a pour foyers les orifices sudoraux distendus par des cônes cornés à feuillets concentriques. 4° La kératodermie accidentelle des extrémités, qui, pour nous, se confond avec les callosités proprement dites.

DESCRIPTION. — Les lésions sont ordinairement symétriques, siègent aux deux mains ou aux deux pieds ou sur les quatre extrémités à la fois ; tantôt sur toute la face palmaire de la main et des doigts, sur toute la face plantaire des pieds ; tantôt sur une partie de leur étendue, au centre de la face palmaire, au talon ou au niveau <le la tête des métatarsiens. Quelquefois il y a des îlots de kératose à la face palmaire de tous les doigts, au-devant de la tête des métacarpiens, sur les éminences thénar et hypothénar. Dans un cas d'Azua (2) la kératose occupait la face palmaire des doigts, puis au niveau de la deuxième phalange elle passait à la face dorsale, s'étendait jusqu'à l'ongle et constituait ainsi pour chaque doigt une sorte de dé ; dans ce même cas il y avait de la kératose des oreilles et du nez.

La couche épidermique est plus ou moins épaisse, suivant la région; elle l'est parfois à tel point que les mouvements sont très gênés. Sa couleur est grise ou jaune sale. Quelquefois elle présente des fissures très douloureuses allant jusqu'au derme. Au-dessous de l'épiderme, le chorion est presque normal ; quelquefois il présente une hypertrophie du corps papillaire et une certaine rougeur, qui peut dépasser la partie kératosée de quelques millimètres et même remonter sur la partie antérieure du poignet. Dans l'intervalle des îlots kératoses la peau est saine. Parfois la kératodermie est le siège de démangeaisons ou de cuissons très vives. Lorsqu'elle se localise à

(1) Voy. Gaucher et Barde, Kératodermie arsenicale, arsenicisme chronique {Bull, de la Soc. fr. de dermai., juin 1894).

(2) AzuA, Revista clinica de los hospiUiles. Madrid, 1891, p. 38,

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la plante du pied, la marche est pénible, mais non douloureuse; à la main, les mouvements sont limités. Bien que la maladie paraisse d'origine nerveuse, il n'y a pas d'altération de la sensibilité, ni de modification des réflexes. La sécrétion sudorale persiste ; les ongles sont incurvés. La maladie évolue par poussées ; les lésions sont plus marquées l'hiver, mais elles sont permanentes. D'après Besnier (1), le travail des mains exaspère la kératose palmaire, mais on peut garder les malades pendant de longs mois et s'assurer que des exacerbations se produisent en dehors de tout travail.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — A l'examen histologique d'un malade de Besnier (2), Balzer a trouvé que la couche épidermique cornée, très épaissie, était composée de cellules à contours mal accusés ou même méconnaissables et dépourvues de noyaux, formant dans les couches supérieures une masse homogène réfringente, mais se colorant en général assez bien par le carmin, surtout dans la profondeur ; les conduits sudoripares étaient dilatés et entourés de cellules aplaties.

ÉTIOLOGIE. — Celle-ci est encore assez mal connue. La maladie est parfois héréditaire, congénitale ; elle se développe chez les gens à système nerveux excitable; cette particularité étiologique, jointe à la disposition symétrique des lésions, permet de supposer que la kératose essentielle est une lésion tropho-névrotique, d'origine centrale. Le fait d'être quelquefois congénitale la rapproche des nsevi.

DIAGNOSTIC. — Il est quelquefois difficile de distinguer la kératose essentielle d'un eczéma, d'un psoriasis, d'un lichen simplex, d'un lichen plan, d'un pityriasis rubra pilaire, localisés à la paume des mains. Ces dermatoses se reconnaîtront à la présence d'éléments caractéristiques situés sur un point de la main ou sur d'autres régions du corps. La syphilide palmaire, qui peut quelquefois simuler la kératose, s'en distinguera par la présence d'éléments arrondis, papuleux, d'un rouge cuivré, recouverts de squames moins épaisses que dans la kératose.

TRAITEMENT. — La kératose palmaire et plantaire récidive sans cesse en dépit de tout traitement. A l'intérieur on a essayé l'arsenic à très hautes doses, nous n'en avons jamais observé de bons résultats. Ce traitement est irrationnel puisqu'il est reconnu que l'arsenic peut à la longue produire de la kératose. Localement, on ramollira les couches épidermiques à l'aide de cataplasmes, de gants de caoutchouc ; ces couches ramollies seront enlevées à l'aide d'un racloir. Puis on détachera tout ce qui reste d'épiderme corné avec des

(1) Besnier et Doyon, Notes de la trad. de Kaposi, t. II, p. 41.

(2) Besnier, Atlas internat, des mal. rares de la peau, 1889, 2« livraison.

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