MORVE DU FOIE
morve peut déterminer dans le foie des lésions hislologiquement spécifiques, et des lésions non hislologiquement, mais pathogènetiquement spécifiques. Parmi les premières se rangent les nodules ou tubercules morveux, parmi les secondes la dégénérescence graisseuse, les abcès métastatiques, la cirrhose.
Les lésions hépatiques dans la morve, d'après Leredde(l), sont essentiellement diffuses et peuvent être comprises comme l'effet d'une leucocytose locale, qui se complique d'une tuméfaction endothéliale et forme, dans les points où elle s'exagère, des nodules monocapillaires au début, pluricapillaires à une période avancée. Cette conception permet de se rendre compte de la pathogénie de toutes les lésions morveuses du foie.
Les nodules morveux sont le résultat de l'exagération en un point localisé des phénomènes de leucocytose intravasculaire et de réaction phagocy taire intense de l'épithélium des capillaires signalée plus haut. Sous l'influence de la distension des capillaires qui en est la conséquence, les travées hépatiques comprimées dégénèrent sans la moindre réaction karyokinétique, et si quelques capillaires voisins sont pris, il en résulte un nodule dont le volume peut devenir appréciable à l'œil nu. En même temps, des fibrilles fibrineuses apparaissent entre les éléments qu'elles séparent, et bientôt, chacun des éléments leucocytaires ou épithéliaux du nodule dégénérant pour son compte, le nodule entier se caséifie. Les nodules sont habituellement arrondis ou ovalaires, généralement de petites dimensions et situés de préférence dans la région médiolobulaire, quelquefois plus près de la veine porte, rarement au voisinage de la veine centrale.
Au niveau des nodules les trabécules sont fragmentés, les cellules s'atrophient, le noyau s'isole, protoplasme et noyau se colorent de plus en plus mal, se nécrosent et finissent par se résoudre en débris qui sont repris parles leucocytes.
En dehors des nodules, les éléments épithéliaux peuvent subir, sous l'influence des toxines morveuses, des dégénérescences diffuses parfois assez étendues ; ils se modifient dans leurs dimensions, dans leur réfringence, deviennent homogènes, troubles, diminuent de volume en partie à cause de la dilatation des capillaires. Quand la marche de l'infection n'est pas suraiguë, on voit cette lésion aboutir à la dégénérescence granulo-graisseuse, laquelle n'atteint jamais un degré extrême et semble répartie d'une manière indifférente dans toute l'étendue du parenchyme sans prédilection pour la zone périportale (Leredde).
Les abcès métastatiques de la pyémie farcino-morveuse ne présentent rien de spécial à signaler ici.
Plus importante au point de vue de la pathologie générale de la
(1) Leredde, Étude sur l'anatomie pathologique de la morve. Th. de Paris, 1893.
maladie est la cirrhose morveuse rencontrée chez un cheval par MM. Cadiot et Gilbert (1), et dont l'existence démontre que, comme la tuberculose et la syphilis, la morve peut, selon les conditions variables de la virulence et du terrain, produire dans un même organe des lésions fort dissemblables d'aspect. Dans le cas de ces auteurs, le foie était en même temps le siège de nodules morveux et de lésions cirrhotiques très accusées dont les connexions étaient telles que l'idée d'une étiologie commune s'imposait.
Voici la description jusqu'ici unique de ces auteurs : « La cirrhose est par excellence périlobulaire, mais non exclusivement, car elle envoie de nombreuses expansions dans les lobules eux-mêmes. Elle est riche en néocanalicules biliaires, pauvre en vaisseaux sanguins, et il est incontestable que parmi les veinules et les artérioles périlobulaires normales un grand nombre ont disparu par oblitération. Les veines centrales elles-mêmes sont pour la plupart oblitérées ou rétrécies dans leur calibre, par suite d'un épaississement de leur paroi. Dans la plus grande partie de son étendue, la cirrhose est représentée par du tissu conjonctif scléreux, d'une grande densité; par place, elle se montre riche en cellules rondes, agminées ou disséminées dans sa substance », enfin sur les bords du tissu scléreux se montrent des nodules morveux que l'on rencontre aussi dans le tissu normal (2).