TROUBLES DE LA SÉCRÉTION SUDORALE
Sous le nom de sueurs de sang ou d ’hématidrose, on a décrit d’une part des faits dans lesquels la coloration était rouge, sans qu’on puisse y trouver de globules rouges en nature, d’autre part des hémorrhagies véritables se produisant chez des névropathes, par l’intermédiaire des glandes sudoripares. Il ne s’agit dans ces divers faits que de simples curiosités, bien étudiées surtout par Le Roy de Méricourt et Parrot.
La sueur des aisselles peut présenter, chez des sujets non hystériques et plus particulièrement chez les femmes rousses, une coloration rouge ou jaune due à la présence de parasites étudiés par Balzer, Babès, etc., formant quelquefois des concrétions à la surface des poils; ces sueurs rouges sont souvent fétides.
ÉRUPTIONS D’ORIGINE SUDORALE
On voit parfois survenir, à la suite de transpirations abondantes, principalement lorsque celles-ci sont causées par la chaleur extérieure, des taches rouges, arrondies, disparaissant par la pression, disséminées en grand nombre sur le tronc et les membres : cette roséole sudorale disparaît rapidement sans donner lieu à aucune desquamation ; elle présente ce caractère particulier que le centre de chacun de ses éléments est occupé par une très petite vésicule miliaire, remplie de liquide transparent.
Ces vésicules peuvent exister seules, sans réaction congestive de voisinage; elles acquièrent parfois alors des dimensions plus considérables, et forment à la surface des téguments des saillies incolores ayant l’aspect de gouttelettes transparentes. Ces vésicules, désignées sous le nom de miliaire sudorale , ou de sudamina, sont dues à l’épanchement dans les couches épidermiques de la sueur arrêtée dans son cours par l’obstruction de l’orifice folliculaire.
T. Fox a donné le nom de dysidrose, et Hutchinson celui de cheiro-pompholix , à une éruption composée de vésicules de volume variable, de consistance dure, enchâssées dans l’épiderme qu’elles soulèvent en une saillie hémisphérique de coloration blanche ou grisâtre, éruption dont les sièges de prédilection sont les faces latérales des doigts, le dos de la main, les régions correspondantes des membres inférieurs et le cou. Les vésicules peuvent se réunir et se transformer en phlyctènes ; elles contiennent un liquide transparent ; il est rare qu’elles se rompent spontanément; lorsqu’elles sont rompues artificiellement, elles sont remplacées par une desquamation à lambeaux épais.
Cette éruption se produit ordinairement pendant les chaleurs de l’été, à la suite de transpirations abondantes; elle se développe le plus ordinairement chez des sujets nerveux.
T Fox considérait la dysidrose comme résultant de la distension des follicules sudoripares par la sueur sécrétée en abondance, ce liquide amenant par son abondance même l’oblitération de la partie adjacente du conduit sudorifère. D’après Hoggan,les vésicules sont le résultat d’altérations subies parles cellules de la couche granuleuse de l’épiderme; ultérieurement les canaux sudorifères se rompent et leur sécrétion se répand dans la cavité en voie de formation.
La dysidrose peut être suivie, chez les sujets prédisposés, de lésions eczémateuses ; mais elle ne présente ordinairement ni la ténacité ni les récidives déses-
MALADIES CUTANÉES
pérantes de l’eczéma, dont elle diffère par le début rapide, la fermeté des vésicules, leur siège en certains points de prédilection et l’absence de prurit.
Son traitement consiste dans l’emploi des bains émollients ou alcalins, et de pommades antiseptiques légères ou adoucissantes.
Bibliographie :
BouvEREf, Des sueurs morbides; Thèse d’agrégation; Paris, 1880. — Balzer et Barthélémy, Contribution à l’étude des sueurs colorées ; Annales de Dermat., 1884, p. 517. — Boinet, Contribution à l’étude de la dysidrose; Thèse de doctorat; Paris, 1888-1889. — Barié, Sur un cas de chromidrose jaune ; Annales de Dermat., 1889, p. 937. — Cornil et Babès, Les Bactéries-, Paris, 1890, t. I, p. 161, et t. II, p. 312. — Fouré, De la chromidrose, chromocrinie partielle et cutanée de M. Le Roy de Méricourt; Th. de doctorat, Paris, 1890- 1891. (Bibliographie très étendue.)
PATHOLOGIE DU SANG
Par A. GILBERT
Professeur agrégé, Médecin des hôpitaux.