RECHERCHE DE L’ÉTAT HISTOLOGIQUE DU SANG
La connaissance de l’état histologique du sang repose sur trois modes d’investigation : la préparation et la coloration du sang sec; la préparation du sang frais; la dilution du sang et la numération des éléments figurés.
Préparation et coloration de sang sec. Pour faire une préparation de sang sec, on recueille une goutte de sang sur une lame de verre; on l’étale au moyen d’un agitateur, puis on la dessèche en animant la lame d’un mouvement de va-et-vient brusque et rapide.
Cette préparation aplatit les globules blancs et laisse aux hématies et aux hématoblastes leurs caractères anatomiques (fig. 1). Elle est très favorable à l’étude des modifications de couleur, de forme, de dimensions que subissent les globules rouges dans un grand nombre de conditions, notamment dans les anémies. Lorsque l’on veut y étudier les hématoblastes, il convient d’examiner le point de la lame où la goutte de sang a été déposée (fig. 2), car moins volumineux et plus visqueux que les hématies et les leucocytes, ils sont entraînés moins loin que ceux-ci par la baguette de verre pendant la préparation (Hayem) (*).
Le sang, étalé en couche mince et desséché se prête parfaitement à l’application des diverses méthodes de coloration.
La plupart des réactifs colorants usités en histologie altèrent les globules sanguins et dissolvent l’hémoglobine.
L’eau iodo-iodurée toutefois fait exception ; employée en solution de coloration brune assez intense, elle teint toutes les parties qui renferment de l’hémoglobine en acajou foncé. Elle permet ainsi , avec sûreté , de découvrir les hématies nucléées charriées par le sang dans certains cas pathologiques.
Lorsque l’on voudra faire agir sur le sang les autres réactifs, il sera néces-
(*) G. Hayem, Du sang et de ses altérations anatomiques; Paris, 1889.
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sairc de rendre les globules inaltérables , • en d’autres termes, de fixer les préparations.
Les vapeurs de l’acide osmique remplissent bien ce but; mais il importe de savoir qu’elles s’opposent à l’action ultérieure d’un grand nombre de substances colorantes.
Il sera donc préférable de recourir à la chaleur, en plaçant, selon le conseil d’Ehrlich, les préparations pendant une heure à l’étuve sèche à 120-150°.
A l’état normal les hématies se colorent sous l’action des substances acides telles que l’acide picrique et l’éosine ; les noyaux des leucocytes se colorent, comme les microbes, sous l’influence des substances basiques, telles que le violet de méthyle et la safranine et leurs granulations protoplasmiques sous l’action des réactifs neutres. Pour mettre en évidence la propriété neutrophile de ces granulations, il convient, les préparations ayant été fixées par la chaleur, de les soumettre à l’action d’un bain colorant obtenu en mettant en présence des substances acides et des substances basiques (Ehrlich). On peut, par
exemple, employer la formule suivante :
Solution aqueuse saturée de fuchsine acide • . 5 volumes.
Agitez en ajoutant :
Solution concentrée de bleu de inélhvl (basique) 1 volume.
Eau distillée 5 volumes.
Laisser reposer pendant quelques jours et filtrer.
Sous l’action de ce réactif, les hématies prennent une teinte rouge et les granulations leucocytiques une coloration violette.
On ne rencontre que rarement dans le sang normal des leucocytes dont les granulations prennent les couleurs acides telles que l’éosine et basiques, c’est-à-dire des leucocytes éosinophiles et basophiles. Il n’en est pas de môme, ainsi que nous le verrons, à l’état, pathologique.
Inversement, nous verrons les hématies normalement éosinophiles , pour nous servir, en ce qui les concerne, des qualificatifs appliqués aux leucocytes, devenir partiellement ou en totalité basophiles. Le procédé qui permet le mieux d’apprécier les changements apportés dans leurs réactions colorantes est celui de la double coloration soit par l’éosine hématoxylique, soit par l’orangé et le bleu de méthylène : les parties altérées du protoplasma globulaire se colorent en bleu, alors que les parties saines prennent une teinte rouge brique si l’éosine hématoxylique a été employée, ou jaune orangé si l’on a eu recours à l’autre réactif (Maragliano et Castellino) (’).
Préparation du sang frais. — Cette préparation doit être faite à l’aide d’une cellule spéciale dite cellule à rigole (Hayem) qui se compose d’une lame épaisse et plane sur laquelle est isolée par une rigole circulaire un petit disque de 5 millimètres de diamètre environ. Une gouttelette de sang est déposée au centre du disque, puis recouverte d’une lamelle parfaitement unie (*)
(*) Maragliano et Castellino, Suite modifleazioni degenerative dei globuli rossi. Comunicazione f. a. R. Academ. de Genov. 16 aprile 1860. La Riforma Médica, 6 maggio 189(1. p. 620.
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qui l’éiale en une nappe d’épaisseur uniforme. On a eu soin, préalablement.
Fig. 1. — Préparation de sang sec normal.
Celte figure montre un grand nombre d’hématies, un leucocyte et deux hématoblastes Comme dans toutes les préparations de sang sec, le leucocyte roulé par l’agitateur qui a servi à étaler la gouttelette de sang est élargi et d’un diamètre exagéré.
Fig. 2. — Préparation de sang sec normal, examinée dans le point de la lame où la goutte de sang a été déposée (comparer cette figure à la précédente).
Ce dessin montre un grand nombre d’hématoblastes, quelques hématies et deux leucocytes.
d’enduire le bord externe de la rigole d’une mince couche de vaseline sur
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laquelle s’applique exactement le contour de la lamelle. La préparation se trouve ainsi à l’abri de l’air.
Quand l’opération est bien réussie, les hématies prennent la disposition de piles de monnaie et se réunissent de diverses manières en formant des îlots d’une étendue plus ou moins considérable. Ces îlots laissent entre eux des espaces libres plasmatiques, qui, dans le sang normal , communiquent les uns avec les autres de manière à simuler une mer. Dans cette mer se trouvent les globules blancs, quelques rares globules rouges, et les hématoblastes isolés ou groupés en amas. Au moment où le sang se coagule, on voit partir des
hématoblastes quelques traînées filamenteuses qui vont se perdre en s’effilant à une courte distance; de plus, on trouve en divers endroits des filaments fibrillaires épars ou formant par places un treillis très fin, de telle sorte que, dans le sang normal étalé en couche mince, le réseau filamenteux qui se forme au moment de la coagulation reste presque totalement invisible (fig. 5).
La préparation du sang humide permet de reconnaître si la fibrine est augmentée et la pi'oportion dans laquelle elle est accrue, à l’épaisseur et au nombre des fibrilles qui composent le réticulum.
Elle permet, de plus, d’estimer approximativement le nombre des globules blancs et d’observer, à l’aide de la platine chauffante, l’état de leurs mouvements amiboïdes.
Elle permet encore déjuger du degré d’adhérence que les hématies contractent entre elles.
Enfin elle est particulièrement précieuse pour la recherche des fragments
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mélaniques que charrie la circulation dans certains cas pathologiques ainsi que pour la recherche des gros parasites du sang.
Numération des éléments du sang. Les éléments figurés que renferme le sang sont tellement nombreux que, pour les compter, il est nécessaire de le diluer. Le liquide employé devra réunir une double qualité : conserver les éléments, favoriser leur égale répartition. Vierordt, M. Potain, M. Malassez, M. Grancher et d’autres hématologues ont tour à tour imaginé des solutions de composition différente.
Pour la numération des hématies et des leucocytes, M. Hayem recommande le liquide suivant :
Eau distillée 200 grammes
Chlorure de sodium 1
Sulfate de soude 5
Bichlorure d’hydrargyre 0,50 cenligr.
Mais, dans cette solution, les hématoblastes se réunissent en masses mûriformes, et il est impossible de les disperser. Pour les dénombrer, il faut recourir au sérum iodé, à l'urine de diabétique, ou au liquide amniotique de mouton.
Les instruments qui servent à la numération, les hématimètres, en un mol, sont plus ou moins compliqués. Les efforts des derniers inventeurs tendent à perfectionner la cellule de MM. Hayem et Nachet. Cette cellule, destinée à recevoir la solution sanguine, a une hauteur de 1/5 de millimètre. Un quadrillé placé dans l’oculaire du microscope (Hayem et Nachet), gravé au fond de la cellule (Gowers), ou inclus dans un dispositif spécial sous la platine du microscope (Nachet), permet de déterminer le nombre des globules qui occupent dans la cellule un carré de 1/5 de millimètre de côté. Comme la hauteur de celle-ci est, ainsi que nous l’avons dit, de 1/5 de millimètre, le quadrillé, en réalité, limite les globules contenus dans 1/5 de millimètre cube. Etant connu le titre de la solution sanguine, il est, dès lors, facile de faire les calculs qui conduisent à la notion du nombre des globules que renferme un millimètre cube de sang pur.
La numération des globules fournit, dans un grand nombre de cas, des renseignements de la plus haute importance. Mais pour que ceux-ci aient une réelle valeur, il ne suffit point d’employer les liquides et les instruments appropriés, il convient encore de faire un court apprentissage hématimétrique.