‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 78 sur 109 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PLOMB

Le plomb et ses composés sont des poisons qui ont, de tout temps et à juste titre, préoccupé les hygiénistes et les médecins. Il n’est pas, en effet, de métal dont l’usage soit plus universellement répandu; il n’en est pas qui, en raison de ses innombrables emplois et de sa facile absorption, ait occasionné des accidents plus nombreux et plus graves.

L’action du plomb sur l’économie est très intéressante au point de vue de la pathologie. Introduit à dose massive, ce métal agit comme les poisons ordinaires et amène des accidents rapidement mortels par des effets comparables à ceux des autres toxiques. Son absorption lente a des conséquences beaucoup plus remarquables. Introduit à dose faible, plus ou moins répétée, il détermine, en effet, des altérations profondes, qui réalisent une sorte de diathèse, dont les manifestations ont exercé la sagacité d’observateurs éminents, parmi lesquels nous citerons Tanquerel des Planches, Grisolle, Charcot, Duchenne de Boulogne, Gubler, Lancereaux, Manouvrier, etc., etc.

L’intoxication chronique par le plomb présente le tableau complet d’une maladie chronique expérimentale.

Intoxication aiguë par le plomb. — Dans l’intoxication parle plomb, nous aurons à étudier l’empoisonnement aigu (criminel ou accidentel) et l’empoisonnement chronique ou saturnisme chronique. L’empoisonnement aigu par le plomb (sous ce nom, nous décrirons seulement l’empoisonnement par une dose considérable de plomb, brusquement introduite dans un organisme soustrait jusque-là à l’influence du plomb) est un empoisonnement assez rare. Employé dans un but criminel, le plomb n’a donné lieu en France qu’à 9 empoisonnements dans le cours des soixante dernières années (Hugounenq). Les dangers qu’entraîne la facilité avec laquelle les criminels peuvent se procurer le plomb sont en effet largement compensés par la saveur nauséeuse du métal et de ses sels, qui en rend l’administration difficile.

L’empoisonnement aigu, d’origine accidentelle, est un peu plus fréquent.

PLOMB

Il s’observe comme la conséquence d’une méprise dans l’emploi d’un médicament (eau de Goulard, extrait de Saturne, lotion plombique quelconque) prescrit pour l’usage externe et pris par erreur à l’intérieur. Il peut encore être consécutif à l’ingestion de vin ou de cidre contenus dans des bouteilles rincées avec du plomb, et dans lesquelles du plomb aura macéré dans le liquide. Nous pourrions allonger la liste de ces causes d’intoxication accidentelle; mias comme ces intoxications sont rares, nous nous contentons de signaler les plus fréquentes et les plus importantes.

Tous les composés plombiques (solubles ou insolubles), le métal lui-même, peuvent causer des accidents d’intoxication aiguë. Toutefois, dans la pratique, les acétates et les azotates de plomb sont à peu près les seul sels de plomb qui amènent des accidents toxiques à marche aiguë.

La dose nécessaire pour amener ces accidents est assez difficile à préciser. Les traités de toxicologie citent le fait d’un jeune homme qui eut des accidents graves après avoir pris, en 5 jours, 15 centigrammes seulement d’acétate de plomb. Cette dose paraît exceptionnelle. D’après Hugounenq, la dose toxique serait en moyenne de 0sr,50 à 1 gramme. Encore faut-il tenir compte de ce fait que la saveur nauséeuse du plomb amène facilement des vomissements qui expulsent immédiatement une notable quantité du poison.

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