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INTOXICATION CHRONIQUE PAR LE TABAC — TABAGISME

Les accidents occasionnés par le tabac, fumé en quantité plus ou moins grande, niés par quelques médecins, fort exagérés par d’autres, sont incontestables. Dans la description de ces accidents, il faut cependant se garder de toute exagération et s’efforcer de n’attribuer au tabac que les symptômes qui lui sont dus d’une manière certaine. Les méfaits du tabac sont principalement des troubles fonctionnels plus ou moins durables.

Les accidents de l’intoxication chronique par le tabac peuvent s’observer dans deux conditions : 1° chez les fumeurs, les pi’iseurs ou les chiqueurs de tabac ; 2° chez les ouvriers et les ouvrières qui manipulent le tabac dans les fabriques. L’intoxication des fumeurs est dé beaucoup la plus intéressante. Les priseurset les chiqueurs deviennent de plus en plus rares, les premiers surtout; les uns et les autres sont exposés à des accidents spéciaux, beaucoup moins graves qu’on ne pourrait le croire et dont nous dirons seulement quelques mots. Nous étudierons principalement les accidents du tabagisme chez les fumeurs.

TABAC

Les accidents du tabagisme portent avec une fréquence inégale sur presque tous les appareils.

Le système nerveux a été considéré par quelques auteurs comme particulièrement atteint par le tabac. On a cité des faits de vésanies, de paralysies générales, de myélites et de paralysies diverses attribuées au tabac. Il est inutile de dire qu’il ne s’agissait que de simples coïncidences. Les troubles du système nerveux engendrés par le tabac sont en réalité peu nombreux. Il en est quelques-uns qui paraissent incontestables, tels sont : la perte partielle de la mémoire, le tremblement, les vertiges, et diverses névralgies.

La perte de la mémoii’e, et plus particulièrement la perte de la mémoire des noms, est assez fréquente. Parfois peu marquée, elle est quelquefois assez prononcée pour devenir une réelle cause de gêne dans le fonctionnement du langage. A un degré extrême, elle confine à l’aphasie transitoire, qu’on peut même observer quelquefois dans le tabagisme, particulièrement après un grand excès de tabac.

Le tremblement est plus rare. Il a pour caractères de se montrer surtout dans l’exécution des mouvements, dans l’acte d’écrire, par exemple. Ce tremblement disparaît facilement quand on cesse l’usage du tabac.

Les vertiges dus au tabac sont de deux ordres : les uns sont d’origine gastrique; les autres paraissent devoir être mis sans aucun doute sur le compte du poison. Ces derniers se montrent généralement après des excès de tabac prolongés pendant quelques jours. Ils se montrent dans des conditions un peu spéciales. Ils apparaissent au début de la journée, lors de la première cigarette ou du premier cigare. Ils commencent avec les premières aspirations du tabac et cessent rapidement, que le fumeur continue ou s’arrête de fumer. Les vertiges ne se montrent généralement plus dans le reste de la journée.

Les névralgies du tabagisme sont surtout des névralgies brachiales et scapulaires. Elles causent une sensation d’engourdissement douloureux et angoissant. La durée en est très courte. Comme les vertiges, ces névralgies se montrent surtout après la courte interruption de la nuit et avant la reprise de l’acte de fumer. Elles sont parfois assez pénibles pour simuler l’angine de poitrine. L’angine de poitrine, dite tabagique, n’est elle-même qu’une de ces névralgies.

Parmi les désordres nerveux imputables au tabac, Gilbert a signalé à la Société médicale des hôpitaux, en 1889, un cas d’hystérie tabagique.

Tube digestif. — Les dents des fumeurs sont généralement en mauvais état; elles jaunissent et se carient facilement.

La bouche est fréquemment enflammée, surtout chez les fumeurs de pipes à tuyau court. L’épaississement chronique de l’épithélium amène la formation de plaques d’apparence laiteuse et d’aspect nacré, décrites sous le nom de plaques laiteuses des fumeurs.'

Bouisson (de Montpellier) a dit que l’usage de la pipe pouvait causer l’épithélioma des lèvres. On peut, en tout cas, affirmer que l’usage de la pipe, irritant chroniquement la muqueuse des lèvres, facilite la production des tumeurs épithéliales chez les personnes prédisposées.

Le pharynx, irrité par la fumée du tabac, par l’âcreté des vapeurs ingérées et

INTOXICATIONS

par la chaleur de ces vapeurs, a de la tendance à s’enflammer chroniquement. Aussi les granulations de la gorge sont-elles fréquentes chez les fumeurs. Elles peuvent devenir très gênantes, surtout quand elles gagnent le larynx; elles déterminent la toux spasmodique et l’enrouement.

Les fonctions de l’estomac sont souvent troublées. L’anorexie est fréquente. Les digestions sont laborieuses, et accompagnées de renvois acides. Ces troubles sont à leur maximum chez les chiqueurs, sans épargner les fumeurs, car ces derniers avalent forcément une partie des liquides buccaux chargés de nicotine.

Cœur et artères. — L’action du tabac sur le cœur et sur les artères se manifeste par des troubles fonctionnels de la circulation. Il n’existe pas, à notre connaissance, d’observation probante de myocardite ou de lésions valvulaires développées sous la seule influence du tabac. D’autre part, l’action nuisible du tabac sur les nerfs du cœur est hors de doute. Le tabac agit en troublant le rythme du cœur et en provoquant des palpitations et des intermittences. Les intermittences tabaciques se montrent chez les sujets qui font abus du tabac depuis un temps déjà long. Elles existent surtout à la fin de la journée, quand le fumeur a déjà consommé une certaine quantité de tabac. Le moment de leur apparition est inverse du moment d’apparition des vertiges. On les observe pendant l'acte de fumer et en dehors de cet acte. Ces intermittences portent à la fois sur les mouvements du cœur et sur les pulsations artérielles. Le cœur et les battements artériels paraissent s’arrêter simultanément. Le fumeur a la sensation de cet arrêt. En même temps, son pouls cesse d’être perceptible. Cet arrêt ne dure qu’un instant et les battements reprennent. Le premier battement qui suit la reprise est généralement dédoublé.

Les intermittences peuvent être isolées et se produire à de rares intervalles ou se rapprocher et troubler le rythme du cœur pendant un certain temps (1 demi-heure, 1 heure et plus). Ces intermittences, qui inquiètent beaucoup les tabagiques, sont cependant sans danger et cèdent avec l’abstention temporaire du tabac. Elles se distinguent des intermittences en rapport avec les affections valvulaires, quand le myocarde est intéressé par ce caractère qu’elles portent à la fois sur les battements du cœur et sur les pulsations des artères. Dans les intermittences liées à la myocardite, le rythme du cœur est seul troublé et les pulsations artérielles sont normales.

Le professeur Peter a signalé des accès d’angine de poitrine dus à l’abus du tabac, qui rappellent à s’y méprendre les accès d’angine de poitrine par lésions des artères coronaires et des artères de la base du cœur. Ils en diffèrent toutefois par leur mode de terminaison, qui est presque toujours favorable. Loin de persister et de se rapprocher comme les accès d’angine de poitrine par lésions matérielles des nerfs ou des vaisseaux, ils s’espacent et disparaissent avec la cessation de l’usage du tabac. Selon la théorie admise, ces accès sont dus à une névralgie des nerfs du cœur ou à un spasme des artères coronaires.

Organes génitaux. — Les fonctions de la génération peuvent être troublées dans le tabagisme. Ce fait s’observe surtout chez les ouvriers et chez les ouvrières des manufactures de tabac. On a signalé chez les premiers un

TABAC

affaiblissement des désirs sexuels, parfois une impuissance absolue. Chez les secondes, des avortements fréquents. Quand la grossesse arrive à son terme régulier, les enfants de ces ouvrières sont souvent chétifs et malingres.

Organes des sens. — Les organes des sens sont influencés par l’usage du tabac. Chez les fumeurs, le goût est souvent altéré; chez les priseurs, la muqueuse olfactive perd facilement ses propriétés ; il y a du catarrhe de la trompe d’Eustache et de l’otite par extension.

Du côté de la vision, Galezowski et Charles Martin ont signalé une amblyopie nicotinique qui, pour ces auteurs, serait spéciale aux fumeurs.

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