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OXYDE DE CARBONE

L’empoisonnement accidentel par l’oxyde de carbone peut encore s’observer chez les ouvriers qui travaillent dans des usines où l’oxyde de carbone se forme en grande abondance (hauts fourneaux, fours à coke, fours à plâtre et à tuiles, fonderies où l’on réduit les oxydes métalliques par le charbon). Dans les mines, les explosions de grisou développent une quantité considérable d’oxyde de carbone ; la plupart des morts amenées par le grisou peuvent être mises sur le compte de l’action toxique de ce gaz. Dans les incendies, l’oxyde de carbone joue de même un rôle très important. Dans le récent incendie de l’Opéra-Comique , un grand nombre des victimes présentaient les signes évidents de l’intoxication par l’oxyde de carbone (Brouardel).

Parmi les causes accidentelles de l’intoxication par l’oxyde de carbone, on a observé, dans ces dernières années, des faits de personnes empoisonnées dans des voitures publiques, chauffées à l’aide de briquettes dégageant une grande quantité d’oxyde de carbone.

Pour que l’empoisonnement ait lieu, il n’est pas nécessaire que le dégagement du gaz ait lieu dans un endroit clos; il peut se faire en plein air; c’est ainsi que, tous les ans, on apporte à la Morgue de Paris un certain nombre d’individus intoxiqués par l'oxyde de carbone, après s’être endormis au-dessus de fours à chaux dégageant une certaine quantité d’oxyde de carbone par les fissures du sol.

Dans ces différentes formes d’intoxication, le gaz oxyde de carbone est rarement à l’état de pureté. Presque toujours il est mélangé à la fumée ou à la vapeur de charbon, dont il constitue l’élément toxique. Un autre gaz lui doit aussi sa toxicité : c’est le gaz d’éclairage, qui en renferme 6 pour 100. Mélangé à ce gaz, l’oxyde de carbone ne détermine que de rares accidents, car l’odeur pénétrante du gaz d’éclairage annonce rapidement sa présence et fait rechercher l’origine de la fuite. Le gaz d’éclairage peut cependant devenir très dangereux quand il a filtré à travers le sol à la suite de la rupture d’une conduite; il perd, alors, son odeur et rien ne signale plus sa présence (Yibert).

Symptômes de l’empoisonnement par l’oxyde de carbone. —

Les signes du début de l’empoisonnement sont presque toujours peu marqués. Ils peuvent passer complètement inaperçus, lorsque l’empoisonnement a lieu pendant le sommeil. Les sujets surpris de cette manière ne se réveillent pas; ils passent du sommeil dans le coma et la mort arrive sans que le réveil ait eu lieu.

Lorsque les sujets sont surpris à l’état de veille, les débuts de l’empoisonnement sont encore très insidieux. Les signes morbides ne se manifestent que quand le danger est déjà grand. Ils consistent tout d’abord en maux de tête, en vertiges et en obscurcissement de la vue. Les malades accusent des battements dans la tête et dans les tempes. Quelquefois, des vomissements marquent le début de l'intoxication.

Peu après, les mouvements deviennent difficiles. Les jambes sont faibles et vacillantes. La marche est rapidement impossible. La faiblesse des jambes et la difficulté des mouvements, qui surviennent de bonne heure, ont des conséquences graves; elles empêchent les malheureux, victimes de l’oxyde de carbone, qui ont la sensation d’une asphyxie prochaine, de se précipiter vers les fenêtres et de les ouvrir pour respirer de l’air pur.

INTOXICATIONS

Très rapidement (au bout de quelques minutes) il survient de l’oppression Les battements du cœur sont tumultueux et d’une rapidité extrême. La circulation périphérique se ralentit ; des plaques cyaniques se montrent aux extrémités. La respiration devient stertoreuse.

Le coma arrive insensiblement et dans un temps très court. La mort est sa terminaison la plus ordinaire. Parfois la terminaison fatale est précédée d’une période de convulsions violentes.

Tels sont les phénomènes qui se produisent lorsque l’intoxication suit son cours ordinaire. Lorsqu’on peut intervenir avant que la mort ait eu lieu, plusieurs cas peuvent se produire. Si l’intoxication a été légère, le malade sort assez rapidement du coma. Les premières aspirations d’air pur le rappellent à la vie, et il revient rapidement à lui. Il se plaint alors d’un grand malaise général et pendant plusieurs jours il accuse des douleurs intenses dans différentes parties du corps. Il persiste assez souvent une céphalalgie opiniâtre et une faiblesse extrême qui ne disparaissent que graduellement.

Si l’intoxication a été grave et si le sang a reçu une grande quantité d’oxyde de carbone, le retour à la vie est impossible. Les malades ne peuvent être retirés du coma dans lequel ils sont plongés. Dans ces cas, la mort est fatale et arrive plus ou moins vite, suivant la gravité de l’intoxication et la rapidité avec laquelle on a tenté d’y porter remède.

Enfin, dans un troisième ordre de faits, le malade sort du coma. Il revient à la vie, mais la convalescence est longue. On peut voir survenir, avant la complète guérison, quelques complications nerveuses. C’est ainsi qu’au sortir du coma de la période aiguë de l’empoisonnement il peut y avoir des troubles de l’intelligence isolés ou associés à des paralysies motrices ou sensitives. Hoffmann a observé, après un empoisonnement par le gaz d’éclairage, un cas de démence avec de la perte de sensibilité de la peau et de la parésie qui durèrent plusieurs mois. Casper a décrit dans les mêmes conditions une attaque de manie transitoire. Laborde(‘), dans la récente discussion de l’Académie de médecine, a déclaré que l’intoxication oxycarbonée pouvait laisser des lésions cérébrales organiques et incurables, telles que le ramollissement cérébral et la démence.

Les troubles paralytiques moteurs et sensitifs (paralysies par l’oxyde de carbone) ont été bien décrits par Leudet, Laroche, Rendu et par Brissaud(2), à qui nous empruntons les éléments de cette description.

Les paralysies débutent dès que la convalescence est ébauchée. Elles commencent par les membres inférieurs. Peu après les membres supérieurs se prennent à leur tour. Au bout de quelques jours, le malade est paralysé des quatre membres. A côté de cette paralysie totale, la forme hémiplégique est assez fréquente (Laroche, Rendu) ; quelquefois elle n’est que le reliquat d’une pai’alysie d’abord totale (Comby). Exceptionnellement les paralysies peuvent se généraliser et entraîner la mort comme par une sorte de myélite aiguë (Leudet). La paralysie est surtout marquée pour les muscles extenseurs. Les réflexes tendineux, loin d’être abolis ou diminués, sont exagérés.

Au point de vue des réactions électriques, Rendu a constaté l’abolition com- (*)

(*) Bull. Acad, de méd., 1889.

(-) Brissaud, Des paralysies toxiques; Thèse d'agrégation, 1886.

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