‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 3 sur 168 · TROUBLES SENSITIFS · texte numérisé non relu

TROUBLES SENSITIFS

§ I. ANESTIII'SIE.

Etiologie. — L’anesthésie de la pituitaire est un sym})tôme assez rare dans les maladies de la muqueuse du nez. Bilatérale et généralisée, on l'observe; chez (juel(|ues ozéneux; mais en j)arcil cas je ne l’ai jamais vue complète, même lorsque l'atrophie de la miujueuse est ancienne et excessive. La sensibilité est eüminuée, mais non abolie, et l’anosmie est beaucoup plus accentuée, ipie l'anestliésie sensitive. Dans la rhinite hypertrophicpie vraie (dégénérescence pseudo-myxomateuse), elle n’existe <pie sur les régions les plus malades, tandis que la sensibilité est conservée sur les autres parties de la muqueuse.

L’hémianesthésie de la pituitaire peut se voir à la suite de lésions des In-anches nasales du nerf trijumeau, ou de ses noyaux d’origine, ou des centres (protubérance, hémisphères cérébraux). On peut la constater dans les cas graves de névralgie du trijumeau, où le plus souvent elle a été précédée par de l'hyperesthésie, mais seulement lorsqu’il s’agit de névralgies symptomatiques; car en cas de névralgie a frigore suivie d’anesthésie, celle-ci n'atteint pas les muqueuses. L’hémianesthésie, avec ou sans névralgie antécédente, pourra résulter de tumeurs de la base du crâne, de traumatismes, plaies chirurgicales ou autres, d'exsudats méningés (méningites chro-

(') Consultez Louvrage de .M. Cii. Féhé, Les épilepsies, Paris, 1890, p«ssim.

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niques), etc., intéressant les branches nasales du trijumeau. Elle est alors limitée ; et lorsque le ganglion sphéno-palatin est lésé, on peut voir, au début, l’anesthésie des régions innervées par ses branches coïncider avec des troubles sécrétoires (rhinorrhée séreuse). Quand, au contraire, la lésion siège avant le ganglion de Casser, l’hémianesthésie est généralisée à toute la fosse nasale et coïncide avec celle des autres régions innervées par le même nerf. 11 en est de même lorsque la lésion siège au niveau des noyaux d’origine, ainsi qu’on peut l’observer dans le tabès. Lorsqu’elle siège au-dessus des noyaux d’origine, l’hémianesthésie est croisée, et la conservation des réflexes peut rendre sa constatation difficile. En cas de lésion protubérantielle, l’olfaction, comme dans les cas précédents, reste intacte; mais, lorsque l’altération se trouve dans un hémisphère, au niveau de la capsule interne par exemple, l’hémianesthésie est complète, et en même temps que la face et les membres, les sens sont touchés et le malade présente de l’anosmie. Ces lésions centrales, de même que celles qui siègent en deçà, jusqu’au niveau du ganglion de Casser, [)euvent donner lieu à des troubles trophiques de la pituitaire (ulcérations, etc.).

L’hémianesthésie nasale est un symptôme assez fréquent de l’hystérie. Chez les hystériques hémianesthésiques, la perte de la sensibilité de la fosse nasale, du côté affecté, est à peu près constante et coïncide le plus souvent avec l'hémianosmie. Mais cette anesthésie semble être le plus fréquemment incomplète : M. Lichtwitz, qui l’a étudiée dans il cas, ne l’a jamais vue généralisée à toute l’étendue de la pituitaire. La plupart du temps la partie postéro-inférieure de la cloison restait sensible, et il existait des points sensüiles à la région postérieure du plancher, du cornet inférieur et surtout du cornet moyen (’).

L’anesthésie bilatérale de la miujueusc du nez peut aussi se voir dans l’hystérie, en cas d'anesthésie totale, et même sans anesthésie cutanée généralisée. J’ai observé un homme, atteint d’anesthésie hystérique en îlots, cpii présentait une anesthésie très accentuée du pharynx, de l’épiglotte, du pharynx nasal et des fosses nasales, en même temps que des troubles olfactifs et des accès d’éternùments névropathiipies (^). Ceux-ci survenaient, le matin le l>lus souvent, à la suite de sensations de fourmillements et de picotements; le malade éternuait 30 ou 100 fois de suite, en même temps qu il se produisait une abondante rhinorrhée séreuse. Cependant, en dehors de ces accès, on pouvait, sans douleur pour le malade et sans qu’il ressente autre cliose qu’une sensation de pression très olduse, appuyer un stylet sur la plus grande étendue de la muqueuse nasale. L'application du galvano-cautèrc ne produisait qu’un peu de larmoiement et était à peine douloureuse. Ni les cautérisations locales, ni les bromures, ni l’hydrothérapie n’amenèrent d’amélioration durable.

Diagnostic, pronostic et traitement. — L’anesthésie de la pituitaire est facile à reconnaître à l’aide du stylet manié sous le contrôle de l’œil pendant l’examen rhinoscopique; mais il faut la rechercher pour ne pas la laisser passer inaperçue. Lorsqu’elle a été constatée, on doit établir le diagnostic causal. Celui-ci, en dehors de l'hystérie, est parfois malaisé; le plus souvent

(') Lichtwitz, Les anesthésies liystéiï([iies des muqueuses, 77(èse de Bordeau.c, 1887.

(*) Consultez l’article de M. Cii. FÉnÉ, Les éternuinents névroiiathiques, l'ronrcs médical, 1885.

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cepenLlant l’analyse des symptômes permet de se faire une idée assez exacte du siège de la lésion et même de sa nature.

Le pronostic ainsi que le traitement varient suivant la cause de l’anesthésie. Les applications intra-nasales de courants continus auraient rendu des services dans certains cas.

g 3. IIYPEUESTIIÊSIE. — PARESTHÉSIES. — NÉVRALGIES.

Symptômes et étiologie. — L’hypereslliésie de la muqueuse nasale semble être beaucoup plus fréquente que l’anesthésie. Il n’est pas douteux que beaucoup de gens soient infiniment plus sensibles que la très grande majorité des autres sujets à l’action des poussières, de la fumée, des vapeurs ou des gaz irritants, etc.; et, sous l’influence de ces causes, soulTrcnt exagérément de sensations intra-nasales pénibles ou douloureuses en même temps que de larmoiement, d’éternuments répétés, etc. Quelques-uns même ressentent dans le nez, au moment de l'inspiration, une sensation de fraîcheur exagérée, ainsi ijirune sensation de ehaleur à l’expiration. Il s’agit, le plus souvent, soit d’hystéri({ues, soit de sujets nerveux ou de souche névropathique. Chez les uns, les fosses nasales ne présentent aucune lésion et la susceptibilité de la ])ituilairc est en quelque sorte congénitale; chez d’autres, l’hyperesthésie n’est apparue qu’avec des lésions localisées (petits polypes muqueux, par exemple). L’hvperesthésie peid être généralisée à toute la muqueuse ou limitée à certains points.

Un assez grand nombre de névropathes présentent, avec on sans hyperesthésie concomitante, et quelquefois même en même temps que de la diminution de la sensibilité, des pareslliésies de cette région. Ce sont le plus souvent des sensations de sécheresse ou de brûlure, des picotements ou des fourmillements suivis ou non d'éternuments. Ces sensations ne peuvent être à bon droit considérées comme des paresthésies (pic lorsqu’elles ne coïncident pas avec des poussées congestives de la mmpieiise.

Les névraUjies isolées des branches nasales du trijumeau frappent surtout les rameaux nasaux de l’ophtalmiipie. Elles ne. sont pas exceptionnelles, et j’en ai observé un certain nombre de cas, indépendamment de lésions nasales appréciables. Rares chez l’homme, elles se voient le plus souvent chez les jeunes femmes présentant des .stigmates d’hystérie, ou chez des personnes simplement nerveuses, à l’époque de la ménopause. Les malades se plaignent d’élancements douloureux (]u’elles rapportent an niveau de l’os propre du nez du côté malade, et à la région antéro-supérieure de la fosse nasale. La pression digitale, en dedans de l’angle interne de l’œil et au-dessous, est douloureuse. Quant à celle du stylet mousse appliqué sur la pituitaire, au-dessus de l’extrémité antérieure du cornet inférieur par exemple, elle est parfois très douloureuse, tandis que dans d’autres cas elle est assez bien supportée. Dans deux de mes cas, la pression du stylet, au niveau de la partie supérieure de ta région cartilagineuse de la cloison, était très douloureuse. La cautérisation ignée profonde de cette région limitée a beaucoup amélioré l’un de ces malades, et a été inutile chez l’autre.

Traitement. — L’hyperesthésie, les paresthésies et les névralgies de la

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muqueuse nasale, lorsqu’elles ne coïncident avec aucune lésion locale ou voisine dont la disparition peut faire espérer la guérison des troubles sensitifs, sont le plus souvent rebelles aux moyens thérapeutiques ordinaires. Les névralgies des branches nasales de l’ophtalmique peuvent cependant céder à l'action de l’aconit, de l’opium ou de la quinine, ou encore à celle de l’administration prolongée des bromures, suivant les sujets. L’antipyrine administrée à doses suffisantes au moment des accès, calme presque sûrement les phénomènes douloureux. Mais le plus souvent l’affection est tenace; et les guérisons sont presque constamment .suivies de récidives.

g 4. — IIYPEREXCIT.VBHJTÉ RÉFLEXE.

Névropathies réflexes d’origine nasale. — La sensibilité générale de la miu[ueuse du nez ne s’exerce normalement que comme régulateur de l'une des fonctions essentielles de l’organe, celle de s’opposer à la pénétration dans les voies respiratoires plus profondes, de substances nocives, gazeuses, liquides ou solides. La pituitaire ne doit pas être considérée comme douée du sens du tact; elle est à peu près incapable de transmettre des sensations tactiles susceptibles d’être analysées qualitativement par les centres sensitifs. Toutes celles qui prennent naissance à son niveau sont invariablement, bien qu'à des degrés divers, désagréables ou douloureuses, et singulièrement obscures ou confuses, mais elles provoquent immédiatement des réactions défensives, vaso-motrices, sécrétoires ou spasmodiques : tuméfaction hypérémique de la membrane réalisant une réduction de la perméabilité des voies d’entrée supérieures dans l’arbre aérien; exagération des sécrétions lacrymale et nasale constituant en quelque sorte un lavage de la surface muqueuse; arrêt resjtiraloire en inspiration, suivi de l’expiration brusque et spasmodique, dite éternùment, qui détermine l’expulsion simultanée des liquides sécrétés et delà sul)siance accidentellement introduite.

A l'état pathologique, les choses changent, et là comme ailleurs on peut voir se produire, dans certaines circonstances, une dissociation anormale de la sensibilité commune et de la sensibilité réflexe de la pituitaire. L’hyperesthésie de la sensibilité commune de la muqueuse nasale, qui a été précédemment décrite, donne lieu à l’exagération de la sensation douloureuse provo([uée par le contact des objets, leur écart de température, etc.; mais elle est presque constamment indépendante de lésions locales, et les interventions thérapeutiques locales ne la modifient que si elles aboutissent à l’anesthésie temporaire ou à la destruction des terminaisons nerveuses; et même, dans ce dernier cas, elles ne la modifient pas toujours favorablement. Il n’est pas douteux qu’alors le trouble fonctionnel siège bien plutôt au niveau des organes de réception que de transmission. Les affections de la muqueuse du nez, même aiguës, ne déterminent pas d'ordinaire d’hyperalgésie : le contact d’un stylet explorateur promené sur la pituitaire d’un individu atteint de coryza aigu, n’est pas plus douloureuse, et l’est même parfois moins que chez un sujet sain. Ce que ces affections déterminent en général, c’est une hyperexcitabilité réflexe qui se traduit ordinairement par une exagération des réactions normales et, exceptionnellement,

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par l’apparition de réactions anormales, pathologiques, mais toujours de même ordre que les précédentes.

11 importe de remarquer que la l'acilité d’apparition de ces phénomènes et l’intensité avec laquelle ils évoluent ne sont pas seulement en rapport direct avec la nature et le degré de l’alïection nasale dont ils dérivent; mais (pi’elles sont encore et surtout variables suivant les sujets atteints. Alors que chez ceux dont le système nerveux est en état parfait d'équilibre, l’exagération des réllexcs normaux dépendra de l’acuité et de rintensité de l’aflection nasale, évoluera parallèlement à elles, sera plutôt modérée et ne présentera rien d’insolite ; chez les névropathes ou les sujets de souche névropathique elle alTectera souvent une disproportion manifeste avec le degré de la lésion, elle pourra ne [)as seulement se traduire par une intensité excessive des réactions normales, mais encore par l’apparition de rétlexes anormaux et purement pathologiques, venant s’ajouter aux premiers. Bien plus, l’apparition de ces réactions rétlexes anormales, chez les sujets en question, ne suppose pas nécessairement l’évolution préalable de toute la série des rétlexes normaux ; elle pourra survenir alors qu’un certain nombre au moins de ceux-ci auront fait défaut. Enfin elle se montrera avec ou sans eux, à l'occasion de lésions nasales aiguës légères et intermittentes, ou d’atfections chroniques banales, dont les conséquences de meme ordre seraient nulles ou insignifiantes chez les sujets exempts de nervosisme.

Si l’on n’est pas en possession de ces trois notions fondamentales : 1“ indépendance relative de l’hyperesthésie de la sensibilité commune et de l’hyperesthésie de la sensibilité rétlexe de la pituitaire; 2“ indépendance relative de l'hyperesthésie de la sensibilité rétlexe et de ce qu’on pourrait appeler la paresthésie de la sensibilité rétlexe de la pituitaire; 5“ prédisposition excessive des névropathes à cette hyperexcitabilité et encore plus à cette parexcitabilité rétlexe de la pituitaire; il est impossible de comprendre et de juger la (piestion, si intéressante et si controversée, des « névroses rétlexes d’origine nasale » <jui, après avoir fait tant de bruit et rallié tant de prosélytes il y a quelques années, tend aujourd’hui à retomber dans un oubli injustifié; et cela, il inq)orte de le «lire, à cause des exagérations absurdes où sont tombés un certain nombre de ceux qui l’ont défendue, et surtout de leurs excès intempestifs de zèle thérapeutique et opératoire. A mon sens donc, il n’est pas possible de nier que la muqueuse des fosses nasales soit, plus souvent que les muqueuses avoisinantes, <jue celle dn tube digestif et des organes génitaux, le j)oint de départ de réaction nerveuse spasmodique ou vaso-motrices; non seulement l’observation clinique, mais encore l’expérimentation physiologique montrent à l’évidence que l’opinion que je soutiens ici s’appuie sur une base solide et positive.

Je ne m’arrêterai pas à exposer l’historique de la question (*); à rappeler les travaux de Trousseau, Blackley, Voltolini, qui l’ont fait naître ou mieux renaître, et ceux de Ilack, Sommerbrodt et tant d’autres qui l’ont élargie jusqu’à la faire tomber sous le ridicule. 11 me suffira de citer les recherches

(‘) Consultez IIack, ouvraü:c cité. — Cartaz, France medicale, 1885. — IIery.ng, Annales des maladies de l'oreille, 1880. — Ruault, Gazelle des hôpilaux, 1887. — Voltolixi, Die Krankheilen der Nase, Breslau, 1888.

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expérimentales de M. François Franck (‘), et de signaler un certain nombre des faits cliniques que tout médecin est à môme d'observer très fréquemment s’il y porte attention, pour justifier amplement les propositions préliminaires que j’ai émises au début de ce chapitre.

L’accroissement de la sensibilité réflexe de la pituitaire, sous l’intluence de l'inflammation, est une notion banale : on sait que chez un sujet atteint de coryza aigu, le plus léger courant d’air froid, tel que celui produit par l’ouverture d’une porte ou d’une fenêtre, arrivant au contact des voies respiratoires supérieures, suffit pour provoquer de violents accès d’éternûments. La pénétration dans le nez, dans les mômes conditions, d’un air chargé delà moindre poussière, amène le môme résultat. M. François Franck a mis à profit cette notion de I hyperexcitabilité réflexe due à l’inflammation de la pituitaire pour étudier expérimentalement les réactions déterminées par l’irritation localisée de cette membrane enflammée, et rechercher s'il était possible de re[)roduire ainsi un certain nombre de symptfuues dont l'existence ait été signalée parles cliniciens chez les sujets atteints de lésions nasales. Les résultats obtenus ont été positifs, et, indépendamment de la rbinorrée et de l’éterniiment, M. François Franck a obtenu la toux, le spasme glottique, le spasme bronchique généralisé, le ralentissement du cccur, et des réactions vaso-motrices curieuses consistant en une vaso-dilatation céphalique et une vaso-constriction du reste du corps. Si, avant d’irriter la pituitaire entlammée, l’expérimentateur l’anesthésiait localement avec la cocaïne, il n’obtenait aucune réaction.

La possibilité de l’origine nasale de névroses respiratoires d’ordre spasmodique et de congestions céphaliques actives, est donc péremptoirement établie par l’expérimentation. Mais, d’autre part, l’oljservation clinique montre que chez un certain nombre d'individus, lorsque les accès de spasme glottique, d’asthme bronchique, de toux quinteuse, de migraine, de névralgie des branches supérieures du trijumeau, ou de céphalalgie quelconque, coïncident avec une congestion marquée de la muqueuse du nez, on enraie prescjue instantanément l'accès en pratiquant un badigeonnage de la pituitaire avec une solution forte de cocaïne. Ce fait n’a-t-il pas, à peu de chose près, la valeur d'une expérience physiologique, et no démontre-t-il pas à la fois que les syuqitômes (lu’on a fait ainsi disparaître étaient d'ordre rétlcxc et d’origine intra-iiasale, et que ces symptômes, isolés ou associés, peuvent apparaître sous rintluence d'une simple irritation congestive de la jiituifaire, chez des individus ■prédisposés''! Je dis chez les prédisposés parce (ju'ils manquent le plus souvent, môme en cas ele lésions nasales importantes, chez les individus exempts de toute diathèse, tandis qu’ils sont très frécjuents chez les ncuro-arthriiiquLS et les nerveux en général.

La recherche des symptômes nasaux s’impose donc chez les individus atteints d’accès d’éternùmcnts, de toux nerveuse de cause obscure, de spasme glottique par accès, d’asthme bronchitpie, de céphalées et de migraines récidivantes et tenaces. Si cet examen fait reconnaître l’existence de fésions permanentes, de vices de conformafion, de tuméfactions congestives intermittentes, on devra recourir à f'épreuve de la cocaïne, et si celle-ci donne des résultats positifs, on

(') Fh.vnçois Fh.vnck, Archives de phijsiûlofjie, juillet 1S89, 11“ ô, j). .^58 et suivantes.

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sera eu droit à' espérer (jue le traitement des lésions du ucz pourra amener, en même temps que la guérisou ou l’amélioratiou de celles-ei, celle des symptômes associés qui eu dépeudeut. Mais si l’épreuve de la cocaïne est négative, ou devra s’attendre à un échec pres(]ue certain ; et, môme dans le cas contraire, ou agira sagement eu se gardant de promettre au malade une guérison qui reste toujours problématiijue.

Les résultats les meilleurs que j’aie obtenus dans ma pratique ont trait à des migraines, des névralgies sus-orbitaires , des toux nerveuses quinteuses, des accès de spasme gIottique{^); et des éternûments par accès, durant depuis des années parfois, et souvent suivis de rhinorrhées abondantes. Chez quelques sujets, ces coryzas vaso-moteurs subits étaient souvent suivis de bronchites bumides et survivant deux ou trois semaines aux rbnmes de cerveau qui avaient marqué leur début ; j’ai obtenu, avec la guérison du nez, la disparition de ces accidents. Dans un grand nombre de cas, j’ai jui faire disparaître des cauchemars rebelles. Enfin, j’ai vu des individus, devenus absolument hgpochontlriaques, atteints d’une véritable obsession nasale, incapables de tout effort intellectuel, traités de malades imaginaires par leurs médecins et leur entourage, repnmdre leur activité et leur gaîté disparues, après la guérison de leurs lésions nasales et naso-pbaryngiennes.

Ouant aux asthmatiques txüciiüs delésions nasales(^), j’en ai depuis 1885, traité un assez grand nombre. Les deux tiers d’entre eux environ avaient des polypes muqueux bilatéraux. Je crois en avoir guéri radicalement quelques-uns. J’en ai guéri temporairement un certain nombre, et après une, deux ou trois récidives des ])olypes et des accès astbmatiques, leurs accès n’ont i)lus reparu. Ces guérisons, radicales ou temporaires, ont toutes trait à des malades porteurs de polypes, sauf un enfant de 10 ans, guéri depuis 1885, qui n’avait qxie de rbypertroj)bie des cornets inférieurs; elles forment un peu plus du quart de mes malades, et un peu moins du tiers. Les deux autres tiers de mes malades n’ont obtenu du traitement qu’un bénéfice indirect, en ce sens qu’ils se sont bien trouvés de la disparition de l’obstruction nasale dont ils souffraient, mais leur asthme est resté, après l’intervention, ce (pi’il était auparavant, ou du moins le soulagement obtenu dans quelques cas a été tout à fait passager et insignifiant. Dans deux cas enfin, et j’en ai d’autant pins de regret que les malades ne présentaient que de la tuméfaction congestive des cornets inférieurs, rastbme s’est manifestement aggravé à la suite de l’intervention.

One dois-je conclure de ces résultats, obtenus sur une série d’environ cent asthmatiques que j’ai pu suivre ou dont j’ai en des nouvelles pendant une période tle temps variant de une à sept années? C’est que, s’il n’est pas douteux que les lésions nasales, et particulièrement les polypes muqueux, comptent parmi les causes déterminantes les plus certaines de l’astbme bronchique, leur disparition, môme lorsque l’astbme en dérive, est loin d’amener toujours la guérison de ce dernier. L’astbme est une névrose complexe, apanage à peu

(') Rc.u-lt, Le spasme glottique d'origine nasale; Archives de Idryngologie, 1888.

{-) Consultez Jo.vl, Des rapports de l'asthine et des polypes muqueux du nez; Archives générâtes de médecine, 1882. — Voltolixi, loc. cit. — BoswonTU, Diseuses of the nose, New- York, 1880. — PoTiQUET, L’asthme et le nez; Médecine moderne, 1890 (analyse cl critique du travail de Sciimiegelow, sur le môme sujet).

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près exclusif des neuro-arthritiques ou des névropathes, héréditaires. N’est pas asthraali(]ue qui veut; et quiconque l’a été, sous l’intluence de telle ou telle cause déterminante, peut l’être encore sous une autre influence : il reste en imminence d’asthme, et après avoir fait de l’asthme avec son nez, il peut en faire avec sa muqueuse bronchique déjà lésée, avec son appareil gastro-intestinal, etc.

Il importe de remarquer cependant que le nombre des guérisons serait vraisemblablement plus élevé si nos méthodes de thérapeutique rhinologique étaient plus sûres et plus perfectionnées. Si, dans la plupart des cas, nous réalisons chirurgicalement le rétablissement de la perméabilité nasale en enlevant les polypes, réséquant les saillies de la cloison, cautérisant les cornets tuméfiés ou extirpant les tissus hypertrophiés, nous sommes loin, d’autre part, d’arriver toujours à guérir les troubles sécrétoires, et nous n’arrivons vraisemblaldement jamais à rendre à la muqueuse sa structure normale. C’est à cette insuffisance des moyens thérapeutiques que je dois évidemment attribuer les insuccès que j’ai eu chez plusieurs individus, dont cependant je pouvais sûrement et constamment arrêter les accès d’asthme par une pulvérisation intranasale d’une solution de cocaïne. J’ajouterai qu’un de mes malades, dont l’asthme n’avait été modifié en rien par l’ablation de polypes muqueux, a été considér.iblement amélioré plus tard, après que je l’eus opéré (par la voie buccale alvéolaire), d’un empyème du sinus maxillaire que j’avais méconnu tout d’abord. La fréquence des suppurations des sinus chez les sujets atteints de polypes muqueux, ou pour mieux dire la fréquence des polypes muqueux développés consécutivement à d’anciennes suppurations des sinus, est un fait bien connu aujourd’hui; aussi insisterai-je ici sur la nécessité de se rendre toujours compte de l’état des sinus chez les asthmatiques atteints de polypes, afin d’intervenir de ce côté s’il y a lieu.

J’ajouterai enfin que la guérison de l’asthme, si elle est obtenue, n’est pas toujours la guérison du malade. Trois de mes opérés, guéris de leur asthme, ont aujourd’hui du tic de la face. Un autre, chez lequel l’asthme avait été très peu modifié d’ailleurs, a été atteint de maladie de Raynaud. Ce sont là des faits dont il importe de tenir compte. 11 serait absurde de s’en prévaloir pour se condamner à l’abstention systématique, « de crainte que le mal ne se porte ailleurs », car ce raisonnement n’est plus de mise aujourd’hui. Mais ils me paraissent venir à l’appui de l’opinion si judicieusement défendue par M. Brissaud(“j, qui considère beaucoup d’asthmati({ues comme des nerveux héréditaires, chez lesquels l’asthme n’est qu’un symptôme isolé de leur état général, au même titre que le tic convulsif et les névroses vaso-motrices ou autres dont ils peuvent être atteints simultanément ou successivement.

(') Rriss.vud : De rnsthme essentiel cliez les ncvropallies. Revue de médecine, décenilire 1890.

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