‹ Traité de médecine (volume 5)Chapitre 1 sur 109 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

TYPHUS EXANTHÉMATIQUE

Par L.-H. THOINOT

Le typhus exanthématique se place naturellement entre la fièvre typhoïde d'une part — avec laquelle on l'a confondu pendant une si longue période du début de ce siècle — et les fièvres éruptives, alï'ections auxquelles il se lie symptomatiquement par une éruption d'importance aussi capitale, dans les cas types, que peut l'être dans les cas normaux de variole, de rougeole et de scarlatine l'éruption propre à ces entités pathologiques. Si nous cherchons à définir le typhus exanthématique par l'ensemble de ses termes pathologiques, nous dirons qu'il est une maladie infectieuse — dont l'agent pathogène est inconnu, ou seulement peut-être entrevu; — endémique ou endémo-épidémiqiie, suivant les contrées; — contagieuse à un haut degré par le contact direct du malade ou des objets qu'il a souillés; — ne récidivant jaLinais ; — comportant, dans ses manifestations cliniques, deux phénomènes majeurs, l'éruption et Vétat typlioïde, et une marche presque cyclique avec crise très nette dans les cas favorables; — ne laissant découvrir à l'autopsie aucune lésion spéciale, mais des congestions viscérales multiples et une hypertrophie de la rate le plus ordinairement.

Synonymie. — Le typhus exanthématique a été décrit sous les noms les plus variés. Dans la synonymie très riche — Murchison a pu réunir près de cent dénominations appliquées à la maladie du xV siècle à nos jours, — nous relèverons seulement les appellations suivantes :

Typhus Fever (c'est sous ce nom que la maladie est aujourd'hui décrite par les auteurs anglais) ; — typhus pétéchial.

Typhus des camps et des armées; — maladie des prisons; — fièvre des hôpitaux.

Ces deux groupes de dénominations caractérisent, l'un un symptôme domi-

2 TYPIIL'S EXANTIIKMATIQUE.

liant, rnutro l.n prédilection du typhus pour certaines catégories d'individus : soldats, prisonniers, etc.

Enfin dans les dénominations anciennes, nous marquerons la pittoresque appellation espagnole : Tabardillo y piintos (taches et points), et le terme employé par Huxham « Putrid inaUgnanl fpver ».

Historique. — Murchison a consacré à l'historique du typhus des pages dune grande érudition, dont tous ses successeurs ont depuis lors reproduit la substance. C'est à iMurchison aussi, que nous empruntons pour la majeure partie les éléments de notre très rapide historique.

La première épidémie, que l'on puisse clairement dégager du chaos des maladies pestilentielles des anciens, est l'épidémie qui, en 1489, décima les troupes de Ferdinand, au siège de Grenade.

Le XVI'' siècle a vu des épidémies de typhus multiples. Citons en Italie les épidémies de 1505 et 1528, qui ont eu Fracastor pour historien; de 1580. à Vérone; de 1591 ; — en France, l'épidémie qui sévit sur l'armée de Charles- Ouint assiégeant Metz, 1552; l'épidémie de Poitiers; — en Hongrie, l'épidémie de 1506 qui, née dans l'armée de Maximilien II, se répandit dans toute l'Europe. L'Espagne et la Hollande aussi ont connu le typhus à cette époque.

Au xvn'' siècle, pendant la guerre de Trente Ans, une épidémie de typhus ravage toute l'Evirope centrale.

L'Angleterre est particulièrement touchée dans le cours de ce siècle. Au siège de Rcading, en 1(34.1, — avant et après la grande peste de Londres (1665), la Grande-Bretagne est éprouvée par le typhus. Enfin en 1698, une forte épidémie s'étend sur tout le territoire anglais.

La Hollande était frappée en 1655 et 1669; l'Allemagne en 1685.

Au XVIII* siècle commence la terrible série des épidémies irlandaises, série ([ui a fait de ce pays le vrai foyer du typhus exanthématique.

Depuis longtemps l'affection était connue en Irlande sous le nom expressif d' « //'/.s/; ague », mais c'est à partir de 1708 seulement que ses ravages sont notés et suivis d'année en année par les auteurs :

Dans le cours du xviii* siècle, nous relevons pour l'Irlande les épidémies de 1708 — 1718 à 1721—1729 à 1751 — 1755 à 1756—1740 et 1741, épidémie qui. dit Murchison, ravaga la folalité de l'Irlande. En ces deux années l'Irlande perdit 80 000 habitants du typhus et de famine.

Après celte formidable épidémie, il se fait un temps de calme, mais en 1771. 1781 et 1795, l'Irlande est de nouveau frappée.

A Vienne, le typhus apparaissait de 1757 à 1759. — ^En 1757-1758 avait lieu la première épidémie de Berlin.

En 17()4, forte épidémie à Naples. — En 1799 enfin, épidémie du siège de Gônes.

Au xix*" siècle, le typhus exanthématiciue continue son oeuvre de généralisation. Dans les quinze premières années du siècle le fléau suit les armées de Napoléon : à Saragosse, à Torgau, à Dantzig, à Wilna, dans la retraite de Moscou, nous voyons le typhus frapper les armées en présence.

En 1816-1817 le typhus paraît en Italie.

En 1817 la série irlandaise reprend. Le typhus débutant à Corck à la fin de

TYPHUS EXANTIIKAIATIQUE. 3

1816, se propage de 1817 à 1819 à toute l'Irlande et la Grande-Bretagne. Plus de 770000 sujets furent atteints en Irlande, et l'on compta 44 000 décès. Il est à noter cependant que cette épidémie ne fut pas le typhus pur, mais que la fièvre à rechute régna concurremment.

De 1826 à 1828, nouvelle épidémie de typhus et de « Relapsing fever » en Irlande et dans la Grande-Bretagne. Le seul hôpital de Gorck reçut 12 877 malades, d'avril 1826 à mai 1827.

Jusqu'en 1856 le typhus reste seulement endémique en Irlande; il reprend en 1856-1857-1 858 ses allures épidémiques.

En 1846 nouvelle et formidable épidémie, la plus grave que jamais l'Irlande ait éprouvée. Elle dura deux ans. Débutant en Irlande elle fut semée par les émigrants irlandais à Londres, Edimbourg, Glasgow, Manchester. En 1856, 1861 et de 1862 à 1869 Londres fut gravement frappé par le typhus. En 1856 la ville de Philadelphie (États-Unis) fut atteinte de typhus. La guerre russo-turque (1877-1878) donna lieu à une formidable explosion de typhus dans les armées en présence.

Notons enfin les récentes épidémies de Dantzig, 1887 ; — Prague, 1888 ; et les épidémies françaises de :

Toulon, 1829-1855-18 io-18ol-1853-1856.

Reims, 1859; — Strasbourg, 1854; — Nancy; — Marseille, Avignon, le Valde-Grâce, 1856.

Bretagne : Riantec (Morbihan), 1870-1871; — Rouisan (Finistère), 1872- 1875; — l'île de Molène. 1878; l'île Tudy (Finistère), 1891. —Nous aurons à revenir ci-dessous sur la signification et l'importance de ces épidémies.

En terminant cette revue des ravages du typhus du xV siècle à nos jours, il convient de mentionner les principaux auteurs dont le nom s'est attaché à l'histoire de cette affection.

Citons rapidement parmi les anciens : Fracastor, 1546; — Cardanus, 1545;

— A. Paré, 1568 ; — Gratioli, 1576 ; — Castro, 1584 ; — Lazare-Rivière, 1648 ; — Sydenham, 1685; — les historiens des épidémies irlandaises au siècle dernier : Rogers, 1754, O'Connel, 1746, et Rutty, 1770;— Browne-Langrish, 1755;

— Huxham, 1759 et 1752; — Pringle, 1730 et 1752; — Storck et Hasenohrl, 1760 et 1761 ; — Rasori. 1812.

Au xix'^ siècle relevons les noms de Graves, Christison, Stokes en Angleterre;

— Gaultier de Claubry, Landouzy, Forget, Jacquot, Barallier, Godelier et R. Gestin en France: — Hirsh, Lebert, Virchow, Griesinger en Allemagne;

— Hlava de Prague; — Gerhardt aux États-Unis, etc.

Les omissions sont nombreuses dans cette énumération sommaire, que nous ne saurions clore cependant sans citer hors de pair le nom de Murchison. Il est vraiment à regretter que les belles pages écrites par léminent médecin anglais sur le typhus n'aient pas été traduites en français, en même temps que celles qu'il a consacrées à la fièvre typhoïde.

Géographie du typhus. — Ainsi que le dit Murchison, et comme l'indique le paragraphe précédent, il est peu de pays d'Europe où n'ait été observée quelque épidémie fameuse de typhus; du xv« siècle à nos jours on voit le fléau en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie,

4 TYPHUS EXANTHÉMATIQUE.

en France, clans les diverses parties du Royaume-Uni, en Russie, etc., etc. Mais ce qu'il est surtout important de connaître, c'est le bilan actuel du typhus, ses foyers en activité, ses foyers endémiques, menaces perpétuelles d'irradiations épidémiques.

L'Irlande est un de ces foyers incontestables, et le plus remarquable sans doute. Au voisinage de l'Irlande, à l'émigration irlandaise le Royaume-Uni doit de connaître en permanence les atteintes du typhus; mais — Murchison le fait remarquer lui-même — il ne faut pas mettre au compte de l'Irlande la totalité du typhus anglais.

La terrible épidémie de la guerre russo-turque a révélé sur les bords du Danube un vaste centre endémique de typhus, attesté nettement par des épidémies antérieures (Valachie, 1849, etc.).

Les provinces intermédiaires à la mer Noire et la Caspienne sont aussi des foyers de typhus.

Les provinces baltiques de la Russie, la Silésie supérieure, la Pologne forment un autre centre endémique que l'épidémie de Dantzig vient de mettre encore en lumière, et dont les irradiations atteignent parfois Rerlin d'une part, Saint-Pétersbourg et Moscou de l'autre.

Le typhus est sans doute encore endémique en Bohême, témoin l'épidémie de Prague si récente.

Ce serait une erreur grave de croire que le typhus est quantité négligeable en France. Les épidémies du bagne de Toulon (Barailler), de Reims (Landouzy), de Strasbourg (Forget), de Nancy sont bien loin de nous. Les cas semés par les troupes revenant de Crimée à Marseille, Avignon et au Val-de- Grâce (Godelier), n'impliquent assurément pas l'existence d'une endémie typhique chez nous, mais il en est tout autrement d'une série de faits récents et actuels observés en Bretagne. C'est à R. Gestin qu'on doit, sur l'endémie typhique de Bretagne, les notions les plus certaines, et les plus probantes.

Un médecin de marine, le docteur Gillet, observait en 1869-1870-1871, aux portes de Lorient, à Riantec, une sévère et indéniable épidémie de typhus, et montrait que le typhus était loin d'être un inconnu pour cette partie de la Bretagne.

A propos d'une épidémie qu'il a observée aux environs immédiats de Brest, R. Gestin a entrepris de démontrer que la Bretagne, ou tout au moins le Finistère, était un centre d'endémie typhique. La démonstration qu'un fait récent nous a permis de compléter nous paraît des plus probantes. R. Gestin a montré que les deux épidémies des collèges de Pont-Croix et Lesneven (1875) étaient vraisemblablement à rapporter au typhus. Il découvrit des centres endémo-é{)idémiques indéniables dans les cantons de Saint-Renan, de Ploudalmézeau, de Plabannec, de Lannilis, de Pont-Croix, de Brest, de Landerneau, de Landivisiau, enfin de Saint-Pol de Léon. Les épidémies de l'île Molène, et l'épidémie à peine éteinte de l'île Tudy, ne font que confirmer l'axiome de R. Gestin : la Bretagne ou du moins deux de ses territoires, le Finistère et le Morbihan, présentent des foyers de typhus en activité.

En Italie, Naples et ses environs sont des foyers permanents de typhus endémique.

L'Amérique du Nord et particulièrement les ports des États-Unis en rapports

TYPHUS EXANTHÉMATIOUI<:. 5

commerciaux avec le Royaume-Uni présentent de temps à autre des cas de typhus.

L'Afrique n'en est pas indemne : les médecins militaires français ont décrit le typhus dans la province d'Alger, 1861; dans le district de Bougie, 1862; à Constantine, 1865, et surtout 1867, où depuis lors il semble endémique. Enfin en 1868 le typhus a frappé toute l'Algérie.

Le typhus existe-t-il dans l'Inde? Murchison dit n'avoir pu se faire une conviction sur ce point.

L'existence du typhus en Chine à l'état d'endémie permanente dans la population misérable est incontestable, d'après Morache.

Étiologie et nature du typhus exanthématique. — L Le typhus présente dans nos contrées d'Europe le double caractère d'endémicité et d'épidémicité.

L'endémie typhique est le propre de certains pays, au premier rang desquels il faut citer certaines parties du Royaume-Uni, — l'Irlande et l'Ecosse en particulier, — la Bretagne française, les provinces baltiques, les provinces danubiennes, etc., etc.

Dans ses foyers permanents le typhus prend de temps à autre un caractère d'acuité et de généralisation plus marquées, et l'épidémie se crée. Des épidémies nées sur les terrains d'endémie permanente les plus célèbres sont les épidémies irlandaises dont nous avons brièvement signalé la longue série aux xvin" et XIX'' siècles. En France on a vu sur le terrain d'endémie bretonne naître les petites épidémies successives de Riantec, Rouisan, l'île Molène, l'île Tudy.

Le typhus endémique peut dépasser largement les bornes du territoire d'endémie et se répandre sur une surface extrêmement étendue : c'est ainsi qu'au siècle dernier, et dans ce siècle même, on a vu les épidémies irlandaises envahir la presque totalité du Royaume-Uni.

A l'instar du choléra le typhus peut se semer accidentellement dans une localité où il n'acquerra pas ensuite droit de domicile, où il ne jouera que le rôle d'un épisode passager : tels sont les faits épidémiques de Marseille, Avignon, le Val-de-Grâce (1856), tous identiques dans leur genèse etleur évolution. Des soldats revenant de Crimée ont semé le typhus dans les lieux que nous venons de citer : une épidémie passagère et localisée s'est produite ; la maladie a disparu après un court espace, sans laisser de trace.

Enfin, l'histoire du typhus présente comme à satiété un fait remarquable, et qui a valu à cette aiïection les dénominations expressives suivantes : typhus des armées et des camps; — ■ maladie des pinsons; — ship infections fever, ou maladie des vaisseaux. Dans les grandes agglomérations d'hommes réunis, accumulés, dans les camps, les prisons ou les pontons, les vaisseaux, on voit en effet .très fréquemment le typhus éclater et acquérir une intensité maxima. Nous dirons plus loin à quelle conception du typhus ce fait classique et incontestable a conduit certains auteurs, mais, toute théorie mise à part, le fait doit être retenu et placé au premier rang de l'histoire du typhus. Notre historique a mentionné les grandes épidémies de typhus exanthématique qui ont ravagé les armées du xV' au xix<= siècle ; la plus récente, celle de la guerre russo-turque, est dans toutes les mémoires. 100 000 malades, 50000 morts au moins, tel est

6 TYPHUS KXAXTIIKMATIOUE.

le bilan des ravages qu'exerça le typhus dans la seule armée russe opérant dans les Balkans et sur le Danube.

Ainsi donc : foyers d'endémie; ■ — épidémies naissant et demeurant en terrain <">ndémi(]ue ; — épidémies à vaste rayon irradiées des foyers d'endémie ; — foyers accidentels ne laissant aucune trace; — enfin épidémies massives décimant les individus réunis en grandes agglomérations : armées, camps, prisons, vaisseaux, etc. — Tels sont les faits marquants de l'épidémiologie du typhus.

II. Le caractère si évident de diffusion du typhus ne va pas sans l'idée de contagion, de transmission.

Avant d'aborder cette question essentielle, il convient de passer rapidement en revue quelques éléments accessoires de l'étiologie du typhus.

Le sexe n'a pas d'influence marquée, et les relevés de Murchison, faits sur les registres des hôpitaux anglais, n'indiquent aucune prédilection du typhus pour l'un ou l'autre sexe. Dans quelques épidémies cependant, et telles ont été en particulier l'épidémie de Rouisan (R. Gestin) et l'épidémie de l'île Tudy, — la majorité des cas a porté sur des femmes. Il ne faut pas, d'ailleurs, voir là une prédisposition spéciale, mais l'effet même de la contagion, les hommes étant, par leurs occupations, tenus le plus souvent hors de la maison et du village — il s'agissait de pêcheurs dans les exemples cités ci-dessus, — les femmes au contraire, plus sédentaires, visitant et soignant volontiers leurs parents ou voisins malades.

Tous les âges sont exposés aux atteintes du typhus. Il semble que les adultes soient d'ordinaire pris en plus grand nombre, mais ni les enfants, ni les vieillards n'échappent.

Une condition qui exerce une influence manifeste sur la prédisposition au typhus est la misère. Misère et famine sont des causes adjuvantes d'une incontestable puissance.

Les registres de London Fever Hospital portant sur I8G28 malades en 15 ans donnent, dit Murchison, 95,70 pour 100 d'habitués des ioo)'khouses, et des bureaux de bienfaisance. Les auteurs anglais sont, d'ailleurs, unanimes sur ce point : les hautes classes ne payent qu'un tribut à peine sensible au typhus. Au môme titre que la misère, la famine prédispose au typhus. Toutes les grandes épidémies irlandaises n'ont point été des épidémies d'année de disette, mais beaucoup ont coïncidé avec ce fléau. Ni la famine, ni la misère ne créent par elles-mêmes le typhus, mais le typhus est assurément en pays d'endémie, en temps d'épidémie, — la maladie des faméliques et des misérables.

Parmi les causes prédisposantes Murchison mentionne Vencomhrement avec défaut de ventilation. Il est incontestable que l'encombrement avec défaut de ventilation favorise, par un mécanisme qu'on imagine facilement, la diffusion du typhus contagieux. Nous aurons à revenir sur cette question. Abordons maintenant la contagion, la tra)i'>mission du typhus. Murchison a heureusement résumé sous forme de propositions concises les arguments qui établissent le fait même de la contagion typhique. Voici ces propositions :

1" Quand le typhus apparaît dans une maison ou une localité, il se diffuse d'ordinaire avec une grande rapidité.

TYPHUS F]XANTHEMATIQUE. 7

'2° Le nombre des cas de typhus dans une maison ou dans une localité circonscrite est en raison directe des rapports entre individus sains et malades.

0° Des individus habitant des localités où la maladie est inconnue contractent le typhus en allant visiter des malades dans une localité éloignée.

4" Le typhus est souvent importé par des personnes infectées dans une localité jusque-là indemne.

5° La nature contagieuse du typhus est attestée par le succès des mesures prophylactiques, et en particulier lisolement ou l'éloignement des premiers malades.

La transmission à l'homme sain de l'affection d'un typhique antérieur est donc chose établie, mais comment se fait la transmission, quels en sont les voies et moyens ?

A. Il est hors de toute contestation qu'on prend le typhus en approchant, en soignant un typhique, qu'on prend le typhus par contact direct du malade.

Le danger qu'il y a à approcher les typhiques est mis en évidence par les quelques faits suivants :

En Irlande, dans une période de vingt-cinq ans, sur 1 250 médecins attachés aux établissements publics, 560 ont payé tribut au typhus.

Dans l'épidémie de Prague (I85o), dans les deux divisions consacrées à la réception des malades, 20 médecins (o décès) et tout le personnel des infirmiers furent atteints (Griesinger).

Chenu a montré que sur un effectif moyen de 400 médecins militaires, employés à l'armée d'Orient pendant la guerre de Crimée, il y a eu 58 décès par le typhus, ce qui suppose un nombre considérable d'atteintes ; la mortalité des médecins parle typhus seul a été de 12.88 pour 100, tandis que celle des officiers de tous grades et de toutes armes était par le typhus de 0.47 pour 100 <E. Vallin).

A l'île Tudy notre personnel médical et hospitalier se composait de neuf personnes : trois ont payé tribut, et nous avons eu à déplorer un décès.

Un argument considérable pour la doctrine de la contagion directe ou immédiate est la singidière filiation des cas qu'on observe facilement dans les petits centres épidémiques. R. Gestin a relevé pour Rouisan, le D'' Touren et nousmême avons relevé à l'île Tudy une filiation des cas telle que les individus atteints par l'épidémie formaient pour ainsi dire une chaîne ininterrompue : le lien entre chacun d'eux était le contact direct avec un malade antérieur. L'histoire de la famille J.-J. Beauf..., de l'île Tudy, dont les membres ont fourni -42 cas sur 80, est le plus bel exemple que nous connaissions en ce genre.

B. Un autre fait bien établi dans l'histoire du typhus, c'est qu'on peut prendre le typhus sans entrer en contact direct avec des typhiques.

Les quelques faits suivants feront connaître le mécanisme des transmissions de ce genre.

Pringle raconte que 2ô individus qui remirent en état de vieilles tentes, anciennement occupées par des typhiques, prirent le typhus sans avoir eu euxmêmes de contact avec les malades.

8 TYPHUS EXANTHÉMATIOUE. JEU

Pendant la guerre de Crimée les vaisseaux qui avaient fait le transport de troupes infectées contagionnèrent au retour les troupes rapatriées.

11 est de notion courante en Angleterre que dans les hôpitaux de fiévreux les personnes occupées à blanchir, à nettoyer le linge des typhiques, mais n'ayant pas de contact avec eux, prennent fréquemment le typhus.

Enfin, il existe toute une série de cas où des personnes ayant séjourné dans des foyers typhiques, ayant approché des malades, ayant en mimne emmaya- Hiné les germes contagieux dans leurs vêtements, ont transporté au loin le typhus.

Ce chapitre do l'histoire étiologique du typhus est donc de tout point analogue à ce qu'on voit dans l'histoire des fièvres éruptives : variole, scarlatine, rougeole, — à ce qu'on rencontre si fréquemment dans les faits de transmission du choléra.

Le germe du typhus s'attache aux objets touchés, aux vêtements portés par le typhique ; il s'attache aux murs, au sol des locaux où ont séjourné les typhiques ; il y demeure, gardant sa puissance pendant un temps qui — sans avoir été expressément fixé — paraît néanmoins assez long et, vienne l'occasion, donne naissance à de nouveaux cas. Toutes ces notions sont clairement établies, et ne font nul doute pour tous les historiens du typhus.

C. Quelques auteurs et en particulier Murchison ont cherché à résoudre les deux questions suivantes.

Quelle est la puissance de contagion du typhus ?

A quelles périodes de son évolution le typhus est-il surtout contagieux? Murchison pense que, dans le cas où le typhus a toute sa puissance d'expansion et de contagion, bien peu parmi les personnes qui s'exposent à la contagion réussissent à y échapper, et les exemples de familles prises tout entières, sans qu'un seul membre soit épargné, dans nombre de foyers typhiques, sont là pour confirmer le dire de l'auteur anglais.

Quant au second point, Murchison croit que la maladie est surtout contagieuse de la fin de la première semaine à la convalescence. Quand la fièvre est tombée, quand l'appétit revient, le danger de contagion cesse.

Les cadavres enfin sont-ils aptes à communiquer le typhus ? C'est là une question de difficile solution. Murchison pense cependant que le cadavre du typhique est dangereux et cite son propre exemple comme probant. C'est alors qu'il était étudiant, qu'il n'avait encore aucune communication avec les fiévreux, mais qu'il avait fait ou vu faire plusieurs autopsies de typhiques qu'il prit la maladie. On conçoit d'ailleurs que pareille interprétation ne va pas sans de sérieuses objections.

D. Les points ci-dessus établis, il reste à rechercher :

{a) Quelle est la nature du germe ?

(6) Quels sont les véhicules de ce germe ?

{a) Quelle est la nature du germe ? — Quelques auteurs, au commencement du siècle (Liebig, Simon, etc.), frappés par l'odeur toute spéciale de l'haleine et du corps des typhiques, — odeur qui, nous le dirons plus tard, est un des éléments les plus constants du cortège symptomatique — ont imaginé que le

JhA TYPPIUS EXANTHEMATIQUE. 9

germe était un gaz, un composé ammoniacal émané du corps des malades. Cette hypothèse ne devait rencontrer et n'a rencontré que peu de faveur.

Les études modernes qui ont transformé l'hypothèse du virus, du contage, en un élément saisissable, devaient chercher à faire la lumière sur le typhus comme sur les maladies infectieuses en général.

Sans parler de diverses tentatives déjà trop anciennes pour être acceptées, nous mentionnerons seulement les travaux de Hlava et les nôtres, entrepris en collaboration avec le D'' E. Galmette. Hlava, étudiant une épidémie de typhus à Prague (1888), a cru devoir rapporter la cause de la maladie à un streptobacille qu'il a figuré et décrit complètement. Maisilne semble pas que lui-même ait pu se faire une entière conviction sur ce point. Le strepto -bacille, quoique fréquemment rencontré, n'a été trouvé constamment par Hlava ni sur le vivant, ni sur le cadavre, et des microbes étrangers certainement à l'affection ont été rencontrés tantôt isolément, tantôt concurremment avec ce streptobacille. Cornil et Babès inclinent à croire que l'organisme de Hlava n'est qu'un organisme d'infection secondaire, et nous croyons qu'il y a lieu de partager cette opinion.

Nous avons avec le D"" Calmette étudié sept échantillons de sang de typhiques pendant notre séjour à l'île Tudy en juillet-août 1891. L'un de ces échantillons fut pris dans le cœur et la rate d'un individu mort du typhus, deux heures et demie après le décès. Cinq autres furent prélevés dans la rate en pleine évolution de la maladie. Un échantillon enfin fut, faute de mieux, pris au doigt. Dans ces sept cas nous avons rencontré un organisme intéressant dont nous chercherons dans un travail ultérieur à mettre le rôle en lumière.

Ce n'est pas le lieu d'insister ici sur une tentative encore trop récente, et qui n'a pas encore été de notre part l'objet de toute la série de recherches qu'elle comporte.

Nous pouvons affirmer, sans entrer dans plus de détails, que le sang destyphiques n'est actuellement ni cultivable, ni inoculable aux petits animaux : cobayes, pigeons, lapins, souris.

(6) Que le germe pathogène du typhus soit celui que Hlava a décrit, ou celui que le D"" Calmette et nous-même étudions en ce moment, ou tel autre que l'avenir révélera, le typhus exanthématique est — tout le monde l'admet à pnoH — fonction d'un parasite, et la question se pose de savoir comment le parasite passe du corps du malade à l'individu sain, quels sont ses véhicules, ses habitats hors de l'organisme, par quel procédé s'inocule l'individu sain.

On ne saurait songer à donner ici une réponse d'une rigueur scientifique égale à celle qui a été donnée pour le charbon, la tuberculose, etc., maladies dont nous pouvons manier les germes à notre gré.

Cherchons donc empiriquement, et sur les seules données de l'observation, à résoudre la question.

On peut établir sans crainte d'erreur que l'air ne véhicule jamais ce germe à grande distance, et que môme la puissance d'expansion ne dépasse pas une zone très limitée autour du malade. Sans contact direct avec le malade ou les objets recelant le germe, pas d'atteinte de typhus.

Une longue expérience a montré aux observateurs anglais que les hôpitaux de typhiques n'avaient jamais déterminé un seul foyer de maladie dans leur

10 TYPHUS EXANTHKMATIQUE.

voisinage. Il on esl donc du lyphus comme de la variole, où pareil point est acquis sans conteste.

On sait que, dans les épidémies de typhus, une maison peut être entièrement décimée par le lypluis, alors que les maisons mitoyennes, les maisons situées vis-à-vis échappent absolument, à la seule et expresse condition que les habitants de ces maisons n'entrent pas en relation avec les malades. La carte que nous avons dressée de l'épidémie de l'île Tudy (Recueil du Coinilé consuH. hyt/. et Ami. /iy(j. et méd. léfjale, 18*J1) porte un témoignage irrécusable de ce fait.

L'eau non plus ne semble jouer aucun rôle comme agent de propagation. Avec les lumières que nous avons aujourd'hui des caractéristiques si tranchées de la propagation par l'eau, il est impossible de pouvoir attribuer à cet agent un rôle dans la contagion du typhus. C'est dire en même temps que les évacuations alvines des malades ne renferment pas le germe du typhus, car le corollaire direct de cette présence serait bien probablement — (|uoique non certainement (') — la contagion par la voie aqueuse.

Ce qui semble le plus probable — mais n'est certainement pas démontré — c'est que le germe est véhiculé par les produits cutanés, qu'il passe ainsi directement aux personnes approchant et touchant le malade, et se fixe d'autre part aux objets de l'entourage du typhiquc.

La question des voies d'inoculation du typhus : voie jjulinonaire, cutanée ou dif/estive, reste pour nous tout aussi obscure, et le problème de l'étiologie du lyphus se résout en somme par trop d'inconnues pour pouvoir être considéré, avec les exigences actuelles, comme satisfaisant.

Nous avons dégagé pour le lecteur quelques points hors de controverse ; la solution des autres sera l'œuvre de l'avenir.

in. Nous ne saurions terminer ce chapitre, quelque long qu'il soit, sans consacrer quelques mots à une question quia pris une place considérable dans l'histoire du typhus : nous voulons parler de ce que Murchison appelle l'origine indépendante du typhus, la génération a novo du poison typhiijue, en d'autres termes, la génération spontanée an typhus.

Voici l'énoncé de la doctrine d'après Murchison lui-même : « Les conditions de génération a novo (spontanée) du typhus sont V accumidation d'individus en étal de grande malpropreté, et le défaut d'aération ])our ces individus agglomérés. En d'autres termes^ le poison est engendré par les émanations concentrées d'êtres humains, sales de corps et porteurs de vêtements sales. »

On reconnaît dans cette doctrine le pendant de la théorie pathogénique de la fièvre typhoïde dont Murchison s'est fait l'éloquent défenseur.

La doctrine n'est pas nouvelle d'ailleurs; c'était celle des anciens auteurs : Huxham, Pringle, Cullen. Elle régna jusqu'au xix^ siècle, battue seulement en brèche à ce moment par les travaux de Bancroft, Davidson, Watson et Budd. Mais elle a compté et compte encore des partisans parmi les historiens modernes du typhus, et ces partisans, c'est, avec Murchison : Wirchow et Theurkauf en Allemagne, Jacquotelles narrateurs du typhus.de Crimée. L'axiome « On peut faire naître le typhus à volonté » est dun auteur français. A l'Académie de mé-

(') Il se i)ourrnil en effet que le typhus ne fût pas inoculal)lc par la voie digeslive.

TYPHUS EXANTHÉMATIQUE. . 11

decine en 1875, Bouchardat et Fauvel ont voulu faire prévaloir cette doctrine contre Chaufîard, partisan de la nécessité d'un apport primitif de germe typhique pour le développement épidémique du typhus. L'auteur du récent article Typhus du Dictionnaire Encyclopédique, Nielly, est un partisan résolu de l'origine spontanée (I880).

Que dans des agglomérations du genre de celles dont parle Murchison — camps, armées, prisons, vaisseaux, hôpitaux — de sévères épidémies de typhus aient éclaté, c'est incontestable; mais la cause est-elle dans le fait de l'agglomération avec défaut d'aération? ou ces conditions ne sont-elles pas plutôt d'énergiques moyens de diffusion, masquant la cause première difficile à trouver?

Les idées contemporaines vont mal avec cette hypothèse de la génération spontanée, et le germe du typhus ne se crée pas plus de toutes pièces sans doute que le germe du charbon, du choléra, etc.

Mais il faut serrer la question de plus près et examiner rapidement les faits à l'appui de la doctrine de Murchison.

L'auteur anglais a rassemblé dans son livre un grand nombre de faits épidémiques dans les armées, les prisons, les vaisseaux, etc., qui lui semblent imposer la conviction. Jamais l'apport d'un germe typhique ne put être démontré, et toujours on rencontra les conditions d'encombrement avec défaut d'aération. Griesinger a jugé la question en quelques lignes qui méritent d'être citées.

« Murchison, dit-il, rapporte un certain nombre d'exemples qui ne semblent pas inattaquables, mais qui, flans leur ensemble, rendent assez vraisemblable l'hypothèse d'un développement spontané. »

Trois exemples pris parmi les plus connus feront, avec la critique qui s'y attache, juger la valeur de la doctrine.

(1) La Lancet de 1881 contient le fait suivant invoqué par tous les partisans de l'origine spontanée.

« Un vaisseau égyptien vint à Liverpool en février. Son équipage avait eu beaucoup à souffrir de la misère et de la malpropreté et comptait beaucoup de malades ; il n'avait aucun cas de typhus, mais des dysenteries, des affections pulmonaires, etc. ; la fétidité et la misère régnaient au plus haut degré sur ce vaisseau. Plusieurs personnes qui visitèrent le navire furent atteintes de typhus exanthématique et en moururent. La partie saine de l'équipage fut envoyée dans un bain public à Liverpool; sur les six garçons de cet établissement, trois furent atteints de typhus dans le cours des douze jours suivants; un mourut. Un certain nombre de malades du vaisseau dont aucun n'avait le typhus furent envoyés à l'hôpital à Liverpool : le typhus s'y déclara aussitôt.... »

Ainsi donc genèse spontanée du poison typhique parmi des agglomérés malades, affaiblis, malpropres, et transmission du mal à ceux qui ont approché les individus imprégnés du poison né spontanément — onais d'ailleu)-s, non malades eux-mêmes. Voilà entre tous un exemple probant.

Le D'' Parkes ne fut pas convaincu, et découvrit que parmi les trente-deux Arabes débarqués du Sc/i(?a/i Ge/(«W et envoyés à l'hôpital de Liverpool, il y avait un certain nombre de cas de typhus que le médecin de l'hôpital — peu familier avec une affection qu'il n'avait jamais vue — ne sut pas diagnostiquer. Il découvrit aussi que quelques-uns des Arabes transportés étaient déjà malades au moment de leur embarquement (E. Vallin. Note du traité de Griesinger).

12 • TYPHUS EXANTHEMATIQUE.

(2) Les formidables épidémies de typhus de la i^uerre de Crimée et de la guerre russo-lurque ont pu être invocpiées par les partisans de la g'eiu'se spontanée du typhus des armées, el toutes les conditions qu'ils invocjucnt pour cette genèse étaient en eftet réunies.

Chauffard a montré avec raison que c'est dans l'armée anglaise que sévil d'aht)rd le tvpiius en Crimée, et que cette armée venue d'un foyer d'endémie notoire de typhus pouvait parfaitement, sans qu'il fût besoin de trop forcer Ihypothèse, avoir apporté le typhus du Royaume-Uni. L'armée française ne fut atteinte qu'en second lieu, et notoirement par contagion. Si le typhus y fut plus sévère que dans l'armée anglaise, c'est que l'incurie administrative accumula comme à plaisir toutes les causes ordinaires de diffusion épidémique.

Quant au typhus de la guerre russo-turque, il est bien aisé de remarquer qu'il sévit sur une armée opérant dans un pays, centre d'endémie typhique.

(o) En 1808 une grande épidémie sévil en Algérie, transportée et semée, diton, par les Arabes faméliques, indemnes eux-mêmes de typhus, mais engendrant le poison dans leurs agglomérations malpropres. Chauffard a fait remarquer que le typhus était loin d'être un inconnu en Algérie, et que l'épidémie de 1868 pouvait tout aussi bien être l'extension des petites épidémies de typhus signalées depuis 1861 dans une quantité de localités en Kabylie et à Constantine, que le produit d'une genèse spontanée.

Nous en avons fini avec ce chapitre d'étiologie du typhus exanthématique. Nous lui avons donné plus de développement que n'en comportait peut-être le cadre de cet article, mais nous avons pensé que le lecteur ne saurait nous en blâmer.

— Résumant l'ensemble du chapitre, nous dirons :

L Le typhus est, suivant toute probabilité, fonction d'un germe figuré, que ce soit celui que décrit Hlava, celui que nous éludions, ou tout autre que l'avenir fera découvrir.

IL. Le typhus est endémique dans certaines contrées, sans que nous connaissions les raisons de cette endémie : tient-elle à la culture du germe dans le sol, aux qualités de races qui perpétuent l'existence du germe par des passages lents et successifs, etc., etc., nous l'ignorons.

III. Le typhus devient épidémique dans certains cas et se difTuse au loin ou envahit une agglomération conq^acte. Les conditions adjuvantes de la ditïusion sont Y encombrement — condition générale — et la misère physiologique — condition personnelle qui peut d'ailleurs être généralisée à une collection d'individus comme dans les faits de disette et de famine.

IV. Le typhus ne laisse pas toujours un foyer d'endémie là où il a passé épidémiquement, semblable en cela au choléra.

V. La transmission du typhus se fait par contact direct du malade, ou par contact avec les objets qui se sont chargés du germe spécifique au contact intime du typhique.

VI. Les voies d'inoculation de la maladie, comme aussi les voies par lesquelles

TYPHUS EXANTHÉMATIQUE. 13

le germe est rejeté hors de l'organisme malade, ne nous sont pas connues. Il est probable que les produits d'excrétion cutanée jouent un grand rôle.

VII. L'air ne paraît pas èlre un véhicule du contage, non plus que l'eau.

Des récidives du typhus. — Murchison dit expressément qu'au London Fev. Hospital, il n'a dans sa longue pratique «jamais rencontré un seul cas authentique d'une récidive, récidive qu'il considère comme plus rare encore que celle de la scarlatine ou de la variole » .

Les auteurs autorisés sont d'accord avec lui sur ce point essentiel, et les exemples de récidive se comptent vraiment dans la science. La statistique la plus chargée est celle de Barallier, qui, à Toulon, en aurait compté 9 sur 698 cas.

Incubation du typhus. — Elle semble devoir être fixée à douze jours environ, encore qu'elle puisse parfois être plus longue, et aussi singulièrement plus courte. On sait combien dans les maladies infectieuses les exemples qui peuvent servir à établir sans discussion la durée de la période d'incubation sont rares.

Étude clinique du typhus. — Il semble à qui n'a pas eu l'occasion de voir de près le typhus, et cherche à prendre connaissance des symptômes de cette affection dans les livres classiques — et tel est le cas de l'immense majorité des médecins de notre pays — que la description est ardue et de difficile assimilation. Quelques traits se gravent dans l'esprit, la plupart échappent.

Nous croyons que pareille impression, que nous avions ressentie nous-mêmes avant d'avoir la bonne fortune d'observer la maladie, ne correspond pas à la réalité; les traits cliniques du typhus sont aussi nets, aussi tranchés que ceux de la pneumonie, de la variole, des maladies aiguës les mieux caractérisées, en un mot.

Les ouvrages classiques présentent ordinairement au lecteur un tableau général de la maladie que suit une analyse de chaque symptôme, relevé appareil par appareil. Nous procéderons tout différemment, et notre description, peut-être plus schématique, gagnera, croyons-nous, en clarté.

Le typhus exanthématique, au môme titre que toute maladie infectieuse, comprend trois ordres de symptômes :

1» Des symptômes propres, qui forment par leur réunion la caractéristique de la maladie.

2° Des symptômes qui se renco'ntrent dans cette maladie comme dans toute maladie infectieuse, et qui ne diffèrent pas dans le typhus de ce qu'ils sont ailleurs: déterminations pulmonaires, rénales, cardiaques, spléniques, etc. Gomme la plupart des maladies aiguës le typhus peut laisser des traces, des séquelles, et c'est là encore un chapitre commun au typhus et aux pyrexies infectieuses.

3° Le typhus enfin ouvre la porte à des infections secondaires, dont la liste est exactement celle qu'on trouve notée pour la plupart des autres maladies infectieuses.

Tel est le plan général suivant lequel nous rédigerons ce paragraphe, et que nous résumons dans le tableau ci-joint.

14 TYPHUS EXANTIIK.MATIOL'E.

Page 1