‹ Traité de médecine (volume 5)Chapitre 24 sur 109 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE PRÉCOCE · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE PRÉCOCE

Les manifestations de la syphilis héréditaire précoce présentent avec celles de la syphilis acquise des analogies incontestables, mais en raison des conditions de structure des viscères, de nutrition et d'évolution propres à l'enfant, elles offrent des caractères spéciaux, qui nécessitent une description particulière. Certaines de leurs localisations sont pour ainsi dire inconnues dans la syphilis acquise, alors que dans l'hérédo-syphilis elles offrent une fréquence considérable et présentent une valeur diagnostique de premier ordre.

Existant parfois à la naissance, ces manifestations commencent ordinairement à se montrer dans le cours des o premiers mois, plus rarement après cette époque, très exceptionnellement après le sixième mois. Cependant on a vu la syphilis héréditaire ne se démasquer qu'au bout de 7 mois (Trousseau. Kjellberg, J. Simon) : ces faits imposent une grande réserve dans le diagnostic de la syphilis héréditaire précoce : l'apparition relativement tardive de celle-ci a été l'origine de la plupart des faits malheureux de syphilis vaccinale.

Les enfants atteints de syphilis héréditaire présentent souvent l'apparence de la santé parfaite jusqu'à l'apparition des manifestations cutanées et parfois même après le développement de celles-ci.

Le faciès décrit par Trousseau comme caractéristique de l'hérédo-syphilis, bien que très souvent absent, acquiert, lorsqu'il existe, une valeur diagnostique considérable : le visage offre un aspect souffreteux, la peau a une coloration bistrée, jaune maïs, très spéciale; les cils font défaut, les cheveux sont rares avec des îlots alopéciques; sauf aux derniers temps de son existence, le visage de l'hérédo-syphilitique n'est pas amaigri et ses traits ne sont pas tirés à la manière d'un vieillard comme ceux de l'enfant athrepsi(iue.

L'anémie, que traduit cette coloration des téguments, est réelle : les globules sanguins sont pâles et en nombre inférieur à la normale (Cuffer).

Le foie est souvent volumineux, occupe une grande partie de l'abdomen. La rate est également augmentée de volume.

Les lésions cutanées peuvent présenter des caractères très différents et revêtir presque tous les types observés dans la syphilis acquise. Cependant certaines d'entre elles sont spéciales à la syphilis héréditaire, et dautres, que l'on observe dans la syphilis acquise, ne se rencontrent pas dans l'hérédosyphilis.

La roséole manque dans la syphilis héréditaire, ou tout au moins y est absolument exceptionnelle (Parrot). Mais on peut y observer une éruption composée de macules d'un rouge plus ou moins foncé, tirant sur le jaune, ou rappelant la coloration jambonnée des syphilides de l'adulte, ou celle de la chair du saumon, délnitant par les fesses et les cuisses, se montrant ensuite sur la face, et plus tard sur le tronc. Ces macules présentent souvent une saillie appréciable, constituant ainsi de véritables papules plus ou moins larges (érythème maculo-papuleux de Zeissl).

Dans certaines régions, la paume des mains et la plante des pieds en particulier, lérythème se présente sous la forme de nappes de coloration rouge vif ou

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cuivré, et la poaii se rcc<»ii\ if de s(|ii;unes bljinrhes et sèches, qui plus tard se (lélachenl sur toute l'étendue du plarard de façon à ne plus laisser qu'une collerette à sa périphérie. Os syphilides psoriasiformes peuvent occuper des se<<ments considérables des membres.

Au pourtour des orifices naturels, les lésions érythémateuses s'accompagnent souvent de fissures ou rhagadcs plus ou moins profondes, constituant j)arfois des ulcérations véritables laissant après elles des cicatrices indélébiles : aux lèvres et au menton en particulier, ces rhagades disposées à la manière de rayons donnent au visage des petits syphilitiques une apparence spéciale et caractéristique.

Les gommes et les tubercules véritables sont rares aux périodes précoces de l'hérédo-syphilis.

Plus frckjueuiment, il se développe des plaques syphilitiques, occupant comme chez l'adulte les régions où deux portions de téguments viennent au contact l'une de l'autre, la région périanale, le sillon interfessier, les régions génitale et génito-crurale ; ces régions qui, chez l'enfant, sont exposées au contact de l'urine et des matières fécales, constituent d'ailleurs, pour toutes les manifestations de l'hérédo-syphilis, des sièges de prédilection toute particulière. Les plaques syphilitiques peuvent s'observer dans d'autres régions de la peau, mais moins fréquemment que dans la syphilis de l'adulte.

On observe assez fréquemment dans la syphilis héréditaire une lésion cutanée qui n'a pas son analogue dans la syphilis des adultes et qui est connue sous le nom de pemphigus syphilitique. Cette éruption, qui a pour sièges à peu près uniques la paume des mains et la plante des pieds, est une des plus précoces et s'observe le plus ordinairement dès la naissance, que le fœtus soit à terme ou un peu avant terme. Elle est constituée par des bulles mesurant de 2 ou T) millimètres à 4 centimètre environ, remplies de liquide louche ou j)urulent. Souvent les bulles sont rompues et on ne trouve plus à leur place qu'un épiderme plissé, de sorte qu'il est parfois difficile de reconnaître s'il s'agit du reliquat d'une bulle pemphigoide ou simplement du soulèvement, à la suite de la macération, de l'épiderme qui recouvre une papule syphilitique. Des ulcérations plus ou moins profondes et rebelles peuvent succéder à la rupture des bulles. Cette forme de syphilide est toujours d'un pronostic grave et traduit [le plus souvent une syphilis fatale à bref délai.

Il est fréquent d'observer des lésions ulcéreuses au pourtour des ongles. Les lésions des muqueuses peuvent se présenter sous la forme de plaques muqueuses analogues à celles de la syphilis de l'adulte : il en est ainsi dans la (^avité buccale. Les lèvres sont souvent le siège de fissures occupant soit les commissures, soit un point quelconque de leur bord libre ; ces fissures constiluent un danger, au point de a ue de la transmission de la syphilis du nourrisson à la nourrice qui l'allaite. Parrot avait attribué à la syphilis héréditaire la lésion connue sous le nom de glossite exfoliatrice marginée ou de lichénoide lingual : Caspary, Vanlair, et plus récemment le professeur Fournier et Lemonnier ont montré que cette alïection n'a aucun rapport avec la syphilis héréditaire.

La muqueuse nasale est très fréquemment atteinte dans la syphilis héréditaire : le coryza, caractérisé jiar un écoulement plus ou moins abondant de

liquide sanieux ou séreux, donne parfois lieu à la formation de croûtes qui empêchent l'enfant de respirer par le nez, ce qui met obstacle à l'allaitement et vient encore compromettre la nutrition; les narines sont souvent rouges et fendillées. Cette manifestation précède souvent les éruptions cutanées.

Les gang-lions lymphatiques, contrairement à ce qui se passe dans la syphilis de l'adulte, sont rarement atteints dans l'hérédo-syphilis; quelquefois cependant ils peuvent être le siège de lésions généralisées (Doyen).

Les os sont fréquemment altérés dans la syphilis héréditaire, ainsi que l'a montré Parrot. Leurs lésions consistent en une hyperplasie aboutissant à la production d'ostéophytes. Au crâne, elles se traduisent par le développement de saillies, occupant principalement le frontal et formant deux bosses latérales (crâne natiforme, de nates, fesses). Aux membres, elles passent souvent inaperçues jusqu'à ce qu'il se produise une solution de continuité à la jonction de la diaphyse et du cartilage épiphysaire ; elles se traduisent alors par une pseudo-paralysie que Parrot a fait connaître et qui résulte de ce que l'enfant immobilise son membre afin d'éviter la douleur provoquée par les mouvements ; cette pseudo-paralysie peut se montrer avant que l'os ne soit rompu ; elle est d'autant plus facilement curable que la nature de la maladie est reconnue plus tôt et que l'état général de l'enfant est moins profondément atteint. Des infections secondaires peuvent déterminer la suppuration de ces lésions osseuses et amènent presque fatalement la mort de l'enfant.

Les différents viscères peuvent être le siège de lésions d'origine hérédosyphilitique, le foie, la rate, les poumons, le testicule, l'intestin en particulier; ces lésions seront étudiées à propos des maladies de chacun de ces organes. Ces lésions, tout en présentant les caractères anatomiques généraux des lésions syphilitiques, prolifération cellulaire avec tendance à la sclérose et à l'atrophie parenchymateuse ou à la production de gommes, diffèrent de celles que l'on observe chez les adultes syphilitiques en raison du terrain infantile sur lequel elles se développent et de l'évolution anatomique que subissent les organes à cette période de la vie. La plupart de ces lésions ne se traduisent pas pendant la vie par des symptômes caractéristiques. Les vomissements, la diarrhée qui accompagnent les lésions intestinales, la dyspnée à laquelle donnent lieu parfois les lésions pulmonaires, ne pourraient être rapportés à leur véritable cause si les manifestations cutanées et muqueuses n'avaient auparavant permis de reconnaître lexistence de la syphilis.

Les manifestations oculaires sont rares dans l'hérédo-syphilis précoce ; on y observe cependant quelquefois l'iritis, qui aboutit souvent à la perte de l'œil.

Abandonnée à elle-même, la syphilis héréditaire précoce se traduit par des manifestations cutanées et muqueuses de plus en plus graves et étendues ; le teint de l'enfant s'altère de plus en plus, en même temps qu'il s'amaigrit et dépérit, et il finit par succomber à un état de cachexie, souvent accompagne^ de diarrhée et de vomissements, rarement de convulsions ou d'autres troubles nerveux. Des maladies intercurrentes, une diarrhée d'origine alimentaire ou une broncho-pneumonie sont souvent aussi la cause de la mort.

L'intervention du traitement syphilitique peut amener la guérison. à condi tion que l'état cachectique ne soit pas trop avancé.

La i^ravilr de la syphilis li(''r(''(|it;iiio (h'-ci-oîl ordinairement à mesure que 1m syphilis des parents devient j)lijs ancienne : les premiers enfants sont j)his j)articulièrenient exposi'S aux inaniIVslalions intenses, tandis (jue les suivants ont ])liis ordinairement dos accidents h'gers ou mr^me restent indemnes.

Diagnostic. — Le diagnostic de la syphilis héréditaire précoce ne saurait faire <le doutes lorsque, à des manifestations cutanées nettement caractérisées, se joignent des lésions des muqueuses, et en particulier le coryza ou des lésions osseuses ou viscérales cliniquement appn'^ciahles. Il ne présente quelque ambiguïté que lorsqu'elle se traduit par des lésions limitées à un seul système, cutané, osseux ou muqueux. En pareil cas il repose, à la fois, sur les caractères objectifs des lésions et sur les antécédents hén'ditaires de l'enfant.

Le coryza se développant chez un nouveau-né doit toujours éveiller le soupçon de la .syphilis, car il peut en constituer la première et, au moins pendant un certain, temps, la seule manifestation. Sa résistance aux traitements <lu coryza simple et sa longue durée permettent seules de le rapporter à sa véritable cause et justifient l'emploi de la médication antisyphilitique qui en vient facilement à bout.

De môme les ft!<SHres des lèvres, môme en l'absence de toute autre manifestation cutanée ou muqueuse, doivent faire présumer la syphilis héréditaire lorsque les antécédents héréditaires des enfants la font redouter ou lorsque ces antécédents héréditaires sont complètement inconnus, dans les hospices d'enfants trouvés par exemple. Elles méritent d'autant plus d'attention qu'elles peuvent être l'origine de la contamination des nourrices.

Les éruptions cutanées no j)résentent pour ainsi dire aucune difficulté de diagnostic lorsqu'elles occupent de grandes étendues de la surface cutanée, qu'elles constituent au visage ce masque péribuccal si spécial à l'hérédo-syphilis, ou qu'elles revêtent aux mains l'aspect psoriasiforme ou la forme de bulles pemphigoïdcs développées avant ou peu après la naissance et localisées aux extrémités des membres. Les difficultés sont parfois plus considérables pour les lésions des régions anale et génitale. Ces régions constituent, en effet, chez les nouveau-nés, un siège de prédilection non seulement pour les éruptions syphilitiques, mais encore pour des ('ruptions banales, ou soi-disant banales.

Les érythèmes simples, survenant chez les enfants bien portants à la suite du contact des matières fécales ou de l'urine et de l'enveloppement dans des vêtements trop chauds, ou se développant chez des enfants diarrhéitjues ou athrepsiques, sont le plus ordinairement ditïus, décoloration plus vive que les diverses syphilides, ne s'accompagnent pas d'infiltration des téguments, ni d'érosions ou de saillies analogues à celles des plaques muqueuses. Parfois cependant, sous ime influence encore indéterminée, une érosion peut se produire, ([ui est suivie d'une infiltration dermique limitée, constituant une papule véritable : étudié par Sevestre et .Tacquet sous le nom iVérj/thème populeux post-érosif ou de sy]>hiloïde post-érosive, cet érythème a été confondu avec les syphilides, entre autres parParrot, qui en faisait un(> syi)hilide lenticulaire ; il en diffère cependant par l'intégrité des plis naturels, alors cpie ceux-ci sont envahis jusque dans leur profondeur j)ar les lésions syphililicpies ; de plus les pseudopapules olTrent à leur périphérie un plissement épidermique rayonné, à plis

très fins et parallèles (Jacquet) que l'on ne rencontre jamais dans la syphilis.

E. Besnier et Fournier ont décrit dansées dernières années une afîection qui a reçu les noms de vaccino-sypJiiloïde, d'herpès vacciniforme, etc., qui occupe les plis cutanés des régions génitale et anale et se caractérise par le développement de papulo-vésicules de dimensions égales, arrondies, ombiliquées, de coloration rouge ou grisâtre et diphthéroïde, suintantes, disposées par groupe» plus ou moins nombreux. Cette alTection diffère des syphilides par la multiplicité d'aspect des lésions résultant de leur évolution sous forme de poussées successives et par la présence, au milieu d'éléments nettement papuleux, d'autres éléments plus récents et encore à l'état vésiculeux.

L'impotence fonctionnelle d'un segment de membre, survenue chez un enfant un certain temps après la naissance, non imputable par conséquent à un traumatisme obstétrical, doit éveiller le soupçon d'une pseudo-paralysie syphilitique, tant sont rares chez les enfants les paralysies d'origine périphérique : la constatation soit d'un décollement dia-épiphysaire, soit d'une tuméfaction de cette portion de l'os, pourrait presque à elle seule autoriser à affirmer l'existence d'une ostéopathie hérédo-syphilitique ; elle justifierait en tout cas, même en l'absence d'antécédents héréditaires avérés et d'autre manifestation apparente, l'emploi du traitement antisyphilitique qui, en cas de succès, trancherait le diagnostic.

Quant aux lésions viscérales, elles ne se traduisent que dans des cas exceptionnels, par des signes permettant de les diagnostiquer. Leur existence n'est le plus souvent constatée qu'après que la syphilis traduite par des lésions superficielles a été reconnue et elles ne peuvent par conséquent, du moins pour ce qui est de l'hérédo-syphilis précoce, mettre sur la voie de l'infection de l'enfant. Il n'y a guère d'exception que pour les lésions testiculaires, bien étudiées par Hutinel, qui se traduisent par une orchite avec vaginalite exsudative aboutissant à l'atrophie scléreuse de l'organe, lésions dont le développement chez un enfant nouveau-né doit éveiller le soupçon de l'hérédo-syphilis.

La syphilis ne reconnaît pas toujours chez l'enfant le mécanisme de la transmission héréditaire. Elle peut, comme chez l'adulte, être acquise, même dès le bas âge. La vaccination, les lésions buccales, gingivales infectées par les objets de toilette ou de ménage, la pédérastie, le viol des petites filles, etc., sont les principaux modes de contamination. L'existence du chancre infectant, parfois facile à retrouver, différencie la syphilis acquise de l'enfance de la syphilis héréditaire. En outre, elle débute ordinairement à une époque plus tardive que cette dernière, et se traduit par la roséole, qui fait défaut dans l'hérédo-syphilis ; par contre, on n'y observe pas de coryza et on y voit rarement des lésions osseuses, si fréquentes dans la syphilis héréditaire précoce. Le diagnostic différentiel de l'hérédo-syphilis et de la syphilis acquise n'a, il faut le reconnaître, qu'une importance assez restreinte; le pronostic, en effet, dans des conditions égales de résistance vitale, à âge égal, est identique dans l'un et l'autre cas et si, d'une façon générale, la syphilis acquise de l'enfance offre moins de gravité que la syphilis héréditaire, c'est qu'elle atteint souvent des enfants plus âgés et mieux développés.

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svriiiLis iiiJti.DiiAiiti-: tahuim:

L'iiillucncc hcrédilaire delà syphilis ne se restreiiil pas aux premiers mois ni même aux premières années de la vie. Nombre d'affections qui avaient été^ jus(ju'à ces dernières années, i)orl(''es au compte de la scrofule ou delà syphilis, acquise, en raison de leur développement chez des adolescents, doivent être attribuées à la syphilis héréditaire. Les recherches de Hutchinson, de Horand et Chaboux. de Jackson, de Coupland, de Aug-agneur. et surtout celles do^ Parrot ot des professeurs Lannelongue et Fournier ont fait à rh(''r(''do-syphilis. tardive la part qui lui revient dans le démembrement de la scrofule.

Les manifestations de la syphilis héréditaire tardive peuvent s'observer i)ondant toule la durée de l'adolescence ; elles peuvent même se rencontrer dans, l'âge adulte : le professeur Fournier donne comme limite extrême observée par lui l'âge de 28 ans. mais rien n'empêche d'admettre que cette limite puisse être reculée par des observations ultérieures, puisque la syphilis acquise peut encore se montrer active au bout d'un temps plus long.

Les manifestations sont d'ordres très divers et reproduisent à peu près exactement celles que l'on peut observer dans la syphilis acquise de l'adulte. Constituées d'une façon générale, comme les lésions de la syphilis tertiaire, par un processus gommeux ou scléreux ou scléro-gommeux, les lésions de l'hérédosyphilis tardive peuvent occuper tous les systèmes de l'économie : mais elles offrent une prédilection pour certains d'entre eux. Les statistiques du professeur Fournier mettent en première ligne les affections oculaires, puis viennent les affections osseuses, les affections cutanées, les lésions de la gorge, les symptômes d'ordre cérébral et les troubles auditifs. Le nez, le foie, la rate, les reins, les testicules, les poumons, la moelle, la langue sont atteints aussi, mais avec une moindre fréquence.

Ces diverses lésions seront décrites avec les détails qu'elles comportent dans les chapitres consacrés aux organes qu'elles atteignent. Il y a lieu seulement d'indiquer ici leurs caractères généraux et les éléments du diagnostic de l'hérédo-syphilis tardive en général.

Les lésions cutanées et nuuiueuses offrent les caractères qu'elles revêtent dans la syphilis acquise vulgaire : on s'étonne quelles aient pu être confondues si longtenqjs. sous le nom de scrofulides, avec les manifestations de la tuberculose, tant elles en diffèrent dans la plupart des cas. Caraclérisée^ par une infiltration destinée à subir soit la dégénérescence gommeuse, soit l'altération moléculaire qui a pour terme l'ulcération, évoluant lentement, donnant lieu à des pertes de substance d'une réparation diflicile et à des cicatrices indéfiniment persistantes, présentant une tendance manifeste à la disposition arrondie ou circinée, ces lésions dillèrent de celles de la scrofulo-tuberculose par leur durée moins longue, par la facilité plus grande de leur cicatrisation et la présence de cicatrices, vestiges de lésions guéries, enfin par l'aspect moins torpide. la consistance plus ferme des granulations sur les lésions en activité. Elles en diffèrent également par l'influence nettement et rapidement curative que le traitement antisyphilitique exerce sur elles.

Les lésions osseuses diffèrent par certains rapports de celles que l'on rencontre dans la scrofule, mais leur étude appartient à la pathologie chirurgicale. Parrot, qui avait étudié avec un rare talent les ostéopathies hérédo-syphiliti- <{ues, considérait le rachitisme comme une conséquence de la syphilis; cette opinion, combattue par Fournier, est universellement abandonnée.

Le diagnostic de la syphilis héréditaire tardive ne repose pas uniquement sur la constatation des lésions cutanées, muqueuses, osseuses ou viscérales qui en traduisent et en font soupçonner l'existence, mais aussi sur une série de stigmates et de commémoratifs que le professeur Fournier classe de la façon suivante :

Constitution, habitus, faciès. — Les sujets hérédo-syphilitiques sont assez ■souvent délicats, chétifs, maigres; leur peau est sombre, d'un gris sale, presque terreux.

Retard, imperfections, arrêt du développement physique. — Ils présentent les caractères de l'infantilisme : corps grêle, testicules rudimentaires, barbe peu développée, etc.

Difformités crâniennes et nasales. — Leur front offre souvent un développement énorme, ou des saillies latérales (crâne natiforme de Parrot, de nates, fesses), ou bien une bosselure médiane, ou bien il y a des saillies sur différentes parties du crâne, qui peut être élargi transversalement ou asymétrique, ou encore hydrocéphale. Le nez est souvent le siège de difformités tenant à l'affaissement de la partie inférieure ou de la partie supérieure de sa charpente (nez en lorgnette), ou bien la surface de ses ailes est irrégulière.

Difformités osseuses du tronc ou des membres. — On rencontre quelquefois des tuméfactions sur les os longs, principalement sur le tibia, dont le bord antérieur est hyperostosé et transformé en une face, et qui prend une forme comparable à celle d'une lame de sabre (Fournier) ; les os des membres peuvent être incurvés; le thorax a parfois la forme d'une carène et le rachis se déforme.

Stigmates cicatriciels de la peau et des muqueuses. — Parrot a insisté sur la valeur des cicatrices, au point de vue du diagnostic rétrospectif de la •syphilis héréditaire. Quoiqu'on ne leur reconnaisse plus autant de valeur, on peut cependant considérer comme une présomption d'hérédo-syphilis des cicatrices étendues, très superficielles, à contours polycycliques mal arrêtés, occupant les régions lombo-sacrée et crurale postérieure, mais surtout les •commissures labiales et le nez. Les cicatrices de la gorge et du voile du palais, telles qu'elles seront décrites à propos de la syphilis du pharynx, peuvent aussi être des indices de syphilis héréditaire.

Lésions oculaires. — Elles forment, avec les troubles de l'ouïe et les malformations dentaires, la triade de Hutchinson, ainsi nommée en l'honneur de l'auteur qui a fait connaître la haute valeur séméiologique de cette association symptomatique. On relève dans les antécédents des phlegmasies oculaires ordinairement intenses, bilatérales et de longue durée, ayant offert les caractères de la kératite interstitielle, qui est dans la grande majorité des cas d'ori- ^rine hérédo-syphilitique, et l'on constate des néphélions, des albugos, des Jeucomes.

Lésio)is et troubles de l'appareil auditif. — On retrouve parfois des antécé-

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(lenlsd'olilo purulente, mais le fait capital est l'existence dune surdité survenue brusquement sans aucun signe d'otite, ayant atteint rapidement une intensité consid<M-al)le et persistant sans lésions appréciables.

MnJforrnntionH denlalreH. — llutchinson a décril. comme spéciale à la syphilis héréditaire, une malformation dentaire occupant exclusivement les incisives médianes supérieures de la deuxième dentition, caractérisée par une échancrure semi-lunaire du bord libre, par le rétrécissement de sa partie supérieure, et par la forme arrondie de ses bords latéraux. Ce type, auquel doit être réservé le nom de dent de Hulchinson, est très rare. Plus fréquemment on voit, chez les hérédo-syphililiques, les dents présenter des sillons transversaux, ou des dépressions (atrophie cupuliforme de Parrot), ou une atrophie générale (microdonlisme), mais il n'y a dans ces malformations que l'indice d'un trouble de la nutrition générale au moment de l'évolution des dents de la deuxième dentition et, contrairement à l'opinion de Parrot, elles n'ont rien de spécial à la syphilis.

Lésions testicidaires. — Les testicules sont parfois petits, indurés, irréguliers, par suite d'une orchite syphilitique développée en bas âge. D'autres fois, ils sont petits, par suite d'un arrêt de leur développement, mais non déformés.

Hypertrophies goyngliomaires. — Des adénopathies à forme froide, à évolution lente et de longue durée, occupant les parties latérales du cou, quelquefois les régions inguinales ou axillaires, peuvent s'observer dans Ihérédosyphilis tardive, et sont souvent attribuées à la scrofulo-tuberculose.

Artirropathies. — Des hydarthroses chroniques ou des déformations articulaires, avec tuméfaction massive ou tubérosilés isolées, s'observent (juelque fois et diffèrent sensiblement des arthropathics tuberculeuses, avec lesquelles elles sont souvent confondues.

Arrêt dans le développement intellectuel . — Les syphilitiques héréditaires sont quelquefois d'une intelligence bornée ; ce sont des enfants az-riérés. parfois même ils confinent à l'idiotie et à l'uTibécillité.

Polj/niortalité des enfants dans les familles. — Cette conséquence des avortemenls répétés chez les femmes syphilitiques et de la mort eu bas Age des enfants entachés]d'hérédo-syphilis peut, dans nombre de cas, servir de base ou de soupçon au diagnostic de la syphilis héréditaire chez les enfants survivants : en raison de la décroissance habituelle dans la gravité des conséquences héréditaires de la syphilis, ce sont les enfants nés en dernier lieu qui ont le plus de chances de présenter les symptômes de Ihérédo-syphilis tardive, tandis que ceux qui les ont précédés ont succombé en bas âge et que les grossesses antérieures se sont terminées par des avortemenls.

Empiète sur la famille. - C'est là, ainsi que le professe Fournier, lélémcnl diagnostique majeur. C'est elle qui, dans la plupart des cas, peut seule permettre de reconnaître si la syphilis dont on observe les manifestations est d'origine héréditaire ou a été contractée dans le jeune âge.

TRAITEMENT

La prophylaxie de la syphilis, qui constitue par certains côtés un problème social de la plus haute importance, ressortit à l'hyg-iène et à la police sanitaire. Il suffit d'en signaler ici la nécessité.

La destruction ou l'ablation chirurgicale du chancre a été considérée par certains auteurs comme un moyen abortif de la syphilis. Tentée par Ricord, étudiée plus récemment par Unna, Auspitz, Leloir, Jullien, Pontoppidan, Haslund, Ehlers, l'excision du chancre a paru à quelques observateurs susceptible d'entraver le cours de l'infection syphilitique à condition d'être praticjuée largement et à une époque suffisamment précoce, c'est-à-dire dans les premières heures ou tout au moins les premiers jours du développement du chancre, avant que les ganglions lymphatiques correspondants soient influencés par la syphilis. Pour Jullien, elle atténuerait l'infection si elle n'en arrête pas la marche. Un grand nombre de syphiligraphes, le professeur Fournier entre autres, ne considèrent cependant pas ces heureux résultats comme démontrés. On peut se demander si toutes les lésions excisées dans les premières heures de leur développement étaient réellement des chancres infectants; certains cas cités à l'appui de l'efficacité de la méthode n'ont pas été observés pendant un temps suffisant pour qu'on puisse considérer comme prouvée l'absence de tout accident syphilitique ultérieur; en outre, dans les cas avérés, il faut tenir compte de ce fait, aujourd'hui nettement établi, qu'une syphilis peut ne se traduire absolument (pic par un chancre, sans autre accident, au moins pendant des années. Il est d'ailleurs reconnu par tous les auteurs, même par ceux qui vantent le plus ses bienfaits, que l'excision n'est applicable qu'à un nombre restreint de chancres, à ceux qui par leur situation sur le prépuce ou sur le fourreau de la verge se prêtent à une excision complète sans mutilation réelle ; de plus, il faut que le chancre soit tout à fait récent, ce qui diminue encore le nombre des interventions possibles. Lorsqu'on tente l'excision, le malade doit être prévenu de son échec possible, probable même, et tout ce qu'on peut lui promettre, c'est de le débarrasser rapidement dune lésion destinée à guérir seulement en quelques semaines.

Le traitement du chancre, en tant que lésion locale, a été indiqué plus haut. Il n'est question dans ce chapitre que du traitement de la syphilis elle-même. Ce traitement consiste dans l'emploi de préparations mercurielles et iodurées.

Le mercure peut être introduit dans l'économie sous des formes diverses (mercure métallique, sublimé, calomel, protoiodure, biiodure, tannale. salicylate, phénate,formiate, etc.) et par des voies diverses : cutanée (frictions, bains), sous-cutanée (injections de sels solubles ou insolubles), stomacale (solutions, sirops, pilules), qui tirent leurs indications, soit de l'état des voies digestives, soit de la tolérance du malade ou encore de sa docilité. C'est ainsi que, dans les cas où, en raison de l'intensité des manifestations syphilitiques et de la gravité de leurs localisations, on est obligé d'agir rapidement, on recourt de préfé-

rcncc aux frictions avec les pommades mercurielles, qui amènent très rapidement la saturation mercui'ielle. Les IVictions et les injections sous-cutanées conviennent aux malades «pii. en raison du mauvais état des voies digestives. ne peuvent absorber le mercure i)ar la voie stomacale. Les injections sont surtout employées dans les hôpitaux de vénériens, où les malades pourraient se soustraire aux autres modes de traitement.

Les préparations iodurées consistent surtout en solutions et en sirop d'iodurc de potassium, plus rarement d'iodure de sodium, dont les propriétés antisyphilitiques sont moins j)rononcées (|ue celles de son congénère. On les donne assez souvent associées aux préparations mercurielles : le sirop biioduré de Gibert est le type le plus répandu des agents de ce traitement mixte qui peut également être réalisé par lemploi simultané des préparations iodurées et d'un ([uelconque des modes d'administration du mercure.

D'une façon générale, le mercure doit être prescrit contre les manifestalions .-.uperficielles et résolutives des périodes initiales de la syj)hilis, tandis que les préparations iodurées sont destinées à combattre les manifestations à tendance scléreuse des périodes tardives. L'association des deux médications est cependant souvent indiquée, tant dans les périodes précoces que dans les périodes tardives, et doit être faite toutes les fois que les accidents résistent à lune des médications ou que, par leurs localisations, ils réalisent un danger qui demande à être combattu avec énergie et rapidité.

Le traitement doit être commencé, daprès la plupart des auteurs, Ricord. Fournier, E. Besnier, Mauriac entre autres, dès que le diagnostic du chancre est établi et la syphilis reconnue. D'après Diday, Sigmund, Zeissl, Kaposi. Leloir, cette manière de faire n'aurait aucun avantage et ne modifierait en rien l'intensité de la syphilis à venir, si môme elle ne l'aggravait.

La nécessité de combattre par le traitement toutes les manifestations syphilitiques, qu'elles soient précoces ou tardives, superficielles ou profondes, est reconnue par tous les auteurs; mais tandis que les uns, avec Diday, Mauriac. Kaposi, restreignent son emploi aux périodes d'activité de l'infection et le suspendent après la disparition des accidents apparents, d'autres continuent ce traitement alors même que la syphilis ne se traduit par aucun symptôme. Ricord continuait l'emploi du mercure pendant G mois, puis celui de l'iodurc pendant 5 mois. Le professeur Fournier prescrit ordinairement l'emploi des préparations mercurielles pendant les deux premières années, mais avec dQ> intervalles de repos succédant à des périodes de traitement actif de !2 mois, de 6 semaines ou de 1 mois; plus tard, il recourt à l'iodure et le donne également à intervalles espacés. Cette méthode des traitements successifs lui a paru mettre à l'abri des accidents tertiaires plus sûrement (|ue celle qui consiste à interrompre le traitement dès que la syphilis ne donne plus lieu à des accidents actifs, j)lus sûrement aussi que l'emploi continu et prolongé du traitement antisyphiliti([ue.

Le traitement antisyphilitique peut et doit être prescrit aux femmes enceinics atteintes d'accidents syphilitiques. De même, il doit être donné aux enfants présentant des manifestations hérédo-syphililiques précoces ou tardives.

L'emploi du traitement spécifique ne doit pas empêcher de l'ecourir aux médications qui peuvent être réclamées par létat général des syphilitiques. Les

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toniques, l'hydrothérapie, les bains de mer, etc., sont souvent indiqués par l'anémie engendrée par l'infection ou antérieure à celle-ci. Chez certains sujets atteints de syphilides malignes précoces, le traitement antisyphilitique a moins d'efficacité sur les manifestations spécifiques lorsqu'il est prescrit d'emblée que lorsqu'il a été précédé par un ti^aitement tonique et reconstituant.

Le traitement de la syphilis ne consiste donc pas uniquement dans la prescription banale d'un traitement mercuriel ou ioduré, mais dans l'adaptation de ce traitement aux conditions particulières du syphilitique, et, s'il y a lieu, dans son association à d'autres pratiques thérapeutiques dans le détail desquelles il n'y a pas lieu d'entrer ici.

Bibliographie :

Pour les indications des innombrables travaux qui ont trait à l'étude de la syphilis, se reporter aux index bibliographiques contenus dans le Traité des maladies vénériennes de JuLLiEN, ^•^ édit., Paris, 1886; à l'ouvrage de Proksch, Die Lilleralur iiber die venerischen Krankheilen, Bonn, 1891, t. III, et pour les travaux postérieurs à 1889, aux Annales de Dermatologie et de Syjyhiligraphie, années 1889, 1890 et 1891.

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