PRÉSENCE DANS LE SANG D'ÉLÉMENTS ANOMAUX
EMPRUNTÉS A l'oRGAXISME MÊME
L'on a observé la présence dans le sang d'éléments néoplasiques divers, sarcomateux (Simon) et éi)ilhéliomateux C^) (Nepveu). de cellules endothéliales détachées de la tuniqu(> interne des vaisseaux (riayem), de granulations de nature indéterminée, de ciistaux octaédriqucs (Charcot) ne dilTérant de la
(•) IVIeisels, Wie. medir. Worlœnschr.. ."i. 1 1 i-'.l. 1187, ISSî.
(-) De cette conslnlation laite sur le vil" nous devons r;\|(|>r()oher celle (|ue nous a\uns l'aile, M. IIanot et moi, surle cadavre d'un individu emporté par un cancer pastro-hépaliipie. de rcxislcnce dans le sani;- porte de cellules cancéreuses, saisies ainsi en pleine mii,Malioii. V. Hanot et A. Gilbert. Étude mr les maladies du foie, 1888, p. 192.
PATIlOLUCilK DU SAXC.
lyrosiiie (iiic pnr l(Hir soliibililé dans l'aride acéli(|U('. crislaiix (jiie l'on a considérés comme constants dans la leucémie, enfin de globules rouges à noyaux et de granulations pigmenlaires mélaniques.
Nous devons insister sur les caractères et sur la valeur séméiologique des globvdes niujléés et des particules de pigment.
IIiÎMATiES NLCLÉÉES. — Ccs éléments ne sont pas visibles dans le sang irais; dans les préparations sèches, ils se distinguent au contraire assez aisément des autres hématies, grâce à leur noyau, sans l'addition d'aucun réactif et mieux encore après l'action de l'eau iodo-iodvu'ée.
Leur diamètre mesure de 7'',5 à 10 u.. leur forme est arrondie, ovalaire ou rrégulière. Ils sont composés d'un corps et d'un noyau. Le corps est homogène, intiltré d'hémoglobine, moins coloré que celui des hématies vulgaires; il prend par suite, après l'action de l'iode, une teinte acajou plus claire que la teinte de celles-ci. Le noyau, volumineux, atteint jusqu'à (> et 7 ;v. de diamètre; il est sphérique ou ovoïde, fortement granuleux, dépourvu de nucléole; il occupe rarement le centre exact de l'hématie; sous l'influence de l'iode il apparaît délimiti' par un double contour et rempli de granulations de couleur acajou (fig. t>).
Les hématies nucléées ressemblent à l'une des variétés de globules rouges nucléées de l'embryon et à certains ('léments de la moelle fœtale et de la pulpe splénique. D'ailleurs, leur apparition dans le sang est considérée comme le résultat de leirort fait par la rate et la moelle osseuse pour compenser l'insuffisance de l'hématopoièse normale. Elles sont facilement distinguées des leucocytes dont le protoplasma se charge dans quelques conditions d'hémoglobine, par leur richesse toujours plus grande en cette substance et par la forme de leurs noyaux.
Ces éléments se montrent dans le sang au cours de
la leucémie d'une part, où leur nombre ne dépasse
jamais 1000 par millimètre cube, d'autre part dans
l'anémie pernicieuse progressive et dans les diverses
anémies symplomatiques extrêmes ('), où ils restent toujours très peu nom-
l>reux et annoncent une issue fatale à brève échéance (Hayem).
(ll^v^uLATlo^s mélamoles. — Le sang peut charrier des granulations nu*laniques dans la mélanose et dans l'impaludisme.
La présence de granulations pigmentées dans le sang des individus afTectés de néoi)lasmes mélaniques a été signalée j)ar iM. Nepveu (-).
Ce pigment est libre ou inclus dans les leucocytes; libre, il est dissé-
(') Cliez les eiifanls du premier .-igc, les hématies nucléées apparaissent dans le sanu: plus aisément (jue chez Taduite. Plus l'enfaul est jeune et moins il est nécessaire que l'anémie soit marquée pour (pie cette apparition ait lieu, et chez les enfants de moins de 5 mois une anémie sinqjlemenl intense, non extrême, suffit à pi-o\0(|uer la présence d'hématies nucléées dans la circulation. Ll'zlt, l-llude sur les anémies de la iircmière enfance cl sur ranémie infantile pseudo-leucémicpie. Th. Dort., Paris. 18'Jl.
Nlil'VKL-, DuU. de In Sur. de Lliul.. [. XXVI. p. 82, 1871, et Mcin. de Chir.. USiSO. p. IG.").
Kif,'. '.'.
llùinuiifs iiiiclcifs dans
la leucéiuic.
(Préparation de sang sec colorée par l'eau ioiloiodurée.) A côté de sept liéiiialics micléécs on (lisliiigiie deux hénialies normales.
SÉMÉIOLOGIE DU SANG. 475
miné dans le plasma sous la l'orme de fines granulations noirâtres ou rassemblé en cylindres courts et minces qui semblent être les moules des capillaires.
Il tire sa provenance des productions mélaniques, et son existence dans le sang doit être considérée comme l'indice de la généralisation des néoplasies et comme une contre-indication à toute intervention opératoire. Mais son défaut n'autorise pas la conclusion adverse, car nous n'avons pas trouvé la moindre granulation pigmentaire dans le sang d'une femme que l'autopsie, ({uelques jours après notre dernière prise de sang, a montré atteinte d'un néoplasme mélanique généralisé.
Chez les paludéens, le pigment mélanique apparaît au cours des accès fébriles aigus graves, et disparaît rapidement après les accès; il fait presque complèlement ou complètement défaut au cours des accès aigus légers. Dans limpaludisme chronique, il ne se montre qu'à l'occasion des recrudescences aiguës.
Il siège priucipahMuent dans le protoplasme des leucocytes et dans les hématozoaires , que l'on regarde actuellement comme les agents de sa formation aux dépens de l'hémoglobine des hématies.
Ce pigment est formé de grains plus ou moins volumineux, arrondis ou ii-réguliers, dont la couleur varie du brun au noir foncé. Sa conq)osilion chimique élémentaire est inconnue : l'on n'y })eut déceler du fer par hîs réactifs ordinaires. Il résiste aux acides forts, à l'acide chlorhydrique et à l'acide sulfurique, même bouillants; il pâlit jusqu'à prendre une teinte jaune chamois sous l'inlluence des alcalis, tels que l'ammoniaque et la potasse; il se laisse dissoudre par le sulfhydrate d'ammoniaque (Kiener). 11 présente donc d'étroites analogies physico-chimiques avec le pigment des tumeurs mélani- (jues, et se distingue au coniraire nettement des autres pigments, en particulier du pigment ocre (') à réaction ferrique, réfractaire à la potasse, que 1 on rencontre fréquemment dans les organes des paludéens.
Bien que l'on connaisse un grand nombre de maladies infectieuses et d'intoxications dans lesquelles la destruction globulaire atteint un haut degré, il n'en est aucune dans laquelle la circulation de pigment mélanique dans le sang ait été constatée : la mélanémie peut donc être considcM-ée — une réserve étant faite pour la mélanose (-) — comme un produit exclusif et caractéristique de la maladie (Kelsch et Kiener) (^).
(') A propos des l'ails de cirrhose piginenLaire rapportés par MM. IIanot et (Iiiauhaiu), et depuis par d'autres auteurs, MM. Kelsch et Kuonek énieltent la sujjpositioii ([ue le [lii^iuent. (jui tient une si large place dans l'aiiatoinie pathologique de cet état morhide, doit oITrir les caractères du pigment ocre des paludéens. Dans un cas récent, nous avons pu vérilier cette hypothèse en constatant que le pigment de la cirrhose pigmentaire résiste aux acides et aux alcalis et offre la réaction ferri(iue mise en évidence par l'action du suU'hydrate d'annnonia(iue et du lerrocyanure de potassium (coloration noire dans le l»render cas, bleue dans le second).
(2) II' faudrait également faire une réserve pour la fièvre récuri'ente.
(5) Kelsch et Kieneh, Trailé des maladies des pai/s chauds; 188'J, p. iOÛ.
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