‹ Traité de médecine (volume 5)Chapitre 75 sur 109 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L intoxication est I"enscnil»lc des nianilVstatioji^ organiques ronsécutives à l'entrée et au séjour des poisons dans lintiniité de nos tissus. Les poisons sont des corps qui. en raison de leur com})osition chimique, trouldent ou i-endent inqiossiltle le lonctioiuienient normal des cellules. Les troubles déterminés dans la \ ie des cellules par suite de leur coulacl avec les poisons peuvent être variables : tantôt ils sont légers cl de durée passagère, tantôt ils sont permanents et irrépai'ables : cesl affaire de dose. c\ c'est aussi alTaire de qualité. L'alcool, par exemple, ingéré h faible dose, produit un désordre passager dans le ronclionnemeni des cellules nerveuses. Ce désordre passager, qui se traduit i)ar livicsse. cf^sse quand le poison a été éliminé; après son éliminalion, la cellule peut repi'cndre sa vie normale. Ingéré à doses massives, le n)cme poison agit sur les cellules nerveuses avec une telle intensilé d'action (piil les désorganise d'une manière irréparable. Dans ces conditions la mort de ces cellules peut cire la conséipience rapide du poison.

11 est facile de (•onq)rendre (pie l'action d'un i)oison varie sui\aul les doses absorbées. On peut comparer ses elTets à ceux d'un traumatisme qui, suivant sou degré d'inlensilé. produil des désastres passagers ou irrémédiables.

11 est aulremeid difticile d'exjtlicpier le mode d'action du })oison lui-même, el l'action si ditl'érentede poisons (pie rapprochent parfois des analogies de composition ou d'origine.

La connaissance exacte du mode d action des poisons })ermeltrait seule une classiticalion rationnelle des intoxications. Dans l'ignorance où nous sommes à ce point de vue. tout essai do classiticati(»n nous paraît prématuré. Nous savons que certains poisons agissent plus particulièrement sur les cellules nerveuses, d'autres sur les cellules du foie ou des reins, d'autres sur les globules du sang. On pourrait donc, d'après la prédominance d'action sur tel ou tel organe, classer les poisons en poisons nerveux, sanguins, hépatiques, etc. Il y a toutefois une grave objection à faire à cette manière de procéder. En effet, pour agir, les poisons doivent être tout d'abord absorbés et passer dans le sang. En vertu de cette nécessité, tout poison est donc d'abord mélangé au sang et peut être, en dernière analyse, considéré comme un poi

son du sant^. ('/est, en dTel, à rultéralion du sang- (|U(' sont dus les troubles cellulaires qui nous paraissent, à première vue, tenir à une lésion primordiale des cellules des parenchymes.

Tout poison est donc un poison du sang el peut (Mrc défini : Une substance chimique anormalement introduite dans le sang et en modifiant les propriétés dans un sens nuisible à la nutrition.

Une étude des intoxications, pour être comi)lète, devrait comprendre l'histoire anatomique, clinique et chimique de tous les corps susceptibles de déterminer des accidents par suite de leur introduction dans le sang. Elle devrait comprendre toutes les intoxications par corps organiques ou inorganiques, qne ces corps viennent du dehors ou qu'ils soient élaborés dans l'organisme (l'intoxication par les leucomaïnes serait de son ressort).

C'est cette étude que nous aurions entreprise, si nous avions pris à la lettre la tâche qui nous était assignée. Mais nous nous sommes vite rendu compte que comprendre ainsi les choses, aurait de graves inconvénients. Disposant d'un espace très restreint, nous risquions d'être oljligé d'écourter outre mesure les chapitres consacrés aux intoxications les plus ordinaires, dont l'élude importe le plus aux médecins, à qui ce recueil est destiné. Pour les autres intoxications, une courte mention eût été seulement possible.

En présence de cette situation, nous nous sommes décidé à faire un choix dans les intoxications et nous nous sommes arrêté au plan suivant.

Tout d'abord nous avons éliminé les auto-intoxications et la leuconiaïnémie. dont l'étude a été faite dans une autre partie de ce traité de médecine.

Nous avons pensé, de plus, qu'il n'y avait pas lieu de décrire les empoisonnements rares par des corps à action incertaine, tels que le cuivre, le zinc, l'antimoine, etc. D'autres poisons, qui n'ont qu'un intérêt médico-légal, tels que la ciguë, la belladone, le colchicine, la vératrine, etc., nous ont paru devoir mieux trouver leur place dans un traité de médecine légale. Nous aurions eu, d'ailleurs, peu de chose à ajouter au livre de Tardieu, si riche en documents et si précis sur toutes ces questions. D'autres poisons, tels que la strychnine, la digitaline, le curare, etc., sont plutôt intéressants au point de vue physiologique et thérapeuti(|ue. Nous les avons également laissés de côté.

En résumé, nous avons cru devoir limiter notre étude à quelques intoxications d'observation courante, que les médecins peuvent observer journellement et dont ils doivent connaître d'une manière complète les manifestations et les lésions. Parmi ces intoxications, les intoxications professionnelles nous ont paru mériter une description un peu approfondie. C'est dans ce but (|uc nous avons domié une large place aux intoxications par le plomb, par le mercure, par l'arsenic et par le phosphore. Les trois dernières de ces intoxications présentent un intérêt tout particulier; elles sont les plus communes des intoxications criminelles, et tout médecin i)eut être appelé à en observer les manifestations dans le cours de sa pratique.

A côté de ces intoxications professionnelles et criminelles, les intoxications

par l'alcool, par- l'opium et la morphine, par la cocaïne, par le tabac, nous

ont semblé mériter d'attirer l'attention en raison des ravages immenses qu'elles

causent chaque jour et du haut intérêt social qui s'attache à leur prophylaxie.

L"enq)oisonneinenl par lOxyde de carlione, rréijuemment observé en France

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