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SYMPTOMES DE L'EMPOISONNEMENT AIGU

Le premier symptôme de l'empoisonnement aigu par le plomb consiste dans une saveur métallique dite styptique, que les malades ressentent dans la bouche après le passage du poison. Ils accusent peu de temps après une sensation de brûlure dans la gorge et dans l'œsophage. Presque immédiatement, se déclarent des troubles gastriques : douleur au creux de l'estomac, hoquets, nausées, vomissements. Les vomissements, très fréquents, ne sont pas absolument constants. Quand ils existent, ils amènent assez souvent le rejet de liquide blanchâtre, tenant en suspension des corpuscules pulvérulents, formés par des particules de sel de plomb.

Bientôt après, ou au même moment, apparaissent des douleurs abdominales très vives sous forme de coliques. Ces coliques, qui ont une réelle analogie avec la colique de plomb, que nous étudierons plus longuement dans le saturnisme chronique, s'accompagnent le plus ordinairement de rétraction du ventre et de contraction spasmodique de l'intestin. Comme les coliques de plomb, elles sont parfois calmées par les pressions exercées sur le ventre à l'aide des mains.

Avec ces coliques, il existe de la constipation, ou le plus souvent de la diarrhée. Cette diarrhée peut être noirâtre, par suite de la formation de sulfure de plomb dans l'intestin.

Comme dans tous les empoisonnements aigus, l'état général est très grave. Les malades ont du refroidissement. La respiration est embarrassée; le cœur est irrégulier. Souvent on observe de la rétention d'urine.

Un signe de la plus haute importance se montre quelquefois d'une manière assez précoce : c'est l'apparition du liséré gingival qui a été observé dans le

cours de l'empoisonnement aigu. INIalheureusemenl ce liséré fail le plus souvent défaut.

La marche de l'empoisonnement aigu est parfois très rapide. La mort peut survenir dans l'espace de !2 ou 7) jours, queUiucfois plus tôt si elle est causée par une syncope. Elle arrive généralement dans le coma, à la suite de convulsions et dans un état qui rappelle l'encéphalopathie saturnine.

Quand la guérison survient, la convalescence est toujours longue. Pendant longtemps les malades restent pâles, anémiés, et très faibles. Ils présentent souvent, dans la suite, des troubles cérébraux consistant en perte de la mémoire, inaptitude pour le travail, parfois dans une véritable hébétude.

Dans le traitement de l'empoisonnement aigu par le plomb, on doit se proposer tout d'abord d'évacuer le contenu de l'estomac par les moyens appropriés, s'il en est temps encore. La deuxième partie du traitement doit avoir pour but de rendre insoluble le sel de plomb déjà passé dans lintestin. Pour cela, le mieux est de le transformer en sulfate de plomb insoluble à l'aide de l'acide sulfurique étendu donné en lavages, ou, mieux encore, à l'aide du sulfate de magnésie ou du sulfate de soude.

Les lésions de l'empoisonnement aigu par le plomb sont presque insignifiantes. Celles qu'on peut constater ne sont nullement caractéristiques. Très souvent, il n'existe pas de lésions appréciables. D'autres fois, on a signalé une inflammation légère de la muqueuse gastrique, consistant en ramollissement et état catarrhal de la membrane. Cette inflammation, fort difficile à distinguer du ramollissement cadavérique, ne peut servir à caractériser l'empoisonnement. Un signe noté par Orfila : la présence de points blancs à la surface de la muqueuse gastrique, aurait plus d'importance s'il était plus souvent observé. Malheureusement ce signe existe rarement et ne se présente, d'ailleurs, que dans les cas où l'empoisonnement remonte à plusieurs jours.

Cette insignifiance des résultats nécroscopiques donne une grande importance à la recherche chimique du plomb dans les organes. Cette recherche, assez facile, doit comporter une analyse qualitative et quantitative. On sait, en effet, que le plomb existe à l'état normal dans l'organisme, en quantités infinitésimales il est vrai. Il faudra que l'analyse chimique tienne compte de ce fail et soit toujours accompagnée d'un dosage méthodique du ploml) trouvé dans les organes. C'est par la comparaison du poids de plomb trouvé dans l'économie avec le poids de plomb qui s'y trouve à l'état normal qu'on arrivera à établir la réalité de l'empoisonnement (').

(') Pour la toxicologie du plomb, consulter le livre de Gautier {le Cuivre et le Plomb devant Ikygiène) et les traités spéciaux (Rabuteau, Hugounenq, etc.).

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