‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 26 sur 55 · MENT · texte numérisé non relu

MENT

10° La grossesse apparente nerveuse ^ c’est-à-dire l’état d’une femme ordinairement hystérique, qui sans être enceinte présente presque tous les signes équivoques de la grossesse, et dit même sentir remuer le fœtus entre le quatrième et le cinquième mois.

B. Grossesse apparente , suite d’une altération éprouvée par le produit de la conception encore contenu dans V utérus. Je crois devoir désigner le résultat de cette altération, sous le nom générique de débris du produit de la conception.^ quoique la plupart des auteurs lui aient donné le nom de mole mais ce mot est évidemment vicieux , et me paraît devoir être rayé du langage médical , parce qu’il n’indique pas la nature du produit altéré, et surtout parce qu’il a été tour-à-tour employé aussi pour désigner les concrétions sanguines et les polypes, productions qui ne ressemblent pas à celles dont je parle.

Débris du produit de la conception. On ne saurait donner une description^générale de l’altération dont il s’agit, les caractères anatomiques du produit de cette altération n’étant pas les mêmes, suivant que l’embryon a été détruit dans la première période de la grossesse ou à une époque plus éloignée, suivant qu’après sa destruction les débris sont restés plus ou moins de temps dans la matrice, etc.} c’est ce qui m’engage à faire connaître successivement ces diverses altérations, d’autant plus que cette connaissance est indispensable pour résoudre les questions relatives à l’avortement.

1° Si l’expulsion du produit de la conception, que je suppose fort jeune, a lieu immédiatement ou peu de temps après sa destruction, celui-ci présente la forme d’une poche ovoïde, transe .

parente , contenant une petite quantité de liquide, et semblable au premier abord à une hydalide ; cette poche doit offrir sur un de ses points quelques filamens blanchâtres.

2° Si l’expulsion de ce jeune produit n’a lieu que long-temps après sa mort, et que ses débris aient continué de s’accroître , au lieu d’une poche transparente on pourra trouver une masse d’apparence charnue , d’un tissu semblable au placenta , dans laquelle on verra quelquefois des kystes hydatiques ; sa ressemblance avec le placenta sera d’autant plus grande qu’elle aura séjourné moins long-temps dans l’utérus après la mort de l’œuf. Si la sérosité que contient ordinairement la cavité centrale n’est pas évacuée avant la masse dont il s’agit, ou si eHe ne l’est que peu de temps auparavant , le volume de cette masse sera assez considérable , son tissu humide, ses parois gorgées de sang, et sa cavité transparente. Si au contraire le liquide séreux s’est écoulé plusieurs semaines ou plusieurs mois avant l’expulsion des débris du produit de la conception , sa cavité sera à peine sensible : on conçoit en effet que dans ce dernier cas , la masse , qui continue à se nourrir, se durcisse, se pelotonne sur elle-même, et que sa cavité se rétrécisse ; mais on pourra toujours constater la présence de cette cavité dans la variété que je décris.

3° Si, comme il arrive quelquefois, il s’épanche une assez grande quantité de sang avant ou après la mort de l’embryon, soit entre l’utérus et la membrane caduque , soit entre les deux feuillets , et même entre les lamelles de cette membrane , soit entre son feuillet réfléchi et le chorion , soit enfin entre les différens flocons qui forment ou qui doivent former le placenta , et que ce sang se conâbine d’une manière plus ou moins intime avec ces diverses parties de l’œuf, la cavité centrale se rétrécira lentement à un degré plus ou moins marqué , si les membranes résistent également dans tous les points ; mais si ces membranes se déchirent , on conçoit que la cavité disparaisse sans que poxir cela la masse dont il s’agit cesse d’être un produit de la conception. M. Velpeau, qui a souvent observé cette particularité , a publié les deux faits suivans :

1 “ Le 20 octobre 1 824, il reçut un produit d^environ deux mois ; sa forme était moulée sur celle de la matrice ; il offrait le volum.e d’un ^ros œuf de

dinde; sa consistance était très grande ; des portions de la membrane cadnque. des flocons vasculeux du chorion combinés avec du sang concret le constituaient évidemment ; il n’y avait point de cavité centrale; seulement on remarquait sur un point de sa circonférence une rainure verticale profonde d’environ 5 millimètres, qui était lisse, tapissée par un reste de chorion, et dans le fond de laquelle se vojmit un vestige du cordon ombilical. 2® Au mois de juin 4826, il eut occasion d’examiner un produit de la conception un peuplas jeune que le précédent, et qui n’en différait que par la rainure de sa surface, qui était plus large, plus profonde, et terminée en haut par un cul-de-sac et parle cordon ombilical, qui était entier et supportait encore une partie de l’embryon. « Il est évident, dit M. Velpeau, que si ces deux masses fussent restées quelque temps encore dans la matrice, la rainure lisse dont il est fait mention aurait pu disparaître et ne pas laisser la moindre trace de cavité tapissée par une membrane séreuse.’»

4® Si la mort du produit de la conception arrive à une époque déjà avancée de la grossesse, et que l’expulsion n’ait lieu qu’au bout d’un certain temps , il est impossible d’admettre que la dissolution de ce produit aura été assez complète pour qu’on ne découvre pas des vestiges du fœtus , tels que des os , des poils, etc.; il peut se faire alors que le cadavre se soit conservé dans l’éau de l’amnios , comme dans une saumuré , lors même que le placenta aurait continué de s’accroître.

Rien n’est aussi variable que le volume et le poids des débris du produit de la conception ^ dont j’ai parié jusqu’à présent; on en a vu qui étaient de la grosseur du poing , et qui pesaient de 4 à . 8 grammes, tandis que d’autres offraient le volume d’une tête d’adulte, et pesaient jusqu’à 160 grammes. Ces différences dépendent particulièrement de la durée du séjour dans l’utérus, qui varie depuis deux jusqu’à quatorze mois ; les auteurs qui ont annoncé que ce séjour pouvait être de plusieurs années, ont évidemment confondu ces masses avec d’autres tumeurs.

Il résulte de ce que je viens d’établir, 1® que si une femme que l’on supposerait avoir été fécondée , rendait par le vagin une masse d’apparence charnue , on reconnaîtrait que ce corps est le débris du produit de la conception^ s’il offrait une structure vasculaire et une cavité centrale tapissée d’une membrane séreuse ; 2® que si cette cavité manquait , on ne pourrait prononcer que cette masse est un produit de conception, qu’au-

tant qu’on découvrirait des vestiges du cordon ombilical , de la membrane caduque , etc. ; 3“ que dans tous les cas il ne peut y avoir aucune difficulté à résoudre la question, lorsqu’on trouve dans cette masse organisée des vestiges du fœtus , tels que des os, des poils , etc.

Des hydatides.

Placerai-je les hydatides qui se développent dans l’utérus et distendent graduellement l’abdomen, parmi les altérations du produit de la conception , ou bien faut-il les considérer comme constituant une maladie , et étant par conséquent tout-à-fait indépendantes de la fécondation? Tout porte à croire que lés hydatides en grappes doivent être sinon toujours, au moins le plus souvent attribuées à une dégénérescence de l’œuf et surtout du placenta ; quant aux hydatides libres ou isolées elles paraissent aussi être quelquefois le résultat d’une grossesse décomposée , tandis que dans d’autres circonstances elles constituent une maladie. Voici des faits à l’appui de cette manière de voir.

1“ Parmi les placentas d’embryon représentés par Ruisch et Albinus, il en est dont les villosités vasculaires offrent une multitude de vésicules tantôt très petites, tantôt d’un volume qui varie depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’un grain de raisin.

2° Burdach trace également la figure d’un œuf dont toute la surface est couverte d’bydatides.

3" En disséquant une masse charnue et membraneuse, dit Désormeaux, Portai trouva à "son centre une vessie transparente fort déliée, de la grosseur d’une noisette, remplie d’une liqueur claire et limpide , où il nageait un petit corps ayant la forme d’un embryon de la grosseur et de la longueur d’une mouche. Il remarqua dans cette masse, outre cette vésicule , quantité de petites vésicules semblables à celles qui existent dans les poules , ou en forme de petites grappes de raisin {Art. OEuf du Dict. de médecine en 30 vol.)

4“ Des observations nombreuses portent M. Velpeau à croire que les granulations de la surface externe du chôrion peuvent

être considérées comme une disposition naturelle dans les deux premiers mois de la gestation; or j’ai vu, dit-il, sur le même œuf ces renflemens à tous les degrés de développement, les uns conserver leur volume naturel, d’autres égaler celui d’une grosse aveline, d’autres enfin offrir toutes les nuances intermédiaires; j’ai vu cette disposition sur un œuf dont toutes les membranes étaient encore distinctes, et dont l’embryon était encore intact; J’ai vu ensuite un autre produit, composé de nombreuses hydâtides, supportées par des branches ramifiées qui s’inséraient par leur pédicelle sur une masse centrale, renfermant une cavité pleine de liquide, et qui était incontestablement formée par le chorion épaissi, et par quelques détritus de la membrane caduque; enfin j’ai vu sur des œufs entiers, sur des véritables produits de la conception, un, deux, trois, quatre ou cinq faisceaux vasculaires supportant une ou plusieurs hydatides, tandis que les autres flocons du chorion conservaient tous les caractères de l’état normal. Au reste pour soutenir que les hydatides en grappe sont un produit de la conception, je me fonde encore sur ce que ces vésicules ne renferment point de corps vivans, sur ce qu’elles sont presque toujours plus ou moins allongées, comme traversées par une tige centrale dont elles paraissent être de simples dilatations, sur ce que dans le centre du faisceau hydatique, on trouve toujours une masse de volume variable, il est vrai, mais dans laquelle il est facile de reconnaître des restes du chorion, et même de la membrane caduque ; enfin sur ce que les observations mises en avant pour prouver que les hydatides peuvent exister chez des femmes qui n’avaient jamais usé du coït, ne sont rien moins que concluantes (Note inédite).

Cette opinion à l’appui de laquelle j’aurais pu encore ajouter d’autres faits est aussi celle de Désormeaux, dont l'autorité est d’un si grand poids en pareille matière.Voici comment il s’exprime à l’art. OEüf du Dictionnaire de médecine : « Il est superflu de dire que le développement de ces masses d’hydatides est le plus souvent, sinon toujours, la suite de la conception. »

J’établis maintenant par les deux faits suivans pris au hasard parmi des observations nombreuses du même genre, qu’un amas d’hydatides dans l’utérus peut simuler la grossesse.

l” Dansle coui'aiitdumois dedéc. 4 826, le docteur P. Bérard, professeur à la Faculté de médecine de Paris, fut appelé auprès de madame D., âgée de dix-neuf ans, d’une excellente constitution, mariée seulement depuis sii mois. Elle éprouvait quelques coliques ; un léger écoulement de sang avait lieu par la vulve. Madame D. dit qu’elle redoutait une fausse couche, que ses règles étaient supprimées depuis trois mois, et qu’elles avaient toujours paru régulièrement avant cette époque. Huit jours après, elle rendit au milieu de bon nombre de caillots sanguins, une masse de la grosseur du poing environ, composée entièrement de vésicules transparentes et remplies d’un fluide à-peu-près incolore ; leur volume variait depuis celui d’un grain de millet jusqu’à celui d’une petite noisette ; tous les degrés intermédiaires pouvaient être observés; ces vésicules, loin d’être libres, étaient attachées comme les grains d’un chapelet, par des filamens qui, examinés de près, offraient déjà des rudimens de vésicules dont le développement eût infailliblement accompagné le séjour de ce corps parasite dans l’utérus. Le toucher fit reconiraître que la matrice était peu volumineuse et peu pesante; elle ne renfermait plus en effet que quelques caillots qui furent expulsés dans les jours suivans.

2° Une fille de vingt-quatre ans, d’une forte constitution, s’expose à devenir enceinte. Au bout de quelque temps le ventre se tuméfie, les règles deviennent irrégulières et sont suivies d’un écoulement blanc assez abondant. Un appétitbizarre joint à ces symptômes fit présumer une grossesse commençante;, cependant après quatre mois l’état reste toujours le même, et les époques de la menstruation sont toujours régulièrement marquées par un écoulement sanguin d’abord, puisleucorrhéique. Enfin le neuvième mois se passe sans apporter aucun changement dans la situation de la malade, dont le ventre n’offrait pas plus d’ampleur qu’à l’époque de quatre mois. Vers le douzième uiois, à l’époque des règles, cette fille est prise de douleurs analogues à celles de l’enfantement ; l’orifice du col de l’utérus était dilaté de 3 centi., et on sentait à travers cette ouverture un corps mollasse, inégal, analogue au placenta; quelques gouttes de sang s’écoulaient le long du doigt introduit dans le vagin. Les contractions utérines étaient éloignées; elles furent activées par un bain de siège, et au bout d’une heure il se présenta à l’orifice de la vulve une masse molle et inégale, d’un volume double de celui d’une tête de fœtus à terme, d’un poids d’un kil. et demi environ , composée de tissu cellulaire, de filamens blanchâtres, et d’un grand nombre d’acépftaZocÿstes petites, pour la plupart flasques et à moitié vides. Un grand nombre d’autres acëphalocystes, libres de toute adhérence, avaient été expulsées aussitôt après la sortie de la masse principale. La portion de cette masse qui correspondait à l’orifice utérin, présentait une ecchymose profonde, et offrait dans son épaisseur un caillot de sang assez consistant. Il y eut immédiatement après un écoulement de sang très abondant, naais qui diminua les jours suivans. Au quatrième jour, fièvre de lait et excrétion abondante de lait pendant dix joui^, et qui n’a

cessé qu'après Tusage de tisanes purgatives. La santé s’est ensuite complètement rétablie, et six semaines après la cessation de la sécrétion laiteuse, les règles ont reparu, et depuis elles sont très régulières et aussi abondantes qu’auparavant {Observation communiquée par le docteur Cartereau de Bar-sur-Seine. Archives générales de médecine^ tomevi. Voyez

aussi une observation analogue insérée dans le même recueil, tome xxiv, page 286, par le docteur Debourgé).

Conclusions sur la grossesse.

ï° Depuis -le moment de la conception jusqu à la fin du deuxième mois, il n’existe aucun signe qui permette di affirmer que la femme est enceinte ; on peut, dans certaines circonstances, établir de légères prohahilités en faveur de ia grossesse; mais l’homme de l’art serait blâmable s’il n’engageait pas l’autorité à attendre que de nouveaux phénomènes missent le fait hors de doute.

Le toucher peut-il être de quelque utilité à cette époque? Il est évident, si la grossesse existe, que le volume et la situation de l’utérus ne sont plus à la fin du deuxième mois ce qu’ils étaient avant la conception ; d’où il résulte que si l’on parvenait à trouver une différence entre ces deux états de l’utérus, on serait à même d’établir des présomptions plus fondées en faveur de la grossesse. Ainsi, supposons qu’une femme chez laquelle on remarque quelques-uns des signes équivoques qui peuvent annoncer la grossesse page220) se dise enceinte depuis quinze

jours, et qu’elle se laisse visiter, le médecin introduit le doigt dans le vagin, et s’assure du volume et de la situation du corps et du col de l’utérus ; à la fin du premier mois il explore de nouveau cet organe; il recommence quinze jours après, et il fait un dernier examen à la fin du deuxième mois. Si les changemens observés sont les mêmes que dans la grossesse ; si la femme a continué à éprouver quelques-uns des accidens qui constituent les signes équivoques décrits à la page 220 ; si enfin il n’existe chez elle aucun symptôme qui annonce une maladie à laquelle on pourrait attribuer ces changemens, l’homme de l’art peut établir àes> prohahilités en faveur de la grossesse, et doit engager l’autorité à attendre.

2“ Pendant le troisième mois. Je ne puis que répéter ce qui vient d’être dit à l’occasion de la première époque; toutefois k toucher ayant pu être pratiqué un plus grand nombre de fois, les probahilités de grossesse seront un peu plus grandes, s’il se joint aux signes équivoques décrits à la page 220, ceux dont j’ài fait mention à la page 218 en parlant de l’état du vagin. Il y aurait encore plus de probabilités, si indépendamment de ces phénomènes la femme disait sentir des mouvemens semblables à ceux qu’exécute le fœtus, ce qui est fort rare à cette époque, et si le mamelon et l’urine présentaient les phénomènes que j’ai signalés aux pages 225 et 229.

Pendant le quatrième mois. L’ensemble des signes observés pendant cette période peut servir à établir d’assez grandes pt'ohahilités en faveur de la grossesse, surtout lorsqu’on a touché la femme à differentes reprises ; mais il est insuffisant pour prononcer affirmativement à moins que l’on n’ait pu déterminer le ballottement, ce qui n’est pas ordinaire. Qu’importe, en effet, que la femme ou le médecin soient convaincus qu’il existe des mouvemens actifs semblables à ceux qu’exécute le fœtus ; un état spasmodique des intestins et de la matrice ne peut-il pas simuler ces mouvemens dans les grossesses apparentes leurs ne voit-on pas des femmes enceintes chez lesquelles il y a absence de pareils mouvemens? Déjà à cette époque onpeut reconnaître les pulsations avec souffle (Voyez page 235 pcHirla valeur de ce signe). Joignez à cela que l’aréole du mamelon et l’urine présentent des caractères d’une assez grande valeur.

Ip Pendant le cinquième mois. Le fœtus étant le seul corps qui puisse être suspendu et ballotté dans l’utérus , on pourra affirmer que la grossesse existe, si l’on a pu déterminer le ballottement, mouvement passif que l’on évitera de confondre avec le mouvement de la totalité de l’utérus. On se gardera bien de nier que la femme soit/enceinte, parce qu’il aura été impossible de déterminer ce ballottement, plusieurs causes pouvant s’opposer à ce qu’il soit sensible (Voyez page 228). Il sera permis alors d’établir les mêmes probabilités qu’au quatrième mois , si les circonstances sont les mêmes. Que l’on ait pu s’assurer ou non du ballottement du fœtus, on affirmera que la grossesse

existe, si Ton a senti distinctement les hattemeng du cœur du fætug en appliquant l’oreille snr l’abdomen de la femme, eu mieux encore en se servant du stéthoscope. Quant aux pulsations avec souffle, si on a pu les sentir sans reconnaître les battemens du cœur du fœtus , elles militeront grandement en faveur de la grossesse { Voyez page 233).

5° Pendant le sixième mois. Si les caractères fournis par l’auscultation médiate ou immédiate Voyez page 231 ) ne permettaient pas à l’homme de Fart de prononcer sur l’état de la femme, il agirait conformément aux principes établis à l’occasion de la grossesse pendant le cinquième mois ; d’autant plus qu’alors le fond de l’utérus est plus haut ( Voyez page 227 ), les mouvemens actifs du fœtus plus prononcés , et le ballottement plus facile à sentir, parce que le fœtus est plus fort. C’est à cette époque qu’il faut surtout chercher à reconnaître dans l’urine la présence de la hyestéine dont les caractères sont à cette période très tranchés (J^oy. page 229).

6° Pendant les trois derniers mois. Les caractères tirés de la situation de la tête du fœtus et de la matrice , de l’état du col et des membranes, sont les seuls, parmi ceux que j’ai énumérés à la page 235 , qui méritent quelque attention; ils sont pourtant insufflsans pour afp,rmer que la grossesse existe ; ils n’autorisent qu’à établir de très gravides ^rohahilités . Mais comme en général, pendant l’époque dont je parle, les mouvemens actifs, le ballottement, le bruit de souffle et les battemens du cœur du fœtus sont très sensibles, et que le ballottement et les battemens du cœur sont caractéristiques de la grossesse, l’homme de l’art pourra, dans beaucoup de circonstances, afflrm^'*' Qtie femme est enceinte. Il mettra , au contraire , dans ses conclusions , la même réserve qu’au cinquième et au sixième mois , s’il lui est impossible de déterminer le ballottement ou de sentir les battemens du cœur.

T L’existence de deux ou d’un plus grand nombre de fœtus dans l’utérus étant propre à modifier quelques-uns des caractères importans de la grossesse, il faut que l’homme de l’art redouble d’attention pour ne pas être induit en erreur ; du reste son juge- /

cipes. S’il ne parvient pas à déterminer le ballottement ni à sentir les battemens du cœur, et qu’il ait cependant des motifs pour soupçonner que la femme est enceinte , il émettra des doutes et se gardera bien surtout de nier la grossesse. Il pourra , au contraire, affirmer qu’elle existe , lors même qu’il n’aurait pu déterminer le ballottement, s’il a senti les doubles pulsations du cœur dans plusieurs points de l’abdomen (^Voyez page 231).

8“ Ce que j’ai dit à l’occasion de la grossesse utérine compliquée, de la grossesse extra-utérine , de la grossesse dans le cas d’utérus double, et des divers états contre nature qui peuvent faire croire que la femme est enceinte, prouve combien le médecin appelé pour juger les questions de ce genre doit se conduire avec circonspection. Toutes les fois qu’il conservera il devra donner un avis favorable à la femme, et engager l’autorité à attendre ; ainsi il admettra la possibilité de la grossesse, lorsqu’il croira obtenir la conservation de la mère et du fœtus ; il agira dans un sens contraire, si l’absence de la grossesse peut présenter quelque avantage à l’accusée ou lui éviter quelque inconvénient.

9° On n’oubliera jamais que les femmes qui ont intérêt à simuler leur grossesse augmentent souvent le volume du ventre à l’aide de serviettes, de coussins, etc.; elles soustraient les linges qui pourraient attester le retour périodique des règles. Mais il faut savoir qu’il ne suffit pas de reconnaître l’une ou l’autre de ces fourberies pour prononcer que la femme n’est pas grosse, car elle aurait pu y avoir recours pour paraître plus avancée qu’elle ne l’est réellement. Si une femme enceinte veut cacher sa gragsesse, elle ne manque pas de se dire atteinte d’une de ces maladies qui la simulent {roy- page 243); elle fait tous ses efforts pour qu’à l’aide de ses vêtemens et de ceintures le volume du ventreme soit pas très sensible ; enfin elle dissimule la menstruation tous les mois, en tachant des linges avec du sang.

DEUXIÈME QUESTION. — ^ Une femme est-elle d’âge à avoir pu concevoir ?

Dans nos clipaats, la femme jouit, le plus ordinairement , de la faculté de concevoir depuis l’âge de quinze ans, époque de la

première menstruation, jusqu’à celui de quarante ou de quarantecinq ans, où Ton voit les règles cesser. Mais la constitution du sujet, le climat qu’il habite et le genre de vie qu’il mène , influent singulièrement sur le moment de l’apparition et de la cessation des règles ; on sait , par exemple , que la menstruation s’établit plus tôt chez les filles du midi et chez celles qui habitentles villes que chez les personnes du nord et chez celles qui vivent à la campagne. Il y a plus : des femmes sont devenues mères avant d’avoir été réglées, et même sans l’avoir jamais été: on a vu à Paris une fille âgée de douze ans et demi être enceinte j d’une autre part, il est avéré que des femmes ont pu concevoir passé l’âge de soixante ans. Bernstein rapporte qu’une femme qui ne fut réglée qu’à vingt ans, accoucha pour la première fois à l’âge de quarante-sept ans? elle en avait soixante lorsqu’elle mit au monde le septième et dernier enfant : la menstruation ne cessa chez elle qu’à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, c’est-àdire cinq ans avant sa mort.

Il résulte de ce qui précède, 1" qu’il est impossible de limiter la possibilité de la conception dans un espace de temps déterminé ; 2° que si l’existence de la menstruation est un des indices les plus certains de l’aptitude à concevoir, le défaut des règles ne peut cependant pas autoriser à regarder la conception comme impossible.

TROISIÈME QUESTION. — Ü7ie femme -peut-elle ignorer constamment sa grossesse ?

Des femmes accusées d’avoir laissé périr leur enfant, faute de soins, peuvent alléguer l’ignorance de la grossesse ; d’autres , après avoir commis le crime d’infanticide, assurent dans leurs moyens de défense, que loin d’avoir tué leur enfant, elles ignoraient qu’elles fussent enceintes ; la question dent il s’agit pourra donc être agitée devant les tribunaux. Il est incontestable qu’une femme complètement idiote peut ignorer sa grossesse; en est-il de même de celle dont ou a abusé pendant qu’elle était enivrée par des narcotiques, des liquides spiritueux, ou pendant qu’elle était frappée d’asphyxie ou d’apoplexie? J’ai déjà établi 1 . 17

gue îa fécondation peut avoir lieu chez une personne qui est danj l’an ou Tau ire de ces états ; mais il ne faut pas conclure que parce que la femme a été abusée, à son insu, elle devra nécessairement ignorer plus tard qu’elle est enceinte ; les mouvemens actifs et le ballottement du fœtus, ainsi que les autres signes de U grossesse, ne pourront-ils pas éclairer celle femme sur son véritable état, lorsqu’elle aura repris l’usage de ses sens? Toutefois, si l’on ne peut pas conclure que la personne, dont il s’agit, doive ignorer nécessairement grossesse, il faut admettre lapossihilité 4u fait, puisqu’on l’a observé, même chez des femmes mariées, qui n’avaient aucun intérêt à tromper les médecins.

Observations. 4° Le docteur Vogel, médecin à Lahr, rapporte le cas d’une jeune femme qui fut obligée de sevrer son enfant au bout d’environ neuf mois, parce qu’elle vitreparaîti-e ses règles qui, après avoir coulé régnlièrèment pendant plusieurs mois, dégénérèrent ensuite en une hémorrhagie irrégulière, revenant tous les quinze jours oii les trois semaines. M. Vogel fit appeler une sage-femme qüi découvrit, à demi engagé déjà dans le vagin, un fœtus paraissant âgé de trois mois (1). — 2" Le même médecin traitait d’obstructions dans le bas ventre, une juive enceinte, qu’il ne croyait» pas grosse parce qu’elle-même ne soupçonnait pas l’être, n’ëproiivant aucune des sensations que les femmes ressentent durant la grossesse. J.e traitement qu’il lui fit subir la délivra de tous les accidens, à l’exception d’un gonflement que le docteur Vogel croyait situé dans l’ovaire gauche, mais qui disparut lorsque la malade, dont les règles avaient été supprimées pendant plus d’une année, accoucha d’un enfant à demi putréfié ;'2). — 3° Le conseiller Gunther a connu une jeune femme, mariée à un homme âgé, qui fut dans rignorance complète dé son état, Jusqu’au moment de l’accouchement, et chez laquelle tous les signes de la grossesse manquaient à tel point, que lorsque le mari demanda si sa femme ne serait pas enceinte, le médecin, malgré toute son expérience, trouva la question ridicule: cependant, quelques jours après, celte femme mit au monde un garçon, à la vér té petit et débile, mais parfaitementà terme. Les souffrances qu’elle avait éprouvées ressemblaient aux symptômes d’une affection spasmodique (3),; 4" Une femme robuste, très peu éclairée, vivait depuis dix-huit mois dans les liens d’un mariage qui la rendait fort heureuse ; ^ règles étaient dans le plus grand désordre dès avant son mariage, et s'arrêtaient souvent pendant des années entières. Le docteur Klein, ayant été

{\)Salzbarg-ermedizinisch-chirur^isçkeZeifu}ig,il9l,t,iv,'p.2S.

[b) lètd, p.iot.

appelé pour de violentes coliques qu’elle éprouvait, reconnut, aprte un examen attentif, que ces douleurs étaient celles de raccouchement, mais on ne voulut pas ajouter foi à ce qu’il disait, la femme déclarant que si elle était enceinte elle aurait dû le sentir. L’enfant, qui était une fille vivante, se présentait par tes pieds. La mère nia qu’elle fût grosse jusqu’au moment où elle fut accouchée (1). — 5“ Une femme, mariée depuis trois ans, consulta Fodéré, pour une affection chronique de la poitrine, accompagnée de rétention de règles, et d’une perte en blanc, très abondante et ichoreuse; elle présentaiten même temps divers symptômes équivoques de grossesse; mais sur les observations qui lui furent faites à cet égard, elle objecta l’absence de son mari ; elle ajouta d’ailleurs que, sans vivre dans une continence absolue, elle ne craignait rien, parce que des gens de l'art lui avaient assuré qu’elle ne pourrait point devenir grosse tant que la perte en blanc subsisterait. Deux mois après, Fodéré, appelé en consultation pour la maladie de poitrine qui était devenue très aiguë, fit observer à sesconfrères qu’il sentait au cûlé droit de la région hypogastrique une tumeur dure, ronde, oblongue, qu’on regarda comme slercorale ou venteuse, faute de renseignemens précis. Cependant le douzième jour depuis qu’il continuait à voir cette femme, elle accoucha d’un enfant mâle d’environ quatre mois, à sa grande surprise, à celle des médecins qui la soignaient, et des assistons, qui se trouvaient en grand nombre dans sa chambre. Sa naïveté et sa confiance, au moment de ce travail, dont elle assurait ignorer la nature, et le peu de précautions qu’elle avait prises pour cacher sa honte et ce témoin de son infidélité, semblèrent autoriser à croire qu’effectivement elle n’avait pas connu son état. Elle se plaignait beaucoup des gens de l’art, qui lui avaient inspiré une trompeuse sécurité, et expira le lendemain, victime peut-être d’un moment d’erreur et de l’imprudence des personnes qui n’avaient pas assez interrogé la nature (Fodéré , Médecine légale). — 6° Desgranges rapporte l’exemple d’une femme âgée de quarante-cinq ans, déjà mère de plusieurs enfans, qui arriva jusqu’au moment de l’accouchement sans avoir jamais soupçonné sa grossesse. — 7° D’après le même auteur , une jeune fille eut commerce dans le bain avec un jeune homme dont elle reçut l’assurance qu’elle ne pouvait jamais devenir enceinte dans l’eau ; son amant l’ayant bientôt délaissée, elle attribua au chagrin que cette perfidie lui causa la cessation des règles. Elle employa contre l’aménor^ rhée un grand nombre de remèdes que lui conseillaient plusieurs médecins, et quoique son ventre fit toujours des progrès, elle nia opiniâtrément quteiié eût eu jamais des relations avec un homme, ou qu’elle sentît les mouvemens de l’enfant ; du reste elle ne cherchaitpas à se soustraire aux regards. A l’invasion même des douleurs elle renouvela ses dénégations avec la même opiniâtreté ; cependant, à sa grande surprise et à celle des assistans, elle accoucha d’un enfant bien portant. Elle assura toujours qu’ayant com-

(1) JaîïrBucher der deutschen Medizin md Chirurgie, t. v, p. S4.

mis sa faute dans Teau elle n’avait jamais eu l’idée de pouvoir être enceinte (Fodéré , Médecine légale , tome i®''). — 8° Pendant mon séjour à Reims, en fl 832, le docteur Duquesne! fut appelé par une dame mariée, que personne ne croyait enceinte et qui se plaignait de douleurs abdominales dont le caractère et la marche simulaient les douleurs de l’enfantement : désirant s’éclairer, M. Duquesnel proposa à la dame de se laisser toucher; mais elle était tellement éloignée de soupçonner la grossesse qu’elle s’y refusa ; ce ne fut qu’au bout d’une heure, lorsque le médecin l’assura que l’accouchenaent allait avoir lieu, quelle permit l’exploration du col de l’utérus ; on vif alors que la tête du fœtus était sur le point de franchir le détroit supérieur, et la femme ne tarda pas une demi-heure à être délivrée. Il n’y avait aucun motif qui pût porter cette dame à cacher sa grossesse. — 9” Madame Gonse deBapaume, âgée de trenté-trois ans, déjà mère de trois enfans, jouissant habituellement d’une bonne santé, était à l’époque de la menstruation, lorsqu’elle essuya une vive frayeur qui supprima lout-à-coup cetécoulement périodique aumois d’août fl 823. Dès-lors se manifestèrent divers accidens qui furent tour-à-tour attribués, par des médecins qui exerçaient le toucher, à une mole, à une hydropisie abdominale, à une suppression de menstruation. A la fin de janvier fl 824, madame accoucha d’un enfant bien portant sans avoir jamais soupçonné sa grossesse ; elle assure avoir porté cet enfant pendant dix mois : elle en est d’autant plus certaine que pendant tout ce laps de temps elle se trouva dans l’impossibilité de communiquer avec aucun homme ( Observation ■rapportée par M. Moronval. Journal complémentaire, t. xxiii). — fl 0° Le docteur Lozes a inséré dans le numéro de février fl 83fl des Archives générales de médecine, deux observations analogues aux précédentes.

Combien le médecin ne doit-il donc pas user de circonspection lorsqu’il s’agit de prononcer sur une question de ce genre ! C’est ici qu’il faudra s’enquérir de plusieurs circonstances commémoratives : la femme a-t-elle cherché à céler sa grossesse ; est-elle primipare, stupide, idiote ; s’est-elle informée de tout ce qui est relatif à raccouchement , des moyens propres à faire avorter ; a-t-elle fait des questions à ses amies , qui pourraient permettre d’élever des doutes ; quelle est sa position sociale, sa moralité ; a-t-elle éprouvé depuis long-temps des dérangemens notables de la menstruation, et des symptômes ayant de l’analogie avec les signes équivoques de la grossesse, qui ont pu lui faire croire, lorsqu’elle était réellement enceinte, qu’elle était en proie à une maladie du bas-ventre ; est-il prouvé qu’on s’est attaché à détruire en elle toute idée qu’il lui fût possible de devenir enceinte j le mari est-il absent?...

QüATRiÈiiE QUESTION. — Ütie femme enceinte a-t^ elle des pen~ ehans tellement irrésistibles^ quelle soit portée à commettre à.es actes contraires à V ordre social ?

Les tribunaux ont quelquefois requis l’avis des médecins, pour savoir si la grossesse pouvait pervertir l’imagination d’une femme et dépraver sa volonté au point de la porter à commettre malgré elle certains crimes, et notamment celui du vol. Il est incontestable qu’il faut admettre dans quelques cas de grossesse, la possibilité et. même la réalité d’un trouble de l’imagination, assez marqué pour qu’il puisse servir d’excuse à la femme. Il serait contraire à l’ordre social d’établir que cela doit avoir lieu constamment, car on assurerait l’impunité à des femmes de mauvaise conduite, qui savent aussi bien soustraire la propriété d’autrui quand elles ne sont pas enceintes , que lorsqu’elles sont grosses. Si la lésion de l’imagination est évidente, l’homme de l’art ne balancera pas à excuser la femme ; dans le cas contraire, il engagera le magistrat à chercher ailleurs que dans la médecine les moyens de résoudre la question; en effet, les juges seront beaucoup plus éclairés, par exemple, quand ils sauront que la personne accusée est bien ou mal famée, qu’elle est dans l’aisance ou dans la détresse, etc., que lorsqu’on leur dira que le tempérament de la femme est très irritable, mélancolique, etc.

Je n’imiterai point certains auteurs de médecine légale, qui, à l’occasion de la grossesse, ont agité la question suivante : Doiton considérer la présence d’une mole dans l’utérus, comme une preuve certaine du coït? Il est évident que l’on doit répondre affirmativement , si l’on entend par mole les débris du produit de la conception {Foy.p. 2Zi7) ; le contraire aura lieu, si, comme cela a été fait, on désigne sous ce nom des masses de sang, d’hydatides, etc., dont la présence ne suppose en aucune manière la copulation.

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