‹ Traité de médecine légaleChapitre 111 sur 167 · DE LEUR LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

DE LEUR LIBRE ARBITRE

diat. Mais ce n est pas une raison pour que le sourd-muet , recouvrant l’ouïe, parle immédiatement. Si son éducation, était déjà avancée par la méthode de la lecture et de l’écriture, il lui faudrait encore le temps d’exercer son larynx à la phonation de la langue qu’il sait , et son intelligence à une combinaison plus subtile et plus suivie des mots de cette langue. Si au contraire l’ouïe était rendue à un sourd-muet qui n’aurait reçu aucune éducation, il se trouverait dans la situation d un enfant qui commence à faire usage du sens auditif; mais il y aurait toujours cette différence entre le sourd complètement guéri et le demi sourdmuet entendant, que le premier pourrait percevoir non-seulement tout ce qu’on liu adresserait directement , mais encore tout ce qui se dirait à la portée de sou oreille. Cet avantage immense le classerait bientôt parmi les être entendants et conversants , position heureuse que les demi -sourds-muets n’acquièrent jamais.

Conc , parmi les sourds-muets ou demisourds-muets , c’est principalement par la conversation écrite que l’on peut mesurer 1 intelligence. La supériorité assignée par Hotïbauer aux sourds-muets parlants n est nullement certaine. Il a un moyen de communication de plus mais

nous avons vu qu’il en tirait peu de pro- • M. Itard, après avoir combattu le jurisconsulte allemand par sa théorie v joint la preuve tirée de plusieurs ic’uncs gens dont il surveillait 1 éducation. Tloffbauer déclaré ap-e à gérer ses biens le sourd-muet qui parle; au contraire, celui qui est réduit au langage des signes doi t selon lui, être soumis3 à la sur- . f “ d 1111 Cl,rateur. M. Itard, con-

cônrl nnsrm pr0cèr tle cctle espèce, conclut a l incapacité d’un sourd-muet

pailant. Lejeune homme conversait li brement , d'une manière vive, Séé i et, ce qui aurait du laire pencher la décision de I expert en sa faveur, celle parole ont il se servait si bien était le fruit de lusicuts années de soins que le jeune homme avait reçus de l'expert lui-même m usses connaissances ne s’élevaient pas a la somme de celles ,,,lc nécessile l'eutçnte des affaires. Selon le même médecin , I intelligence de celle espèce de sourds-muets est plutôt arrêtée qu'aidée par a de. -and, lion ; l„ parole' q„i eu

résulté donne aux sourds-muets une vanité qui les rend paresseux et indociles Les sourds-muets soûl ordinairement très-passionnés ; les deux principaux sli-

mulanls de leurs passions sont la défiance et l’impatience. La déiiancc s ol>aerve également chez les personnes qui ont perdu l’ouïe au milieu ou a la hn de la vie. La surdité rend étranger un cercle au milieu duquel on vit; on craint le sort des absents, qui sont d ordinaire mal traités. Les sourds de naissance craignent, de plus, d’être raillés pour leur infirmité. La difficulté de comprendre autrui et de s’en faire comprendre est 1 aliment perpétuel de l’impatience , et celle-ci va souvent jusqu’à la colère. Les bègues sont très-susceptibles; les muets doivent les surpasser sous ce rapport.

Hoffbauer croit, de plus, que la privation de la parole empêche l’empire modérateur qu’exercerait la raison. L’homme qui éprouve un combat intérieui ne se borne pas à se conseiller par les sentiments, il formule ces sentiments en paroles , et ces paroles, sa bouche les profère très-bas le plus souvent, mais quelquefois assez haut pour qu’un étranger les pût entendre. Les monologues du théâtre né sont pas quelque chose de tout-à-fait artificiel et imaginaire. Cette habitude de se parler dans les Moments d’agitation est d’autant plus fréquente et d’autant plus irrésistible que l’individu a reçu moins d’éducation, c est-adire est moins accoutumé à dissimuler le combat intérieur ou à commander naturellement à ses passions et à sa volonté. Elle serait donc très-nécessaire au sourdmuet , mais le sourd-muet n’a pas de parole : il semblerait naturel qu il y suppléât par les gestes qui sont sa langue a lui. Il n’en est point ainsi. *

« Lorsqu’on observe le sourd-muet , même celui qui est instruit, dit M. Itard, seul et livré à la réflexion ou a quelque passion violente , on ne le voit pas appeler à son aide son langage naturel, soit nue ses réflexions ne soient jamais sut vies ou profondes, soit que ce langage, formé de mouvements lourds et complirués , ne puisse s'adapte.' à la ™vcl.e rapide et vagabonde de nos pensées solitaires.» Le médecin que nous venons de citer a rapproché de ce fait une observation recueillie dans les infirmeries de rétablissement auquel il est attache. Ida

les mal tdies aiguës , dans les p 1 eGd1' sies cérébrales, par exemple , auxquelles les sourds-muets sont parlicu Hl .

exposés, les convulsions ,1 assoup-.

ment, la suspension complète des toi lions intellectuelles surviennent comme à l’ordinaire; mais le symptôme le plus

fréquent, celui du délire, ne se présente jamais. A peine peut-on soupçonner le trouble du cerveau par quelques tentatives que fait le malade pour se lever ou par un peu de carphologie , mais jamais par aucun de ces signes mimiques qui devraient naturellement représenter ici la loquacité qui accompagne le délire dans ces sortes de maladies. 11 y a délire des mouvements sans délire de 1 intelligence. La même chose se remarque dans l’enfance, âge où la santé s accompagne pourtant d'une loquacité si bruyante. Le sourd-muet et l’enfant peu aptes à la réflexion, l’un à cause de l’impuissance de son langage, l’autre à cause de 1 exliême mobilité de ses sensations, devraient-ils à l’inaction de celte faculté de 1 entendement l’avantage d’être exempts du delire fébrile, comme peut-être ils lui doivent de n’ètre jamais atteints du délir< maniaque? On sait que cette maJadn mentale n’affecte jamais l’enfance ; d au tre part, les sourds-muets quoique très enclins à la colère , a la fureur , à la ja lousie , n’ont jamais offert à aucun ag de leur vie aucun exemple de manie.

Cependant le droit romain les assimi lait aux enfants et aux furieux, infan et furenti. Le premier rapprochement e; plus juste que le second : le sourd-mui qui n’a pas reçu une éducation spécial est, à bien des égards, comparable a 1 in bécille. Zacchias commence par conv< nir qu’il y a parmi les sourds-muets d< degrés divers d’intelligence , et qu i c difficile de les classer ou parmi les a k nés ou parmi les raisonnables : neqi enim sub amentium nut fatuorum n mtvo videtur nos illos récit compr hmdere passe, neque iamtn sano y dicio illos esse vert affinnari pote Cependant il les déclare incapables connaître le but moral du mariage, conséquemment de se marier , a p forte raison d’entrer dans les ordres c clésiasliques ou dans les fonctions ci les - de tester, de témoigner. 11 lesfrap d’interdiction complète comme le dr romain : sans doute il regardait 1 exc pie du moine qui avait réussi a faire p 1er des sourds-muets comme dithcil imiter, et l’éducation de ces malheun comme généralement impossib e. 01 tant le même Zacchias a changé peu d’opinion dans ses consiha; «J que la sant.-rota le consulte a I oeend’un inceste commis par un perc • sa propre fille, il opine pour la çon >■ nation de cette fille, quo-quellc

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