‹ Traité de médecine légale, suivi du traité des exhumations juridiquesChapitre 21 sur 25 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Applications des données précédentes à la médecine légale. Utilité des exhumations pour éclairer les questions l elatives ù l’empoisonnement, aux blessures, à l’infanticide, à l’appréciation du sexe , de l âge , de là taille et de tout ce qui se rapporte à l’identité. Réfutation des auteurs qui ont considéré lès exhumations juridiques, non-seulement comme inutiles , mais encore comme pouvant induire quelquefois Les experts eh erreur.

ARTICLE PREMIER

Del’ulilité des exhumations pour éclairer les questions relatives à l’empoisonnement.

Dans la plupart des cas> le médecin chargé de constater la cause d’une mort subite , que l’on soupçonne être un empoisonnement, est appelé avant que l’inhumation du cadavre ait eu lieu ; mais il peut se faire qu’il ne soit consulté que plusieurs jours , plusieurs mois et même plusieurs années après. Est-il permis de décou-

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vrir une substance véneneuse en analysant les matières trouvées dans le canal digestif, ou dans les débris de ce canal d’un cadavre inhumé depuis long-temps? Estil possible de constater les lésions des tissus que produisent certains poisons dans le canal digestif, dans les poumons , dans le cœur, etc. P Des expériences nombreuses , tentées par nous , et plusieurs exhumations juridiques faites depuis i823 , époque à laquelle l’un de nous découvrit de l’acide arsénieux dans le cadavre de Boursier, qui était inhumé depuis trente -deux jours; ces travaux, disons-nous, nous permettent d’établir la possibilité de résoudre le premier de ces problèmes , sinon toujours, du moins dans la plupart des cas ; V existence matérielle d’un poison ou du métal qui lui servait hase^ s’il était métallique , peut être prouvée , dans la. plupart des cas , plusieurs mois et même plusieurs années apres T inhumation, toutes les fois qu’ily aura encore un canal digestif ou la matière graisseuse qui résulte de la, destruction de ce canal, pourvu qu’au moment de la mort il y eût dans l’estomac ou dans les intestins une certaine quantité de poison. En d’autres termes, les substances vénéneuses renfermées dans les voies digestives ne se décomposent pas, pendant la putréfaction des corps, de manière à ne pas pouvoir être reconnues long-temps après , comme elles l’eussent été vingt-quatre heures après la mort.

Quant à la possibilité de constater les lésions des tissus du canal d,igestif, etc., nous renverrons à la page 245 et aux observations qui terminent cet article.

Les expériences qui nous conduisent à admettre les

résultats dont nous parlons sont de deux ordres: I® des substances vénéneuses minérales et végétales, dissoutes dans une pinte d’eau environ , à des doses tantôt faibles , tantôt fortes, ont été mêlées avec des matières animales, et abandonnées à elles-mêmes à l’air libre et dans des vases à large ouverture, pendant dix, quinze ou dix-huit mois : on a eu soin de renouveler l’eau à mesure quelle s’évaporait ; 2° les mêmes substances mêlées à de l’albumine , à de la viande, à de la gé" latine, etc., ont été enfermées dans des estomacs ou dans des intestins , et ceux-ci ont été introduits à leur tour dans des boîtes en sapin qui ont été bien closes et enterrées à la profondeur de deux pieds et demi. Plusieurs mois après, on a exhumé ces boîtes, et on a analysé les matières contenues dans les estomacs et dans les intestins.

Cette manière d’opérer a trouvé des contradicteurs parmi des médecins et des critiques, peu habitués aux recherches expérimentales. Ils eussent voulu qu’au lieu d’agir avec des infiniment petits , en enterrant dans des boîtes de sapin des estomacs contenant des poisons mêlés à des alimens, nous eussions empoisonné des chiens qui auraient été enterrés après la mort, ou bien ils auraient voulu que les expériences eussent été tentées sur des cadavres d’adultes. On conçoit avec peine que l’on ait pu argumenter de la sorte. Pense-t-on par hasard que quatre ou cinq grains d’une substance vénéneuse , introduite avec plusieurs substances alimentaires dans un estomac que l’on enterre ensuite dans une boîte , se comporteront autrement que dans l’esto-

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tnac d’un cadavre? on suppose donc que raction de l’estomac et des aîîmens sur les poisons sera différente quand ce viscère sera isolé , ou renfermé dans l’abdoraén ? Rien de plus gratuit et de plus contraire aux notions les plus élémentaires , qu’une pareille supposition. D’ailleurs, des faits déjà nombreux, et que nous exposerons incessamment dans les observations qui terminent cet article, prouvent tque dans les affaires de Boursier,, de Billout, dans celles que nous a fait connaître le docteur Repèlletier, du Mans , etc, , l’on est parvenu à constater la présence de l’acide arsénieux et du sulfure dWsenic, précisément en employant lés mêmes procédés que ceux qui ont servi à la recherche du poison contenu dans îés boîtes contre lesquelles on s’élève si mal à propos.

Les expériences sur les chiens , par lesquelles ori aurait voulu remplacer celles dont nous parlons , offrent ^usiéurs înCon véniens, parmi lesquel s nous signalerons lé suivant : une grande partie , et même la totalité du poison administré pendant la vie, peut avoir été absort bée ou rejetée par le vomissement et par lés selles , en sorte qu’en enterrant le cadavre , il.peut se faire que le cahàl ài^esûî ne contienne plus de poison; commént, dès-lors , étudier les effets d’une inhumation prolongée sur une substance vénéneuse qui n’eiisterait pas au moment de cette inhumation? C’est justement parce qüe nous avons èssayé ee genrè d’expérimentatibn que nous ÿ avons renoncé 5 en effet, après quatre mois d ’irthumatiou de deux chiens empoisonnés par le mêiae pdîsort , en même temps et à la même dose , il noùs est

arrivé de retrouver la substance vénéneuse dans l’estomac de Funides cadavres , tandis qu’il n’était pas possible d’en démontrer la plus légère trace dans les voies digestives de l’autre ; celui-ci avait eu des selles et des vomisseraens plus nombreux que le premier.

On a encore dit que les poisons sur lesquels nous avons expérimenté n’ont été mis en contact avec nos organes qu’après la mort ; dès-lors on ne peut pas conclure qu’ils aient agi sur nos tissus comme s’ils avaient été introdui ts dans l’estomac pendant la vie. Cette objection, nous l’avions prévue dans notre mémoire inséré dans le tome xvii des Archives générales de médecine, et nous y avions répondu : « Qu’importe, disions-nous, que l’action d’un poison pendant la vie ou après la mort, puisse ne pas être la même; qu’importe encore qu’une portion de ce poison ait été absorbée ou rejetée avec la matière des vomissemens et des selles du vivant de l’individu ? Le point capital est de savoir si la quantité de substance vénéneuse que l’expert aurait pu découvrir en ouvrant le cadavre vingt - quatre heures après la mort , pourra être décelée dix , quinze du vingt mois après l’inhumation. Or, ü ne peut rester aucun doute d’après nos expériences , puisque ces substances vénéneuses ne se comporteront pas, dans le canal digestif du cadavre énterré , autrement que dans l’estomac et les intestins dans lesquels nous les avions enfermées, après les avoir mêlées avec des matières alimentaires. »

Cette réponse , qui a satisfait tous les esprits justes , paraîtra encore plus péremptoire par les deux exeni-

ayo

pies suivans. Un individu avale vingt grains d’acide arsénieux et meurt douze heures après; huit grains de ce poison ont été vomis, quatre autres ont été absorbés; il en reste donc huit dans le canal digestif au moment de la mort. L’expert chargé de faire l’ouverture du cadavre et de constater la cause de la mort , s’embarrasse fort peu de l’altération chimique que l’acide arsénieux a pu éprouver pendant la vie , s’il en a réellement éprouvé ; il démontre que les huit grains de matière trouvés dans le canal digestif possèdent les caractères de V acide arsénieux. Eh bien ! qu’ayonsnous prétendu dans notre mémoire, si ce n’est qu’il était possible , au bout de plusieurs années, de déceler dans nos organes ou dans leurs débris les huit grains d’acide arsénieux, que l’on aurait reconnus vingtquatre heures après la mort, ou seulement une partie de ces huit grains ?.... Un autre individu meurt après avoir avalé quinze grains de sublimé corrosif (deutochlorure de mercure). Trois grains de ce poison ont été vomis; quatre Ont été absorbés; les huit autres ont été décomposés et transformés par la matière organique en un composé de protochlorüre de mercure et de matière animale. L’homme de l’art chargé de faire les opérations judiciaires, vingt-quatre heures après la mort, établit la présence dans le canal digestif de ces huit grains du composé mercuriel dont nous parlons ; c’est précisément ces huit grains que nous avons dit pouvoir être retrouvés plusieurs années après l’inhumation, nous occupant fort peu de l’action que la vie a pu exercer sur les portions absorbées.

Une autre objection aussi peu fondée que les précédentes a encore été faite à notre travail. Admettons, a-t-on dit, qu’au bout de plusieurs mois d’inhumation le canal digestif fournisse à l’analyse du mercure , du plomb , de l’étain métalliques ; vous établirez qu’il y a eu empoisonnement par un sel mercuriel , ou de plomb, ou d’étain; vous aurez tort, car ces métaux peuvent provenir d’un médicament tel que le calomélas, par exemple, qui aurait été prescrit au malade quelques heures avant la mort. Cette objection avait été prévue et] réfutée par l’un de nous dès l’année 1812. (/^. le Traité de Toxicologie!) Si l’on ne peut pas parvenir à démontrer la présence d’un sel mercuriel, d’antimoine ou tout autre, disions-nous, et que l’on n’obtienne que le métal qui fait la base de ces préparations, le médecin ne pourra pas a^i-mer qu’il y ait eu empoisonnement ; il se bornera à dire qu’il a trouvé dans le canal digestif un métal qui ne doit pas y exister , que ce métal fait la base de plusieurs substances vénéneuses et médicamenteuses que l’on a dû certainement introduire dans ce canal, et qu’il importe de savoir si ces substances ont été ordonnées par un médecin , ou si elles ont été employées dans le dessein d’attenter aux jours de l’individu. Nous avons été plus loin ; précisément pour résoudre le problème relatif aux préparations mercurielles , nous avons supposé le cas où un individu qui aurait avalé quelques grains de calomélas pour se purger, aurait péri au bout de sept à huit heures , aiprès avoir présenté les Symptômes d’une gastro-entérite; l’ouverture du ca-

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davre aurait été ordonnée; l’analyse chimique aurait prouvé que l’on pouvait retirer du mercure métallique du canal digestif ; nous avons voulu savoir s’il ne ser rait pas possible de reconnaître que ce mercure provenait, non du calomélas que l’homme de l’art aurait pu prescrire , mais bien du sublimé corrosif ou d’un sel inercuriei que l’individu aurait avalé; nous croyons avoir résolu le problème èt avoir indiqué des moyens faciles de juger la question, comme on peut le voir à la page 3oo de l’ouvrage cité ( 3® édition.)

Observons d’ailleurs qùe les sels dont nous parlons sont le plus souvent décomposés quelques heures après la mort, en sorte que l’expert qui cherche à démontrer leur présence éprouve les mêmes difficultés et doit suivre les mêmes procédés, soit qu’il opère avant rinhumation ou plusieurs mois après ; donc cette objection ne s’applique en aucune manière à notre travail, mais bien aux procédés propres à fâirè découvrir les poisons à quelque époque que cè soit après la mort.) et nous avons déjà dit que ce problème avait été résolu par l’un de nous dès l’année 1812.

Entrons maintenant dans les détails de nos expériences^ Les poisons qui ont été l’objet de notre examen sont les acides sulfurique, nitrique et arsénieux, le sulfure d’arsenic, le sublimé corrosif, le tartrate acide de potasse et d’antimoine, l’acétate de plomb, le proto-hydrochlorate d’étain, le sidfate de cuivre , le nitrate d’argent, l’hydrochlorate d’or, l’acétate de morphine, l’hydrochlorate de brucine, l’acétate de strychnine, l’opium et les cantharides.

DES EXHD3IATI05S JÜBXDIQUES.

Acide sulfurique concentré. Le 12 mars 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, dix onces d’acide sulfurique concentré , le quart d’un foie humain coupé en morceaux , et une portion d’un canal intestinal. Le i5 du même mois, la matière, d’un brun noirâtre, était réduite en une sorte de bouillie d’une odeur aigre, nauséabonde; elle rougissait fortement le papier de tournesol , et donnait par l’hydrochlorate de baryte un précipité abondafat dé sulfate de baryte blaiic, insoluble dans f eau et dans l’acide nitrique : chauffé dans une fiole àvec du cuivre métallique, elle tardait beaucoup à dégàgef du gaz acide sùlfuf éüx , appàrémméht parce que l’acide avait été affaibli par l’eaû contenue datis les matièfës'animalès : cépèndant, éri continuant à chauffer, oii obtenait iiiie quantité notable dè'cè gaz, et il se fôrmait du sulfate de cuiwe. Lé 26 mai' 1827, 'c’ést-â-dire , vingt-deux mois et demi" après le commencement de rexpérience, là massé'étaît sôüs la forme d’une bouillie noire, jouissant de tous les' caractères ci-déssus indi, qués; le mercure , qui fût substitué au cuivre pour dégager dé l’acide sulfureux , se trouva transforiiié en proto-sulfaté.' Dans l’intervalle de ces deux époques, la matière fut exaniinéë'âu nioins vingt fois , et fournit constamment lés niêriies résultats.' -

Acide sulfurique fàib'îé'. — 'Le r^ juillet 1826, oii mêla' dans un bocàl à large oüverture exposé à l’air vingt grains d’acide sülfiiriqué concentré, un è pinte et demie d’éaü , et environ le'tiers d’un oanal intéstinà] hum'âin. Le 12 août suivant , le liquide était d’un blanc

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jaunâtre, rougissait fortement l’eau de tournesol, et donnait par les sels solubles de baryte un précipité blanc insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique. On voulut savoir si, en le concentrant et en le faisant bouillir avec du mercure, on obtiendrait du gaz acide sulfureux ; mais le liquide qui contenait beaucoup de matière animale se boursouffla, et se- répandit avant qu’on eût pu sentir ce gaz. Le 21 mai 1827, c’est-àdire neuf mois et trois jours après le commencement de l’expérience, le mélange exhalait une odeur insupportable : on l’étendit d’eau distillée et on filtra p ie liquide filtré rougissait à le papier de tournesol, , parce que la majeure partie de l’acide sulfurique avait été saturée par l’ammoniaque provenant de la putrér faction ; aussi lorsqu’on la faisait bouillir avec de la chaux vive , ce sulfate d’ammoniaque se décomposaitil, et obtenait-on un grapd dégagement d’ammoniaque. Ce même liquide fournissait , ayee les sels de baryte, un' précipité blanc abondant de sulfate de, baryte insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique.j concentré par l’évaporation et bouilli avec dumercure , U ne laissait pointnlégager de gaz acide sulfureux, quoiqu’il eût été réduit presque jusqu’à sicci té. Voyant , qu’il était impossible par ce moyen .de .prouver que l’acide libre de la liqueur fut de l’açide sulfurique , on eut recours au procédé suivant. Une portion de cette liqueur fut traitée à froid par du soiis-carbonate. de chaux pur que’ l’on avait fait préalablement bouillir dans de l’eau distillée, et qui ne contenait pas un atome de sulfate ; il n’y eut point d’effervescence ;

après dix minutes d’agitation on filtra. La masse blanche qui était sur le filtre, lavée avec de l’eau distillée, pour lui enlever tout l’acide sulfurique et le sulfate d’ammoniaque qu’elle pouvait contenir, fut desséchée et traitée dans une fiole par de l’eau distillée bouillante; la dissolution filtrée ne contenait point de sulfate de chaux, car elle ne se troublait ni par l’hydrochlorate de baryte , ni par l’oxalate d’ammoniaque. Il est donc évident que la quantité d’acide sulfurique libre qui existait dans cette liqueur était tellement faible, qu’il se forma à peine du sulfate de chaux , ét que le peu qu’il s’en produisit trouva assez d’eau pour se dissoudre dans le liquide employé pour laver le précipité.

Ün gros ^ acide sulfurique concentré fut placé le lo novembre 1826, avec une portion d’un canal in tes-, tinal, dans un vase de porcelaine; celui-ci fat à son tour enfermé dans une boîte de sapin que l’on enterra, à deux pieds et demi de profondeur. L’exhumation de cette boîte eut lieu le 3o avril 1828, dix-sept mois vingt jours après l’inhumation. L’intestin était à peine jaune, et semblait nager dans un liquide grisâtre, légèrement trouble ; ce Hquide rougissait le papier de tournesol , faisait effervescence sur le carreau , fournissait, avec les sels de baryte, un précipité blanc, insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique, et donnait, lorsqu’on le faisait bouillir avec du mercure , du gaz acide sulfureux; donc il contenait de l’acide sulfurique libre : toutefois , il fallait , pour constater ce dernier caractère, prolonger l’ébullition presque jusqu’à sic-

cité, probaLlement parce que l’acide îfvait été singulièrement affaibli par l’humidité des intestins.

I^ous établirons donc , i° qu’il est possible de constater la présence de l’acide sulfurique concèntré, plusieurs mois et même plusieurs années après son mélange avec des matières animales; 2® que si cet acide a été très-affaibli, et mêlé avec des substances,qui j en se pourrissant', ont dégagé beaucoup d’ammoniaque, il est saturé par cet alcali au point qu’il n’y en a plus ou presque plus de libre aù bout de quelques mois; 3* que dans ce cas il ne serait plus perniis de conclure qu’il y a eu erapoisorinement par l’acide sulfurique; que tout au plusdn . pourrait, d’àprès la présence du sulfate d’ammoniaquè, que nous supposons avoir été obtenu cristallisé et bien caractérisé , établir quelques probabilités d’empoisonnement, Ce sulfate ne faisant ordinairement partie ni dés matières alimentaires, ni de celles qui Composent le canal digestif.

Acide nitrique concentré. Le 12 mars 1826 , dix oncès d’acide nitrique du commerce ont été placées dans un bocal à large ouverture exposé à l’air; on y a introduit une portion d’un canal intestinal vidé etde , foie humain coupé par morceaux. Le 19 du même mois,, le mélange offrait une couleur jaune; le liquide était transparent, rougissait fortement le tournesol, ét réagissait sur le cuivre ni à froid, ni à la chaleur de Vébulli- , il fallait, pour en obtenir du gaz acide nitreux jauhe orangé, l’évaporer jusqu’à siccifé, et décomposef par le feu le nitrate de cüivf é formé. Mêle ayec lin peu de potasse à l’alcool solide, il devenait rouge sur-le-

champ, et fournissait par l’éTaporation un résidu de même couleur, qui fusait sur les charbons ardens comme le nitrate, et qui, mis en contact avec du cuivre , de l’acide sulfurique et quelques gouttes d’eau, donnait sur-le-champ du gaz acide nitreux jaune orangé. Le 26 mai 1827, quatorze mois et demi après le commencement de l’expérience , le liquide traité par la potasse solide, par les charbons ardens , par le cuivre et par l’acide sulfurique , comme il vient d’être dit, se comportait de la même manière.

Acide nitrique faible. Le 18 juillet 1826, on a mis dans un bocal à large ouverture , contenant une pinte et demie d’eau , vingt grains d’acide nitrique, et à pèu près le tiers du canal intestinal d’un adulte. Le 1 2 août suivant, le liquide est un peu jaunâtre; il rougit le papier de tournesol.^ et lorsqu’on l’évapore jusqu’à siccité avec de la potasse caustique ,- il fournit un résidu rougeâtre qui, mis sur les charbons ardens, ne J'use point y mais se charbonne, répand l’odeur de corne qui brûle, et se comporte, en un rüot, comme un produit riche en nfetière animale; traité par du cuivre et de. l’acide sulfurique , ce même résidu fait effervescence , mais il est difficile de constater l’odeur ni la couleur du gaz acide nitreux. Le 28 mai 1827 , c’est-à-dire dix mois quatre jours après le commencement de l’expérience, le mélange exhale une odeur des plus fétides ; la liqueur filtrée, loin de rougir le tournesol, ramène au bleu la couleur du papier rougi par un acide , ce qui tient à la présence d’une certaine quantité d’ammoniaque ; traitée par la potasse à la température de

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rébullition , il se dégage beaucoup de gaz ammoniac, et il se forme du nitrate de potasse, puisqu’on évaporant jusqu’à siccité , et en agitant le produit pendant quelques minutes avec de l’eau distillée , on obtient un liquide qui, étant filtré et évaporé, fournit un sel à basé de potasse qui fuse sur les charbons ardens, et qui donne du gaz acide nitreux lorsqu’on le mêle avec du cuivre , de l’acide sulfurique et un peu d’eau.

Un grps d’acide nitriqu$ concentré ayant été placé avec une portion d’ün canal intestinal dans un vase de porcelaine , celui-ci fut enfermé dans une boîte de sapin que l’on enterra à la profondeur de deux pieds et demi, le 10 novembre 1826. On procéda à l’exhumation le 3o avril 1828 , c’est-à-dire dix-sept mois vingt jours après, et l’on reconnut que l’intestin n’était pas jaune , qu’il y avait dans, le petit vase environ trois gros d’un liquide grisâtre , trouble , qui rougissait le papier de tournesol , qui faisait effervescence sur le carreau, qui n’agissait point sur le cuivre à froid, et qui, ayant été saturé par la potasse et évaporé jusqu’à siccité, fournit une masse fusant sur l^s charbons ardens , comme Je nitrate de potasse, et dégageant des vapeurs d’acide nitreux jaune prangc, lorsqu’après l’avoir mêlée avec du enivre, on la traitait par l’acide sulfurique à peine étendu d’eau : donc le liquide dont il s’agit contenait de l’acide nitrique.

Ces expériences prouvent d’une manière incontestable, 1° que l’on peut démontrer la présence de l’acide nitrique concentré , plusieurs mois après qu’il a été mêlé avec des matières.anîmales, et lorsque déjà la

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putréfaction est à son comble; 2° que, pour y 'parvenir, il est préférable d’avoir d’abord'recours à la potasse , plutôt qu’au cuivre métallique ; 3° qu’it n’en est pas dé même lorsque cet acide a été considérablement affaibli par de l’eau , et employé en petite quantité, l’ammoniaque qui résulte de la putréfaction des matières animales étant alors plus que suffisante pour saturer tout l’acide; 4° que dans ce cas on ne peut tout au plus qu’établir l’existenèn du nitrate d’ammoniaque dans la liqueur, ce qui ne, suppose pas nécessairement qu’il y ait eu empoisonnement par l’acide nitrique , puisque ce nitrate >aurait pu , à la rigueur , se former de toutes pièces pendant la putréfaction de la matière animale (i).

' On a objecté que ces résultats étaient loin de prouver que l’on pût retrouver au bout d’un certain temps les acides, sulfurique et nitrique concentrés, puisque ces acides perforent nos tissus, s’épanchent dans l’abdomen^ se combinent avec les os qu’ils décomposent, et s’altèrent même en attaquant les tissus membraneux de nos organes. Nous répondrons d’abord que les acides nitrique et sulfurique avec lesquels on s’est empoisonné, peuvent être étendus d’une assez grande

(1) Nous dirons toutefois qu’ayant laissé dans dè l’eau distillée un canal intestinal tout entier , depuis le 27 février jusqu’au 23 avril , nous nous sommes assurés qu’il ne s’était point formé de nitrate d’ammoniaque; la matière avait toujours eu le contact de l’air, et la putréfaction était à son combla.

quantité d’eau, pour ne pas perforer l’estpinac pendant la vie, pour déterminer une mort assez prompte, et pour ne pas dissoudre même au bout de plusieurs mois les rnembranes de restomac et des intestins; il suffit d’avoir lu la dissertation xle M. Tartra, d’avoir vu quelques empoisonnemens par les acides chez rhpmme, et d’a,vpir fait quelques essais sur les anir maux, pour adopjer cette opinion ; donc il était important de prévoir ce premier cas, et de prouver que, niême au bout de plusieurs mois, il était possible de constater la préserice de ces acides moyennement affair blis. Que s’il s’agit d’acides concentrés qui perforent l’esfpmac pendant la vie , il est vrai que ces acides pourr ront s’épancher dans l’abdomen avant la mort, et qu’il pourra être fort difficile de cpnstater leur présence. Mais croit-pn sérieusement que cette difficulté sera beaûcoup plus ^ande an bout de quelques mois, qu’un jour ou deux après la mort? et ne suffit-il pas de quelques heures, en général, pour que la petile quantité d’acide concentré qui a pu pénétrer dans l’abdomen, ait contracté des combinaisons qui la rendent difficile, pour ne pas dire imppssible à découvrir? Dès-lors le reproche fait à notre travail tomfie de lui-même , puisque nous avons voulu prouver seulement qu’il serait possible de déceler, plusieurs mois après la mort, l’acide quon auraitpu découvrir un ou deux jours après V inhumation. Il est évident que, dans le cas cité plus haut, si l’expert se trouve dans l’impossibUité de prouver, le lende-. tnain de la mort, que l’empoisonnement a eu lieu par l’un de ces deux acides concentrés, à plus forte raison

ne pourra-t-il pas le faire après plusieurs mois d inhiuination.

Nous ne répondrons pas à ce qui a été dit relativement à la. difficulté que l’on éprouverait à démontrer la présence de ces mêmes acides affaiblis; nous aviens nous-niêmes prévu et indiqué cette difficulté. ( V, pages 376 et 279 ).

Acids arsénieux. Le 8 mai 1826,00 a introduit dans un bocal à large ouverture, qu’on a exposé à l’air, une pinte et demie d’eau, tenant en dissolution trois gros d’acide arsénieux, et plusieurs portions dé muselés, de cerveau , et d’un canal intestinal. Le 2 août de la même année, près de cinq mois après, le mélange réexhalait aucune odeur désagréable'^ la liqueur filtrée, traitée par l’acide hydrosulfurique, par le sulfate de cuivre ammoniacal et par l’eau de chaux, se comportait comme une dissolution aqueuse et pure d’acide ar^ sénieux.

Acide arsénieux beaucoup plus étendu dieau. Six grains d’acide arsénieux dissous dans une pinte et demie d’eau, furent placés, le 18 juillet 1826, dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, dans lequel on avait introduit environ le tiers d’un canal intestinal d’un adulte. Le 1 2 août suivant , le mélange exhalait a peine \me odeur désagréable; la bqueur filti'ée ne jaunissait ni ne précipitait par l’acide hydrosulfurique; le sulfate de cuivre ammoniacal ne lui faisait éprouver aucun changement; en l’évaporant jusqu’à siccité, il se coagulait beaucoup de matière animale que l’on enlevait à mesure ; le prodiât de l’évaporation , traité par

l’eau distillée bouillante pendant trois ou quatre minutes, contenait de l’acide arsénieux, puisque la liqueur jaunissait par l’acide hydrosulfurique, et que, par l’addition d’une goutte d’acide hydrochlorique, elle fournissait un précipité de sulfure jaune d’arsenic, soluble dans l’ammoniaque. La couleur et le précipité jaunes développés par l’acide hydrosuîfurique, étaient beaucoup moins sensibles , lorsqu’au lieu d’agir comme il vient d’être dit, on versait ce réactif dans là liqueur chauffée simplement jusqu’à l’ébullition et filtrée , pour, coaguler la matière animale. Le 5 mai 1827, c’est-à-dire neuf mois et demi après le commencement de l’expérience, le mélange exhalait une odeur assez fétide; la liqueur filtrait difficilement, parce" qu’elle tenait déjà une grande quantité de matière animale en dissolution^ elle ramenait rapidement la couleur du papier

du tournesol rougi par un acide; l’acide hydrpsulfurique et le sulfate de cuivre ammoniacal ne lui faisaient subir aucune altération^ tandis qu’ils y démontraient la présence de l’acide arsénieux, lorsqu’après l’avoir évaporée jusqu’à siccité pour coaguler et séparer la matière organique, on traitait le produit de l’évaporation par l’eau distillée bouillante.

La même expérience, répétée le 27 février 1827, a fourni des résultats semblables , lorsqu’on a examiné la liqueur le 27 avril suivant (i).

(i) Nous ne saurions trop attirer l’attention du lecteur sur ce fait; savoir, que, par son mélange avec une matière animale en dissolution, l’acide arsénieux peut être masqué au point de .

Acide arsénieux solide. Le 8 novembre 1826, on renferma dans une portion d’un gros intestin d’adulte du blanc d’œuf, delà viande, du pain et vingt grains d’acide arsénieux solide ; l’intestin fût placé dans une petite boîte de sapin qui, après avoir été parfaitement close, fut enterrée à la profondeur de deux pieds. Le i4 août 1827, c’est-à-dire neuf mois six jours après, on retira cette boîte de terre , et on agita dans l’eau

ne pas yaMw/r même, lorsqu’on le traite par l’acide ttydrosùlfurique ; mais aussi nous ferons remarquer qu’il suffit dans ces cas d’évaporer la liqueur jusqu’à siccité , et de traiter le produit de l’évaporation par l’eau bouillante , pour obtenir une dissolution dans laquelle l’acide hydrosulfurique , mêlé d’une goutte d’acide hydrochlorique , détermine la précipitation de tout l’acide arsénieux à l’état de sulfure jaune. Ce fait important , dont l’un de nous a déjà eu également l’occasion de vérifier l’exactitude plusieurs fois devant les tribunaux, dans des cas d’empoisonnement par l’acide arsénieux , constatés peu de jours après la mort, ce fait , disons-nous, prouve combien on a exagéré les difficultés de découvrir ce poison lorsqu’il a été mêlé avec des matières animales. Si les auteurs qui ont proposé des méthodes beaucoup plus compliquées que celles que nous indiquons , n’ont pas trouvé l’acide arsénieux dans le liquide des vomissemens, de l’estomac et des intestins , cela tient à ce qu’ils n’ont pas exactement suivi notre marche, et surtout à ce qu’ils n’ont pas mis ces liquides en contact avec l’acide hydrosulfurique, et une goutte d’acide hydrochlorique , mais bien avec le deuto-sulfate de cuivre ammoniacal, qui est un réactif infidèle : du reste, c’est ce que l’un de nous avait déjà établi ailleurs. (^. Ori'ili, Leçons de médecine légale, tome 3 , page 112, deuxième édition, j

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distillée tiède les matières contenues dans l’intestin j au bout de quelques minutes on filtra, et l’on put se convaincre que la liqueur renfermait beaucoup d’acide arsénieux, en y versant de l’acide hydrosulfurique.

Après avoir saupoudré deux, tranches épaisses de maigre de veau avec de l’acide arsénieux, M. Dubuc les déposa dans une forte boîte en bois de chêne, et les enterra dans un sol assez perniéable à reau. Au bout de six ans, il fit l’exhumation de ce petit cercueil, et y trouva une sorte de terreau qui se délitait sous les doigts, et qui contenait encore tellement d’arsenic, que vingt-quatre grains jetés sur des charbons ardens, empoisonnèrent de leur odeur alliacée un laboratoire d’une assez grande dimension. {^Journal de chimie mé^

, t. Il® p. 2y8. )

n résulte des faits qui précèdent : 1° qu’il est permis de constater la présence de l’acide arsénieux qui a été mêlé avec des matières animales , même au bout de plusieurs années; 2® qu’il faut néanmoins, dans beaucoup de cas, le débarrasser d’une grande quantité de ces matières, si on veut en démontrer l’existence, et que l’on y parvient tout simplement en évaporant jusqu’à siccité la liqueur qui contient l’acide arsénieux, et en agitant pendant quelques minutes dans l’eau distillée bouillante le prodüit de l’évaporation; 3® que si l’acide arsénieux a été employé à l’état solide, il ne sera pas quelquefois impossible, même long -temps, après l’inhumation , d’apercevoir çà et là des grains qui, étant détachés avec la pointe d’un canif, présenteront tous les caractères de ce poison ; 4“ qu’il n’est pas.

DES EXHUMATIONS JURIBIQUES. 285

douteux que l’acide arsénieux ne se transforme à la longue 5 et à mesure qu’il se produit de l’ammoniaque , en arsénite d’ammoniaque, beaucoup plus soluble que l’acide arsénieux; en sorte qu’il pourrait se faire qu’au bout de quelques années on ne pût parvenir à démontrer la présence de l’acide arsénieux là où il aurait été facile de la constater quelques mois après l’inhumation, parce que cet acide , auparavant solide et granuleux, une fois transformé en arsénite d’ammoniaque , serait devenu soluble, et aurait filtré dans la terre à travers les parois de la bière, ou se serait écoulé par les trous que présente souvent la face inférieure . de cette boîte, lorsque la putréfaction a fait de grands progrès ; 5° que si l’acide arsénieux, employé en assez grande quantité, arrête la puîaréfaction des matières animales, il n’en est pas de même quand se trouve dans une proportion très-faible.

Sulfure Lorsqu’après avoir mêlé quelques

grains de sulfure jaune d’arsenic (orpiment artificiel) avec des matières alimentairès, on enferme le tout dans un estoinac que l’on enterre dans une petiteboîte, on voit au bout de six, huit, dix mois d’inhumation, que le sulfure jaune est reconnaissable à sa couleur, et qu’on peut le retrouver aussi facilement que si l’examen des matières eût été fait le lendemain de la mort. Si, au lieu d’agir ainsi, on avait misle-sulfure finement pulvérisé dans un vase exposé à l’air et contenant de l’eau et des substances animales, on trouverait aussi plusieurs mois après du sulfure jaune' d’arsenic au fond du vase; mais, dans ce cas, une por-t

TRAITE

tion du sulfure pourrait avoir été dissoute par l’ammoniaque qui se produit petidant la putréfaction; en sorte que s’il en était ainsi, il faudrait, pour obtenir toute la quantité de sulfure, filtrer la liquéur et la traiter par l’acide hydrochlorique, pour précipiter le poison.

Sublimé corrosif. Le 8 mars 1826, on a mis dans un grand bocal à large ouverture, contenant deux pintes et demie d’eau, trois gros de sublimé corrosif dissous dans deux onces d’eau bouillante; on à' ajouté de la viande, dé la matière cérébrale et des portions d’in-testin. Le 19 mars, le mélange ré exhalait aucune odeur fétide^ les matières animales étaiènt dures et comme tannées ; la liqueur filtrée brunissait à peine par l’acide hydrosulfurique; la potasse et l’ainmoniaque la rendaient tout au plus opaline ; mais uné lame d’or recouverte en spirale dune feuille d’étàin,' se recouvrait d’une couche de mercure métallique aussitôt qu’on la plongeait dans cette liqueur, et qu’on ajoutait quelques gouttes d’acide hydrochlorique.' La viande, la matière cérébrale et l’intestin, lavés et bien desséchés, fournissaient du mercure métallique, lorsqu’on les calcinait avec de la potasse dans une cornue ou dans un petit tube de verre. Le 18 juin 1827, la liqueur et les matières animales présentaient absolument les mêmes caractères.

Dès le 18 avril 1826, on avait pris la moitié delà liqueur dont il s’agit j et dans laquelle il y avait déjà si peu de sublimé, qu’il n’était plus permis d’en constater la présence qu’à l’aide de la lame d’or, et on l’avait mise en contact avec d’autres matières animales ( foie ,

DES EXHUMATIONS JUBIDIQUES. 287

rate, intestins). Le 28 du même mois, le mélange exhalait déjà une odeur des plus fétides, et la liqueur ne changeait plus de couleur par son mélange avec la potasse, l’ammoniaque et l’acide hydrosulfurique; la lame d’or, employée comme il a été dit plus haut, n’était pas blanchie, même au bout d’une heure.

Sublime corrosif étendu de beaucoup tfeau. Le 18 juillet 1826, on a introduit dans un bocal à large ouverture, contenant une pinte et demie d’eau et une portion d’un canal intestinal, six grains de sublimé corrosif. Le 2 août suivant, le mélange exhalait une odeur très-fétide ^ la liqueur filtrée ne précipitait ni ne se troublait par l’acide hydrosulfurique , par les hydrosulfates, par la potasse, par l’ammoniaque; la lame d’or plongée dans cette liqueur, comme nous l’avons dit plus haut, ne blanchissait qu’au bout de quelques heures. Les intestins , desséchés et calcinés avec de la potasse , fournissaient du mercure métallique.

Sublimé corrosif placé dans d’autres circonstances: Lorsqu’on fait avaler à des chiens de moyenne taille de trente à quarante grains de deuto-chlorure de mercure pulvérisé, ils ne tardent pas à éprouver tous les symptômes de l’empoisonnement, et périssent au bout de quatre, six, dix ou douze heures.. La dose dont il s’agit étant très -forte, il est probable qu’une portion du poison reste dans le canal digestif, quand même les animaux ont vomi à plusieurs reprises, ce que l’on peut empêcher jusqu’à un certain point en les muselant. Si on enterre ces cliiens dans une bière de sapin -blanc et à la profondeur de trois à quatre pieds, on

TRAITE

remarque, à l’ouverture des cadavres, que le canal digestif ne renferme aucune trace de mercure Métallique) et si, pour s’en assurer encore davantage, on dessèche l’estomac et les intestins, .et qu’on examine attentivement toutes leurs parties avec une forte loupe, on obtiendra le même résultat. Cependant il est aisé de démontrer l’existence d’une préparation mercurielle- en soumettant , à l’action de la potasse, à une chaleur rouge, des portions de la membrane muqueuse : alors eii effet il se volatilisera du mercure métallique qui^ proviendra du compôsé dé proto-chlorure de mercure et de matière animale , qui se forme lorsque le sublimé corrosif agit sur nos tissus ( i). . ^

Si l’on enferme dans un gros intestin vingt ou vingtcinq grains de deuto-chlorure de mercure dissous dans ‘ une demi- once d’eau et mêlé à de la viande hacbée', â du pain émietté et à de l’eau albuminèusej.etque l’on

(1) Cette expérience , danslaquellé npus; s.omîâfô parvemts, ; en empoisonnant des chiens çt en les entera’.ant après la mort à démonti’er la présence d’une préparation mercurielle, semble venir à l’appui de l’opinion de ceux qui auraient voulu que notre travail , au lieu d’êire' Basé sur des èxpériencës' faites dans des và'sés du; dans des estomacs , i’edl été stfi’ -déS éxpé4 ' riènces faitès sur des animaux vivons. Cela est vrai ; niais nous observerons ‘que les inhumations-de chiens morts empoisonnés^ sont loin de fournir toujours les mêmes résultaits , et que sou- ; vent on ne trouve pas de poison lors de l’exhumation, parce que, comme nous l’avons déjà dit , les animaux l’avaient rejeté par les vomissemens et par les selles, et qu’il n’en existait pas dans leur canal digestif àu moment ou ils ont été ênterrés. '

place cet intestin dans une boîte de sapin , que l’on enterrera àdeux pieds de profondeur, on remarquera, trois ou quatre mois après , lors de l’exhumation , que la matière renfermée dans l’intestin n’offre aucune trace de mercure métallique , quoiqu’au premier abord on soit disposé à prendre pour ce métal une foule de globules graisseux brillans qui font partie de cette matière j pourtant on pourra démontrer dans cette masse la présence d’une préparation mercurielle ; car en la desséchant et en la calcinant dans une cornue avec de la chaux ou de la potasse , ôn en retirera du mercure qui viendra se condenser en globules dans le col de la cornue. Ce métal proviendra encore une fois du composé de proto-chlorure et de matière animale , et non du sublimé corrosif qui serait resté indécomposé; car en traitent par l’eau la pâte alimentaire empoisonnée par le sublimé corrosif, la dissolution aqueuse se colorera à peine par l’aeide hydrosulfurique , ce qui prouve qu’elle ne renferme que des atomes de sublimé.

Ces expériences nous portent à admettre , i® que le sublimé corrosif dissous dans l’eau est assez rapidement décomposé par les matières animales pour qu’il ne soit plus possible , après quelques jours , de démontrer sa présence dans la Hqueur , autrement qu’à l’aide d’une lame d’or recouverte en spirale d’une lame d’étain, et aidée de l’action de l’acide hydrochlorique ; 2° qu’il y a d’autant plus de sublimé de décomposé , que l’on a employé une plus grande quantité de matières animales ; 3° qu’ü ne paraîtrait pas cependant que ces niatières pussent décomposer la totalité du

TRAITÉ

sublimé corrosif, puisqu a l’aide de la lame d’or, il â été possible de retirer , au bout de plusieurs heures il est vrai ^ un atome àe mercure métallique, d’une dissolution de six grains de sublimé mêlée avec une grande quantité de matières animales ; 4- tous

les cas on peut , en traitant par la chaleur et par la potasse les matières animales qui ont décomposé le sublimé corrosif, en retirer du mercure métallique, même plusieurs années après que le sublimé a agi sur ces matières. Or, la présence de ce métal, si elle ne prouve pas l’existence du sublimé corrosif, annonce au moins celle d’une préparation mercurielle.

Deutos^yde de mercure, i® Si on enferme dans une boîte de sapin un gros intestin dans lequel on a mis quarante grains d’oxyde rouge de mercure, mêlés à de la viande et du pain hachés réduits en bouillie épaisse par de l’eau albumineuse ; si on enterre cette boîte à deux pieds de profondeur , et qu’on procède à l’exhumation trois ou quatre mois après, on remarquera dans la matière que renferme l’intestin plusieurs points rouges que l’analyse démontrera être du deutoxyde de mercure; mais on ne découvrira aucune trace de mercure métallique, quelque soin que l’on apporte à l’examen de la masse que nous supposerons humide ou parfaitement desséchée.

2*^ Si on fait avaler à un chien de moyenne taille, et à jeun, de quarante à soixante grains de deutoxyde rouge de mercure , l’animal éprouvera bientôt tous 1^ symptômes de X empoisonnement par les préparations mercurielles , et périra au bout de douze, dix-huit ou

DES EXHUMATIGïfS JDBIDIQDES. 29 1

trente heures. Si on l’enterre dans une bière de sapin , à deux ou trois pieds de profondeur-, et qu’on ne procède à l’exhumation qu’au bout de trois ou quatre mois, ou remarquera, en ouvrant le cadavre, que le canal digestif n’offre dans aucune de ses parties la plus légère trace de mercure métallique ; si on ramasse attentivement les mucosités épaisses et de couleur rougeâtre qui tapissent la membrane interne de l’estomac et des intestins, et qu’on les fasse sécher, afin de mieux apercevoir le mercure s’il y existe , on n’en découvrira pas davantage, même en regardant avec une forte loupe, tandis qu’il sera facile, à l’aide de la vue , de l’acide hydrochlorique et de la calcination , d’y démontrer la présence de l’oxyde rouge , si toutefois l’oxyde n’avait pas été entièrement rejeté par le vomissement ou par les selles.

Tartrate acide de potasse et d’antimoine. Le 29 mars 1826, on mit dans un bocal à large ouverture, qu’on laissa exposé à l’air , trois gros de tartre stibié dissous dans deux pintes d’eau, le quart d’un foie humain et une portion d’un canal intestinal. Le 9 avril suivant , le mélange était déjà pourri ; la liqueur filtrée se comportait avec l’acide hydrosulfurique, l’acide sulfurique , l’eau de chaux et la noix de galle , comme une dissolution d’émétique. Le 28 avril, l’acide hydrosulfurique et les hydrosulfates ne précipitaient plus la liqueur , preuve qu’elle ne contenait plus d’émétique , ou bien si elle en renfermait, que la matière animale qui avait été dissoute , empêchait ces réactifs d’en démontrer la présence; l’acide sulfurique et la noix de

TRAITÉ

galle y faisaient naître un précipité blanc grisâtre , produit évidemment par Faction de ces réactifs sur la matière animale tenue en dissolution.

En filtrant cette liqueur et en l’évaporant jusqu’à siccité à une douce chaleur , on obtenait un produit qui, étant agité pendant quelques minutes avec de l’eau distillée tiède, fournissait une dissolution qui contenait de Fémétique , puisqu’on en pouvait précipiter de Fbydrosuifate d’antimoine par l’acide hydrosulfurique. Le 6 juin de la même année, la liqueur ne renfermait plus d’émétique , car l’acidê hydrosulfurique n’agissait plus sur elle, lors même qu’on l’avait fait évaporer, et qu’on avait traité le produit par l’eau; mais alors les matières solides, desséchées et calcinées pendant un temps suffisant, fournissaient de Fantimoinè métallique. '

Tartrate acide de potasse et dE antimoine étendu de beaucoup cE eau. Le 18 juillet 1826, on a dissous dans une piiite et demie d’eau six grains de tartre slibié, et on les a placés dans un bocal où il y avait environ le tiers d’un canal intestinal. Le 2 août suivant, l’acide hydrosulfurique et les hydrosulfates ne troublaient point la liqueur. Les matières solides, d’une odeur infecte , desséchées et calcinées pendant un temps suffisant , donnaient de l’antimoine mçtalliquel

Il résulte des faits qui précèdent, i® que le tartre stibié , mêlé avec des matières animales , se décompose au bout de quelques Jours , de manière à ce que l’acide tartarique soit détruit, et l’oxide d’antimoine précipité ; 2® qu’il est alors impossible de démontrer sa

DES EXHU3IATI05S JURIDIQUES. 2^3

présence en traitant la liqueur par les réactifs que l’on met ordinairement en usage pour reconnaître les sels antimoniaux ; mais que l’on peut retirer de l’antimoine métallique des matières solides, même au bout de plusieurs mois ; 3° que l’altération dont il s’agit est plutôt le résultat de l’action de l’eau et de l’air sur le sel, que des matières animales; car l’expérience prouve qu’une dissolution de trois gros d’émétique dans une pinte et demie d’eau distillée, exposée à l’air , éprouve la même décomposition , et qu’il n’est pas plus possible d’y démontrer la présence du sel antimonial au bout de trente à quarante jours én été, que dans une pareille dissolution à laquelle on aurait ajouté de l’albumine et de la gélatine.

Acétate de plomb. Le 29 mars 1826, on a dissous trois gros d’acétate de plomb dans deux pintes d’eau distillée , et on les a introduits dans un grand bocal où l’on avait préalablement mis de la chair musculaire, un morceau de foie, et quelques portions d’un canal intestinal : le vase a été exposé à l’air. Le 9 avril suivant , il n’y avait plus d’acétate de plomb en dissolution , car la liqueur filtrée ne changeait même pas de couleur par l’acide hydrosulfurique; mais en desséchant le précipité gris noirâtre qui s’était formé , et les matières animales déjà citées, et en les calcinant a^ez fortement , on en retirait du plomb métallique.

Acétate de plomb étendu de beaucoup d eau. 18 juillet 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, six grains d’acétate de plomb dissous dans une pinte et demie d’eau distillée, et

ÏRiCiTÉ

agi

mêlés avec environ le tiers ^un canal intestinal. Quatre jours après il ne restait plus un atome de sel en dissolution, et les matières solides calcinées fournissaient une quantité sensible de plomb. Il est donc évident que ce ne serait pas dans la liqueur quil faudrait chercher l’acétate de plomh qui, après avoir été dissous , aurait été en contacta avec des matières animales : on voit même qu’il suffit de fort peu de temps pour opérer la décomposition que nous venons de signaler.

Proto-hfdrochlàrate d’étain, t-e lo juillet 1826, on mit dans un bocal à large ouverture , contenant environ le tiers d’un canal intestinal, deux gros de protohydrochlorate d’étain dissous dans une pinte et demie d’eau. Le 2 août suivant, le mélange répandait une odeur très-fétide. Le liquide filtré et mis en contact avec Faeide hydrosulfurique et les hydrosulfates ne se colorait même pas, tandis qu’en desséchant séparément les intestins et une matière grisâtre floconneuse qui s’était précipitée , on retirait par la calcination de -ces matières de î’étain métallique : d’où il suit qu’il suffit de' fort peu de temps pour que les matières animales décomposent complètement une dissolution aqueuse de proto-hydrochlorate d’étain.

Surate de cuivre. Le 12 mars 1826, on a exposé à l’air, dans un bocal à large ouverture, des intestins plongés dans une dissolution de trois gros de deutosulfate de cuivre dans deux pintes d’eau. Le 18 juin suivant, le mélange exhalait une odeur des plus fétides; la liqueur filtrée était d’un vert bleuâtre sale, et précipitait en brun marron par l’hydrocyanate fer-

DES EXnUSIATIOlS^S JURIDIQUES. 2g D

ruré de potasse, et en noir par les hydrosiilfates solubles ; elle bleuissait par l’ammoniaque. Voulant savoir jusqu’à quel point la dissolution conservait tout le sulfate de cuivre qui y avait été mis , on en a étendu une portion de quinze fois son volume d’eau, et l’on s’est assuré qu’alors les réactifs ci-dessus mentionnés agissaient à peine sur elle , tandis qu’une partie de la même dissolution qui avait été mise à part le 12 mars , as>ant de la mêler avec les intestins , précipitait instantanément par ces réactifs , même lorsqu’elle était étendue de deux cents volumes d’eau. Il devenait alors indispensable de rechercher si les matières solides ne contiendraient pas l’oxyde de cuivre qui paraissait avoir été séparé de la dissolution. Ces matières ayant été parfaitement lavées, pour leur enlever tout le sulfate de cuivre avec lequel elles auraient pu être mêlées, furent desséchées et calcinées; le charbon résultant, indépendamment de ce qu’il offrait çà et là des points rougeâtres de cuivre métallique, étant traité par l’acide nitrique à chaud, fournit du nitrate de cuivre parfaitement reconnaissable.

Sulfate de cuivre très-étendu d^eau. Le iS juillet 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture, contenant une portion d’un canal intestinal, six grains de deuto-sulfate de cuivre dissous dans une pinte et demie d’eau. Le 2 août suivant, le mélange exhalait une odeur très-fétide, la liqueur presque incolore^ et ne contenait plus de sel cuivreux , puisqu’elle ne changeait pas même de couleur par l’addition du l’hydrocyanate ferruré de potasse , de l’ammoniaque ,

2g6 TRAITÉ '

ni de Facide hydrosulfurique. Les intestins, lavés, desséchés et calcinés , fotErnissaient un charbon qui , étant traité par Facide nitrique, donnait du nitrate de cuivre.

Ges expériences prouvent , que , par son mélange avec les matières animales, le deuto-sulfate de cuivre dissous se décompose de manière à ce qu’il n’en reste plus dans la liqueur au bout d’un certain temps ;

qua la vérité cette décomposition n’est pas tellement rapide qu’on ne puisse pas trouver une portion de set en dissolution , même au bout de plusieurs mois , si l’on a agi sur quelques gros de déuto-sulfate ; 3® que dans tous les cas où il ne serait plus possible de découvrir le sel cuivreux dans la liqu eur, il faudrait dessécher les matières solides et les carboniser pour avoir le cuivre métallique, tandis qu’une autre portion de charbon serait traitée par Facide iritiique pour obtenir du nitrate de cuivre.

Vert-de-gris, Le 8 novembre 1 826, on enterra à deux pieds et demi de profondeur une boîte mince de sapin, contenant un estomac dans lequel étaient enfermés douze grains de vert-de-gris , des morceaux de viande , un blanc d’œuf et de la soupe maigre. L’exhumation ^ de la boîte eut lieu le 7 août 1827. Les matières contenues dans l’estomac étaient vertes ; après les avoir coupées en petits fragméns et les avoir fait bouillir dans de l’eau distillée , on vit que la dissolution filtrée ne' présentait, avec les réactifs, aucun des caractères des sels de cuivre ; il en était de même de la liqueur obtenue en faisant bouillir l’estomac dans l’eau. L’acide

BES EXHUMATIONS JDRIDIQUES. 297

îiydrochlorique faible ayant été mis en contact avec toutes les parties vertes , celles-ci devinrent grisâtres et d’un aspect gras ^ après avoir agité pendant quelques minutes, on filtra; la dissolution hydrochlorique était d’un bleu verdâtre , et précipitait en brun marron par l’hydrocyanate ferruré de potasse, en noir par l’acide hydrosulfurique, et en bleu par la potasse et la soude; l’ammoniaque la bleuissait, comme elle le fait avec les sels de cuivre. Il résulte évidemment de ce qui précède , 1“ que , par son séjour avec des matières animales dans la terre , le vert-de-gris se décompose , èt que le deutoxyde de cuivre forme avec le gras des cadavres une sorte de matière savonneuse insoluble dans l’eau ; 2° que dans un cas d’empoisonnement de ce genre , il serait possible de démontrer la présence du deutoxyde de cuivre , à l’aide de l’acide hydrochlorique et de la calcination , plusieurs mois et même plusieurs années après l’inhumation.

Nitrate Æ argent. 12 juillet 1826, on introduisit

dans un bocal à large ouverture , exposé à l’air, un gros de nitrate d’argent dissous dans une pinte et demie d’eau distillée, et une portion d’un canal intestinal. Le 2 août suivant , le mélange répandait une odeur des plus fétides ; la Uqueur filtrée ne changeait pas même de couleur par l’acide hydrosulfurique; l’acide hydrochlorique èt les hydrochlorates la troublaient à peine. En desséchant et en calcinant séparément les intestins et un précipité brunâtre floconneux qui s’était formé, on en retirait de l’argent métallique. Le nitrate d’argent dissous est rapidement et complètement décomposé

par les matières animales; en sorte qu’il faudrait probablement chercher à retirer le métal des matières solides, si on était appelé à prononcer sur l’existence d’un empoisonnement par ce sel, plusieurs jours après l’inhu- ^ mation.

Hydrochlorate dt or. Le lo juillet 1826 , on mit dans un bocal à large ouverture des morceaux de foie et d’intestins et une pinte d’eau , tenant en dissolution trente-six grains d’hydrochlorate d’c-r ; on exposa le tout à l’air. Le 3 août, le mélange répandait une odeur très-fétide ; la liqueur filtrée ne contenait plus de sel en dissolution , puisqu’elle ne changeait même pas de couleur par l’acide hydrosulfurique, par les hydrosulfates ou par l’ammoniaque , et que les matières animales fournissaient de l’or lorsqu’on les calcinait; en effet, ces matières animales, desséchées et réduites en charhôn par la chaleur, étant traitées par l’eau régale, donnaient une dissolution jaunâtre qui précipitait en pourpre par le proto-hydrochlorate d’étain , en jaune par l’ammoniaque, en hrun par l’acide hydrosulfurique et par le proto-sulfate de fer : il en était de même d’un précipité grisâtre qui s’était formé, et que l’on avait soigneusement séparé des intestins pour le calciner.

. D’ailleurs , le charbon provenant de ces deux calcinations offrait çà et là dès points rougeâtres brillans qui étaient évidemment deTor métallique. Nous dirons donc , à l’égard de l’empoisonnement par l’hyàrochlorate d’or, ce que nous avons établi en parlant du nitrate d’argent.

Acétate de morphine. Le 8 mars 1826, on mêla dans

DES EXHD3IATIONS JURIDIQUES. 2Q9

un bocal à large ouverture un gros et demi d’acétate de morphine dissous dans une pinte d’eau , avec de la soupe maigre , du bouillon gras , de la graisse et plusieurs parties d’un canal intestinal ; le vase fut exposé à l’air. Le 26 mars , le mélange exhalait déjà une odeur fétide 5 le liquide filtré précipitait en blanc grisâtre par l’ammoniaque; évaporé jusqu’à siccité, il fournissait un produit jaunâtre qui devenait d’un très-beau rouge par l’acide nitrique, et bleu par le trito-hydrochlorate peu acide de fer ; cependant cette dernière nuance était moins intense que celle que faisait naître le même réactif avec une quantité d’acétate de morphine égale à celle du produit employé ; il y avait en outre çà et là quelques points verdâtres^ résultat du mélange de la couleur bleue dont nous parlons avec la couleur jaune du produit. Le 9 avril suivant, le liquide filtré précipite encore en blanc grisâtre par l’ammoniaque, et fournit par l’évaporation un produit jaunâtre que l’acide nitrique rougit à merveille, mais que le trito-sel de fer verdit; à la vérité, cette couleur verte tire légè- Tement sur le bleu d’abord , puis sur le brun. Le 16 avril , la matière présente les mêmes caractères., si ce n’est que le sel de fer donne, avec le produit de l’évaporation , une couleur verte-olwe sans nuance bleue. Il en est de même le 18 juin, époque à laquelle la putréfaction a déjà fait les plus grands progrès (i).

(i) Craignant que la belle couleur rouge que développait l’acide nitrique avec le produit de l’évaporation, ne fût le résultat de l’action de cet acide sur la matière animale pourrie.

3oo

TRAITÉ

Le i®*" août 1 8,26 , on filtre une portion de la liqueur, et on la traite par l’ammoniaque qui. y fait naître un précipité gris brunâtre de morphine ^ en effet, en traitant ce précipité par l’alcool et en décolorant la dissolution alcoolique à l’aide du charbon animal, on ob;tient par révaporation un produit solide, gris blanchâtre, qui rougit par l’acide nitrique, et que fhydrocblorate de tritoxyde de fer rend bleu verdâtre. Une autre portion de la liqueur, étant évaporée jusqu’à siccité , fournit un produit d’un jaune brun que l’on a traité par l’alcool bouillant : la dissolution alcoolique est évaporée jusqu’à siccité , et le produit traité par l’eau distillée, puis par le sous-acétate de plomb, par l’acide hydrosulfurique, et par le charbon animal purifié, comme l’a conseillé M. Lassaigne ; on obtient un liquide qui , étant évaporé au bam-marie , fournit un léger résidu d’un blanc jaunâtre, devenant d’un très-beau rouge par l’acide nitrique, et d’un bleù verdâtre par le trito-hydrochlorate de fer.

Le 18 mai 1827, quatorze mois dix jours après le commencement de l’expérience, le mélange était excessivement fétide et fortement alcalin , car la liqueur ré-

plulét que sur l’acétate de morphine, nous avons évaporé jusqu’à siccité un liquide excessivement féîide, ne contenant point de sel de morphine, et nous avons vu que le pi’oduit de l’évaporation devenait simplement jàunepax l’acide nitrique. Pour obtenir ce liquide , nous avions laissé à l’air dans un bocal ouvert, depuis le 8 mars jusqu’au 18 juin, une pinte d’eau, de la soupe maigre , du bouillon gras , de la graisse et des intestins.

DES EXHDMATÏONS JURIDIQUES, 3oi

tablissait instantanément la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide ; il n’en restait guère que cinq à six onces , la majeure partie ayant été employée aux divers essais dont nous avons parlé (i). Cette liqueur fut partagée en deux parties , A et B. La portion A fut évaporée et traitée successivement par l’alcool, par le sous-acétate de plomb , par l’acide hydrosulfurique et par le charbon animal , comme l’a prescrit M. Lassaigne; on obtint un produit solide, légèrement jaunâtre, qui devenait rouge par l’acide nitrique, mais que l’hydrochlorate de tritoxyde de fer, loin de bleuir, rendait rouge ou brun : ce produit solide, traité par l’eau distillée à la température ordinaire , ne se dissolvait pas en entier ; la portion dissoute , filtrée et évaporée jusqu’à siccité, rougissait par l’acide nitrique et par le sel de fer, tandis que ce réactif aurait dû la bleuir; la portion qui était restée sur le filtre rougissait aussi par l’acide nitrique , et devenait bleue' par le trito-hydrochlorate de fer. La portion B de la liqueur,, au lieu d’être traitée par le procédé de M. Lassaigne, fut simplement filtrée et évaporée jusqu’à siccité j le produit, dune couleur très-brune, fut bouilli pendant quelques minutes avec de l’alcool concentré; la dissolution alcoolique, fortemenr colorée en brun, fut chauffée avec du charbon animal purifié par l’acide hydrochlorique , et parfaitement lavée , puis filtrée à plusieurs reprises à travers une autre partie du même

{i) Il est inutile cTindiquér que l’on avait ajouté de l’eau à mesure qu’il s’en était évaporé-

charbon ; elle était presque incolore : en l’évaporant au bain-marie , il en résulta un produit jaunâtre qui rougissait kvaevvéXie par l’acide nitrique, et qui devenait bleu par le trito-sei de fer étendu d’eau, à moins toutefois que celui-ci ne fût employé en trop petite quantité, car alors il se développait une couleur rougeâtre. Le résultat fourni par la portion B de la liqueur, comparé à celui qu’avait donné la portion A , prouve évidemment qu’il y a eu de l’avantage à ne pas traiter par le sous-acétate de plomb et par l’acide hydrosulfurique, pour déceler la présence de la morphine.

Acétate de morphine étendu d eau. Le 1 8 j uillet 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture , exposé à l’air, six grains d’acétate de morphine dissous dans une pinte et demie d’eau; on ajouta environ le tiers d’un canal intestinal. Le armai iSay, c’est-à-dire, dix mois trois jours après le commencement de l’expérience , la putréfaction était à son comble. Le liquide fut filtré et évaporé à une douce chaleur ; le produit de l’évaporation , qui était d’un brun presque noir, fut traité par l’alcôoî bouillant ; la dissolution alcoolique, évaporée jusqu’à siccité, fournit un résidu qu’on traita par l’eau distillée aiguisée d’acide acétique. Cette nouvelle dissolution fut décolorée par le charbon animal purifié, avec- lequel on la fit, bouillir, et à travers lequel on la fit passer;: ainsi décolorée, elle fut évaporée jusqu’à siccité. Le produit, d’une saveur amère, roagissait par l’acide nitrique , mais ne bleuissait point par le trito-hydrocfilorate de fer : ce réactif lui communiquait aussi une couleur rougeâtre.

DES EXHÜMATIOÎTS JCRIDIQDES. 3o3

Ces expériences prouvant jusqu’à l’évidence que la morphine n’était point -détruite, même plusieurs mois après que l’acétate avait été mêlé avec des matières animales , nous avons voulu savoir ce qui arriverait à une dissolution aqueuse de ce sel exposée à l’air, et nous n’avons pas tardé à reconnaître que V acétate se décomposait en partie , que V acide acétique de la portion décomposée se détruisait^ tandis que la morphine de cette même portion se précipitait, sinon en totalité, du moins en grande partie. Voici les faits qui mettent ces vérités hors de doute.

1°. Le 3i juillet 1826, on a fait dissoudre dans deux pintes d’eau un gros et demi d’acétate de morphine. Au bout de dix mois d’exposition à l’air, la liqueur, qui depuis long-temps était couverte de moisissures , était trouble et surnageait un précipité assez abondant; filtrée et évaporée jusqu’à siccité, elle fournissait un produit jaunâtre qui bleuissait par l’hydrochlorate de tritoxyde de. fer et rougissait par l’acide nitrique. Le précipité qui était sur le filtre, lavé à plusieurs reprises avec de*l’eau bouillante pour lui enlever tout ce qu’il pouvait contenir de soluble, fut traité par l’alcool bouillant : la dissolution alcoolique évaporée laissa cristalliser une quantité notable de morphine.

2®. Le 19 mai 1827, on fit dissoudre dans une pinte d’eau distillée vingt- quatre grains d’acétate de morphine ; la liqueur filtrée et transparente rougissait légèrement le papier de tournesol, et fut abandonnée à l’air dans un vase à large ouverture. Huit jours après , on voyait déjà nager au milieu de la liqueur quelques

3o4 traité

flocons de moisissure. Le 3 août, ces flocons étaient beaucoup plus considérables, quoique le liquide bit encore assez transparent. Ce liquide rétablissait la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide; il n’était pas sensiblement odorant ; en approchant de sa surface une plume trempée dans de l’acide hydrochlorique, on ne voyait aucune trace des vapeurs blanches qui se seraient manifestéés s’il s’était dégagé de l’ammoniaque. Le 27 février 1828, la liqueur était trouble, et les parois du bocal étaient tapissées de cristaux jaunâtres qui y adhéraient fortement. On filtra ; le liquide, d’un jaune d’ambre, ayant été évaporé jusqu’à siecité, fournit un produit d’un gris jaunâtre qui rougissait l’acide nitrique , et qui bleuissait par le perhydrochlorate de fer ; ce produit ayant été traité par l’eau distillée bouillante , fut presque entièrement dissous, et sembla n’être que dè l’acétate de morphine mêlé de très-peu de matière étrangère. Les moisissures et autres matières floconneuses qui étaimit restées sur le filtre , d’une couleur grise brunâtre, rougissaient par l’acide nitrique j et bleuissaient par le sel de fer. Après les avoir fait bouillir à plusieurs reprises avec de l’eau distillée , pour leur enlever tout ce qu’elles pouvaient contenir de soluble dans ce liquide , on les dessécha, et on les fit bouillir avec de l’alcool à 38 degrés qui n’en dissolvit qu’une partie : la dissolution alcoolique ramenait lentement au bleu le papier de tournesol fmblement rougi, et, lorsqu’on l’évaporait, fournissait des cristaux de morphine. La matière , qui était adhérente aux parois et au fond du flacon , ayant été dé-

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 3o5

tachie à l’aide de l’eau bouillante et épuisée par ce liquide , fut desséchée et bouillie avec de l’alcool à 4o degrés , qui la dissolvit presque en entier. La dissolution alcoolique était légèrement alcaline, et donnait, par l’évaporation, une quantité notable de morphine parfaitement cristalHsée.

Cette décomposition de l’acétate de morphine dans l’eau a également été observée par M. Dublanc jeune ; déjà Geiger avait vu le même sel , dissous dans l’alcool , éprouver une décomposition analogue ; mais , comme l’a fait remarquer M. Dublanc, l’altération spontanée dont nous parlons a ses limites , et pourrait être prévenue en maintenant la liqueur acide. {V oy. Journal de Pharmacie ^ année iSajf , p. a64*)

Il résulte de tous ces faits, i® que , dans un cas d’exhumation juridique , il est possible de constater , plusieurs mois après la mort , la présence de l’acétate de morphine ou de la morphine dans- le canal digestif d’un individu qui aurait été empoisonné par une préparation de ce genres 2® qu’il faut pour cela agir nonseulement sur les liquides , mais encore sur les matières suspectes, parce qu’en supposant même que réinpoisonnement eût été déterminé par une dissolution aqueuse d’acétate de morphine, celle-ci aurait pu être décomposée , et la morphine précipitée en partie; 3® qu’à la vérité il y aura moins de morphine précipitée qu’on ne le croirait au premier abord, parce qu’une partie de celle qui se sera déposée aura été redissoute par l’ammoniaque qui s’est formée pendant la putréfaction : on sait , en effet , qu’en précipitant la mor-

TRAITÉ

phine par rammoniaque d’une dissolution peu étendue d’acétate , il suffit d’agiter le précipité pendant quelques instans dans un mélange d’eau et d’ammoniaque pour \e, redissoudre ; 4° pour obtenir la morphine qui peut exister dans les matières solides, il faut d’abord traiter ces matières à plusieurs reprises par l’alcool , puis évaporer les dissolutions alcooliques , et faire agir sur le produit de l’évaporation de l’eau aiguisée d’acide acétique : sans cette dernière précaution, il serait difficile de séparer la morphine du gras des cadavres qui se forme abondamment ipendaLUt le séjour des corps dans la terre. Que si. par hasard la liqueur était colorée on la décolorerait en la faisant chauffer avec du charbon animal purifié^ et en filtrant à plusieurs reprises à travers ce même corps , sans avoir besoin de recourir au sous-àcétate de plomb et à l’acide- hydrosulfürique , dont l’emploi nous a paru pour le moins inutile; 5° qu’il est aisé de voir, en comparant l’action de l’acide nitrique et du triîo-hydrochlorate de fer sur les matières qui ont fait l’objet des expériences précédentes, que l’acide nitrique les a constamment routes, ^ lors même quélles étaient un peu colorées , tandis que le sel de fei* ne les a bleuies en générai qu’autant quelles avaient été parfaitement décolorées 3 et encore, dans certains cas , il a développé une couleur rougeâtre , quoique ces matières fussent incolores; 6° qu’il y aurait témérité à prononcer affirmativement dans un cas d’exhumation juridique , qu’il y a eu empoisonnement par une préparation de morphine, parce qu’on aurait obsérvé seulement les deux colorations rouge et

hhue dont nous venons de parler; qu’on ne pourrait tout au plus" établir, d’après ces caractères, que de légères présomptions ; 7° qu’il n’en serait pas de même si on obtenait , comme nous l’avons vu , de la morphine cristallisée, insoluble dans l’eau et dans l’éther , soluble dans l’alcool et dans l’acide nitrique , fusible à une douce chaleur , rougissant par l’acide nitrique , hleuis-‘ sant par le sel de fer, et jouissant en un mot de tous les caractères connus de cette base : on devrait dans ce cas affirmer que la matière sur laquelle on a agi est de la morphine.

Telles sont les conclusions par lesquelles nous terminions l’article acétate de morphine de notre^mé- . moire déjà cité ; il est difficile , comme on le voit , d’agir avec plus de circonspection , puisque nous voulons qu’on n’affirme qu’il y a eu empoisonnement par la morphine , qu’autant qu’on a constaté tous les caractères qui la font reconnaître dans l’état actuel de la science ; et pourtant M. Raspail nous a accusés de ne nous être attachés qu’à des phénomènes de coloration, tandis que M. Bonastre a trouvé , dit-il , que certaines huiles volatiles se colorent en rouge et en bleu par les agens que nous mettons en usage pour découvrir la morphine. M. Raspail nous faisant dire autre chose que ce que nous avons avancé, nous prendrons le parti de ne pas lui répondre , d’autant plus qu’il paraît avoir en chimie organique et en toxicologie des idées que personne n’adoptera de si tôt. Pour ce qui concerne le fait découvert par M. Bonastre , nous défions M. Raspail de citer une seule huile volatile qui

3o8 TRAITÉ

partage toutes les propriétés des alcalis végétaux vénéneux.

Hydrochlorate de brucine. Le 29 mars 1826, on introdtiisit dans un bocal, à large ouverture , contenant des intestins , dix-huit grains d’hydrôchlorate de bru- - cine dissous dans une pinte et demie d’eau ; on exposa le mélange à l’air. Le 10 juillet de la mênie année, la liqueur qui , dès le 9 avril , exhalait une odeur trèsfétide, ayant été filtrée, précipitait par l’ammoniaque, et fournissait par l’évaporation un produit d’un blanc tirant un peu sur le jaune , qui rougissait fortement par l’acide nitrique. Le 12 mai 1827, treize mois et demi après lé commencement de l’expérience , la liqueur rétablissait la couleur du papier de tournesol rougi par un acide ; elle était trouble et brunâtre ; filtrée , elle était jaune sale , et, par l’évaporation à une douce chaleur , fournissait un produit soMe ,' jaunâtre, qui devenait d’un magnifique par l’acide

nitrique; la portion ainsi rbugié passait au violet lors, qu’on la chauffait légèrement avec un peu de protohydrochlorate d’étain, En traitant ce produit, solide par l’eau froide , il se dissolvait en partie ; la dissolution, filtrée, jaunâtre , de saveur «/wère, était décomposée par l’ammoniaque , qui en précipitait de la hmcine parfaitement reconnaissable.

Hydrochlorate de brucine étendu d eau. Le 18 juillet 1826, on exposa à l’air , dans un bocal à large ouverture , contenant des intestins , six grains d’hydrochlorate de brucine dissous dans une pinte d’eau. Le; i3 mai 1827 , c’est-à-dire dix mois après le commence-

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. Sop

ment de l’expérience , la liqueur assez colorée fut filtrée et décolorée en la faisant chauffer avec du charbon animal purifié, à travers lequel on la passa plusieurs fois : évaporée jusqu’à siccité à une douce chaleur ^ elle fournit un produit à peine coloré , qui devenait d’abord d’un très-beau rouge par l’acide nitrique , puis violet par le proto-hydrochlorate d’étain.

Hjdrochlorate de hrucine solide, lue 8 novembre 1826, on enterra à deux pieds et demi de profondeur une boîte de sapin mince , contenant un intestin dans lequel on avait enfermé douze grains d’hydrochlorate de brucine solide , de la viande , du blanc d’oèuf et de la soupe maigre. Au bout de dix mois , on fit l’exhumation de la boîte, et on traita à plusieurs reprises par l’alcool bouillant les matières renfermées dans l’intestin. Les dissolutions alcooliques furent réunies et évaporées jusqu’à siccité , efle produit de l’évaporation fut mis en contact avec de l’eau aiguisée d’acide acétique , afin de dissoudre toute la brücine et de ne pas agir sensiblement sur la matière grasse; la dissolution, décolorée à l’aide du charbon animal , et évaporée jusqu’à siccité , donna un résidu jaunâtre , amer , qui devenait d’abord d’un rouge magnifique par facide nitrique , puis violet par le proto-hydrocblorate d’étain.

Ces expériences prouvent qu’il est possible , dans un cas d’exhumation juridique , de démontrer la présence de la brucine et de l’hydrochlorate de brucine dans le canal digestif, même plusieurs mois après la mort. Mais ici , comme pour l’acétate de morphine , les phénomènes de coloration développés par l’acide

3io

TRAITÉ

nitrique et par le proto-hydro chlorate d’étain, ne devraient être considérés que comme des indices d’empoisonnement , et il faudrait , pour affirmer^ que l’on eût pu séparer la brucine ou le sel de brucine , et en constater les divers caractères.

Acétate de strychnine. Le ii mai 1827, on mit dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, et contena:nt des intestins , six grains d’acétate de strychnine dissous dans une pinte et demie d’eau. Le 8 août suivant, le mélange exhalait une odeur infecte ; labqueur fut filtrée et évaporée jusqu’à siccité ; le produit de l’évaporation, traité par l’alcool et décolore par le charbon animal , évaporé de nouveau, fournit un résidu jaunâtre qui devenait d’un très-beau rouge par l’acide nitrique , et qui était d’une amertume insupportable, analogue à celle des sels; de strychnine (i). Il est donc possible de reconnaître un sel de strychnine plusieurs mois après qu’il a été mêlé avec des matières, animales , même lorsque le mélange a été en contact avec l’air. Ici , comme dans l’empoisonnement par les sels de morphine et de brucine , il ne suffit pas de s’attacher à des phénomènes de coloration ; il faut., pour établir l’existence du poison, mettre à nu kstryehnine ou ses sels , de manière à ce qu’ on puisse constater tous leurs caractères. . ■.

(i) Nous savons que la strychnine pure ne rougît pas par l’acide nitrique ; mais il est difficile de l’obtenir telle , en sorte que presque toujours les sels de strychnine du commerce deviennent rouges par leur contact avec cet acide.

Acide hydrocyaniqm. On sait, parles expériences dé M. Lassaigne, qu’il n’est pas possible de démontrer par des moyens chimiques la présence de petites quantités d’acide hydrocyanique , trois jours après la mort. La disparition du poison tient , dans ce cas , à sa volatilisation et à la décomposition qu’il a éprouvée. ( oyez Journal de chimie médicale^ Mémoire dé M. Lassaigne, tome 2 J page 56 1.)

Opium, Le i6 mai 1827, on introduisit dans un flacon à large ouverture , exposé à l’air , un gros d’opium en fragmens, une pinte et demie d’eau, et plusieurs portions d’un canal intestînaLXe 6 août suivant, on filtra lé mélange , qui exhalait une odeur, des plus infectes. On voyait dans la matière restée sur le filtre des fragmens d’un rouge-brun qui , au premier abord, auraient pu être pris pour deropium, mais qui n’en avaient ni l’odeur ni la texture. Le liquide filtré , de couleur brunâtre , rougissait assez fortement le papier de tournesol ,* on le traita par la magnésie , l’alcool et le charbon animal, comme pour en séparer la morphine , et on obtint en effet un produit sohde , d’un blanc jaunâtre, qui devenait d’un très-beau roUge par l’acide nitrique , et qui était amer; toutefois, le tritohydrochlorate de fer le rougissait au lieu de le bléuir.

Le 8 novembre 1826, on enterra à deux pieds et demi de profondeur une boîte mince de sapin , dans laquelle il y avait un gros intestin , contenant du pain, de l’extrait aqueux d’opium, un blanc d’œuf, de la viande et de la soupe maigre! On procéda à l’exhumation de cette boîte le 18 août 1827, neuf mois

TRAITÉ

dix jours après l’inhumation. La matière renfermée dans l’intestin, traitée à plusieurs reprises par l’eau distillée tiède, puis par la magnésie , par l’alcool et par le charbon animal , fournit un léger résidu d’un gris tirant un peu sur le jaune , d’une saveur faiblement amère , devenant d’un rouge orangé clair peu intense par l’acide nitrique ,. et né bleuissant point par le tritohydrochlorate de fer.

Il résulte évidemment de ces expériences, i° que la morphine qui existe dans l’opium ne s’altère pas plus par son contact avec les matières animales, que celle qui fait partie de ^acétate ou d’un autre sel de morphine ; qu’il y a néanmoins plus de difficulté à démontrer la présence de cette hase , lorsque l’exhumation a pour objet un cadavre dans le canal digestif duquel 6n a introduit de l’opium, que quand il s’agit simplement d’un sel de morphine; 3“ que dans aucun cas il nefiiudra affirmativement sur l’exis¬

tence d’un empoisonnement par l’opium , qu’autant qu’on aura reconnu celui-ci à ses propriétés physiques et chimiques^ ce qui n’est pas impossible même plusieurs jours après la mort, ou bien , s’il a été impossible de le reconnaître, qu’autant qu’on en aura retiré la morphine jouissant de tous les caractères indiqués à la page 3o7 de ce volume; et encore ne faudrait-il pas conclure alors d’une manière absolue,, que l’empoisonnement a eu lieu par l’opium, mais bien par l’opium ou par une de ses préparations, par la morphine ou par un sel de morphine.

Cantharides^ Le 8 novembre 1826, on a enterré

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 3l3

dans une boîte mince de sapin un intestin contenant un gros de cantbarides pulvérisées , un blanc d’œuf et de la viande. L’exhumation de la boîte a eu lieu le 1 3 août 1827. La matière renfermée dans l’intestin était convertie en gras (Jes cadavres, et on apercevait çà et là , même à l’œil nu , une multitude de points brillans d’un vert magnifique , qui étaient formés par la poudré de cantharides. En traitant cette masse par l’eau bouillante, le gras des cadavres entrait en fusion, et venait à la surface du liquide sous la forme d’une couche huileuse , tandis que les particules brillantes se déposaient au fond du vase ; on pouvait ainsi ramasser une assez grande quantité de ces particules pour s’assurer qu’ elles possédaient toutes les propriétés des cantharides pulvérisées.

Nous ne terminerons pas ce travail sans résoudre une question qui pourra nous être adressée. « Les poisons que vous avez décelés dans ces différentes exhumations , dira-t-on , n’avaient été mis en contact avec nos organes qu’après la mort; dès-lors, peut-on conclure qu’ils auraient été retrouvés de même, en faisant des recherches sur des cadavres d’individus empoisonnés pendant là vie? » Nous répondrons affirmativement^ si au moment de la mort il restait dans le canal digestif une quantité de substance 'vénéneuse appréciable par des moyens chimiques. C’est en effet cette quantité qu’on pourra retrouver long-temps après, puisque nous venons d’établir qu’elle ne se décompose pas pendant l’inhumation , ou que, si elle s’altère , elle se transforme en matières dans lesquelles on peut démontrer la pré-

3i4 TRAITÉ ^

sence de la partie active du poison ou du métal qui lui sert de base, s’il est métallique.

Les observations suivantes, choisies parmi celles qui oiit déjà été recueillies sur la matière, serviront encore à établir la possibilité de constater la présence des poisons long-temps après la mort.

OBSEKV AVIONS,

Observations d’ empoîsonnetnens constatés quinze jours et un mois après l inhumation.

Le cadavre de Gèles tin Veillet, inhumé le i6 août 1825 dans le cimetière de Lan tic (Çotes-du-Nord), vingt-quatre heures après la mort,jftit exhumé le 3r du même mois, à huit heures du matin , c’est-à-dire quinze jours après l’inhumation, dans le dessein de constater si la mort était le résultat d’un empoisonnement. La hiere, construite en vieilles planches de chêne, était percée de plusieurs trous , ce qui contribua à prouver l’identité. Le cadavre exhalait une odeur insupportable. La tête était découverte; le reste du corps était enveloppé d’une portion de drap de ht de grosse toile, sur lequel on voyait des larves et même des vcts; la chemise était d’un tissu plus fin, Le corps était tuméfié, la peau noire , surtout à la face ; l’épiderme &e détachait avec la plus grande facilité et par lambeaux considé^ râbles; les cheveux étaient noirs, la barbe peu fournie et d’une couleur difficile à déterminer ; les yeüx étaient fortement "saillans, le nez affaissé', la bouche trèsrour verte, et la lèvre supéiâeure tuméfiée; les dents, bien

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. 3l5

conseirées et peu usées , se laissaient dépasser par la langue de quatre à cinq lignes. En général, les traits du visage étaient si altérés qu’il était impossible d’en déterminer la forir^9 il n’existait à la peau aucune trace de lésion extérieure. Il se dégageait beaucoup de gaz en incisant la peau du crâne; le péricrâne, les muscles temporaux et la dure-mère se détachaient facilement des os. Le cerveau, de la consistance d’une bouillie claire, était d’un gris cendré; le cervelet d’un gris rougeâtre.

Les muscles du thorax, et en général ceux des-àutres parties du corps , étaient grisâtres. En incisant la peau de la poitrine et le thorax lui-même, il se dégageait des gaz très-fétides, puis il y avait un affaissement notable. On apercevait environ trois onces de sérosité dans les cavités, des plèvres. Les poumons étaient refoulés en haut; le gauche était adhérent en haut et vers la partie moyenne ; l’autre était libre : ils étaient crépitans et d’un gris foncé; la plèvre qui les recouvre se détachait avec facilité; la portion costale adhérait aux côtes. Le péricarde était vide. Le cœur, de volume ordinaire , contenait des gaz; sa face externe était rosée antérieurement, et d’un brun foncé en arrière; il y avait des gaz dans son propre tissu, car il était crépitant comme les poumons; on ne voyait de sang ni dans ses cavités ni dans les gros vaisseaux qui en partenrou qui y aboutissent.

Le foie était d’un brun noir; la membrane qui le recouvre se détachait aisément; la vésicule du fiel ne contenait point de bile.

TRAITÉ

L’estomac et les intestins étaient distendus par des gaz. La partie supérieure de la face externe du premier de ces viscères était rouge, surtout en arrière; les veines qui rampent sur l’orifice du cardia et dans le voisinage étaient distendues par des gaz. La partie inférieure de cette même face était de couleur grise : vers sa grossp extrémité cependant, dans la portion qui correspond à la rate, on remarquait une taclie de cou^ leur jaune citron , de l’étendue de trois travers de doigt : cette portion était rudè au toucher,, et l’estomac plus épais dans c^tte partie. A l’extérieur, le duodénum était rouge; les autres intestins étaient d’un rouge plus clair. La rate offrait une couleur brune foncée; sa face supérieure était d’un jaune citron dans l’étendue d’un doigfr Les reins et la vessie étaient dans l’état naturel; ce dernier organe ne contenait point d’urine. Les vaisseaux du bas-ventre étaient vides de sang. Lé scrotum était fortement distendu par des gaz.

Le col ne présentait aucune trace de pression , ni à l’extérieur ni dans les parties les plus profondes^ La langue, affaissée particulièrement vers sa pointe, offrait des phïyctènes à sa base ; on en voyait aussi dans l’isthme du gosier, dans le pharynx et à l’entrée du larynx : plusieurs d’eritrelles égalaient la grosseur d’une aveline. La face interne de l’œsophage était grise et présentait de semblables phïyctènes à sa partie supérieure. L’intérieur du larynx, de la trachée-artère et du commencement des bronches, était d’un brun rougeâtre.

L’analyse chimique , faite à Saint-Brieuc par MM. Lemoine , F errary, Lemaout et par l’un de nous , a prouvé

DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. Siy

qu’il y avait dans l’estomac une quantité notable d’acide arsénieux. L’affaire ayant été jugée, deux personnes ont été condamnées à mort. [ Observation communiquée par le docteur Lemoine, de Saint-Brieuc) (i).

Le second fait est relatif à Boursier. ( F', tome i®’^, page 218.)

Observation cCun double empoisonnement par le sulfure jaune Æ arsenic ^ examen des cadavres après trois et neuf mois d’inhumation, par M. Lepelletier, docteurmédecin, chirurgien en eh^ a l’hôpital du Mans,

Nous fûmes chargés par le procureur du roi près le tribunal de première instance de la ville du Mans de procéder à l’exhumation de deux cadavres dont l’un était inhumé depuis trois mois, et l’autre depuis neuf. Nous nous transportâmes le 3o juin 1829, accompagné de ce magistrat, du juge d’instruction et du maire, au cimetière de Savigné-l’Evêque, village situé, à trois lieues du Mans.

Position du cimetière, nature du no/. Le cimetière de Savigné-l’Evêque est placé au nord du village et disposé en plan légèrement incliné vers le sud, dans une élévation moyenne, relativement aux terrains circon-

(1) Il est bon de noter que le cimetière de Lantic est élevé et sablonneux, et même que l’on y trouve des pierres à trois pieds de profondeur; il faisait très-cbaud lors de l’exhumation; deux jours auparavant il avait plu abondamment, et le lendemain la chaleur était très-intense.

TRAITÉ

voisins; il est bien aéré, ne retient l’eau dans aucune partie; la superficie en est sèche et sablonneuse; il est du reste bien distribué : les cada-VTes y sont tous isolés dàns des fosses particulières, et placés dans un ordre rigoureux, établi sur les registres de l’état civil.

Le sol est un sable rougeâtre, siliceux, légèrement argilleux, très-perméable à l’eâu, toujours sec. Un roc assez épais se trouve de cinq à sept pieds au-dessous de là couche végétale ; dans-toute l’étendue, il est à six pieds à peu près, et l’inhumation a lieu à cinq dans les deux fosses qui contiennent lés sujets dont nous devons faire l’examen.

Afin de procéder avec ordre nous commencerons par le cadavre inhumé depuis trois mois.

1° Nécropsie de la fille Portier^ âgée de quarante ans-,

morte sous T'infiuenee présumée d'un empoisonnement^ Jnhmnée depuis trois mois révolus.

Après avoir constaté jusqu’à l’évidence, au moyen des registres de l’état civil, l’identité de la fosse' appartenant à la fille Fortier , nous faisons procéder à l’exhumation.

Nous remarquons dans toute l’épaisseur de la terre qui enveloppe le cadavre une homogénéité parfaite, les caractères que nous venons d’indiquer, et l’absence de toute humidité autour de ce même cadavre. Il est extrait avec les précautions convenables et nous présente les circonstances suivantes :

1° Enveloppe étrangère. Inhumation sans cercueil,

DES EXHUMATICWS JURIDIQUES. Sip

dans un suaire en toile forte, détruit seulement dans quelques parties, assez résistant dans plusieurs autres.

2° Enveloppe cutanée. Elle n’offre de putrilage dans aucun point , et ne se trouve complètement détruite qu’à la face , à la poitrine et dans plusieurs parties des membres. Sur tout l’abdomen , elle est intacte, ramollie dans sa superficie , encore dense et résistante dans sa partie celluleuse. -

3® Tissu cellulaire et muscles. Toutes les parties de ces deux systèmes qui se trouvent à découvert sont en putréfaction complète; celles qui restent, protégées par la peau , n’ont que très-légèrement souffert dans leurs caractères naturels; à l’abdomen surtout, la section des muscles est encore vermeille dans toute la surface correspondante au péritoine.

Cette membrane séreuse est intacte, aussi résistante que dans l’état normal, de telle sorte que la cavité abdominale n’a pas éprouvé le plus léger contact de l’air extérieur. Nous dirons bientôt l’influence que nous attribuons à cette disposition dans la conservation des viscères de cette même cavité.

4® Organes intérieurs. Toutes les cavités de la face offrent une putréfaction conaplète, et les traits du sujet sont tellement altérés , qu’il deviendrait impossible d’en constater l’identité par leur simple aspect.

La cavité pectorale est ouverte dans plusieurs points par la putréfaction ; les poumons sont en putrilage, spécialement à leur sommet; de cette partie surtout émane l’odeur infecte qui se répand au loin.

Les cavités articulaires des épaules, des genoux et

320 TKAITÉ

des pieds , sont également à nu sous la même influence.

La cavité abdominale, qui doit surtout fixer notre attention , nous offre les caractères suivans.

État général des intestins. 'LeT^éïïtoïne^ comme nçus l’avons dit, conserve toute son intégrité, sa transparence et l’aspect luisant naturel à sa face libre.

Les viscères abdominaux, et notamment le tube digestif dans toute sa longueur, se trouvent si bien conservés, qu’il eût été possible de les faire servir aux études anatomiques ; rapports mutuels, couleur spéciale , résistance , continuité , volume , etc. , tout se rencontre dans un état analogue à celui dés cadavres inhumés seulement depuis quelques jours, au milieu des circonstances les plus favorables. - -

Le tube digestif nous offre depuis l’œsophage inclusivement jusqu’au rectum, dans plusieurs points, des plaques d’un rouge vif, très-apparentes à l’extérieur > et, par leur nature et leur caractère , ne laissant aucun doute sur l’existence , pendant les derniers instans de la vie , d’une inflammation aiguë, persistante; il s’agit dès-lors d’en rechercher la cause, et de recueillir séparément tous les fluides contenus dans les diverses portions de ce conduit.

OEsophage. IL offre dans toute son étendue, à l’intérieur, une couleur rouge foncée, et contientà peu près deux cuillerées d’un fluide assez analogue aux lavures du sang veineux ; nous y trouvons une assez grande quantité d’une substance jaune citron , cassante , inodore, insoluble, sous forme de parcelles écailleuses.

dut

€es premiers caractères nous font présumer que çette substance est du sulfure jaune d’arsenic; en effet, -en déposant une certaine quantité de cette matière sur des charbons ardens, il s’élève aussitôt une vapeur blanche qui répand l’odeur d’ail et d’acide sulfureux.

La matière de rœsophage est renfermée dans un flacon cacheté)- par M. le juge d’instruction , comme tous les autres produits du tube digestif.

Lié au-dessus du cardia, au-dessous du pylore, enlevé, lavé avec soin, ensuite ouvert sur un vase convenable, il contient un fluide jaunâtre, où nous' trouvons en grande abondance les parcelles aplaties de la matière jaune , offrant les mêmes caractères physiques et chimiques. Nous prenons une assez grande proportion de ces parcelles avec la pointe d’un scalpel , nous les renfermons dans un papier, et le fluide dans une bouteille en verre; ce deiuier est dans la proportion de quatre onces à peu près. '

La muqueuse gastrique, sans auctïne putréfaction , est d’un rouge sombre dans plusieurs points, et spécialement dans qeux où se trouve adhérer la mati^e jaune. Des portions de fausse membrane se détachent dans plusieurs parties; là surtout la matière jaune semble comme id entifiée avecla substance des parois gâstriques , et forme des taches épaisses qui s’aperçoivent aussi bien à la surface externe qu’à l’interne. 11 existe évidemment injection des vaisseaux, capillaires, par une grande proportion de là matière jaune, à l’état de division extrême. Est- ce. un phénomène d’absorption vitale ou d’injection après la mort par la force de capil-

TRAITÉ

larité des vaisseaux ouverts à la surfacé muqueusePL’uue et l’autre de ces opinions peuvent être admises : là seconde nous paraît plus vraisemblable : toutefois, ce fait Hous'a paru très-remarquàble, et digne de fixer l’attention dès toXieolôgistes^ Le même caractère de cette pénétration de la substance jaune Se trouve dans plusieurs poîns de ïintestin grêlé, et même du mésentère.

Nous acquérons la preuve que cette coloration n’est pas lé résultat d’une absorption de matière animale^, telle que le jaune d^céuf ,Ja bile , etc. j en effet ^ touchées par l’acide gÉiitriqùë, ees taches n’éprbuvent aucun changement dans leur coloration j brûlées sur des charbons ardens y elles répandent l’odeur d’ail et d’acide sulfureux.

Intestins. Le duodénum , Fintestin grêle et le cæcum lïous offrent intérieurème^nt et extérieurement les mêmes caractères de phlegraasie et de corrosion supetr ficieîle.Nous y retrouvons encore un fluide rougeâtre et la matière jaune en grandé proportion. Ces produits sont égalentent scellés dans un flacon de verre.

Enfin, dans toute .Vétenduè des.- cavités; digestives, nçms, tr<:Hiy uns tdujours ces caractères essentiels réunis;. ^ ■ '

I®; Rougeur extérieure plus ou moins vive par intervalles; ; - ^ - -

2^ Dans les mêmes points, taches muqueuses d’ùttrouge sombre ;

3^.; Fausses membranes, débris de corro^on.

4°r Présence de là matière jaune indiquée.^

DES EXHDx\lATIONS JDRIDIQDES. SaS

Dfi ces faits bien constatés nous tirons les inductions suivantes ; ^

1®. Le cadavre souinis à notre examen est évidemment celui de là fille F ortier ; ^

2°. Cette fille a succombé aux influences d’une pblegmasie sur-aiguë de l’estomac et des intestins ;

3®. Cette inflammation reconnaît pour cause l’action directe de la matière jaune indiquée ;

4°. Cette matière qui nous paraît être du sulfure jaune d’arsenic (orpiment) est parvenue dans le tube digestif à la dose de trois à quatre gros à peu près , quantité bien plus que suffisante pour déterminer la mort; cette matière est arrivée dans l’estomac, partie à l’état pulvérulent, Comme le démontre l^bsorption qui s’en est effectuée dans ce viscère et dans l’intestin grêle, partie à l’état de fragmens aplatis ^ comme le prouvent ceux que nous avons recueillis en assez grande quantité.

Pour déterminer plus évidemment encore la véritable nature de cette matière jaune , nous demandons à la soumettre aux réactifs chimiques appropriés, et nous nous faisons assister dans cette opération par MM. Pouplin et Marigni, pharmaciens au Mans.

U analyse a eii effet démontré que la matière dont il s’agit était du sulfure jaune d’arsenic.

TKAITÉ

2® Nécropsie de Foitier père , âgé de soixante et quelques années, mort sous V influence présumée d un empoisonnement, inhumé depuis neuf mois révolus.

ÀrriTe avec les magistrats indiquées, le 2 juillet 1829, au cimetière de Savigné-rÉvêque, l’identité de la fosse ayant été positivement constatée , l’exhumation faite , nous avons recueilli les observations suivantes.

1°. Enveloppe étrangère. Le sujet se trouve inhumé sans cercueil , dans un suaire en grande partie détruit par le temps.

Enveloppe, cutanée. Ce cadavre répand au loin l’odeur la plus infecte; la putréfaction est très-avâncée d,ans toutes les parties extérieures, et notamment à la tête, dont les os sont à nu; à la poitrine, dont les cavités sont ouvertes; aux membres, où s’observent des lambeaux informes ; à l’abdomen , la peau n’est putréâéé que dans la moitié de son épaisseur.

.3°. Tissu cellulaire et muscles. Ils sont en putrilage dans tous les points découverts par la destruction de l’enveloppe cutanée ; mais on trouve encore les muscles rouges et le tissu cellulaire assez bien conservé dans toutes les parties où le, derme n’a pas éprouvé cette altération.

4°. Organes intérieurs. Les poumons sont en putrilage, et donnent en grande partie l’odeur insupportable que répand le cadavre.

Les viscères abdominaux, qui doivent spécialement

DES EXiaCMATIONS JÜRIDIQUES. 3l'0

fixer notre attention , nous offrent les dispositions suivantes:

- L’ineisiôn cfuciale des parois de l’abdomen présente le derme encore très-résistant, la couche musculeuse d’un rougê- sombre , mais sans putréfaction. Le foie paraît asseiz bien conservé; le tube digestif spécialement se. trouve dans un état- d’intégrité- parfaite. -

Le péritoine qui lfeur forme une enveloppe commune est intact, sans aucune ouverture; et conserve l’aspect luisant naturel à sa surface libre.

Ce fait nous conduira bientôt à l’explication naturelle de la conservation remarquable des viscères abdominaux sur ees deux sujets. - . - :

Nous trouvons^toutelaî'ongüéUr du cànâMutéstinal; et notamment ses portions gastrique , düôdénâîè, intestinale grêle, parsemées de taches rouges sans aucune putréfaction , et caractérisant encore 'd’Uiié' manière assez positive la phlegmasie dont ces organes ôiit été-le siège.. ; .. . '■ -.0 ..ü-L. .

Nous devons rechercher- la cause dé cette îriflàmmation , examiner suceessivement les diverses- càrités digestives, et recueillir isolément ICs fluides qui s’y trouvent contemis. • - -

Estomac. Nous en faisons la ligaturé au-dessus du cardia , au-dessous du pylore ; il est soigneusement lavé, ensuite ouvert sur un vase convenable; ibcôntient un demi- verre à peu près d’un fluide épais, asseiz analogue, par l’aspect ét la couleur , à la dissolution imparfaite d’ocre jaune ; ses parois , dans toute leur épaisseur et

dans une étendue de cinq pouces sur quatre, offrent une tache jaune citron, apparente à l’extérieur et à l’intérieur. L’organe semble imprégné dans ce point d’une matière colorante qu’il èst essentiel de connaître, et nous offre , du reste, les mêmes caractères que nous avions observés quelques jpiirs auparav^ant dans celles; que présentaient l’estomac et le mésentère de la fille Fortier. Il est donc raisonnable de présumer que ces taches sont le résultat de l’absorption , soit vitale , soit purem^hÆ papillaire, d’une matière identique à celle que nous avions analysée, d’autant mieux qu’en la soumettant; à l’action de Tacide nitrique, elle n’éprouvé aücup changement de couleur,' et que pla-. cée sur des charbons ardens, elle répand une vapeur blanche,, l’odeur 4’ail et d’acide sulfureux,

Nous enlevons cette portion d’estomac avec précaution; nous l’étendons entre plusieurs feuilles de papier brouillard ;: elle est scellée par M. le juge d’instruction, de même que le l'^cueilli dapsce viscère, dont

l’intérieur no us offré plusieurs taches rouges et des dé-, bris de fausses. mpiubranes.

Intestins, lue duodénum et riptestin grêle çontiennent également une certaine quantité d’un fluide jaunâtre absolument Semblable pour raspect à celui que nous ayons recueilli dans l’estomac : il est également^spebé.

. La rnuqueuse de ces cavités, offre, par intervalles, absolumentJes mêmes altérations.

De çes faits bien constatés nous déduisons les conséquences suivantes, :

DES EXHDMATIONS JÜRIDIQDES. 3 2^7

1°. Le cadavre soumis à notre examen est celui de Fortier père^ vieillard âgé de soixante et quelques années. . rr! ....

2°. Ce^ vieillard a succombé aux influences djane phlegmasie sur-aiguë de l’estomac et des. intestins.

3°. Cette phlegmasie reconnaît pour- cause l’action directe dé la matière jaune, en partie cdmbi née aux parois gastriques, en partie à l’état de suspension au milieu des fluides retrouvés dans l’estomae et l’intestin grêle.

4*^^ Enfin cètté matière noua paraît être du sulfure jaune d’,arsénic, ^Qrpimept};:parfenu.daas le tube digestif en quantité plus que suffisante pour occasionner la mort ; administré en poudre fine, il ne laisse {dès-lors apercevoir aucune de ces parceilés assez larges . que nous, avions; retroUyées (^jfts les cavj.tés digesdves ■deJadlleFbrtier,;^:; J . ;

de-Cetté .raatrère a.fait voir qu'^eîîe était . réèflêuienîdu^aulfurejaune.d’arseniç.- , -,

■ r Lesdfeitiirfeonténus dans ees; deux observations ont ’p^EUird’ôhe-éyidence teîléj qué; l^éonseii de l’accusé -n’a pàs mêmeioherché a ies infirmer^ la condamnation da prévenu , nommé dLugüs.te Janvier, a été prononcée â;runanimitéi :

- ' ÉêflextonsJ '

Ces deu^,. faits nous fournissent l’occasion de pludeurs réflexions applicables à l’anatomie , à la chimie organique, â la ntédecine légale , envisagées dans leurs rapports avec l’ordre public.

SaS ' TRAITÉ ■

Une circoristanee remarquable doit spécialement 'appelér: ici notre attention^ "Nous voyons tous les organes renfermés dans la cavité abdominale, tout l’ap- ’pàteil ^digëstif , par' censé'qubnt offrir- -une- intégrité que nous n’ eussions 'jamms-pm soupçonner ^ après un tersips aussi longpau miEëmdês'syînpfeoines -de putréfaction générale -déjà très-avancée ; c-est un fait important pour la toxicologie, les poisOnîi ^lorsqu’ils offrent encore des traceSj devànt seretrouver spécialement dans l’une ou l’autre des portions du tube"^ digestif; eé fait • est de mattu'e-à ^trpubier la sécurité' des criminéls, à solliciter les- reehèrblies dès: médeciiïS légistes j même après un temps qu’il est acttièlièment diffidile de limiter (i), ■ ' ' ■ > ’ ^

. . Si nous cbérobOris Texplication de ee même fa^^ nous croyons la troüvèr-dâiiS là'naturè- dès parois de cette cavité abdominale , et notamm^t dé la tunique péritonéale qui ' recouvré' immédiatênlènb tout l’appareil digestif ; en effet , par-sâ'tëxf ûrè- èt sa èompôsition , cette membrane, -est ^ difficilement altéTrabléi Sous rinfluence de la putréfaction , ÎOrsqü’èllé est suffisamment éloignée de la dialeur hUmiàé ,-Céinini'è dans les circonstances où se tpoüVaient lès-deux- Cadavres indiqués. D’un autre côté, présentant un sac sans ouverture, elle ne laisse aucun accès .à , l’ais^^liint qu’elle conserve son

(i) Nous croyons avoir mis Hors'Me^âoütëfî’a'Siërtion’éàon-., cée par notre savant confrère. (F:'l’é'n“'"è:è“taàî 1828 des Archives générales de médeçine-yet la 3= section dè: ret pu-., vrage. ) - ■ ' /

. DES EXHüMATIOjSS JURIDIQUES. 32^

intégrité. Les intestins ainsi protégés lui doivent cette conservation, si remarquable pour la chimie organique et si précieuse pour la médecine légale; ajoutons que le tube digestif, par sa nature, membraneuse et sa texture propre , est également prédisposé à la décomposition.

2°. La matière du sol exerce évidemment une influence majeure dànÿlâ conservation ou la destruction des cadavres qui s’y trouvent enfouis. Mais nous ferons observer que,' dans l’espèce, le terrain sablonneux et séc du cimetière de Savigné-l’Évêque , a surtout.contiibué beaucoup à: l’intégrité des organes que -nous avions à examiner : c’est au moins la première considération qui nous a fait .entreprendre ces recherches dans lesquelles nous ne pouvions trouver aucun mobile, aucun autre giiide.

3°. IS^ous fie terminerons point ces. réflexions, sans appeler l’attention du gouvernement' sur la nécessité d’imposer aux autorités de chaque lieu l’obligation - d’établir un' ordre . méthodique et régulier pour les inhumations dans tons les cimetières soumis à leur fsurveillànoei : Sans cette préca ution , l’i mpossibilité de ■ constater dUdentité d’un cadavre, après un temps assez longyadeviendra le seul obstaelé positif aux recherches fructueùsès , de la médecine légale dans un grand nombre, de; circonstances importantes, où son pouvoir à .signaleE:ia;;caiise matérielle d’un crime se trouve açtuelleihent à peu près illimité.

ÏRAITB

Dans le courant du niois dé juin 1829, le docteur Ozanatn , Tun des médecins en chef de l’Hôtel-Dieu de Lyon, me fit l’honneur de m’écrire pour me demander s'il serait possible de constater que la mort d’un individu qui avait succombé en 1822 , à Bourg (département de l’Ain ) , était le résultat d’un empoisonnement, et pour savoir quels, séraieht les procédés qu’il faudrait employer pour découvrir, la , substance vénéneuse. Je donnai à Mw Ozanam les avis qu’il réelàmaiLde moi, et, je' l’engageai à consulter le mémoire que J’ai publié, conjointement avec M. Lesûéur, sur eefcobjet, en mai 1828.,

. Archivés générales de médecine.') ^ e. ra^us quelque temps après une lettré Üu docteur Ozanam, dans laquelle -il m’annoncé que M. Idti, pharmacien distingué de Lyon,

. et lui, ont été requis par tev procuréuR du roi pour prôt^er à l’exhumation du ^^dawei dont il s’agit^ et que leurs efforts, ont été couronnés dît plus grand: sdecès , .püisqu’iis sont parvenus à démontrer dans lès débris graisseuk de oê cadavre :1a pîésâace.'d’ùne?'pîéf motion arsénieaési D^enx procédés ont été suivitepour *

àrteittdre ce büt : d’aboi d, on a traité la misse^fsaspécte par le nitrate de potasse, comme je lai-pr^CHt dans mon ôûvrâge de Medecme légale-, pms isn a traifé par racidé hydrosulforique , ainsi quemdusfjracvqas indiqué, M. Lesueur et moi, dans .le mémoire déjà cité. Par l’un et l’autre de ces procédés, on s’est assuré que les réactifs chimiques se comportaient avec la ma-

DES EXHUMATIOîîS JURIDIQUES. 3^3 1

îière suspecte , comme avec une dissolution arsenicale j et de plus oh a séparé X arsenic métallique; en sorte qu’il est impossible d’élever le moindre doute siir l’existence d’une préparation arsenicale dans les parties analysées.

Voici les principaux détails de cette exhumation remarquable.

La fosse était creusée à une profondeur d’un mètre et un tiers dans un terrain placé dans un lieu élevé; ce terrain était sec , graveleux , composé de silice , d’un peu de terre végétale , et d’une très-petite quantité de sulfate de chaux ; il devait donc absorber rapidement l’eau. Le sol environnant, qui est de même nature, ne produit que dés foagères, -

Le cercueil, découvert av^ec précaütibn , était tellement entier , que le fossoyeur le sentit fléchir et comme élastique sous ses pieds: on le fit aussitôt retirer pour ne pas renfoncer. Il était en lambris de sapin de neuf lignes environ d’épaisseur, bien conservé; seulement le couvercle âvaitçédé ou plié sous le poids de la terre par l’affaissement du cadavre , mais sahs se rompre , à l’exception du côté de la tête , où la pioche avait entamé quelques portions. Les planches de ce couvèrcle ayant été enlevées entières, après eh avoir exactement balayé toute la terre, on put s’assurer qu’elles n’avaient point souffert de l’humidité, mais qu’elles étaient au contraire sèches, ét se cassaient avec éclat comme du vieux bois; il en était de même des planches qui formaient les côtés de la bière. Les parois internes dê

TRAITE

cetté- boîte n’étaient 'point tachetées; il ny avait que lèifond qui était eimpreint superfieiellement de mar tières brânâtres de la .eonsistan ce, d’onguent. Lès planches ne s’étaient point disjointes, ét par conséquent il n’était point entré de terre dans lé cercueil..

L’identité du cadavre fut reconnue : i° parce qu’il avait été inhumé dans un cimetière de campagne, précisément à la porté de l’église j comme étant le propriétaire le plus riche dü village; .2° parce que le curé , le fossoyeur , les porteurs j le-maire, et pludeurs habitans , qui, en leur qualité de soldats de la garde natio-» nale, avaient accompagné le corps et Mt une décharge de mOusqueterie sur la tombe , étaient prés'ens à lexhuraation, et ont affirmé qu’on n’avait inhumé' personne autre dans cette>même placé ; 3? ■ parce que le menuisier, a , çèçonnu sop: cercueil qu’il avait fabriqué o,v,ec plus de soin que ceux du commun ; 4”, parce que les assistans Ont reconnu les' cheveux pt'isurtout les dents de, Tindividu , qui les avait fprt diejies et bien conservées,:,;,^; rexception d’uné qui lui; manquait,, même dès son vivant,, , . , ' r,

. - JLocadàyre étaitdâns sonintégrité ; la tête , le tronc , dcs;;inemi>res , supérieurs; avec.. les ; mains, et les inférieurs uvec les pieds, .avaient conservé leur configuration et lêur. position Loaturelles., où ils se maintenaient par juxtaposition. On . aurait pu facilement raeSureE le corps. Les assistans reconnurent, sa taide qui était ïnOyènne. ' ash V - - .

Les parties sexuelles, recouvertes d’une portion do

linceul, n étaient qu’un magwza.brun, à demi liquide et épais. Le bassin , dans sa position naturellè , annonçait bien que l’individu était du sexe masculin.

Les muscles n’avaient plus de forme. Les os étaient ^ ramollis.

La tête offrait encore quelques cheveux. Le crâne ne fut point ouvert. .

La poitrine était affaissée, et recouverte par les côtes dans leur symétrie ordinaire. Les poumons et le cœur étaient fondus comme un onguent noir qui se serait déposé aux deux côtés de la colonne vertébrale.

L’estomac, le foie, la rate, les intestins , enfin tous les viscères abdominaux, étaient réduits en une masse putrilagineuse , de consistance molle, d’une couleur brune, sans vers et sans odeur. Aucune de ces parties n’était reconnaissable. Les muscles abdominaux y étaient aussi confondus.

Le linceul était en grande' partie détruit; ce qui en restait était de consistance brune , et recouvrait une partie des cuisses et des organes sexuels.

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