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SYMBOLISME DES MUNITIONS

savoir s'ils ont vu entrer ou sortir quelqu'un; mais en général, presque sans exception, rien n'a été vu.

Et cependant dans ces divers cas l'apparition a revêtu toutes les apparences de la réalité.

Les cas d'apparition véridique uniquement subjective sont tellement fréquents que, si l'on ne tenait pas compte des matérialisations expérimentales, on pourrait presque conclure que toutes les monitions sont subjectives Mais encore une fois il faut bien s'entendre sur le mot subjectif. C'est ce que je vais chercher à expliquer dans le chapitre suivant.

§ 4. — De la forme symbolique que prennent les monitions.

Du moment que le percipient a notion d'un fait, connaissance d'un phénomène que les sens normaux ne peuvent lui révéler, il faut, de toute nécessité, qu'une vibration extérieure se soit produite, qui touche son intelligence. Par conséquent, il est possible que cette vibration se soit communiquée à d'autres qu'à lui, et alors qu'une personne, autre que lui, ait éprouvé aussi cette monition. C'est ainsi peut-être que se peuvent expliquer certaines monitions collectives (mais non pas toutes). M. Done entend une voix qui crie : « Uncle! Uncle! » et au même moment Rosy entend une voix qui dit : « Rosy ! Rosy ». Il semble que l'appel, entendu par deux personnes à la fois, se soit produit par un symbole différent chez l'oncle Done et chez Rosy.

Ce qui domine l'histoire de toutes les monitions, c'est la tendance au symbole. Nous nous mouvons, même à l'état normal, comme l'a dit un grand poète, dans une forêt de symboles. Et les cryptesthésies deviennent symboliques pour émouvoir notre conscience. Tout se passe comme si, pour se faire comprendre de notre intelligence, ces monitions, d'origine intellectuelle assurément, avaient besoin de s'adapter à notre intelligence même. Elles se dramatisent, et il est impossible de ne pas admirer la fécondité de ces inventions dramatiques, — car ce sont certainement des inventions — qui aboutissent finalement à uue monition déterminée.

E. Bozzano, le psychologue à qui sont dues tant d'études péné-

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trantes et sagaces sur les divers points de la métapsychique, a insisté sur la forme symbolique des cryptesthésies. Ainsi Mrs Thompson, dont la force cryptesthésique est tout à fait remarquable, au lieu de dire Merrifield, dit Merri mann, Merri thought, Happy field1.

J'ai raconté la curieuse histoire de Mad. X... qui, étant seule chez elle, dans une expérience de lucidité, cherchait à deviner le nom de la personne qui causait avec moi. Elle voit une forme humaine bien caractérisée, qui prend le nom de Henri. Mais en même temps, devant sa porte, se tenait un héraut d'armes, avec hallebarde, souliers à rubans et tricorne galonné, empêchant les autres esprits de venir dans la chambre ; car ils se précipitaient pour entrer, et il ne fallait pas qu'une confusion s'établît entre eux et Henri2.

Mad. A... m'a raconté qu'en rêve, une nuit, elle entend sonner à la porte. La femme de chambre entre, effarée, et lui dit : « Madame, c'est la Mort ». Alors Mad. A... se dit qu'on ne peut pas faire attendre la Mort, et soudain elle se trouve en présence d'un cercueil. Dans ce cercueil, elle reconnaît Mad. Gaston Tissandier, dont elle ignorait la mort récente.

Jean-Jules Bigard rêve qu'il est mort, et qu'un employé de mairie lui montre son acte de décès ; ce qui le fait rire. Cette même nuit était blessé mortellement le soldat Jean-Jules Bigard, son oncle.

Le Rév. Mark Hill voit un homme qui se jette sur lui, avec tant de violence que M. Mark Hill, effrayé, prend un verre sur la table et le jette à la tête du fantôme.

Emma Burger voit entrer son fiancé dans sa chambre. La porte s'ouvre et se ferme.

Longet, professeur de physiologie à la Faculté de Médecine de Paris, a vu en rêve son ami Cloquet, qui venait de mourir sans que Longet le sût, entrer dans sa chambre, jeter ses livres sur le plancher, et dire : « Maintenant, je n'ai plus besoin de rien ! »

M. Weld voit son fils Philippe se promener sur la route avec deux autres personnes (imaginaires).

2. Ch. Richet, Discours présidentiel à la Soc. f. Psych. Res., 6 février 1905, P. S. P. R , fasc. 4. Le nom de Henri a été dit exactement, avec une probabilité (calculée) de 1/20°.

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