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Lamort et son mystère, E. Flammarion

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Fidèle aux explications rationalistes, je dirai qu'il faut pour tous ces cas admettre des sensations subcouscientes qui avertissent vaguement les centres nerveux de l'état défectueux de tel ou tel organe essentiel.

Le cas suivant d'auto-prémonition de maladie et de mort est remarquable par la précision des détails. C'est un dramatique récit qui prêterait à quelque suspicion, à cause de sa forme dramatique même, s'il n'avait pas été minutieusement contrôlé par leD'GELEY1.

Il s'agit de M. Dencausse, père de Mad. Freya, laquelle a donné, comme on sait, à diverses reprises, de beaux exemples de lucidité. En mai 1916, M. Dencausse, âgé de 76 ans, annonce, malgré une assez bonne santé, qu il mourrait avant l'hiver. Il s'amaigrissait d'ailleurs, et se nourrissait mal. Vers le 24 octobre il déclare qu'il savait le jour de sa mort, que ce serait le jour de la Toussaint. Le 28 octobre, Geley, appelé, ne lui trouve aucune lésion organique; pas de fièvre, une très légère bronchite. M. Dencausse déclare alors qu'il mourra le jour de la Toussaint à minuit sonnant, sans souffrance, sans agonie.

Le lundi 30 tout allait bien, mais le mardi 31 une pneumonie se déclara, avec fièvre.

Le 1er novembre, il était plus faible; mais il pouvait parler et faire ses dernières recommandations. Vers 23 heures et demie, il demanda à sa femme : « Quelle heure est-il? ». Mad. D..., pour le tromper, dit : « Deux heures du matin ». Le malade répondit : « Non : il n est pas minuit. A minuit je mourrai. »

A minuit il se tourna du côté du mur. On s'approcha. A ce moment la pendule sonnait. Sans parler, M. D..., levant la main, indiqua du doigt la pendule. Mais la main retomba sur le lit. M. D... était mort, sans un soupir.

M. Geley a noté que Mad. Freya lui avait fait part jour pour jour, avant l'événement fatal, des prédictions de son père.

Une belle auto-prémonition de mort a été indiquée par le Dr W. de Sermyn2. Jean Vitalis, âgé de 39 ans, homme robuste et vigoureux,

1. Un cas d'auto-prémonition (A. S. P., 1916, XXVI, 125-129.)

2. Contribution à l'étude de certaines facultés cérébrales méconnues. Lausanne» Payot, 1911, 13-16.

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est atteint de rhumatisme articulaire aigu. Le seizième jour de sa maladie, le Dr de Sermyn, qui le soigne, le trouve assis sur son lit, souriant, presque à demi guéri. Pourtant M. Vitalis lui dit : « J'ai eu une vision ; mon père mort il y a quelques années est venu me visiter, et me dire qu'il fallait recevoir V extrême-onction ; car il a sans doute besoin de moi; il reviendra me prendre à neuf heures ce soir ». Toute la journée pour Vitalis se passe bien. Ses douleurs ont disparu. Sa température est normale; il mange de bon appétit. Néanmoins, au grand étonnemeut du prêtre qu'il a fait appeler, il reçoit l'extrême-onction. M. de Sermyn le voit à huit heures le soir, Vitalis est très gai. On rit et on cause autour de lui, comme luimême. A neuf heures moins une minute, il se lève du sopha où il était assis : et dit : l'heure est venue; puis il saute sur son lit, arrange les coussins, courbe la tête en disant : adieu, adieu; puis il s'étend et ne bouge plus. Il était mort, sans un râle, sans un soupir.

Ces subconsciences organiques prennent parfois la forme d'une hallucination extériorisée. Le Dr Minot Savage1 conte l'histoire de cet étudiant de New- York qui voit dans la rue un esprit lui apparaître et marcher à côté de lui. Alors il s'imagine qu'il va mourir bientôt, et il le dit à sa mère qui essaye de le rassurer. Trois jours après il est pris d'appendicite. On l'opère et il meurt.

Il est impossible pourtant de supposer qu'il y ait quelque subconscience organique quand la prémonition est à soixante-dix ans de distance. M. Banister, étant écolier, rêve (vers 1813) que sur une pierre funéraire il y a son nom avec la date de sa naissance, et aussi le jour et le mois de sa mort : Jun... 9. Mais est-ce Jun (abréviation inusitée de June), ou plutôt Jan abréviation de Janvier ? Le 9 juin 183S meurt le fils aîné de M. Banister, qui alors est persuadé que c'était 9 June qui était inscrit. Mais en réalité, M. Banister mourut le 9 Jan (janvier) 1883.

C'est là un fait étrange, parmi les faits étranges, et tout y est presque fantastique. Il est cependant bien authentifié. Mais nous renonçons à en donner quelque explication qui ne soit pas absurde.

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