A. S. P., 1899, IX
deux de ses amis qu'il y a bien sur le porte-manteau « 9 juin 1864».
A ce magnifique cas de prémonition, si l'on voulait appliquer le calcul des probabilités, on pourrait donner, en cinq ans, une probabilité — , soit à peu près 1 /1800 (comme si à la roulette la rouge
sortait onze fois de suite). Mais raisonner ainsi serait une lourde faute contre le bon sens. Car alors on ne tiendrait pas compte de la cause qui a présenté à la pensée de M. Edisburg ce chiffre exact. Pour reprendre la comparaison avec la roulette, c'est tout autre chose que dédire « je sais que la rouge va sortir onze fois de suite », ou bien de constater, sur de nombreuses séries de tirages, que la rouge est sortie onze fois de suite l.
Ce qui constitue la prémonition, c'est que le chiffre a été indiqué, une seule fois et sans erreur. Si dix-huit centsétudiants indiquaient, pour les cinq années à venir, chacun une date fatale, assurément, il se trouverait des coïncidences, mais il n'y en a eu qu'un ayant fait cette prévision, et la prévision a été juste. On ne peut parler de hasard ; car il y a eu une cause qui a mis ce chiffre exact devant les yeux de M. Edisburg.
y". — Prémonitions de morts accidentelles.
On peut à la rigueur invoquer pour expliquer les prémonitions de morts naturelles — au moins quand elles sont à brève échéance — une sorte de connaissance sur l'état organique des personnes dont la mort (ou la maladie) est prévue. Rien de semblable pour les morts accidentelles. De là l'importance extrême de ces prémonitions de morts brusques, tragiques, invraisemblables, qu'aucune perspicacité ne pouvait prévoir.
Voici deux cas bien curieux au point de vue historique. L'un et l'autre sont contés dans le style exquis du temps. Le capitaine de Moniloc racoute dans ses Commentaires i qu'il a
1. Au jeu de la roulette, on a constaté qu'une fois, Pair et Noire, soit une probabilité de 1/4, sont sortis 8 fois de suite, c'est-à-dire avec une probabilité totale de 1/64.000.
Ce n'est pas bien extraordinaire. Mais c'eût été une admirable prémonition que de l'annoncer avant le tirage.
2. (Livre X). Cité par Flammarion, La mort et son mystère, 536.
l'RKMONITTONS 477
prévu, dans un rêve, la mort du roi Henri II, blessé mortellement dans un tournoi, en 1559. « La nuit devant le jour du tournoy, à mon premier sommeil, je songeai que je voyois le Roi assis sur une chaise, ayant le visage tout couvert de gouttes de sang et ne pouvois descouvrir son mal ni voir autre chose que sang au visage. J'oyois comme il me sembloit les uns dire : « II est mort » : les autres : «Il ne l'est pas encore ». Je voyois les médecins et chirurgiens entrer et sortir dedans la chambre... et à mon réveil je metrouvoy la face toute en larmes, et je ne me peus garder de pleurs longtemps après. Ma femme me pensoit réconforter, mais je ne peus prendre autre résolution, sinon de sa mort Plusieurs qui sont vivants scavent que ce ne sont pas des contes, car je le dis dès que je fus esveillé. Quatre jours après, un courrier arriva à Néracqui porta la lettre au roy de Navarre de Monsieur le connestable par lesquelles il l'avertissoit de sa blessure et du peu d'espérance de sa vie. »
Un autre document historique est rapporté par Flammarion. Nicolas Pasquier écrit à son frère : « L'an passé, le trente du mois d'août, environ vers lescinq heures du matin, je songeai que j'étais auprès de notre père, qui était couché dans son lit, duquel il se leva pour se mettre à genoux afin de prier Dieu, ce qu'il fit dévotement, les mains jointes en haut, et les yeux levés au ciel. Sa prière achevée, il changea de couleur, et tomba mort entre mes bras. Je me réveillai tremblotant et je le contai à ma femme, et, pour en avoir la mémoire fraîche, étant levé, je le rédigeai par écrit... Ainsi j'ai vu la mort de notre père, un an, jour pour jour, auparavant son décès (Etienne Pasquier, père de Nicolas, est mort le 30 août 1615, vers deux heures après minuit)... et le propre jour qu'il est mort, j'ay recouvré ce papier, auquel je n'avais pas pensé depuis. La nouvelle n'est arrivée que le 3 septembre 1615... Faites une anatomie de ce songe, vous apprendrez que tout ce qui est survenu en sa mort a été par moi prévu, qu'il ne serait pas longtemps malade (aussi ne l'a-t-il été que dix heures) qu'il mourrait en bon chrétien, que tous les sens lui demeureraient sains et entiers. »
Certes la mort prochaine cTÉtiennk Pasquier, âgé de quatre-vingtsix ans, n'était pas invraisemblable. Tout de même la coïncidence des dates n'en est pas moins assez remarquable.
Le baron L. Hullembach (cas LVIII de B...) pense à aller trouver le célèbre Hauer, son collègue, pour une question scientifique. Dans la nuit qui précède, il rêve — sans rien reconnaître — qu'il voit un homme pâle et défaillant soutenu sous les bras par deux hommes. Au matin, il va à l'établissement géologique que dirigeait M. Hauer, et, ne trouvant pas la porte, qui est barrée, il regarde par la feuêtre, et voit l'image exacte de son rêve. Hauer venait de s'empoisonner avec du cyanure de potassium.
Il manque à cette prémonition la récognition. Peut-être aussi M. Hellembach n'a-t-il pas raconté son rêve, ante eventum, de sorte qu'alors on peut toujours supposer quelque paramnésie. On peut aussi admettre qu'il y a eu télépathie. L'agitation mentale de M. Hauer avant l'exécution de son suicide est très capable d'avoir provoqué la vision de M. Hellembach.
La récognition manque aussi dans le cas suivant, singulier.
Miss Bale entend constamment dans sa chambre des coups analogues au tictac d'une horloge, pendant tout le mois de juin, mais ces coups cessent dès que quelqu'un entre dans sa chambre. Au bout d'un mois et demi, elle s'y était habituée. Le 12 juillet, elle aperçoit dans sa chambre une forme humaine debout, les bras tendus, qui bientôt s'évanouit. Le 23 septembre, elle apprend que son frère s'est noyé le 12 juillet, et, à partir de ce moment, les coups ne se sont plus fait entendre1.
Fr. Myers2 rapporte un beau cas de prémonition symbolique. Le maréchal lord S..., deux jours avant que sa fille tombât malade, rêva qu'il la priait de lire Life of Charles James Fox; mais qu'elle lui répondit : « Oh! je n'ai pas besoin de lire : c'est la fin'' », et elle lui montra à la dernière page ces mots, écrits en grands caractères noirs et épais, qui remplissaient toute la page : The End.
Une autre prémonition a précédé la mort de Mad. S... Sa sœur la vit debout devant elle lui disant : « Eemember I hâve called you,