Citée par A. Erny, Loc. cit
tèrent une vive lumière. L'effet fut stupéfiant. Katie resta environ une seconde comme elle était, puis commença graduellement à se désagréger. Dabord les traits devinrent nébuleux, les yeux rentrèrent dans leur orbite, le nez disparut, ainsi que l'os du front. Puis les membres semblèrent se décomposer, et tomber en mor-
Fig. 18.
Photographie de William Crookes et de Katie Kin<; (prise probablement en 1872).
ceaux par terre. Il ne resta en dernier qu'une partie de la tête et un paquet de vêtements blancs, puis tout disparut. »
Dans une séance chez M. Luxmore, un sieur Volkmann, se levant, saisit Katie King par la taille en s'écriant, : « C'est le médium ». M. Henry Dunphy remarqua que Katie perdait ses bras et ses jambes. Elle échappa à M. Volkmann, glissa de son bras et disparut sans laisser de traces. Immédiatement après ou trouva Miss Cook, attachée avec des nœuds intacts.
M. Varley, expérimentant avecFL. Cook 1 relia à un galvanomètre le corps de Fl. Cook, de telle sorte que le moindre mouvement devait se traduire par une déviation du galvanomètre. Or, pendant
i. Cité par Erny, Loc. cit., 139.
ECTOPIASMIES d'eUSAI'IA 633
qu'il y avait apparition deKATiE (la moitié supérieure du corps seulement, ce qui n'empêcha pas M. Varley de serrer la main de eet être étrange), le galvanomètre ne donna aucune indication.
Les matérialisations données par Eusapia Paladino sont diverses, fréquentes. Elles ont été copieusement observées par beaucoup d'expérimentateurs compétents. J'en parlerai avec quelques détails ; car j'ai assisté à près de deux cents séances avec Eusapia.
Les matérialisations vues sont assez rares, et, pour ma part, malgré de longs et multiples essais, je n'en ai jamais vu. Je ne me souviens pas avoir jamais pu apercevoir une forme humaine, totale ou partielle. Une fois j'ai observé comme une sorte de prolongement du corps d'EusAPiA, pareil à une tige qui venait me toucher de coté, mais ce fut très fugitif, et dans la pénombre.
En revanche, à deux cents reprises, plus souvent encore peutêtre, j'ai été touché, comme par une main vivante, aux côtés, aux mains, à la figure, au front, à la nuque, aux épaules, alors que le contrôle était excellent.
Une expérience qui me paraît de tous points parfaite est la suivante, qui fut faite à l'Institut psychologique de Paris. Il n'y avait de présents avec moi que Mad. Curie, Mad. X..., une dame polonaise de ses amies, et P. Courtier, secrétaire général de l'Institut psychologique. Mad. Curie à la gauche d'EusAPiA, moi à la droite, l'amie de Mad. Curie, plus loin, prenant des notes, et Courtier, un peu plus loin, au bout de la table. Courtier avait disposé derrière Eusapia un rideau monté sur une échelle double. La lumière était faible, mais suffisante. On voyait distinctement sur la table la main de Mad. Curie, tenant une main d'EusAPiA, et ma main gauche tenant la main droite d'EusAPiA. Bien entendu un long usage m'avait appris à tenir sévèrement la main. D'ailleurs je pouvais distinguer les deux manchettes blanches des deux mains d'EusAPiA.
Nous voyous le rideau se gonfler, comme poussé par un gros objet placé derrière II est dit que c'est la main de John. Je demaude à toucher cette main. Et alors avec ma main droite qui est libre, je vais toucher à travers le rideau cette main qui proéminait, très haut au-dessus de la tête d'EusAPiA. Je sens une résistance, et je saisis uue main, uue vraie main, que je preuds à pleine maiu.
C3A MÙTAPSYCHIQUK OBJEGT1VK
Même à travers le rideau, le contact est assez net pour que je sente bien les doigts et la forme de cette main, qui, sans que je puisse l'affirmer, me parait bien plus grande que la toute petite main d'Eusapia. Je saisis fortement cette main, et je compte vingt-neuf secondes, temps pendant lequel j'ai tout lieu d'observer les deux mains cTEusapia sur la table, d'interroger Mad. Curie pour savoir si elle était sûre du contrôle, d'appeler l'attention de Courtier sur le phénomène, et, en même temps, de palper, de presser, d'identifier à une main véritable la main que je serrais derrière le rideau. Au bout de ces viugt-neuf secondes, je dis : « Il me faut quelque chose de plus : je veux à cette main uno annello » et aussitôt la main me -fait sentir qu'il y a une bague : « adesso uno bracelelto » et je sens au poignet comme les deux mors d'un bracelet de femme qui se referme par une charnière. Alors je demande que cette main fonde dans la mienne, mais un violent effort dégagea la main de John, et je ne sentis plus rien l.
Il est difficile, semble-t-il, de réaliser une expérience plus précise et plus convaincante, car en vingt-neuf secondes on élimine absolument toute surprise.
Dans ce cas il n'y a pas eu seulement matérialisation d'une main, mais aussi d'une bague. En effet, en même temps que la matérialisation d'un corps humain, il y a, comme toutes les expériences l'établissent, matérialisations d'objets, vêtements, tissus, étoffes. Les formes des fantômes n'apparaissent jamais nues; elles sont entourées de voiles, qui sont d'abord des nuages blancs, demi-lumineux, et qui finissent par prendre la consistance de tissus réels.
Ayant longuement décrit les mouvements d'objets sans contact, je n'ai pas à y revenir, mais il faut faire remarquer que les mouvements d'objets sont parallèles aux matérialisations. Tout se passe comme si ces mouvements d'objets étaient dus à des matérialisations invisibles, quelque paradoxale que soit l'expression. Dans le cours d'une séance on est touché, dix, vingt fois, et cependant, quoique l'ombre ne soit pas absolue, on ne distingue rien.
A Milan, il fut constaté qu'on entendit le bruit de deux mains qui
1. Je réunis ici deux expériences qui furent faites à des moments différents.
ECTOPLASMIES D EUSAPIA <>3'.i
eu l'air frappaient l'une contre l'autre. On put sentir, en levant la main très haut, comme uue figure humaine, et à trois occasions difïéreutes un des ohservateurs constata que cette figure humaine avait des cheveux et de la barbe; les cheveux étaient durs et hérissés, la barbé paraissait fine, la peau semblait celle d'un homme. Une feuille de papier noircie au noir de fumée fut déposée sur la table : or on trouva, en faisant la lumière, que le papier avait des empreintes digitales, et que cependant la main d'EusApiA était restée absolument blanche. L'expérience fut répétée trois fois : la troisième fois on eut l'empreinte d'une main gauche entière.
Voici comment je relate une de mes observations de Milan. « Eusapia dit : « Tenez moi fort ». M. Schiaparelli à droite, M. Finzi à gauche, la serrent de toutes leurs forces. Je dis à M. Finzi : « Vous tenez la main gauche ? » — Oui ! — à M. Schiaparelli : « Vous tenez la main droite? » — Oui ! — à M. Finzi : « Vous tenez les deux pieds?» — Oui! — Alors, en tournant légèrement la tête vers la gauche, je vois le rideau se gonfler, je suis touché à l'épaule droite par une main qui me semble être une main droite, en supposant qu'elle soit du médium. Presque au même moment, je suis touché par deux doigts qui me tirent assez fortement, mais sans me faire de mal, les cheveux de derrière la nuque, de sorte que je suis assuré qu'une main m'a touché à l'épaule et à la nuque. »
A l'Aguelas, J. Maxwell a vu, se profilant sur la muraille du salon, une silhouette rappelant la silhouette d'un crâne, avec une saillie recourbée, ressemblant à des cheveux frisés. Il a vu aussi, le même jour, se profilant encore sur la muraille, une main et uii bras qui étaient au-dessus de la tête de M. Sabatier, lequel a senti des attouchements à ce moment. L'avant-bras était long et mince, et sa racine se perdait dans l'obscurité.
Daus les séances de l'île Ribaud et de Paris, l'attention des observateurs étant surtout portée sur les mouvements d'objets, les matérialisations visibles ont été plus rares. Elles ont été fréquentes à Gènes.
Morselli s'exprime ainsi (p. -55, t. I) : « Je m'étais assis sur uu petit fauteuil, à environ 2 mètres à droite d'EusApiA. L'invisible est arrivé ! par deux fois je me suis senti touché, j'ai lucidement senti une main qui avait tous les caractères de la vie. Mes sens étaient
très éveillés, je puis dire que la consistance de l'objet qui me touchait était solide : ce n'était pas unstéréoplasme, unstéréofantôme, c'était uue masse résistante, impénétrable, en somme matérielle.
Dans la dix-huitième séance de Gênes, la plus belle1, eu présence de Morselli, Porro, L. Ramorino, L. Vassallo et le Dr Venzano, au cercle Minerva (23 décembre 1901) clans l'obscurité, deux formes invisibles se sont manifestées, qu'on a pu voir ensuite à une faible lumière. Ce fut d'abord la petite fille (morte) de Porro, lequel a pu sentir une forme de petite fille, sous un tissu. On entendit l'enfant parler d'une voix enfantine; elle a embrassé Porro. Cette forme n'a pu être vue. Puis une autre forme est venue, celle du fils de Vassallo, mort à seize ans. Alors l'entité s'est rendue visible. Un ovoïde presque phosphorescent s'est montré à droite d'EusAPiA, s'est mû de gauche à droite, lentement, a fait ainsi 30 centimètres et a disparu. A la lumière rouge on a vu un bras et une main sortir du cabinet et se diriger vers Vassallo. Une troisième entité a apparu, puis une quatrième. La troisième — dont l'identification a été pour le moins douteuse — a été vue distinctement. « Dans la salle éclairée par uue lampe de cinq bougies, nous avons tous vu les deux rideaux noirs de la fenêtre, près d'EusAPiA, se tendre, se gonfler, e avanzarsi verso me e verso Porro corne se dielro vifosserodue personevive agenti conintelligenzae con volonta propria e distintd. »
Ces deux formes ne sont pas sorties du rideau ; mais du rideau on a vu sortir des mains et des membres bien formés. Morselli a pu distinguer une main droite visible jusqu'à la deuxième phalange, qui faisait des mouvements de flexion et d'extension ; main courte, grasse, grise.
Dans une autre séance (XXIIe), très importante aussi, qui eut lieu dans la maison de M. Avellino, Eusapia fut attachée sur un lit placé derrière le rideau. Alors on aperçut une apparitiou, une forme de jeune fille dont on ne put voir que la tête, les épaules et la partie supérieure du buste, peut être un peu phosphorescente (?) Un turban lui cache les oreilles, le menton, les cheveux ; l'apparition se tient immobile pendant uue vingtaine de secondes. Puis, il