ECTOPLASMIES DE MAD. LACOMBE
clef, une rose d'un bouquet qui était là fut transportée dans la salle voisine. Mais il convient de faire toutes réserves; car le professeur Feijao ne semble pas s'être assuré que la rose transportée était celle du bouquet. Même après l'affirmation de M. Feijao, ou peut dire qu'il n'existe pas encore, comme le pense sir Oliver Lodge avec raison, un seul phénomène d'apport dûment constaté.
L'autre phénomène est l'apparition d'un fantôme. Toutes les portes avaient été fermées. La photographie fut prise, et le cliché montre qu'il s'agit d'un" officier français (?) Plus tard la table indiqua que cette image était celle du lieuteuaut Catherin, tué à Vitry-le- Françôis, le 27 septembre 1914. Or la photographie montrée à Mad. veuve Catherin n'a aucune ressemblance avec le véritable Catherin. D'ailleurs, le costume n'est guère conforme au costume des officiers de l'armée française.
Ce qui rend cette expérience très importante, ce n'est certainement pas la photographie, pour la production de laquelle des précautions suffisantes n'ont pas été observées, que pour la vision d'un fantôme dans un local fermé à clef, devant des personnes qui certainement étaient incapables d'une fraude habile, consciente et méditée, telle qu'eu eût nécessité la présence d'un complice.
Ces belles — et à mou sens décisives — observations de télékiuésie et d'ectoplasmie sont rapportées daus le livre récent de Mad. Madeleine Frondoni Lacombe de Lisbonne. J'ai l'honneur de connaître personnellement et d'estimer Madeleine Lacomre, que je tiens pour une personne incapable de fraude. Et d'ailleurs comprendrait-on une fraude perpétrée, sans autre profit que des sarcasmes et des injures, poursuivie pendant cinq ans avec une courageuse obstination, en dépit des critiques? Les faits cités sont appuyés par des attestations multiples, autorisées, notamment celles de M. Feijao, émineut professeur de la Faculté de Médecine de Lisbonne, qui, d'abord extrêmement sceptique, a été finalement forcé de se rendre à l'évideuce, par d'autres médecins encore, le Dr Souza Conto, le Dr X... de Lisbonne, par le capitaine du génie d'ABREN, le capitaine Silva Pinto, et d'autres personnes distinguées de Lisbonne.
La médium qui a donné les beaux phénomènes métapsychiques n'est pas une médium professionnelle : c'est ia comtesse Castel-
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witch (qui a même fait toutes ces expériences à l'insu de son mari).
Voici comment a été découverte la médiumnité de Mad. Castelwitch. « Le 10 janvier 1913, dit Mad. Lacombe, étant en visite chez mon amie, la comtesse Castelwich, je lui proposai de faire tourner une table. Nous étions trois : la comtesse, Mad. Ponsa, et moi. Jamais ces dames n'avaient mis la main sur une table... Ce jour-là la table se souleva, et un personnage se manifesta parla typtologie, prétendant se nommer Lemos... » A partir de ce jour Mad. Lacombe et la comtesse multiplièrent les expériences, et finalement obtinrent une série de phénomènes extraordinaires, dans le détail desquels je ne puis entrer ; car il faudrait citer tout le volume ; mais j'engage le lecteur à les étudier dans ce livre intéressant.
Je me contenterai de résumer les faits principaux, surtout ceux qui ont été observés en présence du professeur Feijao.
Très fréquemment il y a eu des attouchements : des mains ont été senties par les assistants, quoique tous aient formé la chaîne. De gros meubles ont été soulevés, la table pesant 78 kilogrammes se soulevait sur deux pieds presque sans qu'on la touchât. Les mouvements d'un guéridon étaient tellement violeuts qu'il a fallu remplacer le guéridon en bois par un guéridon garni d'une plaque de tôle. Quand ce nouveau guéridon a été mis en usage, il fut transporté avec violence, puis brisé en deux cents petits morceaux (chiffre exact) qui furent télékinétiquement, c'est-à-dire sans contact, réunis en tas dans un coin de la chambre, comme un petit bûcher. Le D° Feijao, qui assistait à cette expérience, fut d'abord d'avis qu'il y avait des fausses portes secrètes, et des trappes par lesquelles un étranger se serait introduit et aurait accompli cet étonnant travail. Dans d'autres séances une chaise de 15 kilogrammes marcha toute seule, faisant un trajet de quatre mètres environ. Des coups se firent entendre, très forts et rythmés, en divers points de la salle.
Voici ce qu'écrit sur ces séances le professeur Feijao.
« Des coups sont frappés, dont les plus bruyants sont ceux qui retentissent sur les vitres de la bibliothèque. Les meubles sont parfois mis en mouvement ; de lourdes chaises se promènent dans la pièce ; des efforts sont faits sur les portes fermées à clef des armoires des bibliothèques, qu'on finit par ouvrir ; des livres
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pesants, volumineux, sont pris et jetés sur le plancher (nos mains sont toujours bien euchaîuées), un timbre, une sonnette, le piano entr'ouvert, une guitare dans son étui, résonnent vivement... La table s'élève parfois à 00 centimètres... Sur notre demande, et après que nous avons retiré nos mains, la table marche toute seule. »
Il y eut aussi, comme le croit M. Feijao, et comme Mad. Lacombe affirme l'avoir vu souvent, des apports, ou mieux des transports d'objets à travers des portes fermées. . . « Dans une séance nous avions exprimé le désir qu'une rose fût transportée dans la galerie voisine. Et en effet nous trouvâmes cette fleur sous une table, bien que toutes les portes fussent fermées à clef, comme elles le sont toujours. »
Malgré ces témoiguages, il faut faire toutes réserves sur ces apports et ces transports ; car ce sont phénomènes qui prêtent trop facilement à l'illusion, par suite de l'inconscience en laquelle se trouvent peut-être non seulement la médium, mais encore quelques-uns des assistants. Il se peut que Mad. Lacombe et la comtesse Castelwitch perdent plus ou moins connaissance, et effectuent ces déplacements d'objet. Il faudrait une constatation rigoureuse, authentique (laquelle fait défaut) que, les portes étant dûment fermées, une rose les a traversées pour venir dans la pièce complètement close.
Si je fais ces réserves nécessaires, c'est parce que dans la science métapsychique les cas de transports et d'apports sont tout à fait exceptionnels, si tant est qu'ils aient jamais été constatés.
Mais en tout cas la télékinésie a été obtenue d'une manière évidente, notamment dans l'expérience du 24 avril 1917, à laquelle assistait un des élèves de M. Feijao, très incrédule, M. Bianco, et M. Feijao lui-même. Les mains de toutes les personnes présentes étaient fortement attachées, de sorte qu'elles ne pouvaient se détacher. Dans ces conditions des coups furent frappés de toutes parts, une main fut sentie par diverses personnes; une corde de la guitare résonna fortement, la bibliothèque fut ouverte, un livre, qui était sur une table assez lointaine, fut pris et projeté avec force.
Dans l'ouvrage de Mad. Lacombe, les cas de télékinésie sont tellement fréquents qu'il faudrait citer tout.
Nous nous contenterons de citer le phénomène suivant, intéressant surtout parce qu'il se produisit en pleine lumière. En pleine lumière une table pesant 78 kilogrammes se souleva de deux pieds
et frappa uo coup, alors que la comtesse était placée à un mèlre de distance et debout.
Il y eut des ectoplasmies : un fantôme représentant un officier français, mais de costume militaire tout à fait démodé, a été photographié. — L'histoire en est trop longue pour être racontée ici. — Une autre fois il y eut une religieuse; très souvent ce furent des lueurs blanchâtres, des luminescences plus ou moins informes ; une autre fois ce fut un fantôme dont la tète était une tête de mort : une autre fois ce fut un soldat arabe. Toutes ces photographies ont été prises : elles sont d'un grand intérêt.
Parmi les ectoplasmies, ne pouvant tout citer, je me borne à l'expérience suivante. Le 18 décembre 1914, Mad. Castelwitch, Mad. Ponsa, Mad. Furtado, M. et Mad. Lacombe étant les assistants, chez Mad. Castelwitch ; par la table on a la présence du mari de Mad. Furtado, lequel ue veut pas se laisser photographier parce qu'il ne se souvient plus de sa figure ! Mais il dit que sa compague viendra à sa place : cette compagne étaitla maîtresse de M. Furtado qui s'était séparé de sa femme. Et en effet, à la grande frayeur de Mad. Furtado, un fantôme de femme fut photographié, dont on ne voit pas la figure recouverte d'un voile. Alors Mad. Furtado déclara ne plus vouloir assister aux séRnces. A la séance suivante (u27 décembre 1914) M. Furtado annonce de nouveau sa présence ; et dit : « Je n'ai pas de visage, mais je m'en fabriquerai un ». Et en effet le fantôme photographié est un grand personnage vêtu de blanc, mais la tête est une tête de mort (v. p. 677).
Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de supposer que ce ne sont que fraudes ou illusions. D'abord la fraude n'est pas facile ; il n'y avait présentes à toutes ces séances que deux personnes, de sorte qu'il faut supposer les fraudes de Mad. Castelwitch ou de Mad. Lacombe. Mais quelles absurdités cela implique ! il faut, pour montrer un officier français, une religieuse, un fantôme à tête de mort, un soldat arabe, toute une série de costumes à acheter dans un magasin, et à organiser pendant les séances, toujours avec les mains sinon rigoureusement, au moins assez bien tenues. Et puis pourquoi ? Si Mad. Lacombe avait voulu tromper, elle aurait pu nous conter des faits bien plus extraordinaires encore, tout ce qui lui aurait passé par la tête. Nous n'avons aucune raison de sus-