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CHAPITRE IV LÉVITATIONS

Aux ectoplasmies et aux télékinésies, phénomènes certains, nous devons rattacher les faits, bien incertains encore, de lévitations.

La lévitation est un phénomène exceptionnel, même chez les très grands médiums.

La définition du mot ne se trouve pas dans le Dictionnaire de Littré. Disons que c'est un soulèvement partiel ou total du corps, sans le secours d'une action mécanique musculaire apparente, soit que le corps reste pendant quelque temps suspendu en l'air, soit qu'il s'élève à une certaine hauteur.

On trouve mentionnées maintes lévitations dans l'histoire des Saints. Je ne sais s'il est possible que ce phénomène, si souvent relaté dans les légendes hagiographiques, soit toujours controuvé.

On en rapporte beaucoup de cas1. Gorres cite saint Pierre d'Alcantara, Christine l'Admirable, Agnès de Bohème, BkrnarddeCourléon, Dalmace de Gironne, saint François d'Assise, saint Joseph deCopertino surtout.

L'abbé Ribet2 en cite aussi des cas nombreux. Saint Paul de la Croix, sainte Thérèse, saint Philippe de Néri, Dominique San Diego (dont un admirable tableau de Murillo, qui est au Louvre, reproduit la lévitation), Salvator de Horta, etc., etc.

1. Gorres, La mystique divine, trad. fr., Paris, 4894, II, 291.

2. La mystique divine, Paris, Poussielgue, 1883, cité par A. de Rochas, dans un excellent petit mémoire, plein de sagesse et d'érudition. Recueils de documents relatifs à la lévitation du corps humain, Paris, Leymarie, 8°, 1897.

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Dans les temps plus récents, des livres religieux rapportent que A.-H Fournat (1752-1834), Claude Dhière (1757-1820), le curé d'Ars (Jean-B. Viannev) (1786-1859), ont eu des lévitations1.

Je ne parlerai, et encore très brièvement, que des lévitations de Joseph de Copertino. On ne peut guère prétendre que tout ce qui en a été dit est absolument faux ; car les documents ahondent, et il ne s'agit pas d'une époque très lointaine, puisque saint Joseph naquit en 1603, et ne mourut qu'en 1663. Quinze aus après sa mort, c'est-à-dire en 1678, le P. Nuti d'Assise écrivit la vie de saint Joseph de Copertino, en s'entourant de nombreux témoignages. Trois enquêtes successives pour sa béatification, en 1711, 1722 et 1753, furent entreprises par divers papes. Une vie de saint Joseph fut publiée en 1753, c'est-à-dire il y a un siècle et demi seulement ; or, dans ce livre, sont seuls rapportés les faits constatés par un nombre suffisant de témoins.

De tous ces documents, il appert que maintes fois Joseph s'élevait de terre. Dans certains cas, il restait comme suspendu dans l'air, en présence de tous les frères de son ordre. Souvent les religieux qui l'entouraient, doutant de ce qu'ils voyaient, passaient la main sous ses pieds, pour s'assurer que les pieds ne touchaient pas le sol. Le pape Urbain VIII fut un jour témoin de cette lévitation ; de même, en 1650, le duc Frédéric de Brunswick. Il paraît même que, dans quelques cas exceptionnels, saint Joseph put enlever dans l'air avec lui des personnes qui étaient venues le voir.

Le P. Gorres ne consacre pas moins de douze pages à ces lévitations de saint Joseph de Copertino. Il dit que chacune d'elles était précédée d'une sorte d'extase, qui commençait par un cri : Oh ! Oh ! répété plusieurs fois, et que le saint homme était pris d'un tremblement convulsif, suivi d'une période de stupeur.

Dans le procès-verbal fait pour délivrer une fille possédée par le malin Esprit, à Louviers, en 1591, Françoise Fontaine, une jeune servante de Louviers, étant à deux genoux, a été enlevée fort épouvantablement, et une autre fois a été soulevée de terre plus' haut que l'autel. Une troisième fois, par dessus un banc qui était devant

1. Les reproductions de quelques tableaux représentant des lévitations se trouvent dans le livre de A. de Rochas, et dans A. S. P., 1901, XI, 17-47.

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l'autel, elle a été transportée en l'air, la tête en bas, les pieds en haut1.

On ne peut guère faire état de ce vieux document (ainsi que de deux autres analogues sur les possédées de Langres, 1734). La crédulité de ces exorcistes est parfois inimaginable. Aussi bien devonsnous supposer, au moins provisoirement, que toutes ces affirmations formelles ne sont qu'illusions.

Donc nous ne pouvons insister sur ces récits d'autrefois, qui, de fait, quoique nous ne puissions les nier absolument, ne sont pas capables d'entraîner la conviction.

A. de Rochas cite quelques cas de lévitation observés au xixe siècle par divers expérimentateurs, qui sont certainement crédules, mais certainement aussi de bonne foi; le magnétiseur Lafontaine, le Dr Cyriax (de Berlin) ; M. B..., un ami de A. de Rochas, élève de l'École Polytechnique, M. Paluzzi (de Naples), Mgr d'HutsT, le Dr Schmidt (de Vienne) et Justus Keiiner (avec la célèbre voyante de Prévorst). Et il ajoute avec raison : « L'histoire des sciences est là pour nous rappeler que chaque génération a vu crouler devant des faits nouveaux patiemment recueillis et observés la plus grande partie de l'échafaudage des connaissances dont la génération précédente se croyait pourtant bien sûre ».

Quoique les lévitations ne puissent pas encore rentrer dans les vérités démontrées, il en est pourtant qui méritent une discussion attentive.

A vrai dire la lévitation n'est guère qu'un cas particulier de la télékiuésie, c'est-à-dire d'une action mécanique inconnue sur la matière. Seulement on ne voit pas bien, s'il s'agit d'une action mécanique, quel est le point d'appui de la force.

Il faut distinguer les demi-lévitations et les lévitations complètes.

Les demi-lévitations, c'est quand le corps du médium diminue

de poids, ou quand, presque sans le secours de quelque effort mus-

1. Le curé Pillet, qui exorcisait Françoise, se montra fort judicieux. Il supposa que Françoise était enlevée par les cheveux, et alors il lui fit raser la tête, ce qui supprima aussitôt toute lévitation (??)

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