‹ Traité de métapsychiqueChapitre 287 sur 327 · MANN · texte numérisé non relu

MANN

C'est un lieutenant allemand qui se met au lit et tout d'un coup s'aperçoit lui-même dans son lit. Alors il se promène dans la chambre, trouve un livre, essaye de le lire, mais n'eu peut tourner les pages ; il veut passer dans la chambre voisine, et soudain il se trouve dans cette chambre, où il voit un de ses camarades. Il tâche de parler à ce camarade, de le secouer, de souffler sur lui, mais il est étonné que l'autre ue réponde pas. Alors il veut aller au chemin de fer, trouve un tunnel qu'il ne connaissait pas, et finalement rentre dans sa chambre, où il voit son corps secoué par le domestique qui avait trouvé son maitre presque inaminé2.

En toute absolue évidence, il ne s'agit là que d'un rêve.

On trouvera dans le chapitre des monitions divers cas de doubles ayant apparu. Il sont intéressants comme monitions : ils ne le sont guère comme doubles ; car nulle preuve n'est donnée qu'il y eut quelque objectivation de la personne qui a apparu. C'est le plus souvent, pour l'individu qui acquiert par la cryptesthésie telle ou telle connaissance d'un fait extérieur, l'objectivation de son idée, laquelle se présente alors sous la forme d'une idée (image) dans le sens platonicien du mot. Il n'y a donc, en somme, qu'une impression faite sur le percipient, impression qu'il extériorise en disant qu'il y a un fantôme. Sauf dans les cas de perception collective des doubles, le seul phénomène qu'on puisse admettre, c'est l'impres-

1. Cité par Bozza.no, Considerazioni sui fenomeni di bilocuzione (Luce e Ombra, XI, 1911, 180. — Gomme tous les écrits de Bozzano, cette étude mérite d'être méditée, encore que les phénomènes de bilocation objective me paraissent dépourvus de toute démonstration sérieuse.

2. Dans un chapitre antérieur (p. 135), nous avons appuie endoscopie externe la. vision de soi-même ou de double, comme par exemple dans le cas classique de Goethe ; mais le mot autoscopie s'applique aussi à la vision que certains somnambules ont de leurs organes.

sion perçue parle seasitif : et alors ou ne peut parler de bilocation véritable et matérielle.

Les mouitious de mort prochaine, annoncées par des bilocations, ne sont pas des prémonitions, en ce seus que la mort n'est pas annoncée Une vision hallucinatoire se produit, sans aucune indication concomitante. Que conclure de cette vision hallucinatoire qui ne révèle rien ? Il est bien probable qu'il y a quelque relation de cause à effet, puisqu'il s'agit d'un individu qui a eu, pour la première fois sans doute de sa vie, une hallucination, et que cette hallucination est l'indice d'une mort prochaine, encore que la mort ne soit pas annoncée.

Le cas suivant est un cas type de ce genre, intéressant parce qu'il a été observé sur lui-même par un très distingué savant, le zoologiste M. Romanes.

M. Romanes, au moment de s'éveiller, à la fin de la nuit, voit devant lui une forme qui passe devant son lit, la tête couverte d'un voile. Le fantôme écarte ses mains pour montrer sa figure : alors M. Romanes reconnaît l'image de sa sœur, qu'il savait malade, mais malade assez légèrement. Or, tout de suite après cette vision, la maladie évolua très vite, devint grave, et la sœur de M. Romanks mourait quelque temps après.

De nombreux faits de cet ordre ont été réunis par Bozzano ■*.

En général ce fantôme qui apparaît est plus ou moius ressemblant, comme un double de la personne à mort prochaine. Mais de tels faits laissent toujours place à des doutes sur leur objectivité ; sauf dans le cas où l'hallucination est collective, ainsi que dans le cas dit de la rue Jacob, de Mad. Isnard.

Mad. Ghapronière2 a à <?bn service une femme de chambre, Mad. Gregory, depuis quarante et un ans. Un soir, pendant que Mad. Gregory déshabillait Mad. Ghapronière, voici qu'apparaît le doublede Mad. Gregory: «Comment, dilluiMad. CHAPRONiÈRE^'evoî's en ce moment votre double ! ». Mad. Gregory n'en fut nullement émue

1. Considérations sur les phénomènes de bilocation. A. S. P., 1911, XXI, 65-72, 109-1163, 143-151.

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