J. S. P., XII, 18. cas 8 de Bozzano
d'un homme qui, désespéré, regarde la rivière. En ce môme endroit, Miss Locke, son amie, l'avait vu aussi quelque temps auparavant. Il paraît que là, il y a cinquante ans, un individu s'était, par désespoir d'amour, jeté dans la rivière. Mad. Locke, la mère de Miss Locke, a vu aussi plusieurs fois le même fantôme.
Mad. Vatas Simpson raconte qu'étant enfant, jouant avec ses frères et sœurs, elle a aperçu une vieille femme montant lentement l'escalier au haut duquel elle disparut sans que la porte donnant sur l'escalier s'ouvrît. Puis elle la revit au delà de la porte. Encore que ces souvenirs soient très anciens, elle se souvient très bien que ses frères ont vu la même forme, et non seulement ce jour-là, mais encore les jours suivants. La mère de Mad. Vatas Simpson a consigné ce fait dans son journal, ajoutant qu'elle a vu dans cette maison, qui avait la réputation d'être hantée, non seulement la vieille femme, mais encore des formes diverses. Il y avait dans la maison des bruits de pas, des vagissements d'enfant. Un jour M. Vatas Simpson se fâcha parce qu'il entendait marcher dans sa chambre, quoique les domestiques n'eussent laissé venir personne. Alors il entra dans sa chambre, et vit une vieille femme, petite et grêle, très pâle, avec un large chapeau dont les rubans étaient noués sous le menton, les mains constamment jointes.^ Il crut d'abord que c'était une personne réelle, mais elle disparut devant lui.
Étant enfant, Mad. Louise du Cane a vu, ainsi que ses frères et sa sœur, l'image d'un fantôme dans une glace, mais le cas est très peu probant1.
Bozzano cite le cas d'un fantôme vu par plusieurs personnes et à diverses reprises, parfois pendant plusieurs minutes en plein jour. Il s'agissait d'une femme vêtue de noir, qu'un jour M. W.-D. G..., aperçut assise devant le miroir de la toilette. Ce qui est curieux, c'est que le miroir ne reflétait pas son image,
Si ce cas a été bien observé, ce qui est assez problématique, il est intéressant, parce qu'il prouve qu'il doit s'agir ici d'une hallucination subjective, produite par auto-suggestion. S'il y avait eu
1. Cas communiqué par le Dr Kingston, J. S. P. R., V, 223 ; cas 10 de Bozzano.
objectivité réelle, le fantôme se fût manifesté dans le miroir. L'absence de réflexion dans le miroir prouve qu'il s'agit d'un phénomène subjectif, ou du moins dont l'objectivité n'est pas du même ordre que celle des objets normaux.
Miss Lucy Brown et Mary Brown (pseudonymes) vont s'établir dans une maison1 où se sont passés des événements tragiques : une femme s'y est suicidée par pendaison. En outre une partie de la maison a été brûlée dans un incendie, et une femme est morte dans les flammes. D'après le résumé, que donne Myers, de la déposition de Misses Lucy et Mary Brown, le fantôme de la femme qui avait été brûlée a été vu par Mary et Lucy Brown (simultanément) trois fois; une fois par Lucy Brown seule; une autre fois par Mary Brown seule. Les domestiques l'avaient vu aussi assez souvent ; mais on n'a pu avoir leur témoignage.
Mad. Jones, dont le fantôme a été vu, était inconnue des sœurs Brown, et pourtant la description qu'elles donnent du fantôme correspond très bien à l'aspect général de Mad. Jones. Il semblait faire les gestes désespérés qu'on avait vus à Mad. Jones lorsqu'elle a été brûlée vive.
Le fait qu'un individu mort depuis longtemps peut se manifester à plusieurs personnes, dans uue localité où il a vécu, est corroboré par le récit suivant, fait par deux sœurs, Mad. Judd et Mad. Dear, très dignes de foi 2 (Caroline et Mary).
Caroline, trois semaines après la mort de sa grand'mère, un matin d'octobre 1866, se réveillant, aperçut distinctement la forme de sa grand'mère, sa haute stature bien connue, sa vieille figure calme, et ses grands yeux noirs qui restaient fixés comme d'habitude sur le cadran de la vieille horloge. Caroline ferma les yeux pendant quelques secondes, puis les rouvrit doucement. La forme était encore là, puis bientôt disparut. Mary, dans cette même chambre, a eu la même vision, à la même heure. Elle n'en parla à sa sœur que le soir, ayant gardé le silence toute la journée, par crainte du ridicule.
1. Cas analysé par Myers, J. S. P. R., IV, 1899, 27-30; cas 13 de Bozza.no.