‹ Traité de métapsychiqueChapitre 306 sur 327 · I.Bozzano. Loc. cit · texte numérisé non relu

I.Bozzano. Loc. cit

quatre, cinq personnes normales ayant à plusieurs reprises pendant quelques mois l'hallucination du même personnage.

Mais pour les phénomènes objectifs l'a difficulté est autre. Là en effet toutes les fraudes sont possibles, et l'expérience a prouvé que les fraudes étaient fréquentes, très fréquentes. Quand, dans une maison dite hantée, s'entendent des fracas divers, bruits de portes qui s'ouvrent et se ferment, roulements de meubles, bris de vaisselles, et tout le cortège ridicule de manifestations qui est de coutume dans les hantises, l'idée vient tout d'abord qu'il s'agit d'une forte plaisanterie, faite par des individus mal intentionnés, des domestiques renvoyés, des geus intéressés à faire quitter la maison à tel ou tel de ses habitants. Le plus souvent il faut incriminer, comme causes de ces infestations , de très jeunes gens, de l'un ou l'autre sexe, à demi idiots, à demi vicieux, qui, sans trop comprendre ce qu'ils font, jettent des pierres, cassent des vitres, en dissimulant leurs gestes et en laissant croire qu'ils sont restés immobiles, n'ayant d'autre motif que de tromper.

Par conséquent, pour les hantises avec déplacements d'objets, la plus grande sévérité critique doit être admise, d'autant plus que vraiment, à part quelques rares exceptions, chaque fois qu'un sérieux contrôle a été fait, les miracles se sont volatilisés.

Toutefois, malgré notre scepticisme, qui est grand, il reste quelques faits assez rares, mais trop nets pour qu'il soit impossible de nier qu'il y avait des objectivités réelles.

Je donnerai d'abord le récit un peu détaillé des événements qui se sont passés au château de T... en Normandie, près de Caen. M. de X... a pris notice, jour par jour, de ce qui se passait, et son journal a été communiqué à M. J. Morice, docteur en droit, qui l'a publié dans les Annales des sciences psychiques l .

M. de X... hérita, en 1867, d'une maison qui passait pour hantée. En 1868, il y eut dans cette maison des bruits anormaux qui cessèrent, pour reprendre avec grande force en octobre 1875. Du 13 octobre 1875 au 30 janvier 1876, c'est-à-dire pendant plus de trois mois, les bruits anormaux/parfois extrêmement violents, n'ont pas dis-

1. Exposé des phénomènes étranges du château de T., 1892, 212-213; 1893, 65-90.

continué. Et cependant M. de X... a pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas être induit en erreur par un imposteur quelconque. Il avait toujours son revolver chargé, et on savait qu'il n'aurait pas hésité à en faire usage. Une fois, un ami de M. de X... entendant, pendant la nuit, du bruit dans sa chambre, tira plusieurs fois avec son revolver au jugé. On retrouva les balles dans la muraille. Les caves, les murs ont été soigneusement visités. Deux redoutables chiens de garde étaient lâchés toutes les nuits. Il n'y a pas de doute possible sur l'objectivité de ces bruits, entendus parfois par plus de douze personnes (tout le personnel du château). Certainement il n'y avait pas imposture due à un des domestiques de la maison, car souvent ils étaient tous pris de frayeur, et se réunissaient. Or, quand ils étaient tous réunis, parfois les phénomènes étaient très intenses.

D'ailleurs, danscertains cas, même la fraude d'un seul des domestiques n'eût pas suffi. Des coups d'une violence extrême se faisaient entendre en un point du château, et, une seconde après, dans une autre partie.

Un jour Mad. de X..., entendant du bruit, sort pour aller voir ce qui en est. Avant qu'elle ne touche la porte, elle voit la clef qui se détache, qui tourne rapidement dans la serrure, et qui vient la frappera la main gauche. L'abbé Z..., précepteur du jeune fils de M. de X..., en a été le témoin.

Je copie le journal de M. de X... relatant ce qui s'est passé du 25 au 26 janvier (p. 75). « Une heure. Douze coups suivis d'un long tambourinage, puis trente coups rapides et singuliers : on eût dit un ébranlement de toute la maison; on était bercé dans son lit à tous les étages,... puis une longue galopade. Le tout n'a duré que cinq minutes. Une minute après, la maison est de nouveau secouée de haut en bas; dix coups effroyables sur la porte de la chambre verte. Douze cris au dehors, trois bêlements, puis des cris furieux. Tambourinage très fortdans le vestibule, rythmé, à cinquante coups. 1 heure 30. La maison est secouée vingt fois ; coups si rapides qu'on ne peut les compter. Ils font trembler murs et meubles ; neuf coups effroyables sur la porte de la chambre verte, tambourinage accompagné de gros coups. A ce moment on entend comme des cris de taureau, puis d'autres, inhumains, enragés, dans le corridor.

On sonne pour faire lever tous les domestiques. Pendant que tout le monde était levé, on a entendu encore deux beuglements et un cri. »

On fit venir alors divers prêtres qui pratiquèrent les exorcismes rituels. Les phénomènes s'amendèrent un peu, mais ne disparurent pas tout à fait.

J'ignore ce qui est advenu du château de T... L'histoire est assez troublante. Une mystification prolongée et violente par un des domestiques de M. de X... ou par son jeune fils, ou par le précepteur, paraît presque impossible à tout expliquer.

G. Lo&nmoso * raconte l'histoire d'une certaine osteria de Turin, où des bruits très violents se produisaient, et surtout des bris de vaisselle et de bouteilles. Des chaises étaient cassées avec fracas; les objets suspendus au mur tombaient par terre. Lombroso, à la lumière d'une bougie, a vu devant lui des bouteilles rouler par terre avec fracas, et finalement se briser. Il s'est assuré qu'il n'y avait pas de ficelles pour les mouvoir ; un jour, comme on avait préparé les verres et les assiettes sur une table pour le dîner, tout fut brisé, et il fallut aller dîner dans une autre pièce. En plein jour, à 8 heures du matin, des objets volèrent à travers l'air, et passèrent dans la chambre voisine, allant se briser aux pieds de deux voyageurs qui arrivaient à Y osteria. Une bouteille d'eau gazeuse, en plein jour, sous les yeux de diverses personnes, parcourut l'air pendant 4 ou 5 mètres, lentement, comme si elle avait été accompagnée d'une main, et finalement tomba par terre et se rompit.

Il semble que ces phénomènes aient été liés à la présence d'un jeune garçon de treize ans ; car, lorsqu'il eut été congédié, tous les phénomènes cessèrent.

Mais cela ne signifie nullement qu'il y eut supercherie. Il est extrêmement probable qu'il existe des médiums qui s'ignorent euxmêmes, et qui produisent des phénomènes de télékinésie, involontaires, en dehors de toute séance expérimentale, par le seul fait de leur présence. Beaucoup de maisons dites hantées ne sont pas han-

1. C. Lombhoso, Ricerche sui fenemeni spiritici, Torino, 1909, 247.

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tées du tout : elles sout habitées par des médiums incouscieuts de leur pouvoir.

Uu cas très singulier a été signalé par le major B. Moor de la Société Royale de Londres (je n'ai pas pu consulter son livre Bealings Bells). J'en parle d'après le récit très complet donné par

BOZZANO J.

Le 2 février 1834 les sonnettes de sa maison à Ipswich se mirent, sans cause extérieure appréciable, à sonner d'une manière bruyante dans la journée. Et pendant cinquante-trois jours il en fut de même (ce n'étaient pas des sonnettes électriques). Quelquefois les douze sonnettes de la maison sonnaient ensemble, même celles dont les tenants étaient partout visibles (sauf dans leur passage à travers le mur). M. Moor a essayé maintes fois de faire retentir les sonnettes avec une égale vigueur, en tirant sur le cordon avec le plus de force possible, il n'a pas pu égaler la violence extraordinaire et caractéristique avec laquelle sonnaient les sonnettes. « Quand nous tirions mécaniquement sur la sonnette, dit M. Moor, le mouvement en était lent et parfaitement visible. Mais, quand elle était mue par une cause occulte, le mouvement était si rapide qu'on ne pouvait rien voir. Le phénomène des sonnettes a été constaté par plus de douze personnes, ce qui exclut toute hypothèse d'une hallucination. Parfois les sonnettes sonnaient quaud il n'y avait personne dans la maison. En définitive, conclut M. Moor, la cause de ce mouvement n'est pas une cause humaine.

Le major Moor, ayant écrit à diverses personnes pour savoir si de tels phénomènes n'auraient pas été observés déjà, reçut de nombreuses réponses. Il put ainsi recueillir 14 cas de faits analogues. Bozzano cite seulement le cas suivant. Mad. Milnes, à 16 heures 30 chez elle, à Westminster, trouve toute sa famille en alarme. Les sonnettes retentissent avec une telle violence que les enfants de Mad. Milnes et sa servante en étaient terrifiés. M. Milnes, arrivant à son tour, explore minutieusement et surveille tous les fils. Pendant deux heures et demie, la sonnerie générale, furieuse, continua.

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