‹ Traité de métapsychiqueChapitre 57 sur 327 · Journ. S. P. R., mars · texte numérisé non relu

Journ. S. P. R., mars

CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 179

était à la table avec elle, n'avaient vu personne dans la journée et n'avaient regardé aucun journal.

Il est à noter toutefois que M. Michael Foster a été longtemps professeur de physiologie à Cambridge, et que, ainsi que M. Verrall, le père d'HÉLÈNE, il a appartenu à l'Université.

J'ai fait plusieurs expériences très nettes avec Stella. Stella, qui n'est pas un médium professionnel, mais une jeune fille qui ne s'est occupée de spiritisme que par hasard. Un jour elle a découvert qu'en mettant la main sur la table ou sur la planchette elle donnait des réponses curieuses. Avec Stella j'ai pu obtenir des preuves éclatantes de lucidité, sans pouvoir décider d'ailleurs si cette lucidité était, ou non, télépathique.

J'ai procédé avec autant de rigueur expérimentale que possible. Nous étions, dans ces huit expériences, trois personnes : Stella, G... et moi. G..., licencié es sciences, physicien habile, n'avait jamais vu Stella, et moi-même je ne connaissais absolument rien de la famille de G... Dans ces expériences, non seulement G... ne mettait pas la main sur la table (soulèvement de la table à telle ou telle lettre de l'alphabet) ; mais encore il nous tournait le dos, ne pronouçait pas une parole, et ne faisait pas un geste. Or, dans ces huit séances, Stella a pu dire les prénoms de la femme, des frères, du fils, du père, du beau-père de G..., tous prénoms que Stella et moi nous ignorions absolument. En admettant une probabilité de 1/40% calculée en supposant qu'il y a à peu près 40 prénoms usuels

masculins, et 40 prénoms usuels féminins, on a comme probabi-

lité l-^-J c'est-à-dire 25 000 000 000 ' ce ^U1 équivaut sinon à la

certitude mathématique, au moins à la certitude morale.

Mais le calcul des probabilités doit être manié avec plus de prudence, car il n'est pas tout à fait exact de dire que, sur ces six expériences, il n'y a pas eu d'insuccès, de sorte que, si des insuccès sont mêlés aux succès, il n'est pas possible d'admettre la probabilité (tq-) Admettons, en exagérant, qu il y eut six hésitations, équivalant plus ou moins à des insuccès, on a alors la formule :

TTJTpaq*

180 METAPSYCHIQUE SUBJECTIVE

formule dans laquelle les succès a ont une probabilité p, les insuccès p une probabilité q. Naturellement p + q — l

Alors, en admettant six écbecs et six succès, sur douze expériences, la probabilité composée devient ^ Q00 0QU ; ce qui est la même certitude morale que si la probabilité est mille fois plus faible.

Même certains de ces écbecs sont très instructifs. Ainsi il est demandé le prénom de l'enfant de G... La réponse est Georgette (ce qui est une erreur, puisque l'enfant est un garçon qui s'appelle Jean). Alors G... nous dit (ce que Stella et moi, naturellement, nous ignorions), quesa femme et lui, sil'eufantavaitétéunefille, l'eussent appelée Georgette.

G... demande le nom d'un frère mort. La réponse est « André, il vit ».

Le nom du frère mort de G... n'est pas André. Or G... a un autre frère vivant, qui s'appelle André. "Et il semble bien que cela ait voulu être précisé, puisque, tout de suite après André, sont venus les deux mots étonnants : il vit. On peut presque dire que cet échec est plus intéressant qu'un succès.

Stella et moi nous savions que G... est né eo Bretagne, mais rien, déplus. Nous demandons le nomde la ville où ilestné. La réponse est Loria. Nous peusionsà Lorietit: maisdefaitG... est né à Morlaix. Or, comme il y a confusion possible entre les lettres voisines, L peut très bien avoir été dit pour M et /pour L. Quoique Stella et moi nous fussions, après les premières lettres, convaincus qu'il s'agissait de Lorient, la cinquième lettre qui est venue, malgré nous, a été .4...

Stella a pu dire aussi, toujours par la table, le nom d'un ami d'enfance de G... et le mot de Kerveguen, qui f ut le nom de l'habitation de G... à Morlaix. G... venait de recevoir une lettre contenant quelques détails sur son fils, qui avait de la fièvre. On demande ce qu'il y a dans cette lettre, tout à fait inconnue de nous La réponse a été : « Jean fièvre » et il a été ajouté « Rit voiture ». Or G... avait récemment donné à son petit Jean une voiture avec laquelle l'enfant s'était énormément et anormalement amusé.

A maintes reprises, Stella m'a donné des preuves de lucidité

r.RYPTKSTHESIE SPIRITIQUK 181

remarquable, mais je ne veux pas — encore qu'elles soient à mes yeux très probantes — les mentionner ici. Je n'accepte comme démonstratives que les expériences dans lesquelles il est rigoureusement impossible à Stella, consciente ou inconsciente., d'avoir eu par les voies sensorielles normales la connaissance de ce qu'elle dit.

Je citerai seulement deux faits :

1° J'avais été porter une lettre à mon ami le professeur W. Stirling de Manchester, qui venait d'arriver à Paris, boulevard Saint-Michel. Bien entendu, jamais je n'avais prononcé devant Stella le nom de M. Stirling. Or, le lendemain du jour où j'avais été porter cette lettre, je dis à Stella : « A qui ai-je été porter une lettre, boulevard Saint-Michel! » Elle répond immédiatement : « A votre ami de Londres. » Réponse très invraisemblable, car rien ne pouvait faire soupçonner à Stella, parmi les nombreuses lettres que je pouvais aller porter au boulevard Saint-Michel, que ce fût à un ami anglais dont elle ignorait l'existence. Un ami anglais au boulevard Saint- Michel, c'était bien peu vraisemblable!

L'observation suivante, est encore plus remarquable. Je vois Stella, le 2 décembre, dans la journée, et en partant je lui dis : « Je vais faire une leçon sur le venin des serpents. » Elle me répond aussitôt : « J'ai rêvé de serpents, ou plutôt d'anguilles, cette nuit. » Alors — et naturellement sans lui dire pourquoi — je la prie de me raconter son rêve, et voici textuellement ses paroles : « C'étaient plutôt des anguilles (deux anguilles') que des serpents ; car je voyais leur ventre blanc, luisant, et leur peau visqueuse, et je me disais : je n'aime pas beaucoup ces bêtes-là, mais cependant cela méfait de la peine quand on leur fait du mal. » Ce rêve a été étonnamment conforme à la réalité de ce que j'avais fait la veille, le 1er décembre. J'avais ce jour-là — pour la première fois depuis vingt ans, — expérimenté avec des anguilles. Voulant leur prendre du sang, j'avais mis les deux anguilles sur une table. Leur ventre blanc, nacré, reluisant, visqueux, m'avait frappé. Elles avaient été fixées sur la table pour qu'on pût leur enlever le cœur. Je n'en avais, en toute certitude, pas parlé à Stella (que je n'avais pas vue depuis longtemps) et Stella n'est en relation avec aucune des personnes qui fréquentent mon laboratoire.

Je noterai ici, comme caractéristique de la médiumnité de Stella,

et sans doute aussi de beaucoup d'autres sensitives, que rarement, sauf dans le cas cité plus haut de ma lettre à Stirling, elle fait une réponse précise à la question précise que je lui adresse. Je ne l'avais pas du tout interrogée sur l'emploi de ma journée la veille, et le rêve qu'elle a fait ne se rapportait nullement à moi dans son idée. Elle a vu deux anguilles, et voilà tout.

Ce n'en est pas moins un fait remarquable de cryptesthésie ; car, après les paroles prononcées par Stella, qui répondent si bien à l'impression que la veille j'avais très fortement éprouvée, on ne peut parler de hasard.

Lady Mabel Howard, écrivant par l'écriture automatique, est interrogée par une de ses amies au sujet d'un vol de bijoux. Elle écrit qu'on les trouvera au-dessous du pont de Tebay, ce qui était, paraît-il, tout à fait invraisemblable. Un moisaprès on retrouva les bijoux au-dessous du pont l.

Miss A..., médium écrivain, donne à Lady Radnor le nom d'ANNA Chambers. Ce nom était tout à fait inconnu de la famille actuelle. Après de minutieuses recherches, on arriva à découvrir par Y Office des Armoiries qu'une certaine Lady Exeter, ancêtre de Lady Radnor, s'appelait avant son mariage Anna Chambers.

M. Gordigiani, ancien élève de l'Ecole militaire de Florence, dès l'âge de quinze ans, eut des phénomènes médianimiques spontanés. Un jour, en 1883 (il avait alors dix-sept ans), comme une dame américaine, Mad. veuve B. M..., faisait faire son portrait par M. Gordigiani, le père de ce jeune homme, elle voulut avoir une séance avec le médium, qui écrivit : « H y a une inimitié, que je ne puis comprendre, entre Madame et feu son mari ». Lorsque la phrase, écrite en français, fut traduite à Mad. B. M..., elle se leva, toute pâle, et dit : « Comment ! encore ! »

Puis, comme on demandait une autre réponse, plus conciliante, l'inexorable écriture automatique répondit : « Impossible, il est en Nigritie : il a pour mission d'influencer pour l'abolition de l'esclavage. C'est un nègre. »

l.P. s. P. fi., IX, 44.

CRYPTESTHÉSIE SPIRITIQUE 183

Mad. B. M..., très émue, se retira. Le lendemain, elle raconta que son mari était homme de couleur, ce qui avait amené entre les deux époux une longue inimitié l.

Le vendredi 3 octobre 1906, à Naples, Zingaporoli, à 8 heures du soir, fait une séance de spiritisme avec un jeune médium et M. Marzoiuti, directeur de l'excellente Revue Luce e Ombra. Pendant le cours de cette séance, le médium annonça qu'un sous-lieutenant d'infanterie de la caserne de Piedigrotta, Guillaume Paternostro, venait de succomber d'un coup de revolver. Le fait était exact, et a été relaté dans le Maltino de Naples, 4 octobre 1906 -.

Dans des expériences spiritiques avec Mad. Frondoni Lacombe, des réponses furent faites par le moyen de raps à l'éminent professeur Feijao, de Lisbonne. Le nom de son père lui fut donné. Il retira ses mains aussitôt de la table et pourtant il obtint des réponses nettes, et absolument exactes, à des questions auxquelles aucune des personnes présentes ne pouvait répondre'.

Le Dr Mouïin avait donné des soins à une dame Joubert, qui, atteinte de choléra, cria, quelques minutes avant de mourir : « Glace ! glace ! » en montrant un miroir qui était sur la cheminée. M. Joubert, le mari, marin, était absent. Le Dr Moutin lui écrivit pour lui raconter le fait, et M. Jodbert, sachant que la défunte cachait souvent de l'argent, chercha de l'argent partout, et n'eu trouva pas. Quinze mois après, dans une séance spiritique, l'esprit de Mad. Joubert revint, et annonça à M. Moutin qu'une obligation de la Cie Fraissinet était cachée dans une glace que M. Jcubert n'avait pas visitée et qu'elle indiqua. M. Moutin écrivit alors à M. Joubert, qui fit aussitôt de nouvelles recherches et trouva l'obligation en question v.

Lady Mabel Howard a donné à Fr. Mvers de bous exemples de clairvoyance. Myers avait été invité à un luncb, et il lui est

Page 1