‹ Traité de métapsychiqueChapitre 81 sur 327 · A. S. P., mars 1914, XXIV · texte numérisé non relu

A. S. P., mars 1914, XXIV

4. Quelques épisodes remarquables de clairvoyance ( A. S. P., 1914, 175).

A la fin d'un dîner, Lange, très loin de l'endroit où était M. 0..., écrit quelques mots sur un bout de papier, et met le papier dans une enveloppe qu'il ferme. M. 0... lui dit, en chiffonnant le papier dans sa main, et sans ouvrir l'enveloppe : « C'est écrit en anglais... je vois une lettre isolée, puis cons... et puis vendredi. » Or M. Lange avait écrit en anglais « I consider that y ou are loonderful ». Gela est intéressant parce que c'est, à ce qu'il semble, plutôt une lecture visuelle {vendredi pour loonderful) qu'une lecture de pensée.

Le lendemain matin, à l'hôtel d'Europe, M. 0... vint me rendre visite : j'écrivis sur un papier, très vite et avec une assez mauvaise écriture, une phrase qui me vint à l'esprit : M. 0..., debout dans la chambre, assez loin de moi. n'a pu rien lire ; en tout cas, il n'aurait pu voir que de très loin et à l'envers. La phrase écrite était la suivante, qui m'est venue à l'esprit, sans avoir été évoquée par une conversation antérieure quelconque : « Jamais la mer ne paraît plus grande que quand elle est calme. Ses colères la rapetissent. » Je pliai le papier et le mis dans une enveloppe que je fermai, et que M- 0..., malaxa fébrilement, sans l'ouvrir. Au bout d'une dizaine de minutes, il me dit : « Je vois beaucoup d'eau ! que d'eau ! C'est la mer ! vous voulez coller une idée à la mer..., une idée que je ne vois pas bien. La mer est tellement grande qu'à côté de ses mouvements... je ne vois plus. »

Résultat admirable, rendu peut-être quelque peu incertain parce qu'à l'extrême rigueur, M. 0... a pu inconsciemment et imparfaitement voir ce que j'avais écrit.

Cette objection n'est pas valable pour l'expérience suivante, plus démonstrative malgré quelques fortes erreurs.

J'avais pris deux lettres que j'avais reçues l'avant-veille, et, étant seul dans ma chambre, je les avais mises chacune dans une enveloppe soigneusement fermée, puis je prends au hasard une de ces deux lettres, ignorant d'ailleurs si c'était la lettre A ou la lettre B et je la donne à 0... quand il arrive. Alors 0... me dit : « C'est une lettre, en français, qui ne vient pas de Paris, c'est une réponse à une lettre de vous : un monsieur de cinquante ans parle d'une dame qui a un nom allemand plutôt que français : il vous invite de venir là où il est, au bord de la mer; il a l'intention de venir à Paris. » et il ajoute divers détails, soit non caractéristiques, soit erronés. Il me

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dit alors : « Gardez la lettre, M. Geley me la remettra demain, et j'achèverai de la dire. » Or le lendemain Geley, à qui j'avais remis l'enveloppe, toujours fermée, sans rien lui dire d'ailleurs au sujet de cette lettre, obtient de M. 0..., la réponse suivante, immédiate. — « Il est parlé d'une dame Berger. C'est un monsieur de cinquante ans qui a écrit cette lettre : c'est une invitation : elle vient d'un endroit près de la mer. »

Or cette lettre, dont ni M. 0... ni Geley ne pouvaient rien connaître, et qu'il était absolument impossible de voir par les sens normaux, est d'un Allemand, le professeur R. Berger, qui, en réponse à une lettre de moi, m'écrivait de Berlin, pour me prier de m'arrêter chez lui à mon retour. R. Berger a environ cinquante ans.

Avec Geley l'expérience a été peut-être plus belle encore.

Geley écrit sur une carte de visite : « Rien n'est plus émouvant que l'appel à la prière par les muezzins. » Geley a écrit ces mots sous la table, sur ses genoux. La carte a été mise (sous la table) dans une enveloppe épaisse, cachetée. M. 0... dit : « Ily a un sentiment de prière, un appel, des hommes qui sont tués, blessés... non, ce n'est pas cela... Rien qui donne plus d'émotion que l'appel à la prière, c'est comme une prière envers qui ? une certaine caste d'hommes, mazzi, madz... Une carte..., je ne vois plus. »

A ces expériences admirables, M. 0... en a joint quelques autres, non moins étonnantes, mais je ne peux insister; car bientôt nous aurons l'occasion, à l'Institut métapsychique, d'observer avec toute la minutie nécessaire ces belles cryptesthésies.

Somme toute, le phénomène de la cryptesthésie chez ces clairvoyants, êtres exceptionnels, ne peut être révoqué en doute.

y. — Vision par le cristal.

La vision par le cristal semble être une bonne condition pour le développement de la cryptesthésie chez les seusitifs.

Il semble que ce procédé ait été employé par les magiciens de toutes les époques (miroir magique).

Grasset1 cite les procédés anciens de divination par l'eau d'une fontaine (hydromancie), ou des vases pleins d'huile (lécanomancie)

l.Loc. cit., 135-143.

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