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CHAPITRE IV

Les faits singuliers relatifs à la baguette divinatoire semblent au premier abord sans relation avec la métapsychique : mais bientôt on voit que ces phénomènes — connus depuis longtemps et aujourd'hui bien démontrés — permettent des hypothèses intéressantes sur la cryptesthésie, autorisent à mentionner certaines analogies, et jettent quelque clarté sur les forces inconnues qui émeuvent l'inconscience.

§ 1. — Historique.

L'histoire de la baguette divinatoire est assez ancienne1.

Voici en quoi consiste le phénomène dit de la Baguette divinatoire. Quand certains individus sensibles tiennent entre les doigts une flexible baguette de coudrier, sans vouloir la courber ou la distendre, ou la mouvoir, il semble que dans certaines conditions la baguette s'infléchit. Elle tourne entre les mains de l'individu qui la tient et même semble tourner toute seule, très fortement, indépendamment de la volonté de l'opérateur.

Lorsque ces individus, tenant la baguette en main, passent au-dessus d'une région traversée par des nappes d'eau souterraines

i. Des monographies importantes ont été publiées. Même il en est qui portent uniquement sur la bibliographie. On trouvera beaucoup de documents dans l'ouvrage de Henri Mager, Les Baguettes des Sourciers et les forces de la nature. 1 vol., 8», Paris, Dunod, 1920. Il faut faire une place à part au premier livre, d'apparence scientifique, qui ait paru sur la baguette : La Physique occulte ou traité de la baguette divinatoire, par l'abbé de Vallemont, Paris, 1693, — On consultera aussi le mémoire de Chevreul, De la baguette divinatoire, du pendule dit explorateur et des tables tournantes, 1 vol., 8°, Paris, 1854. — J. Maxwell, L'élude de Chevreul sur la baguette divinatoire, et les tables tournantes (A. S. P., 1904, XIV, 276-290, 337-358). Surtout il faudra se reporter à l'admirable travail de sir W. Barrbtt : On the so called divining Rod, P. S. R., XIII et XIV. La bibliographie est excellemment faite dans C. v. Kling Kowstroem. Bibliographie der Wunschelruthe (0. Shônhuth, Munich, 1911).

282 MÉTAPSYGHIQUE SUBJECTIVE

et inconnues, la baguette s'infléchit brusquement et avec une force presque irrésistible. Pendant longtemps on s'est servi de ce moyen pour découvrir des sources. De là le nom de sorciers ou sourciers donné aux individus dotés de ce mystérieux pouvoir. M. Mager a proposé en 1908 le mot de baguettisant, qui est tout à fait acceptable.

En 1854, à la suite d'un mémoire de M. Riondel, sur la recherche des eaux souterraines, une commission fut nommée par l'Académie des Sciences de Paris pour examiner la réalité de ce phénomène. Le célèbre chimiste Chevreul fut chargé du rapport. Mais, ainsi que le montre bien J. Maxwell, Chevreul, dans son mémoire — car le rapport ne fut pas présenté à l'Académie, mais publié comme livre indépendant — établit seulement ceci, que le mouvement n'est pas produit par une force physique, mais par les mains et les muscles du sourcier.

Il reprenait ainsi, en les développant, les idées ingénieuses qu'il avait émises en 1833 sur les mouvements inconscients, qui sont cause des mouvements du pendule explorateur.

Le pendule explorateur est un instrument qui sert à la divination depuis longtemps. Il consiste en un objet suspendu à un fil. L'extrémité supérieure du fil est tenue à la main. Les mouvements de l'objet qui se balance servent d'indication. Quelquefois c'est un anneau suspendu au milieu d'un cercle sur lequel sont inscrites les lettres de l'alphabet. L'anneau frappe successivement diverses lettres qui forment alors des mots et des phrases.

On voit tout de suite, sans qu'il soit besoin d'insister, que ce sont les mouvements inconscients (involontaires, et cependant intelligents), de la personne tenant le fil, qui détermine ces mouvements indiquant des lettres, des mots, des phrases, des réponses. Essentiellement le phénomène est tout à fait le même que celui de l'écriture automatique, des conversations par la planchette, du Willing game, du Cumberlandisme, et autres faits analogues, bien connus à présent ; c'est-à-dire de mouvements musculaires involontaires et inconscients, pouvant s'organiser en une sorte de synthèse. Cette synthèse inconsciente est parfois si cohérente qu'elle fait supposer l'intervention d'une personnalité nouvelle.

Avec un jeune garçon naïf, on peut faire l'expérience suivante,

bien démonstrative. On lui met le pendule à la main, et on lui dit que le pendule va indiquer sou âge ; et en effet, si le garçon a douze ans, le pendule va frapper douze coups sur un écran disposé près de la boule terminale. Et le jeune garçon sera stupéfait; il dira : Je suis resté immobile. Or en réalité il n'est pas du tout resté immobile : c'est lui qui a frappé les douze coups. Mais il ne l'a pas voulu, et il ne s'est pas aperçu de ses mouvements. Il aurait pu tout aussi bien dicter une phrase quelconque par les mouvements de l'anneau autour du cercle alphabétique : c'est son inconscient qui, après avoir pensé cette phrase, l'a traduite par de presque imperceptibles mouvements musculaires en lettres désignées par l'anneau.

Ces faits sont maintenant incontestés. Chevreul aura eu le mérite en 1833 d'en indiquer, quoique assez vaguement, le principe1. D'après lui, d'après Babinet, d'après Barrett, d'après la plupart des auteurs qui s'en sont occupés, les mouvements de la baguette sout uuiquement déterminés par les contractions musculaires inconscientes du baguettisant.

La question, envisagée ainsi, paraît assez simple; mais cette simplicité n'est qu'apparente.

| 2. — Exposé des faits.

Le fait d'une inflexion de la baguette au niveau des sources ou des métaux est incontestablement vrai. De récentes expériences l'ont établi en toute certitude.

Des mesures précises ont été prises en grand nombre, et il n'est pas possible de nier le phénomène, aussi certain que tout phénomène de chimie et de physiologie. Je me contenterai de citer les plus récentes expériences, notamment celles de M. Paul Lemoine, faites à Toulouse, au laboratoire de chimie de l'Institut catholique. L'abbé Gaubin, baguettisant très expérimenté, a pu, avec des baguettes, déceler diverses masses métalliques.

La nature de la baguette a exercé une influence. Sur huit expériences, une baguette de bois a donné 8 succès; une baguette de cuivre, 4 succès sur 7 expériences ; une baguette de fer, 2 succès

1. H. Mager, Loc. cit., Paul Lemoink, Quelques observations sur la baguette divinatoire (Bull, de la Soc. Philomathique de Paris), 1913, V, 10, 17.

sur 4 expériences ; une baguette de verre, 0 succès sur 5 expériences.

L'expérience suivante est tout à fait intéressante. Des poids d'or différents ont déterminé des mouvements de la baguette à des distances de plus en plus grandes selon que le poids d'or était plus considérable. L'abbé Gaubin n'ignorait pas la quantité de métal mise là pour actionner la baguette, mais P. Lemoine s'est assuré que les mouvements volontaires de l'opérateur n'y étaient pour rien.

Voici les chiffres trouvés. On remarquera que les mouvements inconscients n'ont nullement été mis hors de cause.

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