CHAPITRE VI
ÉTUDE DE LA FORMATION DES MESURES ASSYRIENNES DE CAPACITÉ ET DÉTERMINATION DE LEURS CONTENANCES, EN MESURES FRANÇAISES.
L'usage des mesures de capacité est beaucoup moins ancien que celui des mesures linéaires et il est facile de s'en rendre compte si Ton veut bien considérer que ce sont les mesures naturelles fournies par le corps humain, telles que TEmpan, la Coudée et le Pas, qui ont été employées seules, pendant très longtemps ; que ce sont ensuite ces premières mesures qui ont donné naissance aux vue^ViTQ^ portatives, dont l'emploi est plus commode, et conduit, en même temps, à une plus grande exactitude ; et que c'est enfin à l'aide de ces dernières mesures seulement que les mesures cubiques ont pu être fabriquées.
L'Empan cube et la Coudée cube ont donc été les premières et peut-être même les seules mesures de capacité employées, dans le principe, par les Assyriens, parce que le pied, qui n'est pas une mesure naturelle, et qui par conséquent n'a jamais pu être une mesure primordiale, n'existait pas encore lorsque les premières mesures de capacité ont été fabriquées, ou du moins
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entre les mesures de longueur et les poids, puisqu'on effet, dans ce système, une Drachme contient 6 Oboles comme une Canne contient 6 Empans; puisqu'un Sicle contient 12 Oboles, comme une Perche 12 Empans ; puisqu'un Décadrachme contient 60 Oboles, comme une Perche agraire 60 Empans; puisqu'une Mine faible contient 360 Oboles, comme un Empan-gagar 360 Empans; puisqu'une Mine forte contient 720 Oboles, comme un Stade 720 Empans ; et puisqu'enfin un Talent contient 21.600 Oboles, comme un Parasange 21.600 Empans.
La vérité des rapports ainsi établie par les Assyriens entre leurs mesures de longueur, de capacité et de poids, se démontre donc, on peut le dire, l'une par l'autre, et il est, en conséquence, parfaitement certain que les treize mesures de capacité comprises dans la nomenclature précédente présentent bien réellement entre elles les divers rapports qui ont été indiqués. Ce premier résultat, une fois obtenu, conduit immédiatement à la détermination des contenances elles-mêmes.
D'un côté, en effet, il a suffi de comparer le système métrique des Assyriens à celui des Hébreux pour reconnaitre^ que les mesures principalement affectées, chez les Assyriens, aux liquides et aux matières sèches étaient le Qa pour les liquides, et le Bar pour les matières sèches ; et de l'autre, il résulte de ce qui a été dit au commencement de ce chapitre que le Qa devait être plus petit que l'Empan cube, pendant que le Bar étaitj au contraire, plus grand. L'Empan cube était donc une mesure comprise entre le Qa et le Bar, et, comme il n'existe, dans la série précédente, qu'une seule mesure, le Séphel, remplissant cette condition, la conséquence forcée de ce fait matériel est que le Séphel correspondait exactement à l'Empan cube, comme on peut le prouver d'ailleurs en faisant remar-
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quer que TEmpan cube et la Coudée cube sont entre eux comme 1 est à 8, et qu'il n'existe, dans la série des mesures cubiques assyriennes que deux mesures réunies par un semblable rapport, le Séphel et l'Ap : ce qui conduit non seulement à répéter que le Séphel avait la contenance exacte d'un Empan cube, mais encore à reconnaître que l'Ap avait, de son côté, celle d'une Coudée cube, soit 19 litres 683 pour le Séphel, et 1 hectolitre 57 litres 464 pour l'Ap.
Les contenances de nos treize mesures cubiques étaient ainsi les suivantes :
Litres.
L'unité innommée correspondait à 0,065.61
Le Sa ou Gar, 10® partie du Qa, 30® partie de l'Empan cube, à 0,656.01
Le Gomer, contenant 6 Sa, 10® partie du Bar, à 3,936.06
Le Qa ou Ka, principale mesure pour les liquides, égal à la 6® partie du Bar ou au tiers de l'Empan cube, à 6,561
Le Séphel ou Empan cube, à 19,683
Le Bar, contenant 2 Empans cubes, ou 1/4 de Coudée cube, à 39,366
L'Iz-Bar^ égal à 2 Bars, ou à 4 Empans ou 1/2 Coudée cube, à 78,732
Le Néphel, égal à trois Bars, ou à 6 Em- Hect. ut.
pans ou 3/4 Coudée, à 1 .18,098
L'Ap, égal à 4 Bars ou à une Coudée
cube, à 1.57,464
Le Létech, égal à 5 Bars ou à une Coudée
et 1/4, à 1.96,830
Le Pi, égal à 6 Bars ou à une Coudée 1/2, à 2 . 36,196
L'Imer, égal à 10 Bars ou à 2 Coudées
etdemie, à 3.93,660
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Hect. Lit.
Et le Gur, égal à 30 Bars, à 5 Pi ou à 3 Imers, à 11.80,980
Cependant M. Oppert s'est cru autorisé à introduire, dans son dernier mémoire sur les mesures assyriennes de capacité, des hypothèses qui se réduisent à assimiler le Bar à TEmpan cube!! et à conclure ensuite en disant :
(( On voit que nous sommes renfermés dans Talter- » native suivante :
» 1° Ou le Qa est le Bath et le Sahia, le Omer ou » Issarion,
» 2° Ou le Gur est le Kor de la Bible: dans ce cas, le » Pi serait le double Epha, le double de TEmpan cube, )) Étalon du système Assyro-Chaldéen. » {Mesures assyriennes de capacité, page 9 du tirage à part.)
Il faudrait donc, d'après mon contradicteur, assigner aux mesures assyriennes de capacité des volumes trois fois plus forts ou trois fois plus faibles que ceux qui leur ont été précédemment attribués !!!
Mais on sait qu'Eisenschmid a dit, dans son excellent traité de Ponderibus et Mensuris (1)^ en s'appuyant sur l'autorité de Josèphe, auquel il accorde une confiance bien méritée :
(( Bathus capere potest septuaginta duos sextarios.
)) Bathi pars sexta fuit Hin.
)) Hin autem mensura est vêtus Hebraeorum ; potest » vero duos congios atticos facere.
» Epha et Bath mensura unius sunto, ut capiat deci- » mam chomeris Bath et decimam chomeris Epha.
» Erit itaque Èpha ut Bathus 72 sextariorum seu » modiorum Rom. 4 1/2.
(1) Jo. Casp. Eisenschmidii : de Ponderibus et mensuris veterum Romanorum, Graecorum, Hebraeorum, Argentorati anno mdccxxxvii. — Sect. Il, de mensuris cavis. cap. iv, de mensuris cavis Hebraeorum.
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» Homer seu gomor décima pars fuit Ephœ. »
De sorte que pour traduire maintenant en mesures métriques ces différentes évaluations d'Eisenschmid, il suffit de considérer (1) :
1** que le Sextarius romain contenait litres 542 et et que par conséquent 72 Sextarius correspondent
à 391itres024
2® que le x^yç ou Congé attique contenait 3 litres 101 et que deux Congés correspondent ainsi à ôlitres 202
3** que le Modius romain contenait 8 litres 671 et que 4 Modius 1/2 correspondent à 39 litres 019
et Ton voit alors qu'Eisenschmid assigne, en premier lieu, au Bath des Hébreux tantôt 39 litres 024, en déduisant sa contenance de celle du Sextarius romain, et tantôt 39 litres 019, en la déduisant de celle du Modius, quand j'assigne, de mon côté, au Bar des Assyriens, la contenance exacte d'un quart de Coudée cube ou en mesure métrique, 39 litres 366 ;
Et qu'il assigne, en second lieu, au Hin des Hébreux 6 litres 202, à leur Chômer 3 hectolitres 90 litres et par
conséquent à leur Gomer ou Homer 3 litres 90
quand j'assigne au Qa des Assyriens 6 litres 56, à leur Imer 3 hectolitres
93 litres et à leur Gomer 3 litres 93
comme pour confirmer^ une fois de plus, la parfaite
concordance des rapports déjà constatés entre les
mesures cubiques des Hébreux et celles des Assyriens.
L'incontestable vérité du système assyrien, tel qu'il
(1) Voir dans les Mémoires de V Académie du Gard^ année 1874, 6* série, tome iv, page 495, mes tableaux indicatifs des mesures de capacité romaines et attiques.
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a été précédemment réglé, demeure ainsi évident ; et c'est avec la plus entière confiance que j'en ajoute ici un tableau synoptique, sur lequel je ne crains pas d'appeler toute l'attention des métrologues, parce qu'il montre, encore une fois, que dans le système assyrien, les rapports établis entre les mesures de longueur étaient, comme je l'ai déjà dit, rigoureusement égaux à ceux qui existaient non seulement entre les mesures de capacité, mais encore entre les poids. (Voyez le tableau à la fin du volume.)
Ce tableau est en outre destiné à faire voir qu'indépendamment des 13 mesures de capacité précédemment déterminées, le système assyrien en contenait encore trois autres qui sont :
1® Une très petite mesure servant d'unité à la série duodécimale, correspondant en conséquence à l'Empan, et égale à la 12® partie du Sa ou à la 120® partie du Qa, comme l'Empan est égal à la 12® partie de la Perche ou à la 120® partie du Plèthre, mesure que l'on peut assimiler, si je ne me trompe, au Cos des Hébreux ou, en d'autres termes, à l'Œuf des rabbins ;
2® Une autre mesure, double de la précédente et correspondant ainsi à la Coudée ;
3® Et enfin une troisième et dernière mesure, moitié du Sa, et correspondant à la Canne, puisque le Sa correspond à la Perche.
Les contenances des petites mesures assyriennes de capacité doivent être réglées par suite en mesures françaises comme je l'indique ici :
1® Le Cos, unité de la série duodécimale, a une contenance de litre 054 que Ton peut comparer à celle du Cyathus romain = litre 045 : c'est la contenance d'un grand verre à liqueur ;
2® l'unité de la série décimale a une contenance de
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litre 065, que ron peut comparer à celle de TAcetabuluiiiz= litre 067 : c'est la contenance d'un verre à madère ;
3*» Le double Cos contient litre 109 et peut être comparé au Quartarius romain = litre, 135 : sa contenance est celle d'un verre à Bordeaux ;
Et 4*^ enfin le 1/2 Sa, contient litre 328, et peut être comparé à THémine = litre 27 : c'est la contenance d'un très grand verre à boire.
On commettrait maintenant une véritable erreur, je me hâte de le faire remarquer, si l'on pouvait aller jusqu'à croire que la série des mesures assyriennes de capacité a été toujours réglée, comme sur le tableau qui précède, la vérité étant, au contraire que cette série n'a pu être ainsi constituée qu'après une longue suite de modifications et d'améliorations successives.
Dans l'origine, je l'ai déjà dit et on le comprend sans peine, les premières et même les seules mesures en usage ont été certainement l'Empan et la Coudée cubes, naturellement divisés l'un et l'autre, d'abord en huit et ensuite en 27 cubes égaux, par le seul effet de la division de leurs arêtes en deux ou en trois parties égales. De sorte que le Qa^ qui est finalement égal, dans le système que je viens de faire connaître, à la 24® partie de la coudée, a pu être réduit primitivement à la 27® partie seulement de cette mesure, pendant que le Sa, finalement égal à la 30® partie de l'Empan, a pu n'en être aussi, de son côté, que la 27® partie. Des Qa et des Sa ainsi déterminés peuvent, en conséquence, avoir été employés, à la rigueur, dans les temps les plus anciens.
Mais, on peut le dire, si la coudée et l'Empan cubes ont été réellement divisés, dans le principe, en 27 parties égales, ce mode particulier de division n'a pas été maintenu
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pendant longtemps, puisque toutes les mesures plus grandes que TEmpan cube, dans la série définitive des mesures assyriennes de capacité, sont des multiples exacts de cet Empan, quand toutes celles qui sont plus petites en sont des fractions régulières, de sorte qu'une mesure égale à la 27® partie de la coudée ne peut trouver aucune place dans la série actuelle.
Quant à l'Empan cube, dont les divisions devaient former seules la série des petites mesures, comme il pouvait être facilement divisé en 1.728 cubes égaux, d'un doigt de côté chacun, ou en 1.000 cubes égaux d'un Pouce de côté chacun, quand la plus petite mesure de la série précédente ne descend pas au-dessous de la 360® partie de cet Empan, il est clair qu'il pouvait, par sa division naturelle en 1.728, ou en 1.000 parties égales, donner ample satisfaction à toutes les exigences des mesurages.
Mais on a vu, malgré cela, que ce mode si simple de division n'est pas celui qui a été finalement adopté, et^ si on ne Ta pas effectivement employé, c'est incontestablement parce qu'il ne permettait pas de conserver, comme on tenait sans doute à le faire^ entre les mesures de capacité, les mêmes rapports qu'entre les mesures linéaires.
Il est facile de comprendre cependant qu'en divisant d'une autre manière, l'Empan cube, dans le but d'obtenir le résultat cherché, auquel les Assyriens semblent avoir attaché une très grande importance, ils étaient amenés à exprimer toutes les mesures cubiques par des noTùbves fractionnaires de Doigts ou de Pouces, ainsi qu'on le voit dans le tableau suivant :
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