CONSIDÉRATIONS PRELIMINAIRES
L'usage des mesures remonte, chez tous les peuples et particulièrement chez les Chaldéens et chez les Assyriens, jusqu'à l'antiquité la plus reculée, et il est facile de le comprendre, si l'on veut bien considérer que les hommes ont toujours été conduits, par la force des choses, à se servir de mesures, aussitôt après leurs premières réunions en sociétés, dès qu'ils ont commencé à s'entr'aider, soit pour construire leurs habitations, soit pour donner satisfaction aux autres besoins de leur existence.
Ils n'ont eu d'abord à leur disposition, à cette première époque de leur histoire, que les quatre mesures primordiales suivantes que tout le monde connaît.
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parce qu'elles dérivent naturellement des dimensions du corps humain (1).
Ces mesures sont :
1** La Coudée^ longueur de Tavant-bras comprise entre le coude et Textrémité des doigts ;
2° Le Pan ou Empan ^ nommé aussi, dans certains cas, Spithame, intervalle compris entre les extrémités du pouce et du petit doigt, quand la main est grandement ouverte ;
3® Le Palme, largeur des quatre doigts, sans y comprendre le pouce, lorsque la main est posée sur son plat ;
4® Le Doigt ou Dactyle, largeur de l'un de ces quatre doigts.
Et ce sont là très certainement les premières mesures dont les hommes se sont servis partout, dans les temps primitifs.
Les rapports que leurs longueurs présentaient alors entre elles n'étaient encore qu'approximatifs, et cependant on peut les indiquer, comme il suit, avec une précision bien suffisante.
Le Palme est naturellement composé de quatre doigts ;
U Empan contient trois palmes, par conséquent douze doigts;
(1) Le nom de mesure primordiale ne peut être rigoureusement donné qu'aux mesures linéaires dont la longueur a été prise directement sur le corps humain et qui sont par conséquent manuelles. On considère cependant quelquefois, comme primordiales, des mesures telles que la Canne ou la Perche, qui, sans cesser d'être m,anuelle8f sont des multiples eaeacts d'une mesure primordiale proprement dite. Mais on ne peut jamais considérer comme telles, ni les mesures qui sont trop grandes pour être manuelles et qui ne sont ainsi que de simples unités de compte, comme le Plèthre ou le Stade, ni le pied lui-même, quoi qu'il soit manuel, parce qu'il n'est un multiple exact d'aucune mesure primordiale et parce qu'il n'en dérive qu'indirectement.
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Et la Coudée contient deux empans, six palmes et vingt-quatre doigts.
Une cinquième mesure, aussi naturelle que les quatre autres, avec lesquelles pourtant elle n'a aucun rapport direct, le PaSj se rencontre, en outre, à l'origine de toutes les civilisations, mais n'a servi, dans le principe, que pour l'arpentage des terres et pour la mesure des distances itinéraires. Sa longueur correspond à Tintervalle compris, pendant la marche, entre les positions successives d'un même pied. C'est le Passus des Romains.
Et comme, dans les temps primitifs, chaque homme ne pouvait employer, aux mesures qu'il voulait prendre, que son propre Empan ^ sa propre Coudée ou son propre Pas^ on comprend sans peine que les cinq mesures, dont on se servait alors, n'étaient jamais rigoureusement égales entre elles ; cependant les approximations qu'elles permettaient d'obtenir étaient très suffisantes pour cette première époque, et personne n'a songé, pendant longtemps, à en demander davantage.
Mais lorsque les progrès de la civilisation et les exigences du commerce ont enfin conduit les Assyriens à comprendre la convenance et même la nécessité d'une plus grande exactitude, ils se sont décidés à introduire, dans leurs anciens usages, une profonde modification, dont les résultats ont été bien remarquables. Elle a consisté à renoncer aux mesures naturelles et à créer de véritables mesures, dans le sens actuel de ce mot, en assignant à l'Empan, considéré comme unité principale, une longueur exactement déterminée et désormais invariable, en divisant cette longueur en douze parties rigoureusement égales, pour déterminer la longueur du doigt, et enfin en décidant que le palme
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sera toujours exactement égal à quatre doigts, la coudée à deux empans, et le pas à six empans ou en d'autres termes à trois coudées, afin de rendre ainsi toutes les unités métriques de ce nouveau système rigoureusement comparables entre elles.
Le Pas est considéré, depuis lors, comme une mesure tout à fait semblable aux autres et pour mieux indiquer cette assimilation, M. Oppert a remplacé, dans toutes ses publications, le nom de Pas par celui de Canne que je lui ai conservé.
En outre, une grande mesure, double de la Canne, c'est-à-dire égale à six coudées ou à douze empans, a été ajoutée à la série pré^îédente, où elle se trouve, par rapport à la canne, comme la coudée par rapport à l'empan, en même temps qu'elle est divisée en douze empans, comme l'empan lui-même en douze doigts. M. Oppert lui a assigné le nom français de Toise, Mais ce nom ne lui convient en aucune manière, et je lui ai substitué, par des motifs qui seront indiqués plus tard, le nom plus régulier de Perche.
Voici donc quels sont les noms et les longueurs relatives des diverses mesures linéaires qui se trouvaient en usage, chez les Assyriens, à l'époque de la formation régulière de leur premier système métrique linéaire. Je les réunis dans le tableau de la page suivante sur lequel on remarquera que, ni les mesures de capacité, ni, à plus forte raison, les mesures de poids n'existaient encore à cette époque reculée. Quelques mesures agraires ou itinéraires commençaient cependant à être en usage, et comme ces nouvelles unités métriques n'ont été déduites des précédentes qu'en suivant les plus anciennes règles de la numération assyrienne, ce sont précisément ces anciennes règles qu'il me semble nécessaire de faire connaître, avant d'aller plus loin.
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NOMS DONNÉS aux