CHAPITRE II
DÉTERMINATION DES DIFFÉRENTS SYSTÈMES DE NUMÉRATION DONT LES ASSYRIENS ONT FAIT USAGE AVANT d'aDOPTER LA NUMÉRATION SEXAGÉSIMALE ET ÉTUDE DES RÈGLES QUI LEUR ONT SERVI A COMPLÉTER LEUR SYSTÈME MÉTRIQUE LINÉAIRE.
On ne connaît, en France, que d'une manière très insuflSsante et très imparfaite les divers systèmes de numération dont les anciens habitants de TAssyrie ont fait usage, à l'origine de leur civilisation, et cette situation provient non seulement de ce que les assyriologues sont malheureusement peu nombreux chez nous, mais encore et surtout de ce qu'il est fort rare de rencontrer, parmi eux, un mathématicien sérieux, quand il est cependant indispensable, lorsqu'on veut se rendre un compte exact des variations subies par les anciens systèmes de numération des peuples asiatiques, d'avoir une certaine habitude des chiffres, c'est-à-dire d'être mathématicien encore plus qu'assyriologue.
Il est cependant facile, ainsi qu'on va le voir, de combler, avec un peu d'attention, cette fâcheuse lacune.
Il est d'abord incontestable que les Assyriens ont commencé à calculer, comme tous les peuples du monde, en comptant sur leurs doigts, en d'autres termes, en groupant les unités par quines et par dizaines ; de sorte que leur numération primitivç a été certainement constituée par quines^ disaines ^ centaines ^ etc., et se trouvait ainsi essentiellement décimale.
MÉTROLOGIE ASSYRIENNE 7
Lors donc qu'ils se sont appliqués, pour la première fois, à compter leurs pas, pour former leurs premières mesures itinéraires ou agraires, ils les ont indubitablement comptés par quines et par dizaines, comme je Tai constaté à priori dans un mémoire spécial sur les mesures agraires assyriennes (1), dont je reproduirai les conclusions dans la suite de ce travail, pour montrer avec la plus entière évidence que les trois premières mesures agraires introduites dans le système métrique assyrien sont, en effet, trois carrés ayant cinq, dix et vingt pas de longueur sur chacun de leurs côtés. La dernière de ces mesures, dont les côtés ont vingt pas, ou ce qui est la même chose, soixante coudées, puisque chaque pas contient trois coudées, est précisément celle que tout le monde désigne aujourd'hui sous le nom de Plèthre. Quant aux deux autres, je leur ai déjà donné, dans ma précédente publication, et je leur conserverai ici les noms de canne agraire et Ae perche agraire.
Il est facile de comprendre maintenant que le premier système métrique organisé chez les Assyriens, de la manière indiquée dans le chapitre précédent, n'est pas resté sans influence sur leur numération décimale primitive et que par conséquent l'habitude contractée par eux de compter par doujsaines, soit d'abord les doigts pour former les empans, soit ensuite les empans eux-mêmes pour former les perches, les a conduits naturellement à compter aussi les pas de la même manière, lorsque, après avoir ajouté à leur système métrique les trois mesures agraires dont je viens de parler, ils ont voulu y ajouter encore leurs
(1) Voyez ma Théorie de Varpentage chez les Assyriens imprimée dans le Recueil de M. Maspbro, relatif à la Philologie et à T Archéologie Égyptiennes et Assyriennes, X" volume, page 29.