GENRE SOUFRE
souFas.
Le soufre possède une couleur particulière qui le fait presque constamment reconnaître ; ce n'est, en effet, que dans des circonstances rares qu'il perd la belle nuance jaune qui lui est propre. Cependant certains échantillons de soufre sont verdàtres, brunâtres ou rougeàtres, par suite de mélanges. Le plus ordinairement cristallisé, il est quelquefois en stalactites ou à l'état compacte : en stalactites, il conserve presque toujours encore à cet état la couleur qui le distingue; com* pacte, il a l'aspect d'une marne d'un gris clair.
coractèrM ^é^étmu'm. — Le soufre est un peu plus dur que la chaux sulfatée ; sa dureté est 2,5; — très-fragile, il se casse par le plus léger choc. La chaleur de la main suffit même pour le faire fendre; il fait entendre, dans ce cas, un petit pétillement particulier ; — sa cassure est concholde, vitreuse et souvent très-éclatante ; on dit même du soufre qu'il possède Viciât adamantin. — Il est hyalin, jouit de la double réfraction à un haut degré ; cette propriété est appréciable à travers deux faces parallèles ; — il fond à la température de 110 degrés, et se volatilise complètement; il brûle et s'enflamme avec une grande facilité ; tout le monde sait qu'on met cette propriété à profit dans la fabrication des allumettes el de la poudre ; ^ il brûle avec une flamme bleue et se
i7â ^ SOUFRE.
transforme en gaz acide sulfureuiSy dont Todeur piquante est un caractère qui suffit pour distinguer le soufre. — Sa pesanteur spécifique est 2,0705 ; — il acquiert par le frottement l'électricité résineuse ou négative.
cristalliMitioii. — La forme primitive du soufre est un prisme rhomboïdal droit, fig. 30, pi. 6, sous l'angle de 101^ 47' 20^, dont le rapport d'un des côtés de la base à la hauteur est à peu près celui des nombres 67,61 : 100. M. Uaûy a pris pour forme primitive un octaèdre, qui devient alors une forme secondaire : la disposition générale des cristaux a conduit M. Haûy à ce choix ; mais si les faces verticales du prisme sont moins fréquentes que les faces de l'octaèdre, la base du prisme est au contraire presque constante. Le soufre présente des clivages suivant les faces verticales du prisme, et parallèment à celles de l'octaèdre ; les premiers sont plus faciles.
Les cristaux de soufre sont toujours en octaèdres plus ou moins modifiés. La forme la plus fréquente est représentée dans la fig. 31, dans laquelle les faces verticales du prisme ont disparu sous de larges troncatures 6*, placées sur les arêtes de la base du prisme ; cette dernière existe presque toujours; quelquefois elle est fort réduite, mais jamais elle n'altère la disposition générale du cristal.
L'octaèdre simple, fig. 32, se trouve avec beaucoup d'abondance, surtout dans les terrains volcaniques; c'est la même que la précédente, dans laquelle la base a disparu par le prolongement des faces 6*. Dans quelques circonstances, l'octaèdre devient cunéiforme {fig. 33), c'est-à-dire que son sommet est remplacé par une arête, qui résulte de l'élargissement de certaines facettes.
La fig. 34, qui représente des cristaux provenant de Gonilla, en Espagne, se trouve également avec beaucoup d'abondance sur des cristaux de Sicile; c'est l'octaèdre portant au sommet la base, plus une bordure sur les arêtes d'intersection entre la base et l'octaèdre ordinaire h^ ; les petites faces de la bordure, prolongées, donneraient naissance à un octaè»
dre b^ plus obtus que le premier. Ces petites faces, qui sont très-fréquentes, ne sont jamais assez étendues pour altérer la forme générale des cristaux de soufre.
Outre ces cristaux, auxquels on pourrait se borner pour faire connaître la cristallisation de ce minéral, nous en ajouterons quelques-uns, plus rares, mais qui cependant la complètent.
La fig. 35 présente deux nouveaux genres de facettes ; les premières sont les faces yerticalesM, qui, réunies à la base P complètent la forme primitive; les secondes sont des faces e* placées sur deux des angles de la base. Ces dernières nous apprennent que le prisme est rhomboïdal, forme qui résuU tait déjà de la symétrie des modifications 6^ et &^.
La fig. 36, qui appartient également à des cristaux de Co* nilla, en Espagne, offre la réunion de toutes les modifications que nous avons fait connaître. Dans cette figure, on a dû donner aux facettes 6^ et e^ beaucoup plus d'étendue qu'elles n'en ont dans les cristaux réels ; elles y simulent seulement de légères bordures qui n'altèrent point la forme générale.
M.Scacchi, dans un mémoire très-intéressant^ qu'ila publié sur les environs de Naples, a fait connaître la cristallisation du soufre d'une manière beaucoup plus complète qu'elle ne Tétait. Nous empruntons à ce travail les fig. 23 et 24, pi. 228, ainsi que le tableau des principaux angles qui déterminent la position des facettes.
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6* sur i
Seconda forma du sonfira. — Les cristaux naturels de soufre se rangent tous dans les formes que je viens de décrire ; il n*en est pas de même des cristaux artificiels que Ton ob*
' Hnnori geolochkhê tuiia Campania, per Ângelo Scaoehi , 1849.
i74 SOUFRE.
tient en fondant An soufre, et en le faisant cristalliser par le simple refroidissement. M. Mitsoherlich ^ a montré qu'ils appartenaient à un prisme rhomboïdal oblique, dont Tangle de la base P sur M est de 85<>.55' Z(y\ et celle des faces M,M de 90•32^
La fig. S7 montre complètement cette seconde forme du soufre. On y voit que les deux arêtes de la base, placées sur le devant du cristal, sont les seules tronquées. M. Mitscher* lich a reconnu que la loi de décroissement des faces qui en résultent était de 1 sur 10. Les deux angles E sont également remplacés par des facettes «*/• ; leur présence s'accorde avec celle des faces 6'/**, pour faire regarder la seconde forme du soufre comme un prisme rhomboïdal oblique.
M. Mitscherlich annonce qu'il n'a jamais trouvé les cristaux de soufre fondu en formes simples. Us affectent la forme de macles , /I9. o8 , remarquables en ce que les cristaux élémentaires dont elles se composent ne sont tournés que d'uD quart. Le plan M du premier cristal est parallèle à h^ de lautre cristal , et la face «V* d'un cristal est parallèle avec la face éV» de l'autre, avec laquelle elle ne fait qu'un même plan.
La seconde forme du soufre ne se montre pas dans les cristaux naturels de cette substance ; sa découverte a constaté la belle théorie de M. Mitscherlich sur le dimorphisme.
M. Mitscherlich a, en outre, fait cristalliser du soufre en le dissolvant dans du carbure de soufre , ainsi que dans du phosphure de soufre : les cristaux qu'il a obtenus dans ces expériences affectaient, comme les cristaux naturels, la forme de l'octaèdre rhomboïdal.
PaMa^e d'nne forme à iina antre. — Depuis les travaux de M. Mitscherlich, M. Deville et M. Pasteur ont fait l'un et l'autre des recherches intéressantes sur les deux états du sou-
■ Sur le Rapport qui eaHste entre les proportions chimiques ei la ferme cristaUine, par H. E. Mitscherlich {Annales de chimie et de physique, t. XX] V, p. 270),
fre. M. Pasteur ^ a obtenu à la fois des cristaux en octaèdres rhombo!dauK et des cristaux en prismes obliques y en faisant cristalliser le soufré, à la température ordinaire, dans le sulfure de carbone; ces cristaux, de formes incompatibles, étaient réunis sur le même échantillon.
H. De^ille ^ a également obtenu des cristaux appartenant au prisme rhomboïdal droit et au prisme rhomboïdal oblique , par la dissolution du sou&e dans le sulfure de carbone et par la fusion. Il croit que, dans Tun et l'autre cas, le soufre ne se trouve pas exactement au même état, quoique appartenant à une même dissolution ; ce qui le porte à adopter cette opinion , c'est que la dissolution dans le sulfure de carbone de cristaux octaèdres est complète , qu'elle ne laisse aucun résidu , et que son évaporation donne exclusivement lieu à des cristaux en octaèdres. Le soufre en prisme rhomboïdal oblique se dissout avec une égale rapidité dans le sul* fure de carbone , mais il reste un résidu qui conserve la forme extérieure des cristaux, comme si ces cristaux se composaient de deux parties distinctes. Les observations de M. Deville nous apprennent , en outre , que les cristaux en prismes obliques se transforment en octaèdres par un mouvement molé<çulaire qui se produit à la longue. Il dit, à cet égard : « Que «le soufre possède trois états distincts, qui correspondent « chacun à une certaine accumulation de chaleur latente, qui c seraient le soufre utrieulairôy le soufre prismatique et le « soufre ociaédrique. » Ce dernier état serait le terme définitif du soufre y vers lequel les deux autres tendraient sans cesse.
Des expériences sur la pesanteur spécifique ' que M. Deville avait faites antérieurement prouvent, en effet, que le soufre cristallisé à chaud augmente constamment de pesanteur spécifique en vieillissant , et se rapproche de la pesanteur
I Comptes rendus de VÂcadéme des sciences.i. XXVI, p. 48^ 1848.
» M., t. XXV, p. 858, 1847.
spécifique du soufre natif, qui est 2)0705. Le tableau suivant fait connaître les principaux résultats obtenus par M. Deyille.
Soufre ordinaire. Soufre mou Jaune. Xon rouge.
Trois heures après la fusion.. 1,9578. 1,9277 1,9191.
Un mois après 2,0192. Dix jours 2,0092 2,0096.
Un an 2.0453. Trente jours. 2,0459 2,0312.
Deux ans 2^0498. Un an 2,0613 2,0512.
Le mouvement moléculaire serait, d'après ces expériences, plus rapide dans le soufre mou, mais sa pesanteur spécifique serait la même que celle du soufre natif; on y découvre effectivement des cristaux de forme octaédrique.
soufre concrétionné. — On trouve cette variété dans deux circonstances distinctes, et les caractères qu'il y affecte sont fort différents. Dans le preinier cas, ce sont des stalactites de soufre fondu, comme à Yulcano, en Sicile ; il est alors d'un beau jaune , passant un peu à l'orangé ; sa couleur rappelle tous les caractères du soufre cristallisé. Dans le second cas, le soufre est le produit d'eaux thermales qui contiennent de l'hydrogène sulfuré en dissolution. Celui-ci se décompose par l'action de l'air, et dépose du soufre ; à cet état, le soufre forme des concrétions grossières très-caverneuses, friables et presque blanches, ou du moins n'ayant qu'une légère teinte de jaune ; cette teinte signale le soufre , aux personnes qui ont déjà eu l'occasion de voir des échantillons de soufre thermogène. Il est inutile de rappeler qu'il brûle avec tous les caractères propres à cette substance.
souflre compacte. — Dans les terrains tertiaires, et notamment dans celui des environs de Narbonne , on trouve à Malvesi des rognons de soufre disséminés au milieu même des feuillets des marnes d'eau douce ; leur cassure est à la fois terreuse et compacte , et leur couleur est d'un gris cendré clair. Ces échantillons de soufre, vraiment trompeurs, ressemblent à un calcaire terreux ; on remarque seulement que leur légèreté est beaucoup trop grande pour une pierre calcaire. Quand on les frotle, ils prennent de l'éclat par la raclure, et
SOUFRE. iTî
développent même par cette simple action une légère odeur sulfureuse.
floofk^ polTémleDt. — Il est en poussière fine , sublimée à la surface de certaines laves , ou renfermée dans quelques pierres; tel est le soufre que Ton trouve quelquefois dans les environs de la solfatare de la Guadeloupe , et celui qui existe dans rintérieur des silex cariés de Poligny, dans le département du Jura. A cet état, le soufre est terreux et peu coloré; il ressemble assez, par Taspect, au soufre thermogène» mais il n'est point concrétionné.
Analôffias. — Aucun minéral ne présente de caractères extérieurs plus tranchés que le soufre. Dans son état le plus ordinaire, sa couleur jaune et son éclat adamantin le distinguent de tous les autres minéraux. Quand quelques doutes s'élèvent, la flamme que le soufre donne en brûlant et Todeur qu'il répand le font immédiatement reconnaître.
Gisement. — Le soufre se trouve dans trois sortes de gisement : 1® en rognons disséminés au milieu des couches des terrains de sédiment; 2^ associé aux mêmes terrains, mais paraissant de formation postérieure à leur dépôt; 3^ produit par sublimation dans les terrains volcaniques , ou par la décomposition des eaux thermales qui contiennent de Thydrogène sulfuré en dissolution.
Le premier genre de gisement est assez fréquent , mais il ne produit que peu de soufre. J'ai eu Toccasion d'en visiter un à Malvesi , aux environs de Narbonne , sur lequel il ne saurait y avoir de doute ; il a été découvert en creusant un puits pour avoir de l'eau. Le terrain de Malvesi appartient à Tétage moyen des formations tertiaires; il se compose de calcaire d'eau douce , de pierre à plâtre et de marnes schisteuses d'un gris très-clair ; c'est au milieu de ces marnes , à environ 7 mètres de profondeur, qu'on a trouvé le soufre en rognons intercalés dans les marnes mêmes. Les rognons étaient disposés parallèlement à la stratification , comme les rognons de silex. Le soufre , compacte et même terreux , avait
T, II. i±
<t8 GISEMENT DU SOUFRE.
lu couleur de ees marnes , et participait à la division sctiis«> teu^e qui leur est propre. On a trouvé du soufre dans une position analogue dans les carrières à pULtre des environs de Meaux, à 50 kilomètres environ au nord de Paris.
Le second genre de gisement du soufre est fort analogue à celui que nous venons d'indiquer ; il consiste en amas irréguliers, associés à des marnes bleuâtres qui appartiennent le plus ordinairement au terrain de craie. Souvent ces amas paraissent contemporains au terrain ; mais, dans certains cas, les caractères géologiques du soufre annoncent qull^ y a été introduit postérieurement, ainsi que cela a eu lieu, à Teruel , en Aragon , où des myriades de lymnées, de paludines et de planorbes sont remplacés par du soufre. Cependant les coquilles sont disséminées d'une manière irrégulière dans co terrain , et on ne voit pas comment la substitution du soufre a pu se faire à la matière des coquilles , car aucun filon de soufre n'indique son origine.
La Sicile offre l'exemple le plus intéressant du second mode de gisement; le soufre y est déposé avec une profusion qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, et qui est la source d'une grande richesse pour cette partie de l'Italie. Ses mines alimentent l'Europe presque entière de ce minéral, devenu si précieux depuis que l'acide sulfurique est devenu l'agent de plusieurs industries importantes, telles que le blanchiment des toiles, la fabrication de l'acide sulfurique, celle de la poudre, etc. Le terrain soufrier de la Sicile se compose de grès bitumineux à grains fins , et de marnes schisteuses noires , bitumineuses , contenant des lits interstratifiés de calcaire compacte. Ces marnes , que l'on désigne dans le pays sous le nom de matTies azurines , constituent le véritable gisement du soufre; il y est, dit M. Paillette *, déposé en amas,
1 Recherches sur la composition géologique des terrains qui renfemmU , M Sicile et et» Calabrey le soufre et le succin , par H. âdriek Pailletcb ( Comptes readtts de l'Académie des sciences, séance da Smai 1843).