SALURE DES EAUX DE LA MER
tamment à Fitou, dans les Pyrénées, ne se dépose qu'à 35 degrés de Taréomètre, c'est-à-dire après la formation du sel.
Si donc on suppose qu'à Fépoque des marnes irisées, formation qui renferme les gisements de sel en couche, il existait des bassins fermés renfermant de l'eau de mer ; que cette eau, sous l'influence delà chaleur de la terre, alors considérable, se soit successivement concentrée, on a ime explication naturelle des vastes lentilles de sel gemme qui existent dans ce terrain.
D'un autre côté, la quantité de sel que contiennent les différentes mines de sel gemme connues est une fraction si faible * du sel contenu dans les mers, à peine 51 dixmilUèmes, qu on ne peut pas supposer que la salure de la mer soit due à la dissolution de bancs de sel; il est, au contraire, très-probable que les éléments du sel font partie de la constitution
• En groupant ensemble les diflérento dépôts de sel gemme connus , 0 ra*a semblé qu'on avait une idée assez exacte de leur ensemble, en supposant qu^Us recouvrent une surface de trente lieues de longueur sur vingt lieues de large , correspondant à 120^000 myriamëtres sur 80,000. Une épaisseur moyenne de 400 mètres me parait supérieure à œlle des dépôts connus les plus considérables. Les mines de Vie ont, en effet, environ 02 mètres, et celles du Ghesbire 65 mètres au plus.
Dans ce cas, tout le sel gemme connu serait représenté par 960,000,000,000 mètres cubes, correspondant à 2112,000,000,000,000 kilogrammes de sd, en snppo sant que 2,20 représente la pesanteur spécifique du sel gemme.
La surface des mers, qu'on évalue aux deux tiers de la surfoce de la terre, serait, d'après M. de La Bêche d'environ 3,399,255 myriamètres carrés. En supposant que leur profondeur moyenne soit de 4,000 mètres, ainsi qu'on l'admet générale* ment, et que chaque mètre cube d'eau de mer contienne 30 kilogrammes de sel . on trouve, pour la quantité de sel que doit renfermer l'ensemble des mers, le nombre :
40,790,820,000,000,000,000 kUogr. ,
ce qui donne pour la relation de la quantité de sel que renferment les mines de sel connues à celle qui existe dans les mers t
Ce calcul n'offre sans doute qu'une approximation très-grossière ; mais en doublant même la masse de sel gemme enclavée dans les terrains, elle ne serait encore qu'une fraction très-iaible de celle contenue dans la mer, et ces conclnsions n'en seraient pas modifiées.
SOUDE NITRATÉE. Î17
même de notre globe, et que tous les dépôts de sel gemme ont été produits par des causes neptuniennes, analogues à celles qui ont présidé aux dépôts des calcaires.
souBB anr&ATiiB.
Nitratine Haidinger.
Ce sel se trouve en grains cristallins, sans forme distincte ; quand on le fait dissoudre et cristalliser par la concentration de la liqueur, il donne, comme la soude nitratée obtenue artificiellement, des cristaux qui dérivent d'un rhomboèdre obtus sous Tangle de 106® 33' (/ïjf. 55, pi. 10). Ces cristaux présentent des clivages faciles, parallèlement aux faces de la forme primitive.
La saveur de la soude nitratée est fraîche et un peu amère ; elle fuse sur les charbons ardents, mais moins facilement que la potasse nitrée.
Blanche, transparente, elle a un lustre vitreux. Sa pesanteur spécifique est 2,1.
La soude nitratée a été découverte au Pérou par M. Mariano de RivERo. Elle forme des dépôts qui se trouvent presque à fleur du sol , et qui sont disséminés dans une argile brune mêlée de fragments de coquilles qui ont conservé leur couleur. Elle est en grains isolés, mélangés de sable. D'après la note publiée à ce sujet par M. de Rivero*, les dépôts de soude nitratée embrassent une étendue de quarante lieues de long au nord et à l'ouest d'Alica, dans la province de Taracapa, et au sud de cette ville jusqu'à la rivière de Loa ; le pays est une pampa élevée, formant un bassin, fermé à Touest par les falaises du rivage, au nord et à Test par des collines de grès, et au sud par le ravin dans lequel coule la rivière de Loa. On exploite aujourd'hui ce sel avec avantage pour la préparation de l'acide nitrique ; il sert aussi comme intermédiaire pour la fabrication de l'acide sulfurique. On l'a introduit pendant quel-
' Amaiet de la cMmk, t. XVIII, p. 442.
218 300DE CARBONATËE.
qu6 temps dans la composition de la poudre, mais son emploi a été abandopoé, parce que ce sel est légèrement déliquescent. La soude nitratée du Pérou est mélangée d'autres sels; d'après une analyse de M. Hayes, elle contient :
Nitrate de soude 64,98 \
Sulfate de soude S^OO I
Chlorure de sodium. . . . 28,69 > 99,90.
lodure de sodium 0,63 I
Manu mélangée 2,60 J
Lorsque cette substance est purifiée, on obtient du nitrate de soude ordinaire dont la composition, représentée par Na, M*, est ;
Oiyg. Ripp.
Soude 37,20 9,62 1.
Acide nitrique.,.. 62,80 46,98 5.
80UBB8 OARBOXATÉBS.
Ce sel se trouve fréquemment dans la nature; la facilité avec laquelle il s'efjQeurit laisse de Tincertitude sur sa composition , attendu que cette altération lui fait perdre une grande Suantité de son eau de cristallisation. M. Beudant,danslebut e résoudre cette question intéressante, a fait de nombreuses analyses de soude carbonatée; il résuite de ses recberches que la soude carbonatée ne contient après Tefflorescence que de 13 à 14 pour cent d'eau, tandis que le sel cristallisé en renferme 62 à 63. Cette constance de la quantité d'eau dans le sel effleuri a conduit M. Beudant à adopter le premier de ces nombres pour établir la composition chimique de la soude carbonatée. Nous croyons préférable de prendre pour base les sels récemment cristallisés et séchés, de manière à ce qu'ils ne contiennent pas d'eau d*imbibition, plutôt que ceux qui ont éprouvé une altération qui peut être plus ou moins avancée. Du reste, quel que soit Tétat du sel sous le rapport de l'eau qu'il contient, il est impossible de faire concorder la composition de la soude carbonatée de Hongrie, de TÉgyple et du
SOU0£ GARBPKATÉjS. 31»
Vésuve, «vec h composition du m^me sel que la Beprbarie a versé dans k commères peiulaDt de longues années, ainsi qu^ celui qui provient de T Amérique méridionale.
Dans la première, la soude est à Tacide carbonique daps le rapport de 3 ; 1 , comme dans Ja plupart des carbouates ; dans la soude earbooatée de Barbarie et, de l'Amérique, le rapport €$t 3 ; i ; le premier est donc le carbonate sodique ordinaire , tandis que le second est le scêqui-earffonate sodique. La cristallisation , sans présenter das différences du même ordre entre ces carbonates de soude, est cependant telle qu*on est conduit à au admattre deux espèces distinctes.
10 SOUDE GARBONATtE.
Soude ; Alcali minéral ; Natron Beudant.
L'analyse de la soude carbonatée cristalline provenant des lacs de Debretzin , en Hongrie, faite par Klaproth , donne pour le signe minéralogique de cette espèce : NaC^-f-lOAq. Elle est composée de :
Oiyg.
Sradi 33 5,62 — 1.
Acide carl)oniqae. . . 46 11,57 — d.
Eau 64 55,12 — 10.
La soude carbonatée venant également de Debretzin , mais effleurie et telle que le commerce l'exporte , a donné à
M. Beudant :
oiyg.
Soude 43,20 11,05 1.
Acide carbonique 30,40 21,99 2.
Eau 13,80 12,56 1.
Sulfate de sonde 10,40
Chlorure de sodium . . 2,20
qui conduit à la formule simple NaC^ + Àq^ qui est celle adoptée par M. Beudant.
La soude carbonatée cristallise sous la forme d'un prisme rhomboîdal oblique, /iy. 51, pi. 9, dans lequel rincideqce
2fO SOUDE GARBONATËÉ.
des faces latérales est de 76® 12', et l'inclinaison de la base sur chacune d'elles est de 103® 48'; le rapport d'un des côlés de la base à la hauteur est à peu près celui des nombres 13 : 10.
Les cristaux que l'on obtient le plus ordinah*ement sont des tables à huit faces, fig. 52, allongées dans le sens de la petite diagonale, et portant des troncatures sur les angles de la base et sur les arêtes verticales.
Sa pesanteur spécifique est de 1,42.
Ce sel , soluble dans Teau, possède une saveur urineuse ; il verdit le sirop de violette et se fond très-aisément au chalumeau en un verre transparent qui s'altère par l'action de l'air; avant de fondre, il donne une vive effervescence due à l'eau et à l'acide carbonique qui se dégagent. Les acides y produisent également une vive effervescence.
On recueille souvent, sur les bords des lacs salés, de la soude carbonatée, aciculaire; mais bientôt elle tombe en efflorescence; il en résulte que la manière d'être de ce sel est généralement en poudre blanche plus ou moins agglutinée.
sonde carbonatée piismatiqae. — M. Mohs, dans son Traité de minéralogie, décrit sous ce nom, immédiatement après la soude carbonatée, une substance qui par sa cristalli* sation diffère essentiellement de la précédente, mais dont l'analyse n'a pas été faite jusqu'à présent. Il présume qu'elle se trouve toute formée dans la nature, parce qu'on en voit quelquefois des cristaux distincts sur des morceaux de soude du commerce. Pour en obtenir de beaux cristaux, il suffît de faire évaporer, à une température de 25 à 40^ centigrades, une solution parfaitement saturée de carbonate de soude. Ces cristaux, dont la forme générale est indiquée dans la fig. 54 , pi. 9, dérivent d'un prisme rhomboîdal droit, fig. 53, dans lequel l'incidence des faces latérales est de 90® 10', et le rap^ port d'un des côtés de la base à la hauteur est à peu près celui des nombres 25 : 12; ils se clivent parallèlement à la modification A^ Leur pesanteur spécifique est de 1,56. Ils
TRONA. ^ NATRON. 221
s'altèrent beaucoup moins à l'air que les cristaux de soude carbonatée; les autres caractères sont à peu près les mêmes dans les deux substances.
IfatroD ; Sesqui- carbonate' de soude; Borech; Urao Beudant.
Cette seconde espèce de soude carbonatée ne s'efïleurit pas à l'air, et, au lieu de se trouver en masses pulvérulentes et terreuses, comme la première, elle forme des grains cristallius transparents ou fortement translucides, ayant une cassure inégale piais vitreuse.
Le trôna est en prismes rhomboîdaux obliques, dont les an« gles, imparfaitement connus, diOerent notablement de ceux du natron ; ils sont supérieurs à 120 degrés. La disposition générale de ses cristaux est en outre essentiellement distincte ; ils affectent la forme d'un prisme très*obtus (fig. 56, pi. 10), surmonté d'un biseau. On reçoit le trôna du royaume de Fezzan , en Afrique y en cristaux aciculaires allongés. Ce sel possède un clivage facile parallèlement à la forme primitive, tandis que dans le natron le clivage est vertical. Sa pesanteur spécifique est 2,11.
La composition du trôna, d'après Klaproth, est :
Oxyg. Rapp.
Soude 37 9,46 1.
Acide carbonique.... 38 27,49 3.
Eau 22 19,50 2.
Soude sulfatée 3
nombres qui conduisent à la formule NaC^+^Aq^ qui est la même que celle du sesqui-carbonate cristallisé.
D après les nombreuses analyses données par M. Beudant^ le trôna contient presque toujours une petite quantité de car-
« Thtitéélémenfain de Minéralogie, t. Il, p. 313.
Sitt GISEMENT m LA SOUDE CARBONATES.
bofiâte de sdudcf ordinaire. Il eu résalte quelques difiiculléB pour reconnaître ce se] ^ parce que le carbonate de soude , s'effleurissant, apporte une certaine altération dans les caractères extérieurs que nous avons indiqués ci-dessus comme lui étant propres.
Le trôna est soluble dans l'ead ; sa saveur est acre et urineuse; il se comporte aux acides et au chalumeau comme le natron.
Analogies. — Nous venons d'indiquer les raisons qui font ordinairement confondre la soude carbonatée et le irona. La recherche de la quantité d'eau est un moyen facile pour les distinguer. Avant d'être effleuri, le dernier de ces sels contient 60 pour cent d'eau au moins, tandis que le trôna n'en renferme que 22; mais lorsqu'il est altéré, il n'en contient plus que 12 à 14. Ces nombres sont tellements différents, qu'ils deviennent caratéristiques , et qu'il suffit de dessécher ces sels dans le tube d'essai , à une température de 130 degrés au plus, pour les distinguer l'un de l'autre.
Plusieurs autres sels, tels que le sulfate de sottde, le sulfate de potasse, le nitrate de soude, ont de l'analogie avec le trôna quand il n'est pas mélangé de carbonate de soude ordinaire. Sa saveur acre et urineuse le distingue facilement des sels que nous venons d'indiquer, qui possèdent une saveur salée, ou une saveur fraîche ; mais le caractère le plus saillant est de faire effervescence avec les acides.
Gisement. ^ Le carbonate de soude se trouve le plus ordinairement à la surface de la terre, aux environs de certains lacs dont les eaux en renferment en dissolution , et que l'on désigne sous le nom de natrifères. C'est surtout pendant les chaleurs de l'été que ce sel est abondant; il forme alors des efilorescences que M. Beudant compare à des dépôts de neige. Ces lacs sont fort nombreux ; il en existe en Europe, dans les vastes plaines situées au centre de la Hongrie , particulièrement autour de Debretzin, et dans les plaines qui bordent la mer Noin;. Le carbonate de soude natron est le sel le plus
GISEMENT DE LA SOUHE CARBONATÉE. iB
abondant dans les eaux, à en juger du moins par la nature des soudes que ces localités livrent à la consommation. L'Egypte exportait jadis une grande quantité de soude : ce commerce a beaucoup diminué depuis la fabrication artificielle de la soude. Les lacs Natron , qui fournissaient la soude carbonatée de l'Egypte, sont situés à l'ouest du Nil, à une journée de Terraneh ; ils renferment une très-grande quantité de soude carbonatée mêlée de sel marin. Lorsque leurs eaux baissent, les deux sels cristallisent successivement; le sel marin le premier, le natron ensuite. Le natron est enlevé tous les ans. Les parois de ces lacs sont creusées dans un terrain calcaire , et M. Guyton de Morveau a attribué la présence du carbo«nate de soude à une double décomposition de l'eau salée, par les parois des lacs, de sorte que, suivant ce célèbre chimiste, il se forme à la fois du carbonate de soude et du chlorure de calcium.
On cite comme natrifères un grand nombre de lacs disséminés dans les plaines qui bordent la mer Caspienne; il en existe en Arabie, en Perse, dans l'Inde, auThibet, où les caravanes vont s'approvisionner.
Le gisement du trôna est fréquemment analogue à celui du natron; quelquefois même, ainsi que nous Tavons indiqué, le trôna est mélangé de natron. Cependant il ne parait pas que le trôna soit jamais le résultat d une double décomposition, ainsi que cela a lieu dans les lacs d'Egypte. Nous serions donc porté à penser que le trôna serait le véritable carbonate de soude de la nature, et que le natron serait un produit de double décomposition. Il est certain que le premier de ces sels a été seul trouvé en couches intercalées dans des terrains tertiaires réguliers, comme en Colombie, où il forme un banc recouvert par une couche argileuse remplie de cristaux de gay-lussite. MM. Rivero etBoussingault, auxquels nous devons la découverte de ce gisement intéressant, ont également reconnu une couche de trôna au village de Lagunîlia, à une journée de Mérida, dans le même État de TAmé-
224 GAY-LUSSITE.
rique méridioDale. Le trôna est fréquent dans le Fezzan, sur les bords du grand désert. On en cite aussi dans le pays des Bochimans; on en connaît dans plusieurs parties de TAmérique y aux environs de Buénos-Âyres; au Mexique, dans la vallée de Mexico, etc.
Les carbonates de soude existent, en outre, dans un grand nombre d'eaux minérales^ entre autres celles de Garlsbad, de Spa, de Seltz, etc. Les plus connues en France sont les eaux de Vichy, en Auvergne, qui sont fort riches en alcali. La présence du carbonate de soude dans les sources ther* maies, dit M. Beudant, « a fait soupçonner que<]ans le plus <i grand nombre de localités ces sels sont amenés à la surface «c du terrain par des eaux minérales qui en sont plus ou moins « chargées. »
On connaît, en outre, la soude carbonatée, mais en trèspetite quantité, en efiflorescence à la surface des volcans. IPresque toutes les collections eu possèdent qui proviennent de l'Etna et du Vésuve; M. de Humboldt en cite, en outre, à Ténériffe et à la solfatare de la Guadeloupe.
GAT-ItUAnCTB.
Ce minéral se trouve en cristaux d'apparence fort irrégulière; transparents quand ils n ont point subi l'altération de Tah-, ils deviennent d'abord blanchâtres à la surface, puis opaques. Cette altération est lente et exige plusieurs mois. Il suffit, pour l'empêcher, de mettre les cristaux de gay-lussite sous un bocal. Cette substance a été recueillie par M. Boussingault, qui en a fait connaître la composition; sa détermination cristallographique a été faite par M. Cordier*. Plus récemment, M. Descloizeaux*, ayant eu à sa disposition des cristaux parfaitement conservés , a donné la description des fa-
' Sur la gay^lussUê ou bicarbonate hydraté de soude et de chaux^ par M. L. Cordier ( Annales de chimie et de physique, t. XXXI, p. 276 ) .
* Détermination des formes primitives et secondaires de la gay-lussite^ par M. Descloizeaux (Annales de chimie et dephysigue, troisferoe série, t. VII, p. 489)«
GAY.LUSSITE. t2K
celtes que H. Gordier n'avait point connues, et qui confirment le système cristallin que ce savant professeur avait adopté pour la gay-lussite.
La forme primitive représentée fig. 57, pi. 10^ est un prisme rhomboîdal oblique, dont les angles sont PM=96''30\ MM = 68® 50'; les angles plans sont, pour la base, EOE= 67* 44' 36^; pour les faces verticales, E0A'=99« 34' 21*. L un des côtés de la base est à la hauteur du prisme : : 21 : 17.
La /Eg. 58 montre toute la symétrie des cristaux; elle porte des faces b* sur les arêtes postérieures de la base, et des faces e^ sur les angles. Ces dernières faces établissent avec évidence que la forme primitive de la gay-lussite est symétrique, de même que la face a^ placée sur l'angle  montre que sa base est oblique.
Dans les cristaux de gay-lussite, Tes différentes faces n'ont pas, ainsi que nous Tavons supposé dans la fig. 58, des dimensions analogues; ils présentent, au contraire, un allongement excessif dans le sens de la grande diagonale de la base, et les faces e' et fr* rétrécissent tellement les faces P et M, que les cristaux gay-lussite prennent presque toujours Tapparence qui leur a fait donner le nom de clous (clavos), par les Indiens de Lagunilla.
La fig. 59 représente le résultat de cet agrandissement , lequel a fait complètement disparaître la petite face a* placée sur Tangte Â.
Le angles principaux de la gay-lussite sont :
p sar M r= 96» d(V. M sur M == 6S0 SC.
P sur ai = 49» 56'. M sur a^ = 110» lO'.
P sur «» = 125* IC. M sur «• = 137» 45'.
P sur 61 = 136» 32'. M sur ft» = iW KT.
P SUT A* = 90» 5'. M sur h^ r= 145» 35'.
e« sur e» = 70» 30'. e» sur 5» = 152» 9ff.
La gay-lussite raye la chaux sulfatée , mais elle est rayée par la chaux carbonatée. Sa pesanteur spécifique est 1,93; sa cassure, conchoïde et vitreuse en travers, est lamelleuse
226 SOUDE SULFATÉE.
parallèlement à la base; ce clivage, Irès-brillant, donne des faces commodes pour la mesure. Il existe un second clivage parallèle au plan diagonal EE'; mais ce clivage est difficile, et ne peut être employé pour la détermination du système cristallin de cette espèce. Exposée à l'action du feu dans le tube, la gay-lussite éprouve une altération, perd son eau et devient opaque ; chauffée au chalumeau , elle décrépite , et fond rapidement en un globule opaque ; mis sur la langue, ce globule y développe une|saveur alcaline très-prononcée; soluble dans l'acide nitrique avec effervescence.
M. Boussingault , qui a fait connaître cette espèce en 1826, en a fait une nouvelle analyse' en 1843, dont les résultats confirment son premier travail. Elle lui a donné :
Carbonate de soude . • . . 54,50 ou 1 atome'. Carbonate de chaux. .. . 33,60 1 atome.
Eau 30,40 5 atomes.
Argile 4,50
Composition représentée par la formule NaC^ + CaC^ +
La gay-lussite a été trouvée avec le carbonate de soude appelé ttrao, au village de Laguoilla , situé à un jour de marche au S.-O. de la ville de Mérida, dans l'Amérique méridionale; elle est disséminée dans une argile moderne.
20 SOITDC SULTATÊE.
Sel de Glauber ; Sel admirable ; Mirabilite Haid ; Wundersalz ; Ezanthalose
Beudant.
A l'exception de quelques efQorescences très-rares de sulfate de soude, que l'on observe sur des laves récentes du Vésuve et de TEtna, on ne connaissait pas ce sel à l'état natif. Des gîtes puissants de sulfate de soude ont été découverts récemment
■ Nouvelle inaj^^e de la gay^lusnte, par H. Boussingault ( JniuriM dt cfttmw et de physique, troisième série, t. Vil, p. 488).
SOUDE SULPATtE. M7
dans la tallée de TEbre, sur les confiDS de la Navarre et de la Yieille-Castille, en Espagne, notamment aux environs de Lo^ dosa. D'après les renseignements que M. Âmédée 3urat m'a fait l'amitié de me communiquer, ce sel est exploité à Âlcanadra et à Andosilla.
Les exploitations d'Alcanadra, suivant les points où elles sont ouvertes, ont lieu par tranchées ou par galeries sou^ terraines. Le sulfate de soude y existe entre des lits d'argiles grasses et de gypse; celui-ci forme, en outre, des rognons dans le sulfate de soude. La stratification du terrain est fort régulière ; les couches sont inclinées de 15 degi^és vers le nord . Les couches d'argile ont une faible puissance ; celles de sulfate de soude ont ordinairement 5 à 6 décimètres diépaisseur ; on en cite une de 6 mètres de puissance.
Les échantillons de sulfate de soude que M. Burat m'a re« mis sont d'une limpidité remarquable ; aussi transparents que le cristal de roche de Madagascar, ils offrent une cassure vitreuse comparable à celle du quartz. Son éclat ne persiste pas; après huit ou dix jours d'exposition à l'air, les surfaces fraîchement cassées blanchissent , et bientôt les échantillons se couvrent d'une épaisse farine blanche, qui consiste en sulfate de soude efQeuri. L'altération se propage avec quelque len<* teur quand la couche effleurie a plusieurs millimètres d'épais* saur. Des échantillons de 1 décimètre d'épaisseur, que j'ai déposés à la collection du Muséum d'histoire naturelle depuis six à huit mois, offrent encore un noyau central de 7 à 8 centimètres de sulfate de soude non altéré. On a découvert en Espagne plusieurs autres gisements de sulfate de soude. M. Adrien Pallette m'a signalé ceux de Calatayud et de Ck)rvera en Catalogne, de Cabezon-de-la-Sal près Santander, et de Galmenar-de-Oreja dans la province de Madrid. Ces gîtes paraissent dévoir donner lieu à des exploitations importantes.
Le sulfate de soude d'Alcanadra a une cassure vitreuse et eonchoîde. Il est tendre et fragile ; sa composition est, d'après
228 ' SOUDE SULFATEE.
une analyse de M. Rivot, que je cite plus bas, analogue à celle du sulfate de soude cristallisé.
Le sulfate de soude du Vésuve est en petites masses terreuses blanches ou en efDorescences d'un blanc jaunâtre tirant sur le gris. Sa composition est analogue à celle du même sel effleuri. La différence entre le sulfate de soude du Vésuve et celui d'Espagne résulte probablement de l'exposition à Tair du sulfate de soude de ce premier gisement.
Le sulfate de soude est très-sôluble dans l'eau; on le fait cristalliser facilement. Les cristaux sont des prismes fortement modifiés^ /^ff- 61 , pi. 10, qui dérivent d'un prisme rhomboïdal oblique^ dans lequel l'incidence des faces latérales est de ÊO®' 24'; Tincidence de la base sur chacune d'elles est de lOl^*' 20', et le rapport d'un des côtés de la base à la hauteur est à peu près comme les nombres lOO'et 145.
La pesanteur spécifique des cristaux de soude sulfatée est de 1,56 ; ce sel donne de Teau par Tévaporation ; il est fusible à une légère chaleur.
La composition des cristaux diffère du sel effleuri par la quantité d'eau. Les formules qui représentent la soude sulfatée dans ces deux états sont : NaSu^+MÀq; NaSu^+3^q. Les analyses suivantes indiquent les éléments qui y correspondent.
soude fluiCilée crisUlH<ée, par BerzéUos . Soude i ulfatée do Véf uve, par Bendant. Oiyf. Oijf.
Soude 19,20 4,90 1. 35,00 8,95 i.
Àcide sulfurique. 24,80 14,86 3. 44,80 S6,81 5.
D'Alcaoadra, par M. nivot.
Oii».
Soude 19,50 5.00 1.
Acide sulfurique.. 24,80 14,90 3.
Eau 54,45 48,50 10.
Chaux 0,30 1 ^
Magnésie 0,50 f '"^
Gitemeat. — Aux gisements que nous avons déjà indiqués, il faut ajouter les trachites altérés de la solfatare de
SOUDE SULFATÉE. 229
Pouzzoles. Le sulfate de soude existe quelquefois sur les parois de certaines mines» comme aux salines d'Ischel^ en Autriche. Il est en outre en dissolution dans les eaux de plusieurs lacs de rAutriche et de la basse Hongrie » notamment dans celui de Neusiedel. Les localités où ce sel se trouve en dissolution sont nombreuses; elles sont fréquemment en relation avec le sel gemme. Il existe du sulfate de soude dans la plupart des eaux minérales qui contiennent du chlorure de sodium, telles que celles de Luxeuil et de Kreutznach; dans beaucoup de cas, il paratt être le produit de la double décomposition du sel gemme, des sulfates de chaux et de magnésie.
sulfate de soode daiu les eanz de la mer. — Ce sel ou, pour parler plus exactement, ses éléments existent avec une certaine abondance dans les eaux de la mer^; toutefois, sa proportion est trop faible pour qu'on puisse l'obtenir par les procédés de concentration ordinaires employés dans les marais salants. On n'a jamais pensé à retirer le sulfate de soude de ce vaste réceptacle de substances salines. Une découverte importante de H. Balard permet d'espérer qu'incessamment on pourra réaliser cette richesse jusqu'à présent perdue. La valeur du sulfate de soude contenu dans l'eau de la mer, jusqu'à vingt fois plus grande que celle du sel ordinaire, fait que si , comme il y a tout lieu de le croire, on retire des eaux de la mer, à peu de frais,le sulfate de soude, on devra à M. Balard une industrie très-importante et probablement très-proûtable. Une grande partie du chlorure de sodium , presque toute celle destinée à l'industrie, est, en effet, transformée en sulfate de soude, pour être définitivement convertie en carbonate. Les procédés aussi simples qu'ingénieux de M. Balard reposent sur les découvertes suivantes.
Le sulfate de soude est très-peu soluble à une température de 10 degrés au-dessus de zéro ; en sorte que si l'on conserve les eaux-mères, qui , en été, ont donné le sel , on peut, si la
* Voir ranalyse de l'eau de la mer, p. 213.
230 SOUDE SULFATÉB,
température s abaisse k — ÎO^, obtenir une asse^ forte proportion de sulfate de soude. A cette température, il se produit même une décomposition entre le sulfate de magnésie et le ehlorure de sodium, de laquelle il résulte que la proportion de sulfate de soude qui se produit est augmentée dans une grande proportion. Mais la température de — 10^ est très* rare sur les bords des côtes de la France , et ce ne serait que très-accidentellement qu'on pourrait retirer le sulfate de soude de Teau de mer, s'il fallait attendre que les phénomènes atmosphériques en fournissent seuls les moyens. Mais M. Balard a reconnu que le chlorure de sodium en forte proportion nuit beaucoup à la solubilité du sulfate de soude, tandis que le chlorure de magnésium favorise la dissolution de ce sel. S'appuyant sur ces principes, après avoir conservé à Tabri de Tair les eaux-mères du sel, il les fait cristalliser l'hiver, en les introduisant dans les mêmes petits bassins qui donnent le sel Tété, et sur le fond desquels il a placé une couche de sel de 0">,10 d'épaisseur.
A une température de 0^, ou mieux de 1, l'action du chlorure de sodium sur le sulfate de soude suffit pour en faire opérer la cristallisation , et en une seule nuit il obtient quelques centimètres de sulfate de soude cristallisé. Les eaux* mères sont alors évacuées rapidement, car, si la température s'élevait, Tinfluence du chlorure de magnésium, qui s'est formé avec abondance par la double décomposition du sulfate de magnésie et du chlorure de sodium, se ferait sentir, et le sulfate de soude serait immédiatement dissous.
D après les résultats^ obtenus par M. Balard , une saline qui donne, en été, une valeur de 200,000 fr. en sel, produit , en hiver, 600,000 kilogr. de sulfate de soude , pouvant valoir 100 à 120,000 fr.
L'industrie créée par M. Balard n'est encore qu'à son début, bien qu'elle soit déjà sur une grande échelle; il y a tout
1 Comptes rendus de rAcadémie des «eieaces, t. XVIII, p, 710, 1944.
SOUDfi SULFATÉE, 231
lieu d'espérer que dans peu d*annéeâ elle fournira la plus grande partie du sulfate de soude employée dans les arts chimiques. Ce sera, pour les bords de la Méditerranée, une nouvelle source de richesse, et pour les sciences un nouveau service rendu à l'industrie.
Analoffles- — Les caractères extérieurs du sulfate de soude sont entièrement analogues à ceux de la soude carbonatée et de plusieurs autres sels qui ont la propriété de s'effleurir; sa saveur amère ne permet de le confondre qu'avec le sulfate de magnésie. Toutefois , par la saveur même , il existe une distinction facile, le sulfate de soude étant salé en même temps qu'amer^ tandis que le sulfate de magnésie est simplement amer; son amertume est en outre beaucoup plus prononcée. Un essai chimique distingue immédiatement ces deux sels; il suffit de les dissoudre dans Teau et de précipiter la magnésie.
Quant à sa distinction avec la soude carbonatée, elle se fera au moyen de Teffervescence que ce dernier sel donne par l'action des acides.
Blnfllte. — i.Aweite. » nenasine. — Les sels sont trèssouvent mélangés ensemble, dans des proportions variées ; le sulfate de soude se trouve fréquemment dans ce cas , et lorsque les proportions des mélanges sont simples, on les a décrites quelquefois comme des espèces particulières. C'est ce qui a eu lieu pour la blœdite et la Vôweite d'Ischel , en Autriche, et la reuswie d'Egra, en Bohême. Mais ces sels n'ayant aucun caractère constant, me paraissent devoir être réunis, soit au sulfate de soude, soit au sulfate de magnésie. La blœdite forme des fibres grossières d'un rouge brique.
La loweite^ d'un jaune blanchâtre passant au jaune d'ocre, n'offre aucun caractère particuUer; elle ne diffère de la blœdite que par la proportion d'eau. Les analyses suivantes font connaître la composition de ces sels *.
• Bericlito,Mitth., Fr. Nat., de Vienne, 1846, p. 266.
25i SOUDE SULFATÉE.
BkBdite, par John. LOwehe , par KaraBal.
lUpporU alomiqUM. Rapp.
Sulfate de soude 33,34 0,037 1 . 42,27 0,047 1 .
— demagnésie... 36,06 0,046 1. 37,62 0,049 i.
— de manganèse.
— de fer.
Chlorure de sodiam... 0,33 » > >
Eau 22,00 0,195 5. 14,59 0,13 3.
La reussiiie ou reissite est encore moins caractérisée que les deux sels que nous venons de décrire. M. Beudant annonce que le seul échantillon de reussine qu'il ait vu était efileuri, et que cette substance lui parait n'être autre chose que du sulfate de soude ordinaire, contenant quelques sels doubles en petits cristaux mélangés.
L'analyse qui a été donnée de la reussine établit la compo*
sition suivante :
Sulfate de soude 66,04. l Sol&te de chaux 0,42 .
SalCate de magnésie.... 31,35. Chlorure de magnésium. 2^9.
Dans laquelle il n'existe aucun rapport simple. Le nom de reussine a étédonné à ce sel par Karsten, en Thonneur de Reuss, qui en a fait connaître la nature.
AttralLanite.— On doit encore ranger à la suite de 1% soude sulfatée le sel trouvé dans TOural par M. 6. Rose ■ et auquel il a donné le nom d'aslrakanite. Il est en cristaux piismati* ques blanchâtres, translucides; les arêtes en sont arrondies, ce qui a empêché M. Rose d'en déterminer la forme; il l'a trouvé composé des éléments suivants :
Bapp.alom*
Sulfate de soude 41,00 1.
Sulfate de magnésie. . . . 35,18 1 . Chlorure de magnésium. 0,33
Eau 21,66 4.
Sable 1,75
La formule qui représente Tastrakanite serait, d après cette analyse :
NtiStt» + MârStt" + 4A9.
On remarquera que la blœdite, la lôweite et Tastrakanite
< Voyagé dant VOvrt^^ t. II, p. 270.
THENARDITE. 233
sont composées p*UD alome de sulfate de soude et d'un atome de sulfate de magnésie ; ces sels ne différent que par la proportion d'eau.
Ce sel provient des salines d'Espartine, à environ cinq lieues de Madrid et deux lieues d'Aranjuez. Certaines eaux salines qui, dans Thiver, suintent à travers le fond d'un bassin de cet établissement, et se concentrent dans Tété par l'évaporation, laissent déposer la thénardite^ sous forme de cristaux plus ou moins réguliers. M. Casaseca, professeur de chimie à Madrid, ayant reconnu que c'était un sulfate de soude anhydre, lui a donné le nom de ihénardite; Texamen que M. Cordier • a fait des cristaux de cette substance a prouvé qu'elle constituait une espèce particulière fort distincte du sulfate de soude ordinaire.
Lorsque ce sel est fraîchement recueilli , ses cristaux sont transparents; bientôt ils s'effleurissent à l'air et se couvrent d'une poussière blanche analogue à de la farine, qui empêche l'altération de se propager dans toute sa masse; il en résulte qu'en enlevant cette farine avec une brosse, on obtient des cristaux encore parfaitement limpides. La forme générale des cristaux est un octaèdre rhomboîdal surbaissé. Souvent les cristaux portent une troncature au sommet*
La thénardite présente des clivages faciles dans trois sens; dont l'un surtout, celui parallèle à la base, donne des lames parfaitement nettes et miroitantes. La forme primitive à laquelle ces clivages conduisent est un prisme droit rhomboîdal, dont les angles sont, d'après la mesure de H. Cordier, de 125, et 55^. La hauteur du prisme est au c6té de la base à peu près dans le rapport des nombres 7 : 3.
La pesanteur spécifique de la thénardite est de 2,75 ; solu*
^ Anaiffse et Examen cristaiiographiques de la thénardite, par HH. Gasaceca e( Cocdier (Atmaks de cfttmi* et de pftyitQiM, t. XXXII, p. 308 ).
%U GLAUBÉRITE.
ble dans Teau; elle ne donne pas d'eau par la çalcînation, caractère qui la distingue , quand elle est effleurie, du sulfata de soude ordinaire.
Sa composition qui est, d'après M. Casaseca :
Sulfate de soude 99,78 .
Sous-carbonate de seude . . 0,22 .
est représentée par la formule NaSu ^.
M. Thomson a depuis longtemps annoncé qu'on peut facilement obtenir artificiellement la thénardite , en tenant pendant un certain temps une dissolution saturée de sulfate de soude ordinaire à la température de 40 degrés; bientôt on voit se former des cristaux qui s'attachent au fond du vase, et Tobservation a prouvé à ce célèbre chimiste que c'était du sul> fate de soude anhydre, identique à la thénardite par sa forme comme par sa composition .
M. Balard a vérifié ce résultat en grand, et lorsque par la concentration des eaux-mères des salines, il obtenait, en été, du sulfate de soude , ce sel était anhydre quand la température était supérieure à 35^; en sorte, qu'à cette faible température Teau a la propriété de déshydrater le sulfate de soude.
Gisement. — La thénardite a été récemment découverte par H. Rafaël de Rodas sur plusieurs points des collines qui entourent Aranjuez. Elle forme des plaquettes, des espèces de lentilles, de 2 à 3 décimètres de large sur C^yOS d'épaisseur, dans les terrains gypsoHsalins qui se montrent dans les environs de cette ville.
OLAUBBRXTB.
Brongnartine ; Polyalithe de Vie.
La glaubérite, trouvée d'abord à Villa-Rubia, en Espagne, puis dans la mine de sel de Vie, en France, a été récemment découverte à Iquique, au Pérou. Elle est en cristaux dans ces différents gisements ; ceux qui proviennent du Pérou offrent une apparence différente des cristaux de Villa-Rubia , par
GiAUBÉaiTE. * tu
raiiongement des faces 6^ ainsi que par le pointement qui sonnonte un assez grand nombre d'échantillons; ils sont, en outre , blancs et hyalins , tandis que les cristaux des deux autres localités sont un peu jaunâtres , et que leur transparence est imparfaite.
La forme primitive de la glaubérite est un prisme rhom* boidal oblique, dont langle des faces latérales est de 83^, et rinclinaison de la base sur les faces verticales est de 107^ 17^ Le rapport d un des côtés du prisme à sa hauteur est celui des nombres 77 : 100.
Les cristaux de glaubérite de Tilla-Rubia et de Vie sont toujours très-simples. La fig. 63, pi. 11, qui les représente, est presque exactement la forme primitive, légèrement modifiée par les facettes d^ eto^; le nouveau gisement de glaubérite dlquique, au Pérou , nous a fait connaître plusieurs faces nouvelles. Au premier abord , ces cristaux paraissent trèsdifierents de ceux de Villa-Rubia , par suite du grand accroissement qu'ofirent les faces d^ Ce gisement est, en outre, fort intéressant par la nature du terrain qui renferme la glau-* bérite, ainsi que par la découverte d'un nouveau minéral qui lui est associé.
Les cristaux de glaubérite d'Iquique sont disséminés dans cette substance blanche, en filaments soyeux et feutrés, qui est un borate de soude désigné sous le nom i'hayésite : la glaubérite de cette localité appartient à deux variétés distinctes.
Les uns, fortement allongés , blonds et opalins, par le mélange d'un peu d'argile ocreuse , sont remarquables par l'allongement des faces d* (fig. VI, pi. 229), qui atteignent quelquefois 4 à 5 centimètres.
Les autres cristaux, très-petits, à peine de la grosseur d'un grain de blé, et même d'un grain de millet, sont complètement hyalins. Un pointement à quatre faces, très-obtus, leur donne un cachet particulier, et c'est seulement la mesure des faces qui a appris k M* de Sénarmout, qui les a fait
256 ' GLAUBÉRITE.
connaître, qu'ils appartenaient à la glaubérite. L'analyse en a confirmé la détermination cristaliographique. Dans quelques-uns, l'allongement des faces fr> établit leur identité avec les grands cristaux qui constituent la première variété.
La fig. 29^ pL 229, appartient également aux deux variétés, les ^. 30 et 51 se rapportent aux petits cristaux. On y retrouve les mêmes facettes d* de Vie et de Yilla-Rubia, avec une série de facettes ft*/^, ft^, placées sur les arêtes postérieures de la forme primitive.
La glaubérite possède un clivage très-facile suivant la base. Il est indiqué dans les cristaux non fracturés par des stries parallèles aux arêtes, qui sont dues à la trace de petites faces parallèles en retrait les unes sur les autres, comme les marches d'un escalier.
Des cristaux très-nets de glaubérite, provenant de la mine de sel de Vie, m'ont permis de mesurer les incidences des faces de ce minéral avec beaucoup d'exactitude. En réunissant les angles que j'ai obtenus avec ceux mesurés par M. de Sénarmont sur les cristaux d'Iquique, on peut dresser le tableau suivant des angles principaux de la glaubérite.
P sur M
M sur 5'/'
M sur H
M ftur&>
iif sy.
P sur d'
H sur 6>
M sur h^
d' sur d*
Msur d*
M sur 1'
H sur d*^
f sur 1
Les cristaux de glaubérite se ternissent par l'humidité de l'atmosphère ; ils sont très-brillants dans la cassure fraîche, surtout lorsqu'elle a lieu parallèlement à la base. Les cristaux de Vie sont souvent colorés en rouge par le mélange d'argile ferrugineuse. Cette coloration est inégalement distribuée, et ils sont, dans quelques-unes de leurs parties, complètement incolores et transparents.
* NoU sur les formes de la glaubérite d'Iquique, par M. H. de Sénarmont ( Annales de chimie et defhysique, troisième série, t. XXXVI^p. 157, 1852).
GLAUBÉRITE. 257
La pesanteur spécifique de la glaubérite varie de 2,72 à 2,73. Elle raye la chaux sulfatée; mise dans Teau, elle de< Tient d'un blanc laiteux à la surface, et perd sa transparence. Elle s^altère à la surface, et se couvre alors d'une croule de chaux sulfatée qu'on peut enlever facilement ; il reste un noyau transparent ; exposée au feu elle décrépite, et se fond en un émail blanc.
L analyse de la glaubérite de Yilla-Rubia a donné à M. Brongniart, auquel on doit le description de cette espèce :
Rapports atomiques.
Sulbte de soude...
Sulfate de chaux...
Composition qui conduit à la formule CaSu^ rt- NaSu*. La polyalitlie de Yic donne une composition identique, seulement il est rare qu elle soit complètement pure. Les deux analyses suivantes montrent qu'elle est mélangée d'argile et de sel gemme.
Rapports.
Paru. Bcrihier.
Sulfate de sonde....
Sulfate de chaux....
iBhlorure de sodium.
Argile ferrugineuse..
99,00 Sulfate de magnésie.. 0,5.
PeHe par calcination. 2,
cUi6meiit.-*La glaubérite se trouve en cristaux disséminés dans le sel gemme de la mine de la Yilla-Rubia, dans la province de Tolède, en Espagne. Elle existe de la même manière dans la mine de sel de Yic, située dans le département de la Meurthe. Dans cette dernière localité, souvent elle est mélangée d'une très-grande quantité d'argile et de sel ; elle forme alors des rognons imparfaits, des espèces de nœuds, au milieu du sel, et principalement dans Tune des couches, où ces rognons sont très-abondants. Cette substance a été comparée à la polyalithe, la dernière analyse qu'on a donnée montre que le rapport entre le sulfate de chaux et le sulfate
9S» GLAUBÉRITE.
de soude est le méiûe que dans la glaubérite , bien que la cristallisation en soit très-imparfaite.
Le glaubérite dlquique est disséminée dans Thayesile, qui forme une petite couche dans une argile sablonneuse moderne. C'est le même gisement que celui de la chaux nitratée.
Polyalltbe d'iscbel. — Dans les mines de sel dlschel en Autriche, et de Berchtesgaden dans le Salsbourg, on retrouve, au milieu des argiles saliferes, et quelquefois même dans les couches de sel gemme, des rognons rouges analogues à ceux que nous venons de signaler dans le département de la Meurthe. Le mélange de sels dont ils ée composent leiu* a fait donner le nom de pdyalithe. Ces rognons ont tantôt une texture compacte, tantôt une texture fibreuse, analogue à celle de la chaux sulfatée ; ils sont formés par la réunion de sulfate de soude, de sulfate de chaux, de sulfate de magnésie, de chlorure de sodium et de magnésium. LàpolffaUthe d'Ischel se distingue des autres en ce que le sulfate de soude y est remplacé par du sulfate de potasse. La composition de cette substance est, d'après l'analyse de Stromeyer * :
napp.
Sulfate dé pousse.. \ 27,6347 0,026 1.
Sulfate de cbaux.... I ^^* 22,2184 0,026 1. Sulfate de magnésie, anhydres ^'^^"^ ^>^^ ^'
Sulfate de fer ] 0,2947
Sulfate de chaux hydraté 28,4580.
Chlorure de sodium 0,i910,
Chlorure de magnésium* ...... 0,0100.
Peroxyde de fer 0,1920.
Les rapports simples qui existent entre les sulfates de po* tasse, de chaux et de magnésie, ont engagé plusieurs miné^ ralogistes à classer la polyalithe d'Ischel au rang des espèces minérales. Malgré cette raison, dont on ne saurait méconnaître l'importance, je préfère décrire cette substance à la suite de la glaubérite, tout en ne la confondant pas ayec elle.
' Transactions de la Société royale des sciences de GcetHngue, vol. IT, p. 199.
SOUDE BORATËE. 2S9
Aucun caractère extérieur ne la distingue. Il se pourrait que ce fût du gypse associé à une grande quantité de sels différents. Je pense qu'avant de l'admettre comme espèce, il est nécessaire d'avoir des échantillons de polyalithe dont les caractères extérieurs soient distincts, ou de retrouver la même association de sels dans une autre localité.
MOïmm BO&ATifill.
Borax; Tinkal.
Ce sel n'a été, jusqu'à présent, trouvé que dissous dans les eaux de certains lacs; on ne le cite ni en ef&orescence, ni en petites masses salines, comme cela a lieu pour le sulfate de potasse, le sulfate de soude, et pour plusieurs autres sels. Les caractères que nous allons donner pour la soude boratée sont ceux qui appartiennent à ce sel, lorsqu'on l'obtient par évaporation.
Il cristallise en prisme rhomboïdal oblique dans lequel l'incidence des faces latérales est de 86* 30'. L'inclinaison de la base sur chacune d'elles est de 101^ 30', et le rapport d'un des côtés de la base à la hauteur, à peu près comme celui des nombres 100 et 152. Les cristaux ordinaires, représentés dans la fig. 50, pi. 9, offrent des modifications à la fois sur les arêtes et sur les angles.
La soude boratée est soluble dans douze fois son poids d'eau froide et six fois son poids d'eau chaude; sa saveur est douceâtre ; ses cristaux tendres et fragiles admettent des clivages parallèlement aux plans diagonaux ; sa pesanteur spécifique est de 1,71 ; elle se fond à une faible chaleur dans son eau de cristallisation , puis se boursoufle et fond de nouveau sous l'action du chalumeau en un verre incolore.
Composé de :
Oxyg. Btpp.
Acide borique... S6,52 25,11 6.
Soude 16,57 4,18 1.
Eau 47,10 40,56 10.
240 SOUDE BORATÉE.
La formule qui le représente est NaBc^ +10 Àq.
Le borax nous est venu pendant longtemps de llnde; on le raffinait en Europe ; on l'apportait en masses cristallines, dont la surface était couverte d'une matière grasse particulière ; il parait qu'il provenait de Tévaporation naturelle des eaux de lacs situés au delà du Thibet. On remarque, parmi ces lacs, celui qu'on nomme Necbal, dans le canton de Sembul ; Tévaporation des eaux boratées est analogue à celle des marais salants ; on Teflectue dans des bassins dans lesquels on fait entrer l'eau , à certaines époques de l'année, au moyen d'écluses ; le borax se précipite sous forme de petits cristaux, et c'est dans la vase même qui tapisse le fond de ces bassins qu'on le recueille. Une circonstance intéressante et qui prouve que le borax est une production minérale, c'est que ces lacs ne sont alimentés que par des sources naturelles, qui sans doute sont chargées de ce sel.
On cite également le borax dans Ttle de Ceylan ; dans la Tartarie méridionale; en Transylvanie, ainsi que dans les eaux des mines de Yiquntizon et d'Escapa, dans le Potosi.
Depuis que l'exploitation des lagoni de Toscane produit Tacide borique avec abondance, le commerce ne tire plus de borax de l'Inde , et maiptenant toute l'Europe est devenue tributaire de l'Italie pour coproduit si important dans les arts manufacturiers.
Lardarellite.— On a découvert récemment, dans les fentes à travers lesquelles s'échappent les vapeurs qui amènent au jour l'acide borique, des masses blanches cristallines et friables, assez analogues à la variété de chaux sulfatée dite niviforme. Dans le premier moment ^ on a supposé qu'elle appartenait à cette espèce minérale; mais sa solubilité et sa saveur particulière ont dévoilé sa nature ammoniacale ; l'analyse a appris que ces masses terreuses appartiennent à du borate d'ammoniaque. Cette espèce nouvelle a été dédiée à M. le comte de Larderel, qui a enrichi la Toscane de la belle industrie de l'acide borique.
BARYTE CARBONATES. Sil