DBDXIÊXB PARTIE.— DES DEVOIRS. S
e, à pour cela on n*en devient pas meilleur à l'égard des auss par ses libéralitéf^, et par la protection dont on les couvre, irrien n'est bon, rien n*est aimé comme tel, que ce qui fait i bien, que œ qui rend heureux. Encore ne sais-je si on aime triublement les riches libéraux et les puissants protecteurs. ireoGn œ n*est point ordinairement aux riches qu'on fait la Qf, c'est à lenrs richesses. Ce n'est point les grands qu*on (\sne, c'est leur grandeur : ou plutôt c'est sa propre gloire l'on recherche, c'est son appui, son repos, ses plaisirs. Li^s rognes n'aiment point le vin, mais le plaisir de s'enivrer. Cela i clair : car s'il arrive que le vin leur paraisse amer ou les goûte, ils n'en veulent plus. Dès qu'un débauché a contenté passion, il n'a plus que de l'horreur pour l'objet qui Ta cité; et s'il continue de l'aimer, c'est que sa passion vit enfe. Tout cela, c'est que les biens périssables ne peuvent servir lien pour unir étroitement les cœurs. On ne peut former ^ amitiés durables sur des biens passagers, par des passions i dépendent d'une chose aussi inconstante qu'est la circulan des humeurs et du sang; ce n'est que par une mutuelle session du bien commun, la Raison. Il n'y a que ce bien iversel et inépuisable par la jouissance duquel on fasse des itiés constantes et paisibles. Il n'y a que ce bien qu'on puisse séder sans envie, et communiquer sans se faire tort. Il faut cciter les uns les autres à l'acquisition de ce bien, et se jointous ensemble pour se le procurer mutuellement. Il faut tner aux autres libéralement tout ce qu'on en possMe di^jà; le point craindre de leur demander ce qu'ils ont conquis ' leur attention et par leur travail dans le pays de la vérité, aut ainsi s'enrichir des trésors de la sagesse et de la Raison. * on possède d'autant mieux la vérité qu'on la communique ^antage. On fera de cette sorte des amis véritables, des amis LStants, généreux, sincères, des amis immortels. Car la Raii ne meurt point, la Raison ne change point. Elle donne à .s ceux qui la possèdent l'immortalité dans la vie, et Timhabilité dans la conduite.
"C. Mais qui nous conduira à la Raison, qui nous soumettra is ses lois, qui nous rendra ses vrais disciples? Ce sera la ison elle-même; mais incarnée, humiliée, rendue visible et isible, proportionnée à notre faiblesse. Ce sera Jésus-Christ, sagesse du Père, la lumière naturelle et universelle des înligences, et qui ne pouvant plus être celle de nos esprits
plongés par le péché dans la chair et le sang, s'est fait péché elle-même, et par la folie de la croix frappe vivement nos sens et attire sur elle nos regards et nos réflexions. Oui, Jésus-Christ, et Jésus-Christ seul, peut nous conduire à la Raison et nous réunir en sa personne divine par le ministère de son hamaDité clarifiée *. Notre nature subsiste en lui dans la Raison, et la Raison régnera par lui dans nos esprits et dans nos cœurs. Car enfin c'est pour la Raison que nous sommes faits : c'est par elle que nous sommes intelligences : c'est sur elle que nous avons été formés ; et c'est encore sur elle que noj^s devons être réformés. ' Jésus-Christ attaché en croix est notre sainte victime, et le parfait modèle du sacrifice que nous devons faire de l'amour-propre à Tamour de Tordre. Mais ressuscité, consommé en Dieu, établi Pontife selon l'ordre éternel, dont Melchisédech était la figure, il est la source féconde de ces influences célestes, qui seules peuvent nous apprendre à sacrifier, comme il a fait, notre nature corrompue, et mériter par là un être tout divin, une transformation glorieuse et incorruptible : mériter par là de nous réunir parfaitement à notre principe, et de vivre uniquement de la substance intelligible de la Raison par la charité divine, dans une paix et une société éternelle.
XI. Si nous sommes ici-bas de vrais chrétiens, nous serons des amis fidèles ; et nous ne trouverons aussi jamais de fidèle ami, que parmi ceux qui ont une piété solide. Car il n'y a point d'amitié constante et véritable, que dans rimmutabilité de la Raison: et on ne peut maintenant ^ suivre constamment la Raison que par les forces que donne la Raison incarnée. On ne peut sacrifier les intérêts aux lois de l'amitié que par une charité inconnue à la nature, et qui ne tire son origineet son efficace que du sanctuaire véritable où Jésus-Christ exerce la souveraine sacrificature. Cet ami libertin vous a toujours été fidèle, je le veux- C'est qu'il y a toujours trouvé son comp'o, ou qu'il espère de dédommager quelque jour son amour-propre. Comment cet ami vous servirait-il à ses dépens, ou sans espérance de retour, que* les justes mêmes ne sont d'ordinaire excités à servir Dieu ou les autres hommes, que dans l'espérance d'une récompense,