‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 8 sur 235 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

Telle paraît au premier abord avoir été l'opinion de Descartes, d'après le texte que nous venons de citer. Mais Descartes prend soin de distinguer ce que « l'autorité peut sur ses actions, » de ce que « sa propre raison peut sur ses pensées ; » et s'il n'a pas écrit sur les mœurs, il a du moins, dit-il, tâché de régler les siennes par les raisons que lui fournissaient ses « notions spéculatives. » Qui croira devoir l'imiter le fera. C'est bien certainement là l'un de ces biais si familiers à l'auteur du Discours de la Méthode pour proposer une explication, quelquefois pour constituer' une science entière, tout en protestant que c'est là une tentative purement personnelle, une hypothèse qu'on est libre de rejeter.

Quelles sont donc ces notions spéculatives par lesquelles Descartes veut régler ses mœurs? On a dit qu'elles étaient toutes empruntées au stoïcisme? Est-ce exact? Le point de départ de Descartes se compose en effet de trois maximes toutes semblables à celles des stoïciens. La première est que notre pensée seule est à nous et que seule fille dépend de nous ; la seconde, que cette pensée, quand elle voit clairement où est son bien, s'y porte infailliblement, et qu'il suffitpar conséquent de bien juger pour bien faire ; la troisième est que, comme la pensée voit dans la science une suite continuelle de vérités qui se tiennent, ainsi la volonté aura d'autant plus de chance de bien agir qu'elle sera plus conséquente avec elle-même :

Page 1