PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
le poûl 011 lavant-goùl des vrais biens. Les bons Anges *, ne pouvant ivpandre dans le c(pur de l'iiomnie la g^ràce de sentiment ou la délectation intérieure -, et les iiiécliants pouvant exciter en eux la concupiscence , c'était une nécessité que le péché régnât, je ne dis pas parmi les idolâtres, je dis môme parmi les Juifs. Aussi sait-on que ce peuple était fort charnel et fort grossier, toujours porté ;i ridulàlrie, et qu'il y retombait souvent, malgré les miracles extraordinaires que saint Michel et ses Anges faisaient en leur faveur, malg.r-é les promesses et les menaces des biens et des maux temporels, qui étaient l'objet de leur concupiscence. Car les Anges mêmes ne conservaient le culte du vrai Dieu, et ne retenaient dans le devoir le peuple soumis à leur conduite, que par des motifs d'amour-propre, en leur promettant des biens que les vrais Chrétiens croient en toutes manières indignes de leur amour.
XI. La loi ne devait point promettre les vrais biens ', car l'Ange par (lui Dieu l'a donnée n'avait pas le pouvoir de répandre la grâce intérieure sans laquelle on ne peut les mériter. Cela était réservé à Jésus-Christ. Outre que ces sortes de biens ne pouvant être l'objet de la concupiscence, la connaissance et le culte du vrai Dieu auraient bientôt été détruits parmi les Juifs. Cette nation choisie aurait été réduite à une poignée de gens qui appartenaient à Jésus-Christ, et que la grâce intérieure a sanctiliés en chaque siècle. Or il fallait que la connaissance du vrai Dieu se conservât avec quelque éclat chez les Juifs, peuple prophétique, et témoin irréprochable des vérités de la Religion, malgré la puissance et les artilices du Prince du monde: jusqu'à ce qu'enfin le Fils unique de Dieu, pour lequel ei par lequel toutes choses ont été faites, descendit du ciel pour changer la face de toute la terre, et commencer ce dénouement surprenant et admirable de la conduite de Dieu * : dénouement qui finira par le nœud indissoluble de l'Epoux et de l'Epouse, qui jouiront dans le ciel d'une félicité éternelle au milieu des splendeurs divines, chantant sans cesse des cantiques de
i. Var. Car enfin les bons Anges. (1684.)
2. Var. Ces quatre derniers mots n'étaient pas clans l'édition de 1684.
3. Var. L'édition de 1684 continuait ainsi : pour plusieurs raisons. Mais une des principales, c'est que ces sortes de biens..., e( la suite comme plus loin.
4. « L'Incarnation du Verbe est le premier et le principal des desseins de Dieu, c'est ce qui justifie sa conduite, le seul dénouement de mille et mille difficultés, de mille et mille contradictions apparentes. » (9' Entretien métaphysique.)
louange à la gloire fie celai qui aura réduit leurs ennemis sous leurs pieds par la puissance invincible de son bras, el par des voies parfaitement dignes de sa sagesse el de ses autres attributs.
XII. Ces grandes vérités mériteraient sans doute d'être prouvées et expliquées plus au long, mais ce n'en est pas ici le lieu. Mon dessein est principalement de faire comprendre que les Anges sont Ministres de Jésus-Christ, et qu'ils sont envoycs, comme dit saint Paul, l'iour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du ciel * : et qu'ainsi ils ont en qualité de causes occasionnelles ^, car Dieu ne communique point sa puissance aux créatures d'une autre manière, (|u'ils onl^, dis-je, le pouvoir, non de donner la grâce inlérieure, mais de produire dans les corps, et par eux dans les âmes qui leur sont unies, certains effets qui peuvent favoriser l'eflicace de la Grcâce, et empêcher que les hommes ne trouvent à tous moments ces sujets de clrate que les démons leur proposent. Car comme dit le Prophète : Il a ordonné à ses Anges de vous protéger dans toutes vos voies; ils vorts porteront sur leurs mains de peur que votre pied ne rencontre quelque pierre qui vous fasse choir '•.
XIII. On peut donc prier les Anges et leur demander leur protection contre ce lion rugissant ^ qui, comme dit saint Pierre, tourne sans cesse autour de nous pour nous dévorer •• : ou pour parler comme saint Paul, contre ces puissances invisibles, ces principautés, ces Vrinccs du monde, remplis d'erreur et de ténèbres, ces malins esprits répandus dans Vair ; car ce n'est pas seulement contre la chair et le sang que nous avons à combattre. Mais il ne faut pas regarder les Anges comme causes distributives de la grâce, ni leur rendre le culte qui n'est dû qu'à Jésus-Christ. Ne vous laissez pas séduire ', dit saint Paul, par ceux qui s'humilient devant les Anges et leur rendent un culte superstitieux, qui se mêlent des choses qu ils n'entendent point, éblouis pur de vaincs imaginations de leur esprit propre; au lieu d d^'meurer attachés au chef duquel tout le corps de l'Eglise reçoit l'esprit qui lui donne