‹ Traité de moraleChapitre 47 sur 233 · PREMIÈRE PARTIE.- DK LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.- DK LA VERTU

a pour le bien '. Ainsi l'amour-propre n'anéantit pas l'amour do l'Ordre : il ne fait que le corrompre en rapportant à soimême ce qui n'y a point de rapport - nécessaire, ou plutôt en faisant préférer le bonheur actuel à la perfection de son être, à la venu, et à la félicité future qui en sera la récompense. Car l'homme, soit (|u'il aime les objets par rapport à soi ou autrement, il aime toujours ceux qui sont ou qui paraissent les meilleurs : parce qne l'amour de l'Ordre ou des biens à proportion de leur perfection ou de leur bonté, est un amour naturel et inviolable ^.

XVI. Je dis ceci principalement afin que les méchants sachent du moins qu'ils sont tels, et que les justes se délient de leur vertu. Car, comme les hommes, quelque misérables qu'ils soient, sentent en eux-mêmes quelque droiture, ou qu'ils ont quelque amour naturel pour l'Ordre, ils s'imaginent avoir véritablement de la vertu. Mais, pour posséder la vertu, il ne suffit pas d'aimer l'Ordre d'un amour naturel, il fautencor l'aimer d'un amour libre, éclairé, raisonnable. Mais de plus il ne suffit pas de l'aimer, lorsqu'il s'accommode actuellement avec notre amour-propre *; il faut lui sacrifier tout ce qu'il exige de nous % notre bonheur actuel, et s'il le demandait ainsi, notre être propre : car la vertu ne consiste que dans l'amour dominant de l'Ordre immuable. iXotre canir n'est parfaitement bien réglé ^, que lorsqu'il est disposé h se conformer à l'Ordre en toutes choses ; et celui, qui voudrait que dans quelques occasions l'Ordre se conformât à ses inclinations particulières, aurait en cela l'esprit faux et le cœur corrompu. Il n'y a point d'homme, quelque méchant qu'il soit, qui ne trouve quelquefois dans l'Ordre une beauté qui le charme. Apparemment les démons mêmes ont encore quelque amour '' pour l'ordre. Ils sont prêts à s'y conformer, lorsqu'il n'exige rien qui soit contraire à leur amour-propre; et peut-être y en a-t-il qui lui oiïri-

t. Var. Celte fin de phrase, de;:uis les mots : que par l'impression naturelle, n'était pas dans l'édition de 1684.

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