CARACT. ANATOMIQ. ET PHYSIOLOGIQUES DES MALA MES. XXXIII
II. La question des symptômes vitaux soulève naturellement celle des forces vitales. Nous avons discuté celte dernière dans l'Essai sur la philosophie médicale , et nous avons alors signalé toutes les difficultés dont la solution d’un pareil problème est pour ainsi dire hérissée. L’étude des forces vitales, prises dans leur ensemble, ne saurait être séparée de l'étude des forces mécaniques, physiques et chimiques qui régissent les phénomènes des corps inorganiques; car, dégagée de son élément psychologique, la médecine n’est, au fond, que la mécanique, la physique et la chimie de l’économie vivante. Sous ce dernier point de vue , il importe donc aujourd’hui d’appliquer dans toute sa rigueur à l’élude de la physiologie la méthode d’observer et de philosopher, suivie dans les sciences physico -chimiques. Constatons, analysons les phénomènes physiologiques, rattachons-les aux organes qui en sont les instruments et sous X espèce desquels se révèlent à nous, si l’on peut ainsi dire, les forces mystérieuses de la nature. S il existe un bon nombre de ces phénomènes (je fais toujours abstraction des phénomènes purement psychologiques) que nous ne puissions pas encore complètement expliquer , ce n’est point une raison suffisante poulies retrancher tous indistinctement de la sphère immense des phénomènes régis par les forces et les lois mécaniques, physiques et chimiques , attendu que nous sommes bien éloignés de l’époque où tous les phénomènes de cet ordre seront susceptibles d’une rigoureuse explication.
Avouons, d’ailleurs, qu’il ne nous est pas plus donné de pénétrer la nature intime ou l’essence même de ce qu’on appelle les forces mécaniques, physiques et chimiques, telles que le principe du mouvement, en général, de l’attraction, de l’affinité, etc. , que celle des forces vitales ou des forces nerveuses (i).
(1) Nous disons forces nerveuses, parce que , en effet , les phénomènes propres aux animaux , et en quelque sorte sur-ajouUfs, se passent dans le système nerveux.
XXXIV PROLÉGOMÈlNES.
En dernière analyse, nous ne pouvons donc en physiologie connaître expérimentalement autre chose que les phénomènes et les lois qui les régissent. Quant aux forces qu’on imagine pour expliquer les phénomènes divers de cette science, ce n’est réellement que par la pensée, et par une sorte de foi physiologique , qu’il nous est possible d’en admettre l’existence.
III. Laissant donc de côté les forces vitales considérées en elles-mêmes, étudions les phénomènes organiques soumis à leur empire, et revenons aux modifications de ces phénomènes connues sous le nom de symptômes ou de lésions fonctionnelles, qu’il faut bien distinguer des symptômes physiques, derniers symptômes dont quelques uns, avons-nous dit, peuvent être considérés comme autant de caractères anatonvques des maladies (i).
Les divers actes fonctionnels peuvent être augmentés , diminués ; quelques uns peuvent de plus être altérés, ou s’exercer suivant un rhythme différent du rhythme normal. Eclaircissons cette proposition générale par quelques exemples. La calorification , la nutrition , les sécrétions peuvent être augmentées ou diminuées ; les battements du cœur, les mouvements nécessaires à la respiration , les mouvements des membres, etc., ne sont pas seulement susceptibles d’augmentation ou de diminution dans leur force etleur rapidité, ils peuvent aussi offrir des intermittences, des irrégularités, des inégalités dans leur rhythme, dans leur coordination; les sensations , les fonctions intellectuelles et morales peuvent offrir le triple mode de lésion qui vient d’être signalé.
(1) Les changements physiologiques ou les modifications fonctionnelles peuvent être les effets, taniôt dune lésion des conditions dynamiques, tantôt dune lésion des conditions matérielles, tantôt enfin de la lésion simultanée de ce double ordre de conditions. C’est une grave question de diagnostic que de distinguer ces trois cas les uns des autres. Nous essaierons plus loin de présenter toutes les données nu moyen desquelles on peut résoudre ce problème.
DIAGNOSTIC
IV. Ajoutons que les diverses espèces de douleurs, les sentiments de malaise, de gêne dans l’exercice de certaines fonctions, etc., ces véritables cris des organes souffrants , tous les dérangements, ou les désordres sensitifs, moraux et intellectuels, ne se révèlent pas à nous de la même manière que les lésions des fonctions purement physiques, mécaniques ou chimiques, c’est-à-dire par Y observation extérieure. Quand ds existent chez nous-mêmes, les notions de ces changements nous arrivent par le sens spécial connu sous le nom de sentiment , de conscience et d 'observation intérieure. Et quand ils existent chez les antres , nous ne pouvons les connaître que par la déclaration que ceux-ci nous en font, soit d’eux-méines, soit pour répondre à notre interrogation (i).