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CHAPITRE SEIZIÈME

A 1 époque où nous reprenons notre étude de la numismatique italienne du moyen âge, la péninsule faisait encore partie de l'Empire d'Allemagne. On la considérait toujours comme un État indivis, le « Royaume d'Italie ». Ce royaume avait son archichancelier particulier, l'archevêque de Cologne. Mais les princes italiens ne devaient pas être contraints d'aller en Allemagne pour y recevoir l'investiture de leurs fiefs, ni les communes pour y prêter le serment de fidélité. Aussi, les uns et les autres se rendaient-ils de plus en plus indépendants. Le lien entre l'Empire et l'Italie fut brisé par rétablissement des royaumes de Naples et de Sicile, plus tard par la domination croissante du saintsiège et la puissance de la République de Venise. C'est dans les légendes des monnaies génoises et pisanes que le souvenir de l'Allemagne s'est conservé le plus longtemps.

§1. — Filles et souverains de l'Italie du Nord^.

Acqui (Piémont). — Après avoir monnayé au nom de l'empereur Frédéric II, la ville fut annexée aux fiefs des Paléologues de Montferrat (1278); mais il existe Aqs gros tiroiiens de l'évêqueOtton Bellingeri, à la légende ODONVS EPISCOP-AQVENSIS. Ces pièces doivent avoir été frappées sans autorisation (de 13 11 à 13), car la licence monétaire ne fut accordée aux évêques qu'en 1364, par Charles IV, et il ne semble pas qu'ils en aient profité depuis.

1. Sources, p. 789. — On consultera avec fruit les catalogues de vente des collections Giiecchi (Francfort-sur-le-Mein, 1901-03), Morhio (rédigé par Wesener; Munich, 1882), Rossi (Rome, 1880) et (pour l'Italie méridionale) Sambon (1897).

2. Nous suivons Tordre adopté dans notre 3e partie; mais les notices sur Acqui, les Montferrat, etc., seraient mieux placées à la suite de la seigneurie de Piémont, p. 1040.

Q.UATRIÉME PARTIE

Fig. 1892

Aquilée', — Du successeur de Raymond (p. 797)^ Pierre Gerra (i299-i3oi),on n a qu'un seul denier, aux types de Tévêque assis de face (PETRVS PATRA) et de l'aigle portant en cœur un blason de famille. Ottobono de* Razzi (1302-15) est représenté par deux pièces, lune également à l'évêque assis (OTOBONVS PA), l'autre à Tévéque à micorps derrière Técusson d'Aquilée.

Le revers de ces monnaies est réservé aux armes du prélat. Pagano délia Torre (1319-31) emploie, en les combinant, deux motifs créés par Raymond de Thurn : la tour crénelée, allusive à son nom, et les sceptres fleurdelisés en sautoir (fig. 1892), qui reparaissent séparément sur une de ses pièces divisionnaires.

Avec Bertrand de Saint-Genest (1334-50), d'origine française, doyen d'Angoulême, nous entrons dans une période nouvelle; les espèces se multiplient; on frappe le gros, le denier, le demi-denier, le piccolo, et les types commencent à perdre de leur intérêt. Sur les gros, on voit : i) saint Hermagoras en pied, la croix cantonnée de quatre lettres (DEVS); 2) la Vierge à l'enfant (VIRGO MARIA AVOCATA MVDI). Les mêmes types servent pour les fractions du gros, mais sur le denier, le saint est assis; sur le demi et \e piccolo, il n'y a plus que sa tète mitrée, et les cantons de la croix sont laissés vides. Le même prélat a frappé monnaie pour Gorice, pendant la guerre qu'il faisait aux souverains de ce comté (1340).

Une seule pièce existe de Nicolo de Bohême (1350-58). Elle porte le lion de Luxembourg-Bohême (fig. 1893) avec une N sur le corps. Ludovic delaTorre(i35 9-6 5) reprend les sceptres en sautoir, la tour

Fig. 1893

Fig. 1894

crénelée (ses armes parlantes) et l'évêque assis. Le Bavarois Marquard de Randeck (1365-81) revientà l'évêque à mi-corps derrière l'écusson de famille (fig. 1894), mais son aigle d'Aquilée n'est déjà plus conforme

I. Puschi (Alb.), Annuaire de la Société de Numismatique, 1888, p. 73 et 197.

à la tradition, car elle perche sur un casque. On s'explique difficilement le type d'un second denier de Marquard : l'M placée sous un coussin réticulé et un globe, dont la moitié inférieure seule est réticulée- Cela rappelle les fuseaux des armes de Bavière et le décor de casque des rois de Serbie ; la croix recroisetée du revers est copiée sur le gros tirolien.

Philippe d'Alençon (1381-88), qui porte le titre de cardinal, FILI- PVS CARDINALIS, était un neveu du roi de France, Philippe VI. Il nous a laissé un denier à l'écu fleurdelisé (fig. 1895) et un piccolo à la fleur de lis dans le champ. Son successeur, Jean de Moravie (1388-94), se distingue par deux types nouveaux: l'aigle échiquetée (fig. 1896) et

Fig. 1895

Fig. 1896

Fig. 1897

récusson penché sous un casque (fig. 1897). Les rares pièces d'Antoine Gaëtani (1395-1402) et d'Antoine II Panciera (1402-11) se reconnaissent à leurs armes; le blason du premier porte une bande ondulée (fig. 1898), l'autre, une bande partagée en trois rangs et une étoile à la pointe de Técu (fig. 1899). Après eux, un seul patriarche a frappé monnaie : Ludovic II de Teck (1418-37). Son soldo. valant 12 bagattini, est au type de la Vierge à l'enfant (LVDOVICVS- DVX- D* TECH); une grande L occupe le champ de son piccolo, dont la croix est cantonnée des lettres PATH. On sait que le territoire d'Aquilée fut incorporé à la République de Venise en 1445.

Au xiv<^ siècle encore, l'atelier des patriarches n'avait pas de siège fixe; il était tantôt à Aquilée même, tantôt à Udine, Cividale ou Gemona.

Fig. 1898 Fig. 1899

Asti. — Sous la seigneurie du marquis de Montferrat, Jean I Paléologue (1356-72), on a frappé quelques deniers (MARCHIO MONTISF) au nom de saint Second, avec ou sans la tète nimbée du saint. Les gros de Secondotto (1372-77) portent l'écu penché sous un heaume entre les lettres S-0, initiales de ses deux noms, Secundus et Otto. Mais à Tavènement de Charles, duc d'Orléans (1^08-22; 1447-65), qui avait hérité de la ville à la mort de sa mère Valentine Visconti, la série numismatique d'Asti devient superbe. Elle commence par Vécu d'or, le gros tournois (ASTENSIS), le blanc à la croix fleurdelisée, qui sont de

type français et portent récusson de la maison d'Orléans. D'autres pièces ont des types italiens : buste de saint Second, ou les lettres AST disposées en triangle ou placées entre deux barres horizontales. Pendant la captivité de Charles, prisonnier des Anglais à la bataille d'Azincourt (1422), Philippe-Marie Visconti se chargea du protectorat de la seigneurie d'Asti: puis, après son retour (1447), le duc Charles reprit son monnayage, mais cette fois ce sont les armes d'Orléans-Visconti qui figurent sur la plupart de ses pièces : écu d'or au soleil, gros blanc au saint Second debout, etc. '. Son successeur Louis (1465-1515), roi de France depuis 1498, a une série non moins riche (p. 988); on la trouvera dans Hoffmann, Monnaies royales de France y p. 87.

Bergame (Lombardie). — Le monnayage autonome cesse vers le commencement du xiv^ siècle. Après l'annexion de la ville aux états de Venise, le doge François Foscari (1423-57) fit frapper des bagattim pour Bergame, mais ces pièces ne portent pas de marque distinctive.

Bologne, — Taddeo Pepoli (1337-47), élu seigneur par ses concitoyens, supprime la monnaie républicaine pour en frapper à son propre nom. L'exemple est suivi par ses fils Jean et Jacques Pepoli (1347- 50), qui vendent leurs droits à Jean Visconti de Milan (1350- 54). On a un sequin d'or, au type vénitien, représentant le seigneur de Milan agenouillé devant saint Pierre qui lui remet la bannière. De 1354 à 1376 la ville appartenait au pape; nous possédons des monnaies bolonaises d'Innocent VI, Urbain V et Grégoire XI. Mais le gouvernement papal eut beaucoup de peine à s'installer et fut renversé bien des fois avant sa prise de possession définitive. La République de 1376 dura un quart de siècle, jusqu'à l'élection d'un nouveau seigneur, Jean Bentivoglio (1401-02). C'est elle qui prend saint Pierre debout pour type de son écu d'or et saint Pétrone pour type de son grosso. En même temps, Urbain VI (1378-89) continue l'émission de monnaies bolonaises comme s'il était toujours maître de la ville. A la mort de Jean Bentivoglio, c'est Jean-Galéaz Visconti (1402-03) qui prétend à la seigneurie et frappe des pièces d'or à ses armes; puis la série des monnaies papales recommence, anonyme, c'est-à-dire aux seules clefs en sautoir, ou avec les noms d'Alexandre V (1409-10), qui siégeait à Bologne même, et de Jean XXIII (1410-15). A partir de 1406, on trouve, comme type monétaire, saint Pétrone assis; plus tard, sous la dernière République (1416-19), le buste du saint; les légendes Bono-

I. Voir la suite dans notre Traiié de nutn. moderne, t. I, 417.

îiiadocet OU Bononia mater studîorutn se maintiennent à travers toutes les révolutions politiques.

Après le règne de deux autres papes, Martin V (i4i9-3i)et Eugène IV (1431-38), la seigneurie échut encore une fois à un Visconti, Philippe-Marie (1438-43), duc de Milan; puis elle revintaux Bentivoglio (14^3-1509), qui prirent le titre de conservateur. Les monnaies frappées par eux portent leur écusson de famille (voir notre Traité de Num, moderne, t. I, 436). Mais alternativement avec eux, le pape Nicolas V (1447-55) et presque tous ses successeurs ont monnayé à Bologne, et les armes de leurs vice-légats figurent sur leurs coins.

Brescia. — Au xiv^ siècle, la République imite le matapan de Venise. Son grosso représente les saints Faustin et Jovite debout et porte au revers (BRISIA) tantôt une croix cantonnée des lettres \HPR {inperator\ tantôt l'image de saint Apollone assis. Le buste de saint Apollone ne se voit que sur les monnaies d'appoint, le me^j^ano et le denaretto.

Sous la seigneurie de Pandulfe Malatesta (140^-21), on frappe toute une série d'espèces : grossi, soldini, sestini, quattrini, planeti. En dehors de la tête de Pandulfe, d'un style remarquable, on y rencontre les types les plus variés: les saints patrons de la ville, l'écusson des Malatesta, un casque couronné, une tête de more, les lettres DP {dominus Pandu (fus), Gtc, L'an 1441, Brescia fut annexée aux états de Venise; nous parlerons plus loin (p. 1372) des monnaies fabriquées à Venise pour les villes di terraferma.

Busca (Piémont). — Le gros et Yobole uniques, que nous avons cités p. 798, sont du marquis Manfredi II Lancia (1299-1334).

Castelleone (Lombardie). — Cabrino Fondulo (1420-24), après avoir cédé la seigneurie de Crémone au duc de Milan, fit frapper une pièce de billon, sur laquelle son nom est suivi des titres de marquis de Castelleone et de comte de Soncino.

Ceva (Piémont). — Les marquis de Ceva, dont on a quelques rares monnaies d'argent, frappées à leurs armes, sont :

•Guillaume et son neveu Boniface, 1 324-26. •Guillaume seul, 1 326-5 1 (?).

Le décor de ces pièces est simplement héraldique.

Corne. — De 1314 à 1327, l'empereur Louis de Bavière monnaye à Côme. Son gros, de belle facture, représente saint Abonde assis de

face et tenant la crosse (fig. 1900). La série italienne commence par Franchino I Rusca (1327-35) qui céda ses droits à Azzo Visconti (1335-39); les 5e5/>î/ de ce dernier ne portent généralement, en dehors de la croix et de la guivre, que des inscriptions. Après l'expulsion des Visconti, Franchino II Rusca (1408-12), puis Lotterio IV Rusca (1412-16) furent investis de la seigneurie; nous avons fait dessiner une

Fîg. 1900 Fig. 1901

des rares monnaies de Lotterio (fig. 1901). Mais le duc de Milan reconquit la ville en 1416 et la garda définitivement; il n'y eut plus qu'une courte interruption, lorsque, à la mort de Philippe-Marie Visconti, Côme proclama la République (1447-48). On possède un gros d'argent frappé pendant cette révolte et ne portant d autre légende que S* ABONDIVS- CVMANVS.

Cortemiglia (Piémont). — Fief des marquis del Carretto. Florin d'or au lis et billons du xiii*^ siècle, ne portant que le nom de famille des seigneurs; plus tard, quelques pièces d'argent et de billon au type de Taigle, ou sans emblème, avec les noms de :

*Manfred I del Carretto (vers 1270). *Manfredino, 1322.

•Otton II, 1300-14.

Les gros de Manfred comptent parmi les premières imitatioos du gros tirolien.

Crema (Lombardie). — Après l'expulsion des Milanais (1403), le gouvernement échut à la famille Benzoni. Georges Benzoni (1^05-14) fit frapper des deniers à ses armes. L'an 1449, '^ ville passa sous la domination de Venise.

Cremo^ie (Lombardie). — Pendant quelques années (1330-34), le roi de Bohême, Jean de Luxembourg, était seigneur de Crémone. Un joli denier d'argent (avec son sesino), à la légende lOHANNES autour d'un buste de trois quarts, rappelle ce fait; nous l'avons ajouté aux monnaies bohémiennes, p. 1307. Les pièces du successeur de Jean, Azzo Visconti (1334-39) portent la guivre de Milan.

Après un long intervalle, Cabrino Fondulo (1413-20) usurpa la

l'italie 1361

seigneurie et fit frapper plusieurs gros avec leurs fractions. Un de ces gros représente un lion debout, tenant Tépée.

De 1441 à 1535, la ville relevait des ducs de Milan, dont quatre ont inscrit leurs noms sur les monnaies de Crémone :

•François I Sforce (1441-66). •Galéaz-Marie Sforce (1468-76).

*Galéaz-Maric et sa mère Bianca Visconii *François II Sforce (1522-5S). (1466-68).

Toute cette série porte la guivre milanaise; on n'y rencontre qu'un seul type local : l'image de saint Homebon, patron de la ville.

Domodossola (Piémont). — Un denier au temple carolingien a été frappé par Jean Visconti, évêque de Novare (1329-31) et de Milan (1339-41), pour son comté de Domodossola (COMES OSSOLE).

GênesK — De 1280 à 1339, année de l'élection du premier doge, le genoi'/wo reçut la légende lANVA- QVA(m). DEVS- P(ro)TEGAT. Simon Boccanegra (1339-44) écrivit DVX : lANVE : QVA: DEVS: PTEGAT ou DVX lANVENSIVM PRIMVS. se contentant d'un numéro d'ordre, exemple suivi par tous ses successeurs dont voici la nomenclature:

2. Jean Murta (1345-1350). 7. •Antoniotto Adorno (1378, 1384,

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