I. Revue nitmism., 1897, p. 372 et 495 (van Gcnnep
Michel Sténo (1400) est le premier doge qui ait frappé des deniers de billon destinés aux villes de Vérone et de Vicence; ses successeurs y ont ajouté d'autres deniers pour le Frioul (?) et Brescia, et bientôt des pièces de quatre deniers {quattrint) ont été mises en circulation pour Padoue et la Terre ferme, de même que des demi-quattrini pour Ravenne. Une croix sur chaque face, quelquefois cantonnée de points ou de lettres, le buste ou la tête de saint Marc, le lion tenant soit un livre, soit une bannière ou une épée, sont les types constants de ces petites pièces.
Ce n'est qu'à la fin de la période qui nous occupe, sous Christophe Moro (1462), que la première monnaie vénitienne en cuivre fait son apparition. On l'appelle jp/cco/o. Son avers représente le buste du doge, tourné à gauche; son revers, un lion assis.
Vérone^, — De 1259 à 1387, Vérone était gouvernée par les Scaliger, qui continuèrent d'abord la frappe des deniers au nom dégénéré de Frédéric II, puis imitèrent les gros tiroliens de Méran. Le nom du patron de la ville, saint Zenon, figure sur ces imitations, autour de l'aigle éployée, et se retrouve sur un petit dénierai la fin du xiii^ siècle (SANT ZENO DE VERONA) pareil aux pièces à deux croix que l'on monnayait sous Frédéric. Sous le gouvernement des frères Bartolameoei Antoine II délia Scala (1375-81), on créa le soldo (à 12 deniers), portant le buste du saint, et le quattrino (de 4 deniers) qui a pour type l'échelle des Scaliger. D'Antoine II seul (1381-87), il nous reste un gros extrêmement rare, avec la figure du saint en pied.
L'an 1387, Vérone fut occupée par Jean-Galéaz Visconti (1387- 1402), qui y introduisit le système monétaire du duché de Milan : le grosso ou pegione (dt i soldo ^V le soldo, le ses ino(j soldo = édeniers^ et le denaro. Sur son grosso, dont il existe deux variétés, on voit saint Zenon assis et bénissant; sur le soldo, le buste du même.
Enfin, à l'époque vénitienne, le doge Michel Sténo fit frapper un soldo (ou me^i^anino) d'argent et un djenaro (ou piccolo) de billon à l'usage spécial de Vérone et de Vicence, mais aux types purement vénitiens. Les doges suivants continuèrent cette frappe jusqu'à Nicolô Tron, qui, Tan 1472, y ajouta une monnaie de cuivre à son effigie.
Vicence^ — L'an 1404, Venise a fait frapper pour Vicence des monnaies d'appoint, mais qui ne portent aucun signe distinclif.
I. Perini (Quintilio), Le nionete di Verona. Rovercto, 1902, gr. in-8°i
§ IL — La ville de Rome et les papes.
Monnayage sénatorial^, — Le beau gros d'argent, introduit par Brancaleonc d'Andalô (1253-56), représente Rome assise de face (ROMA CAPVT MVNDI) et au revers un lion passant (SENATVS P- Q- R), parfois avec le blason d'un sénateur, rarement avec son nom (BRAN- CALEO S- P-Q- R). Les blasons sont ceux des Savelli (1291 ou 1297), des Colonna-Orsini et des Orsini-Anibaldi (1345). Charles I*^^ d'Anjou fut trois fois sénateur, d'abord de 1265 à 1267, puis de 1268-78 et finalement en 1281; son nom figure non seulement sur les anciens deniers provinois, mais sur toute une série de gros et demi-gros du nouveau type, marqués des armes d'Anjou. Tantôt il s'appelle KAROLVS tout court, tantôt REX SÇiciliae) ou R(ex) VI CARI VS. vicaire du pape. Son carlin, probablement frappé à Naples, est aux mêmes types (avec CAROLVS REX SENATOR VRBIS) et porte en exergue une F. initiale du nom de son lieutenant (Fasanella 1275, ou Jean de Fossames 1277). On connaît aussi son demi-carlin.
Du tribun Cola di Rienzi (1347) nous n'avons que des deniers au peigne champenois (N- TRIBVN- AVGVSTOî d'autres deniers de cette époque portent, autour de la croix, les mots ALMVS TRIBVNAT(w5). Ce n'est que sous le pontificat d'Eugène IV (1439) que le peigne disparaît.
De 1413 à 1414, Ladislas, roi de Naples, a frappé quelques deniers en sa qualité de seigneur de Rome.
Le dernier gro^ sénatorial est à peu près contemporain de ces pièces; on y voit l'écusson de Rome avec les sigles + SPQR en guise de bande. A partir de ce moment, l'autorité papale se manifeste dans le choix des types. On crée le samperino, qui représente les saints apôtres Pierre et Paul debout, l'un à l'avers, l'autre au revers. Légendes: ROMANI PRINCIPES ET SENAT- P- QVE- R.
Urbain V avait importé d'Avignon le type du pape assis (1367). Le blason personnel du pape, son nom propre, les clefs en sautoir se montrent à la fois, et les sigles SPQR sont reléguées à la fin de la légende. Elles s'y maintiennent encore pendant le premier tiers du xv'^ siècle; en 1439, Eugène IV les supprime.
Le florin d'or du sénat de Rome a été créé en 1350. Il reproduit le
I. Voir p. 794. — Capobianchi(V.), Appimti per servire àlV oïdinamento deîle inonele coniate ddl Senàto di Rotna. Roma, 1895-96.
ducat vénitien : saint Pierre remettant la bannière à un sénateur agenouillé; légendes, plus ou moins abrégées: S. PETRVS-SENATOR VRBIS; différent: le saint suaire; revers: le Christ debout, entouré d'étoiles, dans une bordure ovale (ROMA CAPVT MVNDI SPQR). Ce type et ces légendes ont duré jusqu'en 1432, et le ROMA C. M figure encore sur les premiers florins d'Eugène IV. Mais il existe une pièce unique, le florin d'or au saint Jean, qui porte au revers l'écusson de Rome avec les sigles + SPQR en bande. Il a été publié par Capobianchi, qui le tient pour antérieur au ducat romano-vénitien.
Les Papes, — Après une interruption de presque deux siècles, le monnayage papal recommence sous Nicolas IV (1288-92), dont on possède un beau demi-gros aux armes du Patrimoine de saint Pierre (p. 1383). Nous avons déjà étudié (p. 1019) la numismatique des papes d'Avignon. Urbain V, lors de son voyage à Rome (1367), y ordonne la frappe des gros et demi-gros qui portent la légende FACTA IN ROMA. ou IN ROMA VRBI {sic). Enfin, Grégoire XI (1370-78) rétablit définitivement son trône dans la capitale du monde. On a retrouvé les pièces se rapportant à la vacance de siège qui suivit sa mort (1378); puis, entre deux lacunes non encore comblées, ce sont les monnaies de Boniface IX (1389-1404) et d'Innocent VII (1404-06) qui prennent place dans nos médailliers. Alexandre V n'a monnayé qu'à Tagliacozzo(i4io).
A partir de Martin V Colon na (1417-31), il n'y a plus de solution de continuité dans la série romaine. Lq florin dor de Martin porte déjà récusson de famille du pape (une colonne)\ le gros représente deux écussons: celui des Colonna et celui des vieilles monnaies sénatoriales avec ROMA: CAPVT: MVNDI. C'est Eugène I V(i43i-37)qui inaugure l'ère nouvelle, après avoir installé son atelier, la s^ecca, près du Campanile du Vatican. Dorénavant, le floriîi ou ducat ne montre plus que les armes du pape sous une tiare et l'image de saint Pierre debout, entourée d'abord de la légende S- PETRVS- ROMA- CAPVT- MVNDI. puis de S- PETRVS- ALMA- ROMA. et l'inscription adoptée par les sénateurs de Rome disparaît pour toujours. Le carlin figure tantôt le souverain pontife assis de face et bénissant, avec, au revers, les clefs en sautoir; tantôt l'écusson et les deux apôtres debout. Sur le demicarlin^ on ne place que les têtes affrontées des apôtres. Dix de ces carlins ou grossi papal i valaient un ducat.
Ces types ne sont pas tous maintenus par les successeurs d'Eugène :
•Nicolas V (1447-55)- *Pie H Piccoloniini (1458-64).
•Callîste III (1455-58). 'Paul II (1464-70-
Le « pape assis et bénissant », copié sur VAmbrosino de Milan, n'est bientôt plus employé, et sur le demi-gros seulement on voit le buste du pape régnant, non encore son portrait. A l'occasion du jubilé (1450), Nicolas V fait frapper un triple ducat d^ov. Calliste III, sur son carlin et sur un de ses florins, fait représenter saint Pierre dans sa barque; un desy7or/w5 de Paul II figure sainte Véronique tenant le suaire'.
§ III. — Villes et souverains de Vltalie centrale,
Ancône, — Le monnayage dont nous avons parlé p. 795 ne s'arrête qu'à la fin du xiv* siècle. Nous possédons le double sequin d'or, le sequin, les grosso, grossetto, ywe^^^o grossetto avec Vobole d'argent, et le sesino de billon. La série papale commence par quel-
ques imitations de ces pièces, au nom de ^iX.^^i^-'d/ ^f'''^\f^J^J Benoît XII (1334-42) et par un joli denier ^§^§^^ \^2^^ de Boniface IX (1389-1404). MARCHIO % «906
A(wconae)est le titre du pape (fig. 1906). Le
type le plus original de Paul II (1464-71), saint Pierre dans sa barque, remonte aux monnaies romaines de Calliste III. Sixte V ferma l'atelier.
Are^^o, — La frappe des pièces municipales au type de saint Donat doit avoir continué jusqu'à la reprise de la villepar les Florentins (1384). Quant à la monnaie épiscopale, nous ne connaissons qu'une pièce d'argent de Gui Tarlati de Pietramala (1312-25).
Ascoli. — Dans l'espace d'un siècle, la ville eut jusqu'à neuf gouvernements différents. André-Matteo d'Acquaviva, duc d'Atri, n'exerça la seigneurie que pendant quelques mois (1395-96), assez pour faire frapper un petit billon, sur lequel on lit son titre de DVX ATRIA- N(wO et le nom de saint Émygde (EMIDIVS)- De 1406 à 1413, Ascoli obéissait, en vertu d'une bulle papale, au roi Ladislas (REX LADIS autour de LAVS)> puis aux comtes de Carrare (1413-26) qui mettaient leur blason personne], un char à quatre roues, sur leurs monnaies (CO D CARARIA). Obizzo de Carrare fut expulsé par le pape, et nous trouvons des pièces frappées à Ascoli par Martin V (1426-31) et Eugène IV (1431-33, 1445-47). Ce dernier donna le fief à François Sforce; la guivre de Milan apparaît donc pendant quelque temps
I. Voir la suite dans notre Traité de num. vioderney t. I, 461.
(1433-45) sur le numéraire. La ville ayant été réunie de nouveau aux états du saint-siège, on y voit des pièces frappées pour Sixte IV (1471- 84) et Alexandre VI (1492-1503), sans compter quelques monnaies papales anonymes, aux seules sigles p« p. Léon X supprima l'atelier en 1518. — Voyez aussi notre Traité de num, moderne, t. I, 465.
Camerino\ — Les premières monnaies d'argent et de cuivre de cette petite république datent de la fin du xii" siècle. Elles portent la figure en pied ou la tète mitrée de Tévèque saint Ansevin (ANSOVINVS)» parfois le nom seul de saint Venance et un grand A, qui doit être l'initiale du nom de saint Ansevin. Détruite en 1259 par les troupes de Manfred, la ville se donna aux seigneurs de Varano, dont les armes sont gravées sur quelques pièces d'argent, de facture tout à fait barbare, au I^ du saint Venance debout, tenant une bannière et une petite église. En 1434, Camerino recouvra temporairement sa liberté et reprit, pendant dix ans, la frappe de son ancien numéraire au type ou aux noms seuls des deux saints patrons, mais en y ajoutant Iccusson communal. — Voir la suite dans notre Traité de num, moderne, t. I, 460.
Chiusi, — Devenue indépendante (1337-55), la ville a frappé quelques gros au type de saint Silvestrc DE CLVSIO.
Fabriano. — Droit monétaire accordé par Pie H (1464) et exercé pendant quelques années seulement. Quattrini représentant une enclume et un marteau (DE FABRIANO).
Faën^a. — Deux seigneurs y ont frappé monnaie : Astorge II Manfredi (1448-68) et Astorge III (1488-1500). L'avers de la pièce d'Astorge II figure un épervier, le revers un saint Pierre à mi-corps; celui d'Astorge III n'a pour type qu'une lancette.
Fano, — Au moment où parut la première monnaie de Fano, la ville appartenait à Pandulfe Malatesta (1384-1427), dont le nom (D* PAN- DVLFVS — DOMINVS FAN!) se lit sur de petits billons au type de la rose. Plus tard, il y eut des pièces autonomes (1463-72) aux armes de Fano {un râteau) et à la figure de saint Paternien de Bologne. Sur quelques variétés on voit déjà les clefs papales. Le monnayage du saint-siège commence sous Sixte IV (1472-84).
I. Santoni, deîla :;;ecca e délie nionete di Camerino. Florence, 1875. — Bull, di numis" vialica e sfragistica (Camerino, 1882), t. I, 20.
Fermo, — Les monnaies autonomes (1220-1326), en mauvais billon, présentent des types variés. Sur un sesino, la légende marginale S. BAR- TOLOM se termine dans le champ par EVS, selon la coutume italienne; sur un autre, les mots CIVITAS FIRMI entourent un buste à mi-corps, et la croix du revers a pour légende : S' MARIA* NOSTRA.
L'an 1380, Fermo passa sous la domination du saint-siège, et Boniface IX (13 89- 1404) fut le premier pape qui y frappa monnaie. Mais bientôt, Louis Migliorati (1405-28) de Sulmona, investi de la seigneurie par son oncle Innocent VIII, mit son propre nom sur quelques gros d'argent. Martin V (1428-31) ne lui donna pas de successeur, et Tatelier de Fermo émit un carlin au nom du pape, avec un grand A dans le champ, terminaison de la légende marginale VR(bs) FIRMAN. En 1431, François Sforce, duc de Milan, expulsa les troupes du pape et resta maître de la ville jusqu'en 1446. On a toute la série de ses monnaies : gros (bolognino), denier^ demi-gros, piccolo; les types dont il se servit ne subirent pas de changement sous les papes Eugène IV (1446-47) et Sixte IV (1472), qui reprirent possession de Fermo. A la seigneurie de Liverotto Eufreducci (1502-13) appartiennent quelques pièces portant le nom de saint Savin. L'atelier fut supprimé après la mort de Léon X (1513-18).
Ferrare, — En 1332, les frères Rinaldo, Nicolô et Obizzo d'Esté reçurent du souverain pontife, Jean XXII, le vicariat de Ferrare. Après la mort de ses deux frères, Obizzo III (1344-61) commença la frappe de monnaies signées de son nom. Nous possédons une série considérable de pièces émises par ses successeurs :
*Nicol6 II d'Esté, marquis (1361-88). *Borso, duc (1450-71).
•Albert V (1388-93). •Hercule I« (1471-1505).
♦Nicolô III (i 393-1441). "Alfonse I» (1505-34). •Lionel (1441-50).
Nicolô III était aussi seigneur de Parme et de Reggio (1409). A partir du règne de Lionel , on rencontre une prodigieuse variété de types, sans exemple dans la numismatique du moyen âge. Sur le grossetto^ le marquis et saint Maurèle debout tiennent une crosse (ï^ buste du Christ, Xps rex venit in pace), Borso, d'abord duc de Modène et de Reggio et comte de Rovigo (1452), puis duc de Ferrare par la volonté du pape, choisit comme coin d'un de ses sequins dor la Résurrection. Hercule I^^ recourt à la mythologie grecque, aux exploits de son homonyme, l'Hercule thébain, qu'il représente étreignant le lion ou tuant un taureau, et la même source légendaire lui fournit l'hydre de Lernes. Le portrait du duc figure sur le double sequin d'or, le teston et le demi-teston, Al-
t37^ aUATRiÈME PARTIE
fonsel^r, mari de Lucrèce Borgia, préfère les scènes bibliques : Tadoration des rois mages, la fuite en Egypte, le Christ au milieu des Pharisiens, Madeleine aux pieds de Jésus, la croix sur le calvaire, etc. Beaucoup d'autres types monétaires des ducs de Ferrare ne sont pas expliqués encore.
Florence, — Les Guelfes de Florence confèrent à Charles d'Anjou (1267-78) la seigneurie pour dix ans. \Jn denier àt billon atteste le fait: on y voit la fleur de lis florentine, et au revers les mots REX SICILIE sont inscrits autour de la croix. Dès la seconde moitié du xiii*' siècle, les maîtres de la Monnaie étaient désignés par les deux corporations des changeurs et des marchands de drap français.
Lt florin d'or au lis (1252) est une des pièces les plus célèbres de la numismatique; il a été imité dans tous les pays. Il a toujours conservé son vieux type: saint Jean debout et la fleur de lis, mais les difl'érents monétaires et les écussons qu'on y relève sont innombrables. La figure de saint Jean debout se retrouve aussi sur \q florin d'argent, le gros de 80 deniers^ le quart de gros et lepopolino (1307), où le saint est accosté de deux lis ou de deux branchettes. Le gros de 20 soldi (13 16) le représente à mi-corps et relègue les lis dans les cantons de la croix. Sur le gros de 1403, le Précurseur est assis de face, bénissant et tenant un sceptre terminé en croix; la légende du revers forme Thexamètre léonin: det tibi florere xps Florentia vere. Assis, il figure encore sur le cotale (de 4 gros). Le carlin montre le Baptême du Christ. Un sequin d'or exceptionnel est celui qu'on appelle Zenobino, Imité des pièces de Venise et destiné au commerce avec l'Orient (1442), il a pour type saint Zénobe évêque agenouillé devant le Christ (D- ZEN* EP- F — S* M- FLOR) et saint Jean dans une bordure ovale de perles et d'étoiles (S* lOAN- BAPT* — pilius lACHARiae),
Aucun des membres de la famille Médicis, qui tenait la seigneurie depuis 1434, n'a monnayé à son nom avant l'élévation d'Alexandre de Médicis à la dignité de duc (1532).
Forli, — Cette seigneurie, un des fiefs du pape, appartenait successivement à Jérôme Riario (1480-88), seigneur d'Imola et neveu de Sixte IV, à sa veuve Catherine Sforce (1488-99) et à leur fils Ottaviano Riario (1499)-
Vécu d'or et le gros d'argent de Jérôme ne doivent pas avoir été frappés à Forli même.
Fuligno. — Depuis 1305, la seigneurie était aux mains de la femille
Trinci. Conrad Tri nci (1438) seul nous a laissé un gros (COAD* TARINCI) au nom de saint Félicien. L'an suivant (1439), Fulîgno fut annexé aux états du saint-siège. La série des monnaies papales commence avec Eugène IV. Le sequin H le carlin de Pie II (1458-64) représentent le pape debout dans un navire et tenant un étendard.
Gubbio. — La ville appartenait aux Montefeltro, d'abord seigneurs, puis ducsd'Urbin :
•Guidantonio de Montefeltro (1404-42). *Guidobaldo I (1482- 1508).
* Oddantonio ( 1 442-44). * François-Marie V^ délia Rovere, duc d'Ur-
•Frédéric II, duc d'Urbin (1444-82). bin (1508-27).
Tous ont frappé monnaie à leurs armes (EVGVBIVM ou DE EVGV- BIA)et à l'image de saint Ubald. On possède Vécu d'or de François- Marie.
Loreio, — Une seule pièce autonome est connue. C'est un denier du xive siècle: + DE LAVRETVM. Revers: SCA- MARIA autour d'une croix.
Lucques, — Déjà vers le milieu du xur siècle, Lucques frappait des gros d argent sur le modèle du matapan de Venise. Nous avons parlé (p. 801) du type de cette pièce: la sainte face couronnée, la relique la plus vénérée de la ville. Elle se maintint longtemps et se transforma peu à peu en un buste couronné, de face, de trois quarts ou de profil. Le double gros est frappé sous Frédéric II; plus tard, d'autres espèces sont créées : le florin d*or (à la tète de profil) et un autre, dont le revers figure tantôt saint Martin à cheval, tantôt saint Pierre debout.
Sous la domination des Pisans (1342-69) le nom de l'empereur Otton IV se lit souvent sur les monnaies, qui portent toutes Taigle de Pise. L'an 1369, Lucques recouvra sa liberté et reprit son monnayage d'autrefois. L'inscription la plus fréquente sur les pièces de cette époque est: CAROLVS- IMPERATOR. Les monnaies d'or sont d'une rareté extrême.
Maceraia. — La ville frappe successivement des monnaies d'argent au nom du pape Boniface IX (1392-1404), des pièces autonomes, dont le coin principal est la figure de saint Julien tenant Tépée et la bannière, puis d'autres espèces, marquées des deux clefs en sautoir. A partir de Sixte IV (1471), on y replace le nom du pape.
1380 ClUATRlfeME PARTIE
Massa (li Maremma. — De 13 17 à 1335, cette ville a frappe des gros
(fig. 1907) et oboles d argent, représentant saint Cerbon de Vérone en pied ou en buste.
Modène. — La ville se soumet en 1288 à Obizzo d'Esté, marquis de Ferrare, dont le fils Azzo VII (1294-1306) commence à battre monnaie à son propre nom (AZO MARCHIO DE MVTINA). Après l'expulsion d'Azzo, on rétablit l'ancienne République (1306-36). Le gros de cette époque porte COMVNITATIS MVTINE, et le type choisi est un type local: la figure de saint Géminien. Revenue au pouvoir en 1336,1a famille d'Esté ne monnaye plus avant la fin du xv' siècle. Nous avons des pièces du duc Hercule 1^^^ (1471-1501), surtout son écu d'or au saint Géminien; puis celles d'Alfonse I^^ (1505-10, 1527-34) avec son portrait. L'an 1513, le pape Jules II, dont les troupes avaient pris possession de Modène, céda la ville à l'empereur Maximilienl'îr(i5i3), qui la revendit (15 14) à Léon X, après y avoir émis des ducats d'or.
Orvieto. — De 1341 à 1355, la ville a frappé des pièces autonomes (VRBSVETVS). L'an 1355, elle fut annexée définitivement aux états du saint-siège.
Parme. — L'an 1326, pendant la vacance du trône impérial, Parme se donne au pape Jean XXII (1326-29), dont on a quelques pièces de billon. De 1331 à 1335, \Qsdeniers de Parme portent le nom ou Teffigie de Jean de Luxembourg, roi de Bohême, puis, jusqu'en 1346, il y a un dernier monnayage autonome et une émission de me^^ani faite par Gui et Azzo Corrège. Les pièces parmesanes des seigneurs de Milan commencentavecBernabôVisconti(i355-85)etfinissent,aprèsunelongue interruption, avec François 1*^^ Sforce. Types: buste de saint Hilaire, château fort, etc. La République éphémère de 1448, qui précède l'avènement de François Sforce, fait frapper un ducat d'or représentant d'un côté le Christ qui couronne la Madone, de l'autre, les saints Hilaire et Jean tenant une bannière. Le pape Jules II prit possession de la ville en 15 12.
l'italie 1381
Pérouse, — Les émissions républicaines, au buste ou simplement au nom de saint Herculan, durent jusqu'en 1 506, année dans laquelle commence le monnayage au nom du pape.
Pesaro. — A partir de 1355, les Malatesta, reconnus seigneurs de Pesaro par Innocent VI, frappent des billons qui portent leur nom de famille, et ce n'est que sous le gouvernement de Pandulfe, Charles et Galéaz Malatesta (1429-38), puis de Pandulfe et Galéaz (1438-41), qu'on apprend leurs noms de baptême. Le type adopté est saint Térence en pied ou en buste. Le fief étant échu à Constance Varano, celle-ci l'apporta en dot à son mari Alexandre Sforce (1447- 73), dont on possède un gros à décor purement épigraphique. — Voir la suite dans notre Traité de num, moderne, t. 1, 459.
Pisc. — Jusqu'en 1494, les Pisans continuent de placer sur leur numéraire le nom de l'empereur Barberousse, sauf une courte interruption (13 12-13), pendant laquelle ils frappent de jolies pièces au nom de l'empereur He.nri Vll(fig. 1908).
Le monnayage des deux fils d'Ugolino Gherardesca trouvera sa place p. 1391; pourceluidu roi de France, Char les VIII ~^ Fig. 1908
(1494-95), nous renvoyons à la p. 985, et
les colonies pisanes du Levant seront dnumérées plus* loin, au chapitre xvni. A la fin du xv*^ siècle, la ville s'affranchit de la seigneurie des Visconti et proclama la République. \Jr\ florin d'or au type de la Madone {^ POPVLI PISANI. croix) date de cette époque.
Plaisance. — Legouvernement républicain se maintient jusqu'en 1313, c'est-à-dire jusqu'à l'élection de Galéaz 1*^^ Visconti (1313-22), seigneur de Milan. Les pièces d'argent de Galéaz portent un grand G gothique dans le champ. Après un long intervalle, nous trouvons les monnaies de Jean de Vignate (1410-13), seigneur de Plaisance et de Lodi, sa ville natale (PLAC'* LAVDE 3 C)î un gros, entre autres, qui représente les saints Basien et Antonin tenant une bannière. Après Jean, il n'y a plus que des billons autonomes (PLACENTIA AVGVSTA)- Le monnayage papal commence en 15 13.
Ravenne. — L'an 1440, les Vénitiens occupèrent la ville et, bientôt, firent frapper à la Monnaie de Venise des bagattini àcslmis spécialement à Ravenne (1442 et 145 1). Ces pièces portent le buste de saint Apollinaire.
1382 aUATRlÉME PARTIE
Après le rétablissement du saint-siège, Léon X (i 517-21) y émit des sequins d'or et des gros d'argent; de même, le cardinal-archevêque Nicolas Fieschi (FLISCVS, 1517) et le pape Paul III (1534-39)-
Recanati. — Une bulle de Boniface IX (1393) accorde à la ville la licence monétaire, même pour Tor; mais on ne connaît pas de pièce antérieure à 1450. Sur le gros d'argent, on lit : 5. Maria de Recaneto; sur les piccoli de billon : tantôt 5. Maria de Loreta, tantôt 5. Fiavianus, etc. D'autres pièces portent le nom du pape Nicolas ¥(1447-55), ou elles sont anonymes et, seules, les deux clefs en sautoir indiquent qu'il s'agit de monnaies papales.
Reggio d'Emilie. — Trois marquis de Ferrare ont monnayé comme seigneurs de Reggio :
•Azzo VII d*Este (1293-1306). •Alfonse Je»" (1505-12. 1523-34).
•Hercule 1er (1471-1505).
Ils prennent pour types les figures des saints Prosper et Darie. Alfonse est le premier qui place son effigie sur les monnaies. Les émissions papales (Jules II et Léon X) ne sont que temporaires.
Rimini. — La République (1250-1355) continue la frappe des pièces au type de saint Gaudence. Trois seigneurs de la famille Malatesta ont monnayé ensuite:
•Charles Malatesta (13 89- 1429). *Sigismond-Pandulfe (1432-63; mort en
•Galeotto- Robert (1429-32). 1468).
Type principal : saint Julien en pied ou en buste, plus rarement saint Gaudence en prière. — L'an 1463, une bulle de Pie II défend le monnayage aux feudataires de l'Église qui n'y sont pas expressément autorisés.
Sienne (voir p. 804). — A la fin du xiii® siècle, on rencontre déjà la légende SENA VETVS CIVITAS VIRGINIS. et les mots ALPHA ET O se complètent par PRINCIPIV(m) ET FINIS, comme sur hsjlorins d'or, qui, cependant, ne sont mentionnés dans les délibérations du Grand conseil qu'en 1333. On les appelait alors sanesi d*oro (fig. 1909), plus tard (i486) ducati. Le type de l'S ornée reste immuable, aussi bien sur lequatirino, créé en 1351, que sur les pièces postérieures; mais celles qui ont été frappées entre 1397 et 1402, pendant que le duc de Milan, Jean-Galéaz, était seigneur de Sienne, ont pour différent la guivrc de Milan, et l'S est encadrée dans une bordure gothique. Sur le bolognino, du commencement du xv** siècle, les quatre lettres de SENA sont disposées en croi-
sette, et un grand A occupe le champ du revers. L*écriture romaine se substitue à celle du moyen âge vers l'an 1500.
Fig. 1909
Spolète, — Pièces d'argent autonomes du xiv* siècle, au nom de saint Pontien ou au buste de saint Jean archevêque. D'autres frappées par les papes Jean XXll (1316-34), Pie II (1458-64), Paul II (1464-71), ces dernières avec PROVINCIAE DVCATVS ou DVCATVS SPOLETANI.
Urbin. — Le 20 mars 1420, Martin V envoie à Gui-Antoine de Montefeltro (1420-42) le privilège monétaire. Un piccolo de billon porte le monogramme de Gui-Antoine et le buste de saint Crescentien. Otton-Antoine (1443-44) n'a pas laissé de traces dans la numismatique, mais de son successeur, Frédéric H (1444-82), nommé duc en 1474, nous possédons, entre autres, un beau teston au buste cuirassé, portant au revers son écusson avec la bannière de l'Église, dont il était le gonfaloniere (RE GE CAPI AC S RO EC CONFALON). — Voir la suite dans notre Traité de num. moderne, t. I, 458.
Viterbe, — Le Patrimoine de saint Pierre, dont Viterbe était la capitale, avait pour armes deux clefs droites adossées. Ces armes (quelquefois une seule clef droite et un lis) figurent sur plusieurs deniers et sur une obole de Charles I" d'Anjou; classées à Viterbe, ces pièces auront été frappées en Provence, avant la conquête du royaume de Naples qui était aussi un fief de TÉglise. A l'exception du comte Pandulfe delT Anguillara, podestat de la ville en 1275, et de François Vico, seigneur (1375-87), dont on possède un ^ro5 (au buste de saint Laurent au-dessus du gril), les papes seuls ont monnayé à Viterbe. Nous connaissons des pièces d'argent et de bHlon frappées par:
•Nicolas IV (1 288-94). * Urbain V (i 362-70).
*Benoît XI (1303-04). *Clément VII, antipape (1378-94).
•Jean XXII (13 16-31). *Sixte IV (1474-76).
•Benoît XII (1334-42). •Innocent VIII (1484-92).
Fig. 1910
Leur légende est : PATRIMONIVM ou S- PETRI PATRIM. plus tard:
VITERBIO VEIA. Types principaux: saint Laurent et les clefs droites.
Le ^ew2/-g*ro5 que nous avons fait dessiner (fig. 1910) est de Nicolas V.
Volterra. — Monnaies des évoques Ranieri (1301-20) et Ranuccio (1321-48). Sur une des pièces de Ranieri, on lit : crux est vitoria (sic) nostra.
§ IV. — Lt royaume de Naples^.
Nous avons vu (p. 815) que le pape Urbain IV, originaire de Troyes en Champagne, décida Charles d'Anjou (1266-85) à s'emparer des deux Siciles. Un autre pape français, Clément IV, né à Saint-Gilles sur le Rhône, signa la bulle d'investiture le 26 février 1265; mais le couronnement n'eut lieu que le 6 janvier 1266.
Un des premiers actes du roi angevin fut la réintégration à Brindes de l'atelier de Manfredonia; un autre atelier fut créé à Barletta, un troisième plus tard (1277) à Naples. Celui de Messine était toujours resté en pleine activité.
Les monnaies frappées par Charles en sa qualité de sénateur de Rome et de vicaire du pape ont été décrites p. 1373 et 1383. A Naples, la série numismatique des princes d'Anjou est extrêmement riche. S'inspirant de Vaugustale de l'empereur Frédéric II, Charles I^r ordonna l'émission d'une pièce pareille (fig. 1911), au titre de 4 d'or pur, et pesant le quart d'une once. Mais ce que l'empereur d'Allemagne avait appelé Augustalc, courait maintenant sous le nom de réal d'or. Dès le 15 novembre 1266,
Fig. 1911 Fig. 1912
on en entreprit la frappe à Barletta et à Messine, et la continua jusqu'à la création du carlin d'or en 1277. Le demi-réal, unique, vient d'être volé au Musée de Marseille. Une autre pièce d'or, fabriquée en même temps, était le tari avec ses multiples: le double, quintuple et décuple
I. Sources: p. 789. — A. Sambon, Annuaire de la Soc. de Niini., 1891, et BuUetin de Nttm., 1897, p. 43.
l'italie 1385
tari. Sur ce dernier (également unique), on voit le prince à cheval, armé de pied en cap; sur les autres (fig. 1912), un grand K, imitant l'F de Frédéric II, puis une croix longue accostée de deux n grecs et des lettres l€-XS {lesus Christus), ou une targette aux trois fleurs de lis. Une de ces pièces de 8 tari a été frappée à Tunis, lors de la croisade de saint Louis.
Mais la plus jolie monnaie du règne est le carlin (charlois) ou salut d'or, pesant — de Tônce (fig. 1913). Après l'installation de Tatelier de Castel Capuano, c'est-à-dire du Castel deir Uovo de Naples (1277), un
Fig. 1913
Fig. 1914
des plus habiles artistes du temps, François Formica, fut chargé de la gravure de ce coin, qui rappelle les miniatures des manuscrits. La salutation angélique y est entourée du verset ave gracia plena, dominus (ou dus) tecum, l'écusson est celui de France-Jérusalem, et le roi y prend pour la première fois le titre de roi de Jérusalem. Le demi-salut d'or est de toute rareté. Types et légendes se retrouvent sans changement sur le salut d'argent et son demi.
Quant au billon de Charles d'Anjou, le denier est de 420 à la livre (la livre valait 1 d'une once d'or); il porte les sigles KAR (Brindes) ou
Ry^ (Messine; fig. 1914) dans le champ, plus tard réduites à un simple K ou remplacées soit par trois fleurs de lis, soit par l'écu à la fleur de lis et au lambel, etc. On a aussi le double, triple^ quadruple denier, de même que le demi, appelé medaglia (maille). Ceux qui portent le titre de roi de Jérusalem sont postérieurs à Tan 1276. Mais le billon sicilien, qui, à l'arrivée des Angevins, ne contenait déjà plus qu'un quart d'argent fin, était bientôt réduit à -^- et devint un des motifs principaux de la révolte de 1282 qui fit passer l'île à la maison d'Aragon.
Pour le monnayage provençal de Charles 1^»*, il faut se reporter à la p. 1014, pour celui de Florence à la page 1378.
Charles II (1285-1309) succède à son père dans le royaume de Naples et dans les comtés de Provence et de Forcalquier. Il continue la frappe des saluis d'or et d'argent et. vers 1304, crée le gillat ou carlin de majesté, au type du prince assis de face sur un pliant orné de têtes de lion. Cette pièce, qui prendra une grande place dans la numismatique du
1386 aUATRiÈME PARTIE
moyen âge, était imitée des gros frappés par les sénateurs de Rome, qui plaçaient sur leurs monnaies une Rome assise. Au revers, elle a pour légende les paroles du psalmiste: honor régis iudicium diligit autour d'une croix fleurdelisée et cantonnée de fleurs de lis, d'où le mot gigliaio. Les premières pièces de billon de Charles II : denier (iornesello) et obole, au buste couronné de face (KAROL' SCD' REX)> furent démonétisées et remplacées par d'autres, aux armes d'Anjou et à la croix pattée (1299). Dans les documents contemporains, le denier de 1299 est appelé Gherardinus, parce qu'il avait été inventé par le monnayeur Gherardino Gianni de Florence. Sur toutes ses espèces, Charles II indique son numéro d'ordre: KAROL' SCD' {secundus) ou K-S (voir p. 1014). Nous avons déjà parlé (p. 1039) des monnaies piémontaises de Charles II frappées à Cuneo (1307-09).
Robert (1309-43) renonce à la frappe de l'or; on ne possède de lui que des gillats (p. 1015), des billons aux armes d'Anjou, quelques pièces en cuivre pur, figurant son buste casqué (I^ grande R), et des pièces aflîrmant ses prétentionsà la souveraineté du Piémont (p. 1039). Jeanne Kc (1343-81) et son mari Louis de Tarente (1346-62) ont surtout monnayé en Provence, mais ce que nous en avons dit plus haut (p. 1015-16) s'applique aussi au royaume de Naples. On a des pièces de Jeanne frappées à Cuneo (pour le Piémont). Charles III de Duras (Durazzo, 1382-85), son fils adoptif, n'a frappé que des monnaies aux types accoutumés, surtout à Sulmona. Le nom de Ladislas de Duras (1386-1414) figure sur de rares demis et quarts de carlin et sur des gros de Guardiagrele, etc. Du même on a le denier de Tocco (|N TOCCHO) dans les Abruzzes'. Nous venons de voir qu'il a aussi monnayé à Rome et à Ascoli, villes dont il avait la seigneurie (141 3-14).
Yolande d'Aragon épousa, Tan 1400, Louis II d'Anjou (1384-1417), dont elle eut deux fils: Louis III, né en 1403, et René. Louis II, dont on ne possède que des Jlorins au saint Jean et quelques pièces frappées à Aquila, était dépossédé de son royaume napolitain lorsqu'il mourut à Angers (1417); mais Yolande fit valoir ses droits, et plusieurs monnaies d'Aquila (1414-23) portent son nom et son titre (IVLANDA RE- GI N A). On connaît sa cella d'argent (S- PETRVSi le saint assis. I^ l'aigle d'Aquila), son denier (S- PETRVS- PP- 9FBssor, buste du saint. I^ AQLA en croix) et son quattrino de billon (I^ DE AQVILA, lion). En Provence, elle signa les actes jusqu'en 1427, mais dès 1424 elle avait cessé d'être tutrice de Louis III (1417-35) qui se trouvait alors à Naples auprès de Jeanne II (1414-35), dont il avait été adopté et à laquelle il
I. Comptes rendus de la Soc. de Num., 1899, p. xiv (A. Sambon).
l'italie 1387
devait succéder. Nous avons fait ressortir (p. 1017) l'impossibilité de distinguer entre elles les monnaies d'or des deux Louis. Jeanne II avait des ateliers à Ortona et à Aquila; un grand Y couronné est inscrit sur ses deniers (très rares) où elle s'appelle reine de Hongrie.
Les prétentions de René d'Anjou (1435) au trône de Naples sont illustrées par une série de pièces des plus intéressantes. On connaît son gillat, dont les exemplaires portent, dans le champ du revers, l'aigle d'Aquila ou la marque de Sulmona (SMPE), ou la lettre L (atelier de Lacce) et les multiples armoiries du roi. Mais sur le quart de gillat (au buste couronné de face), les armoiries sont supprimées et remplacées par la croix fleurdelisée qui est Tem blême caractéristique de la pièce. L'an 1440, René s'était emparé de Sulmona après un long siège. Son denier de billon porte une R couronnée, un autre et le quattrino reproduisent les types des monnaies d'Yolande.
La dynastie de la maison d'Aragon commence avec Alphonse I^*" le Magnanime (1435-58) qui introduit un coin nouveau, le ducaton rf'or au cavalier, mais continue la frappe du gillat (Al/onsino) en substituant à la croix et aux lis angevins son écusson à lui. Il existe beaucoup de variantes de son denier au buste couronné de face et au champ parti des armes d'Aragon, Jérusalem, Naples et Hongrie. Le roi s'intitule rex Sicilie citra et ultra, Cagliari, dans l'île de Sardaigne, était un de ses ateliers monétaires*.
§ V. — Villes de l'Italie méridionale.
Aquila.— L'atelier d'Aquila a battu monnaie pour le roi Ladislas (1386-1414), pour Jeanne II (1414-35), Yolande (1414-23) et René d'Anjou (1435-42), pour Ferdinand I^*" (1458-94), temporairement pour les barons révoltés contre l'autorité royale (1459) et pour le pape Innocent VIII (1485-86), dont on possède des quattrini variés, aux types de l'aigle et des clefs en sautoir. Les pièces émises au nom de Charles VI II, roi de France, sont décrites p. 986.
Atri. — Deux ducs d'Atri ont frappé des monnaies d'argent : •Josias Acquaviva (1459-62). *Matteo de Capoue (1462-64).
Le gros de ce dernier représente saint Nicolas debout.
I. Voir la suite dans notre Traité de num. moderne^ t. I, 469.
1388 QJUATRlfeME PARTIE
^an (Pouille). — A 1 époque de la domination des Normands, un des ateliers de Roger II était installé à Bari (p. 811). Vers la fin du XIV* siècle, probablement pendant quelque interrègne, la ville a frappé des monnaies autonomes'. On connaît un dénierai billon (unique) au buste de saint Nicolas et à la croix entourée des mots DE BARIVM.
Campobasso, — Billons frappés par le comte Nicolas II de Montfort (1450-62). Ils ressemblent aux tournois contemporains des princes d'Achaïe.
Chieti, — Métropole des Abruzzes et, depuis 1443, résidence du viceroi. Alfonse I" d'Aragon (1443-58) y a frappé monnaie (VRB- THEATINA) aux types des saints Justin et Nicolas, et pendant la révolte des barons (1459) Ferdinand I^^*" y a émis un double gros figurant saint Justin en pied. Chieti était le fief de Matteo de Capoue, duc d*Atri (1462-64). L'an 1495, la ville reçut son privilège pour rémission de pièces au nom du roi de France (p. 986).
Civita-Ducale, — Pendant la révolte des barons contre Ferdinand I" d'Aragon (1459-60), cette ville, restée fidèle au roi, a frappé quelques pièces autonomes en argent et en billon. Elles représentent saint Marin debout.
Guardiagrele. — Les mêmes Orsini qui monnayaient à Manopello, ouvrirent un atelier à Guardiagrele (1391) avec l'autorisation du roi Ladislas. La charte fut renouvelée en 1424 par la reine Jeanne II de Durazzo (1414-35). Les noms de Ladislas et de Jeanne sont inscrits sur les pièces d'argent de cette provenance (GVAR autour d'une rosace. I^^ Buste du pape saint Léon).
Ortona. — Atelier de Jeanne II de Naples (1414-35), qui y frappe des gros d'argent au buste de l'apôtre saint Thomas. — Monnaies autonomes émises pendant la révolte de 1459. — Quattrini au nom de Charles VIII, roi de France (1495).
Sora, — Le duc Pierre-Jean-Paul Cantelmi a frappé i^sgros, à décor épigraphique, pendant l'anarchie de 1459-61, et des cavalli pour Charles VIII, roi de F'rance (1495). Un de ces derniers lui donne le titre de ALB'SO- DV(x); ALB signifie Alvito. — Voir notre Traité de num, moderne^ t. I, 470.
I. Papadopoli, Motiete itallanc inédite, fasc. IV (1894), p. 19.
l'italie 1389
Sulmona. — Charles III de Duras (1382-86) et son fils Ladislas (i 386-1414) ont frappé monnaie comme seigneurs de Sulmona. Leurs pièces portent les sigles SMPE dans le champ (voir notre Traitédenum. moderne^ t. I, 470). Plus tard, l'atelier travailla successivement pour Alfonse I^*" d'Aragon (1439-58), Ferdinand 1^^(1458-94) et pour le roi de France^ Charles VIII (1495).
Tagliacoi({0, — Le pape Alexandre V, réfugié à Bologne (1410), donna le comté de Tagliacozzo à Jacques Orsini avec la permission d'y frapper des gros (TALIA COZO) qtii porteraient le nom et le buste du souverain pontife.
§ VL — Le royaume de Sicile,
Par son mariage avec Constance, Pierre III d'Aragon devint roi de Sicile (1282-85). Un superbe ducat d'or (fig. 191 5), du travail le plus fin, date de son règne et fixe immédiatement, pour plus de deux siècles, le type principal des monnaies hispano-siciliennes. A l'avers, l'aigle impériale dans une double légende : COSTA- DEh GRA* ARAG- SICIL* REG et le XPS- VINCIT de saint Louis; au revers, Técu aux barres.
Fig. 19»)
également dans un double cercle: p« DEI* GRA* ARAGON- SICIL'- REX et la variante d'un verset biblique : summa potencia est in deo, La même pièce a été frappée en argent.
Les successeurs de Pierre, bien qu'ils ne fussent plus rois d'Aragon (à l'exception de Jacques l""" qui reprit en 1291 les deux couronnes et le vieux titre de comte de Barcelone), ont conservé, sur leurs monnaies, et l'aigle et l'écu aux barres :
*Jacques 1er (1285-96). •Frédéric III (1355-77).
•Frédéric II (1296-1337). *Marie d'Aragon (i 377-1402).
•Pierre II (1337-42). *Martin 1er (i 402-1409). •Louis (1342-55).
1390 aUATRIEME PARTIE
mais sous les rois suivants, qui furent de nouveau maîtres des deux royaumes:
•Ferdinand I (14 12- 16). •Jean II (1458-79).
•Alfonse V (1416-3$ ; roi des deux Siciies, •Ferdinand II le Catholique (1479-15 16). 1435-58).
les types deviennent plus variés et plus intéressants.
Cest sur les monnaies de Frédéric II que nous lisons pour la première fois le titre de duc d'Athènes et de Néopatras (NEOPATRIE), équivalant à ceux de nos évéques in partibus. Il se maintient jusqu'à Jean II inclusivement. Frédéric III est le seul qui s'intitule duc d'Apulie t\ prince de Capoue,
Le buste couronné de face et l'M couronnée n'apparaissent que sur les quarts de tari, en argent, de M a rie; le même buste, tourné à gauche, se voit sur le billon de Frédéric II et III, Tm sans couronne sur le billon de Martin. Quelques deniers de cuivre de Frédéric II ont un éléphant au revers. Tous les deniers de billon de cette dynastie sont mal frappés et leurs légendes rarement complètes.
Au point de vue héraldique, on suit avec curiosité les transformations de récusson, où les barres espagnoles et les aigles de TEmpire se partagent diversement les quatre quartiers. Cest Alfonse V qui introduit sur son réai d'argent le type napolitain du prince assis de face. Nous le retrouverons sur les ducats d'or de Jean II et de Ferdinand (Traité de num, moderne, t. I, 471). Quant aux lettres monétaires de cette série (GL, ww, etc.), on n'est pas encore parvenu à les interpréter.
§ VIL — Fille de Catane.
Frédéric II d'Aragon (1355-77) donna la licence monétaire à la ville de Catane, où lui-même avait un atelier et faisait frapper des billons au type de l'éléphant. La ville fit usage de son droit et mit aussi des billons en circulation.
§ VIIL — Ile de Sardaigne.
i) Les Pisans.
Au moyen âge, l'île de Sardaigne était divisée en bailliages, trois, quatre ou six. Vers la fin du xiii^ siècle, le fameux Ugolino Gherardesca de Pise était le bailli d'Iglesias. De ses deux fils, Guelfoet Lotto
(1289 95), nous avons un très beau gros tournois (i\g, 1916) aux armes des Gherardesca, et qui porte la légende: Guelf et Lott\ comités d'Doîioratico, et t(er)tie p(ar)tis regni Kall(aguritani) dni; puis au revers : Villa Eccl(es)ie, argenterie d* Sigerro, La fin de l'inscription se rapporte aux mines d'argent de Segario, qui avaient fourni le métal de la
pièce'. Un demi-gros tournois au nom de l'empereur Frédéric II, mais frappé bien postérieurement à sa mort, porte aussi, au revers, les mots FACTA IN VILLA ECLESIE P(ro) COM(/wwn)| PISANO.
2) Villes de Sardaigm,
Sassari. — Le bailliage d'Arborée nous a fourni un gros de Guillaume II, vicomte de Narbonne (1408-13), petit-fils de Béatrix d'Arborée. Cette monnaie a pour type un arbre, l'arme parlante de la ville, et ses légendes sont: G' IVDEX ARBOREE — ET VICE COMES NABOE^ Elle a été frappée à Sassari.
Castelsardo. — Une monnaie de billon, encore unique, porte le nom de Nicolas Doria (1436-48).
3) Royaume de Sardaigne.
En 1297, Jacques II reçut du pape Boniface VIII la souveraineté de l'île de Sardaigne qui appartenait alors à la République de Pise. Le roi d'Aragon ne se rendit maître de son nouveau royaume qu'en 1324 et fit frapper tout de suite un beau réal d'argent qui servit de modèle à tous ses successeurs jusqu'à Ferdinand II :
•Alfonse IV (1327-35). *Martin (1396-1410).
•Pierre IV (1355-87). •Alfonse V (1416-58).
*Jean I (1387-95). *Jean II (1458-79).
1. La monnaie est encore unique. — Friediànder et von Sallet, Zeitsclmft fur Num., t. XII, 387. XIII, 83.
2. Revue numistn., 1844, p. 441. — Variante au catalogue Gnecchi, n. 4919.
1392 aUATRIEME PARTIE
La pièce porte Técu triangulaire d'Aragon, entouré de rosaces et d'une bordure gothique; au revers, une croix cantonnée de rosaces, dans une bordure pareille. Légende: fortitudo et laus mea dominus (fig. 1917). Le demi-réal date de Pierre IV, qui crée, à côté de ce type, un second
Fig. 1917. Pierre IV (1335-87)
coin, à reçu en losange et à la croix cantonnée de quatre couronnes, où les mots Aragonum et Sardinie se substituent au verset biblique.
Sur la monnaie de billon, on voit le même écu, tantôt en losange, tantôt cordiforme, mais ce sont surtout les rosaces qui, pendant cent cinquante ans, font reconnaître au premier coup d œil les espèces sardes. L'atelier de tous ces rois était à Iglesias (j'/Z/a di Chiesd)\ au château de Bosa, on frappait de petites pièces de cuivre pour Jean I^»".
Ferdinand II (1479-1516) remplace Técu traditionnel par le buste du roi et choisit pour légende le verset inimicos eius induam con/usione. Sur son blanc de billon, on lit le nom de la capitale de Tîle, Cagliari : CASTRI CALAR(itani). Les lettres S et A qui se trouvent quelquefois dans les cantons de la croix, sont les initiales de Sardinia.