L - LES EMPEREURS
L'introduction dugros d'argent, c'est-à-dire Tadoption du gros tournois de Saint-Louis, est, dans l'Allemagne, le point initial de la période que nous avons à étudier ici. Dans le monnayage des empereurs, elle remonte aux premières années du xiv* siècle, car au moment même où le premier ester lin impérial paraît à Aix-la-Chapelle, sous le règne d'Henri VII (1308-13), Tatelier de Cologne frappe un de ces gros, dont le revers porte une double légende autour de la croix (GROSSVS COLONIEN • et BENEDICT • SIT. etc.), comme sur l'original français, tandis qu'à l'avers l'effigie de l'empereur couronné debout, tenant Tépée et le globe (HENRICVS: ROMANOR: IMPER.), se substitue au châtel de Tours.
Mais le véritable innovateur en matière monétaire est Louis IV de Bavière (1314-47; empereur 1328), appelé au gouvernement par une fraction des princes-électeurs contre Frédéric le Bel. Après avoir défait son compétiteur à Muhldorf, il devient le souverain le plus puissant de l'Europe. Des chaises d'or à son nom S avec la double aigle sur le bouclier, imitation de celles de Flandre, sont frappées en même temps que dts gros tournois, des e^^er/Zn^ et les pièces d'appoint d'ancien style. Mais le nombre des ateliers impériaux est déjà très réduit; d'une soixantaine, ouvertes autrefois, c'est à peine une quinzaine qui reste.
L'an ! 340, 'pour payer une dette, l'empereur engage son atelier de
1. Sources: p. 513. - P. Joseph, Goldmûnien des XIV und XV Jahrhunderts (Disiho^ denherger Fund), dans Archiv fur Frankfurts Geschichte, t. VIII (1882). ,
2. Le mùiiton d*or, attribué par Chalon à Louis de Bavière (LVD RO'I) est de Louis de Mâle (LVD' CO' F).
Francfort-sur-lc-Mein à un bourgeois de cette ville, Jacques Knoblauch, son hôtelier, avec l'autorisation d'y monnayer Tor et Targent. La licence de frapper des gros tournois de 65 1 au marc est accordée au même en 1^45. Nous avons plusieurs sortes de gros tournois au nom de Louis IV. Les uns, sans nom de localité, conservent les mots Turonus cipis autour du chàtel et mettent au revers LVDOVICVS IMPR autour de la croix. D'autres placent autour du chàtel : ROMA- NOR' IMPrerMTOR. et autour de la croix: LVDOWICVS QVART^ ou
QVART*. Mais il en existe qui portent le nom de lofficine:
Berg (TVRON^ DE MÔTE.
TERRA DE MONTE), Blankenberg (fig. 1 790), Heinsberg.
Uesterlin à la tète couronnée de face est forgé à Aix-la- Chapelle: \e denier, aux types habituels du roi assis et du buste dans un triangle, est de Dortmund (CIVITAS TREMONIA); de même Yobole anonyme aux deux bustes, dont Tun, celui de saint Reinold, dans un triangle.
Nous rappellerons ici, que, pour affirmer ses droits de suzerain, Louis IV fit frapper un gros au lion pour le Hainaut (p. 1084); ses chaises d'or sont d'Anvers (p. 1 1 39). Lan 1 54S5 il hérita de la Hollande, de la Zélande et de la Frise. Des monnaies italiennes à sort nom ont été émises à Milan, Côme et Savone.
DeCharlesIV de Luxembourg (1 347-78: empereur 1 555), on a une cAa/^e d'or (unique), et des Jlorins (KAROLV) de Francfort qui se confondent facilement avec ceux de Hongrie, leur différent (une aigle au vol) étant le même; en argent, nous possédons ses beaux gros tournois avec KHAROLVS REX, et des deniers au triangle (Dortmund) avec KAROLVS-QVART'IMPERAT. L'empereur céda ses droits sur la Monnaie d'Aix-la-Chapelle au duc de Juliers.
Wenceslas (i 378-1400) n'a pas frappé d'autre monnaie impériale que des oboles (Dortmund) au buste couronné et aux sigles V-R-O-R et M-N-A-Q non encore expliquées'.
Les monnaies d'or émises en quantité par les archevêques de la vallée du Rhin et le Palatinat, ayant perdu de leur bon aloi pendant les troubles des dernières années de Wenceslas, Ruprecht (1401-10), l'un
I. M. Frœhner, que nous avons consulté au sujet de ces abréviations, est disposé à lire : V(enceslaus) RO(nianorum) R(cx). — M(oneta) N(ova) A(rgentea) Q(uaiernalis ?).
des signataires de la convention rhénane, publie une loi monétaire (1402) qui prescrit pour \t florin 22 7 carats d'or fin et une taille de 66 au marc de Cologne. Le type aussi est modifié; il n'y aura plus les quatre écussons des alliés; chaque souverain monnayera à ses propres armes. Mais les archevêques n'obéissent pas à cette dernière injonction, et seul le florin au saint Jean, frappé à Heidelberg et à Francfort par Ruprecht lui-même, porte, au-dessous de la double aigle, les écus de Bavière- Palatinat, ou un seul de ces écus.
Nous arrivons au règne de Sigismond (1410-37; empereur 1433)5 dont les ^orin^ d'or sont frappés dans neuf ateliers différents: à Bâle, Bonn (BVINSIS)) Dortmund, Francfort, Hambourg, Lunebourg, Muhlheim (MOELHEIME*. atelier appartenant en commun au roi et au duc de Berg), Nôrdlingen, Nuremberg. La plupart sont au type de saint Jean, avec l'agneau sur le bras; sur ceux de Bâle on voit la Madone; ceux de Hambourg ont un saint Pierre debout; ceux de Nuremberg: le buste couronné, avec l'épée et le globe {revers: l'écusson de Donauwôrth, une double croix, sur la poitrine de l'aigle). Dortmund frappe, à côté du florin au saint Jean, un autre (très rare) au type du prince debout. A Francfort aussi, on constate la présence de deux types : tantôt saint Jean, tantôt Charlemagne debout tenant son épée et un reliquaire en forme d'église. L'an 1429, Sigismond avait établi à Bâle un atelier impérial pour le monnayage exclusif de l'or. Cent florins devaient peser I marc 7" Mais depuis 1423, ses officines de Francfort et de Nôrdlingen étaient données en gage à son chambellan Conrad de Weinsberg, et bientôt le roi fut forcé d y joindre celle de Bâle (1451), sans jamais pouvoir les dégager. Une tentative faite pour entrer dans l'alliance rhénane échoua (1425). Sur hs florins de Francfort, saint Jean porte d'abord la croix et le sceptre, plus tard l'agneau, et le globe de l'empire est placé successivement dans une bordure à six arcs de cercle (1418-23), à quatre (1423-33), comme sur le ^orm de Muhlheim, ou àtrois(i433 etc.). Les armes de Weinsberg, trois petits écussons blancs sur unfl)nd de gueules, figurtni sur les monnaies jusqu'en 1503; la lettre C est l'initiale du nom de Conrad. A Bâle, du 1 3 octobre 1438 au 3 mars 1440, c'est-à-dire dans l'espace de 18 mois, 801 marcs d'or furent convertis en florins. La frappe de l'argent et du billon était réservée aux ateliers de Dortmund et de Muhlheim. On connaît les gros tournois de Dortmund, dits pfennings blancs, au buste couronné et à la légende pieuse benedictus sit qui venit etc., avec leurs fractions, le demi et le quart, puis un denier anonyme, d'ancien style, à la tête dans un triangle. Sur le gros de Muhlheim, l'aigle tient les écussons de Juliers-Berg et Ravensberg. Les ^ori>25 d'Albert 11(1438-39) sont frappés à Bâle, Francfort et
Lunebourg, et leurs premières émissions donnent au roi le titre d'electus Romanorum rex,
Frédéric III (1440-9]; empereur 1452) occupe, comme Sîgismond, neuf ateliers pour son monnayage de l'or: Bâle (Vierge à V enfant)^ Deventer (Christ assis tenant la bannière), Dortmund (prince debout), Emden et Hambourg (saint Pierre), Francfort, Lunebourg, Nôrdlingen (saint Jean) et une ville non encore identifiée, dont le nom commence parles lettres ING (Ingelheim ou Ingolstadt?). Depuis 1489, Tagneau de saint Jean est couché sur un évangiliaire, et à partir de 1491, les pièces sont datées. Lt florin au saint Henri (ST. HENRICVS IMPE) et à l'aigle (FRIDERICV IMPER* AEIOV) est frappé en Stirie.
Conrad de Weinsberg meurt vers le milieu du siècle (après 1452); ses deux fils, Philippe aîné et Philippe cadet, héritent de la ferme des trois ateliers impériaux, avec leur sœur Elisabeth, veuve du duc de Saxe. L'an 1483, ils engagent la Monnaie de Francfort au comte de Kônigstem. Le différent de Conrad (C) est remplacé par les initiales FGST, dont aucun document n'est venu, jusqu'ici, nous donner Texplication.
Comme sous le règne précédent, l'atelier de Dortmund frappe des gros au prince debout à mi-corps.
Maximilien I^^ (i49]-i5i9; empereur 1508) n'a défà plus que huit officines monétaires qui, toutes, conservent leurs anciens types : Bâle, Constance (aigle tenant Vécu de la ville dans les serres), Deventer, Dortmund, Francfort, Hambourg, Lunebourg, Nôrdlingen. L'écriture gothique cesse en 1 s 1 1, le millésime ne manque plus que rarement. En 1494, l'héritier des Weinsberg, Eberhard d'Eppstein, comte de Kônigstein et de Minzenberg, place son écusson sur \es florins de Francfort, en 1 504 sur ceux de Bâle, mais bientôt il ferme l'atelier bàlois et le transfère à Augsbourg (1508).
Les monnaies d'argent et de billon commencent maintenant à offrir plus de variété. Sur le gros, le prince à mi-corps est tantôt de face, tantôt de profil ; son buste se voit sur le quart de gros et le heller.