Revue belge, 1848, p
§ XIV. — Seigneurie de Frankenberg ^ .
Cette seigneurie tirait son nom d'un manoir, aujourd'hui en ruines, situé près d'Aix-la-Chapelle; elle formait un fief du duché de Juliers, compris dans le bailliage de Schonvorst. Vers 1417, elle passa à une branche de la famille de Mérode. De Jean deMérode (cité de 1445 à 1490) on a deux billons noirs imités servilement des monnaies de Jean de Heinsberg, évêque de Liège : lOHAS DNS DE VRANK. L'un a été frappé à LENCVDEN, l'autre à NESON, localités non encore identifiées.
§ XV. — Seigneuries de Randerode et de Linnich.
Randerode était à cinq lieues de Ruremonde, au pays de Juliers. La chronologie de ses seigneurs est assez bien établie par Grote :
Gérard III, 1214-1257... *Arnold II, 1290-1331.
Louis I, ....-1269... *LouisIII, 1331-1364.
Louis II, ...-1290. *Arnold III, 1364-1390.
Ce dernier mourut sans fils ; sa fille et héritière, Marie, qui avait épousé Guillaume de Hornes, vendit Randerode au duc de Juliers (i 391).
On attribue aux trois seigneurs marqués d'astérisques dans la nomenclature ci-dessus, une série de gros tournois imités des pièces françaises (fig. 1802) et de celles de Juliers. Plusieurs de ces gros sont frappés à
Fig. 1802 Fig. 1803
Linnich (LINHIENSI CIVIS), et sur la plus rare d'entre elles on lit DNS LINIENSL Du même atelier vient un tiers de gros à Taigle bicéphale portant les légendes MONETA LINGENA — ARNOLD- DNS RANDEIN (fig. 1803). Arnold III a frappé un gros tournois dont l'écu à quatre lions imite celui du comte de Berg, et des esterlins au buste de saint Pierre, copiés sur ceux de Cologne.
I. Revtu belge, 1871, p. 59 (de Chestret). — BuîL deNum., t. V, 15 S (R. Serrure).
I208 aUATRlÈME PARTIE
§ XVI. — Fille impifiak d'Aix-la-Chapelle'.
C'est sous le règne de Charles IV (1547-78), vers le milieu duxiv* siècle, que la vieille Monnaie royale d'Aix-la-Cha|:>e]le passa au duc de Juliers qui raflFerma à la ville. Un esterlin et un double ester lin au type anglais de la tète de face, frappés vers cette époque, portent les légendes, un peu orgueilleuses : AQVIS : GRANI : CAPVT : \HP(eri)\ — VRBS- AQVE • REOkOis) • SEDr<?;S.
La tête anglaise est bientôt remplacée par celle de Charlemagne, barbue, nimbée et couronnée (SCS. KAROL' MAGNVS IPERA) ou par deux tours surmontées de croix (VRBS AQVENSIS EST REGALIS SEDES). Le gros paraît ensuite; il représente le saint empereur agenouillé à gauche et tenant une église dans ses deux mains. Sur un gros moins ancien, saint Charlemagne est debout, le sceptre et le globe aux mains, et à sa droite on voit Técussonà Taigle d'Aix. Ce type obtint un grand succès sur les bords de la Meuse; il fut copié à Reckheim, Fauquemont, Born, Heinsberg, dans le pays de Juliers, etc.
L'an 1372,1e millésime se montre sur les monnaies d'Aix pour ne plus en disparaître (AN: DNI :MCCCLXXII) et le type du grosse modifie: il n'y a plus dorénavant qu'un saint Charlemagne nimbé, à mi-corps, au-dessus del'écu de la cité. Les pièces de cette période portent au revers une double légende, dont Tune (MONETA IVNCHEIT) semble se rapporter à un faubourg de la ville, le Junkerhof, où Ton avait installé l'atelier municipal.
En 1402, nous retrouvons sur les espèces le nom delà cité elle-même. Le système monétaire comprend alors non seulement \egros et le demigros d'un type toujours pareil, mais des quarts de gros à Técu d'Aix surmonté d'une église à deux tours, et des heller.
Le millésime permet de suivre pas à pas les modifications des types. Ainsi, en 1489, le demi-gros substitue à l'image de saint Charlemagne celle de la Vierge : AVE GRATIA PLENA D- TEC; la date est écrite en chiffres arabes 1989 dans les cantons de la croix.
Deux ans plus tard, la ville se décide à frapper une monnaie plus forte. Les premiers doubles gros portent le buste de la Vierge à lenfant au-dessus d'un croissant; mais ce type fut remplacé, l'année même où il parut, par un autre beaucoup plus compliqué. Nous y voyons, à gauche,
I. Meyer (K. Fr.), i4flc/w/5c/;g GVj^/wV/j/m (Aix-la-Chapelle, 1781), in-fol.. p. 857- 886 (6 pi.). — Numismatische Zeitung (de Leitzmann), 1847, n. 20-26.
la Vierge et Tenfant Jésus, auxquels Charlemagne, placé à droite, fait hommage de son église; la date 1991 est mise en exergue. Le revers de cette pièce, fort belle bien que surchargée, porte Técu d'Aix sur une croix feuillue. Les légendes sont dignes de la ville où Ton couronnait les empereurs : VRBS • AQVER • REGNI • SEDES • CAPVT • 0(mn)l(u)M, — CIVITATVr»i;-ET-PROVINCIARVM-GALLIE.
§ XVTL — Archevêché de Cologne^,
L'introduction du gros tournois n'est pas due à l'archevêque Henri de Virnebourg (1306-^2), comme il a été dit erronément, p. 606. Henri n'a rien innové; il a simplement copié Vesierlin d'Irlande, au buste de face dans un triangle (fig. 1 804), et les types de sa monnaie d'appoint sont les vieux types colonais : larchevèque assis de face ou la cathédrale de Bonn aux cinq tourelles. Mais un de ses p/ennings remplace la marque d'atelier de ^"^^ p. ^^
Bonn par la légende BEATA: >f(eron)k :
VINCES. et sur d'autres on lit: S\(jW(um) ECC(lesia)E SCI CASSII BVNENf^{^>)- Saint Cassius était un des martyrs de la légion thébaine. A partir de la fin du xui^^ siècle, l'officine monétaire n'était plus à Cologne.
Le florin d'or au lis fait son apparition, en même temps que \e gros d'argent avec son //ers, sous le règne de Walram de Juliers (13^2-49). Le gros n'a pas de châtel tournois; il représente, dans une bordure de trèfles, un buste mitre de face, ayant l'écusson sur la poitrine, et la légende MON-ETA-BVN-ENS, TVY-CIEN occupe le cercle intérieur du revers. Les variétés en sont assez nombreuses, ce qui prouve l'activité des ateliers de Bonn et de Deutz. Un blanc, valant 2 tiers de gros, porte le buste à mi-corps, tenant la crosse et l'évangiliaire, et au revers une grande croix pattée, avec quatre molettes dans ses cantons. L'église de saint Cassius à Bonn est mentionnée encore une fois sur la monnaie d'appoint; la croix d'un pfenning est cernée des mots: ECCEiSI- GNVM : CRVCIS: BVNENf^/^j. Aucune de ces inscriptions pittoresques ne se retrouvera désormais sur les monnaies de Bonn. Au commencement de l'épiscopat de Walram il faut placer un esterlin au type de
I. Cappe, Beschreibung der côlniscJjen Mûn^en des MittelaUers. Dresde, 1853.
12 lO QUATRIEME PARTIE
Téglise à cinq tours, et la légende, encore inexpliquée, MONETA:IN: ..ACHEN'.
Nous arrivons à Guillaume de Genep (1549-62), premier princeélecteur de Cologne. En vertu d'une convention avec Mayence et Trêves (13J4), lejlorin au lis italien est frappé simultanément dans les trois archevêchés ; mais de Guillaume seul nous en avons, à côté de la pièce entière, le demi et le quart. Il porte les légendes WILH* AR' EP' VS et S * lOHANNES * B. cette dernière suivie d'une paire de ciseaux prise dans reçu des Genep. Un second emprunt fait à l'art italien est le type du gros et du demi-gros : l'archevêque assis de face sur une chaise ornée dé quatre têtes de lion, le blason de famille à ses pieds. Sur le gros frappé au château de Riehl (MON-ETA-RILE-NSIS)> on voit saint Pierre debout, entouré de l'invocation : béate Pet(re) sce. Col. eccClesia)epat(rone).
Du gouvernement éphémère d'Adolphe II de la Mark (1363-64), nous ne possédons qu'un de ces gros au saint Pierre, marqué de ses armes personnelles et n'ajoutant au nom propre que le titre d'elecius. Mais l'oncle d'Adolphe, Engelbert III de la Mark (1364-69), jusquelà évèque de Liège, où il avait inauguré la frappe de l'or, a une jolie série monétaire : le florin et quatre variétés du gros, représentant, les uns la figure de saint Pierre, les autres l'archevêque, soit debout, soit en buste. On y reconnaît l'influence de son coadjuteur Conon de Falkenstein (1366-70), prince-électeur et archevêque de Trêves, qui employait les mêmes types dans son diocèse. Les monnaies de Conon forment trois groupes distincts. Les plus anciennes sont celles où il s'appelle simplement COADIVTfor^ D(omi)U\ COLOH(iensis) . Ce titre se lit sur un florin de coin nouveau, le florin au buste de saint Pierre, où Ton voit, sous un dais décoré de clochetons, le saint à mi-corps et les armes du prélat; au revers, dans un cadre gothique, Técu parti aux croix de Cologne et de Trêves. Avec le titre d'administrateur (ADMINISTRATOR ECCE COLONENS)» Conon a fait frapper le même florin, des blancs aux mêmes types et des pfennings à la tête nimbée du saint. Un troisième titre, celui de vicaire (YICARII ECCE COLONE) se trouve aussi sur toute une série de monnaies d'appoint.
Frédéric III de Saarwerden (1570-1414), dont l'élection mil fin à la mission intérimaire de Conon, s'entendit avec celui-ci (1372) au sujet de la circulation monétaire, mais leur accord fut limité à la question de poids et d'aloi, chaque pays conservant ses types propres: Cologne, son florin au buste de saint Pierre sous un tabernacle. Trêves,
I; Frankfurter M ûnxieilung y 1902, n. 19 (P. Joseph).