CHAPITRE SIXIÈME
LES ÉTATS CHRÉTIENS DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE DU Xle AU XlVe SIÈCLE
Sources : A. Heiss, Descripcion gênerai de las motuâas hispatuhcristianas desde la invasion de îos Arabes, Madrid, 1865-69, 3 vol. in-4. — Tcixeira de Aragâo, Descripçào gérai e historica dos ntoedas cunhadas ern nome dos reis, régentes e governadores de Portugal» Lisbonne, 1874-80, 3 vol. gr. in-8. — A. Canipancr, ludicador imnual de la tmmismatica espanola. Palma, 1891, in- 12. — Catalogo de la cohscciôn de numedasy medallas de Manuel Vidal Qtiadras y Ramôn de Barcelotta, Barcelone, 1892, in-4, 4 vol.
A répoque où Lelewel écrivit sa Numismatique du moyen âge, les monnaies frappées par les souverains chrétiens maîtres de la péninsule après récrasement des Arabes étaient à peu près inconnues. Les chapitres que le savant Polonais leur consacra sont des plus incomplets. Aujourd'hui, grâce aux recherches de plusieurs savants, recherches que complétèrent et coordonnèrent MM. Heiss et Campancr, pour l'Espagne, et M. Teixeira de Aragâo, pour le Portugal, il est facile de présenter un résumé bien suivi de l'histoire monétaire de ces deux grands pays.
§ I. — Royaumes de Cas tille et de Léon.
La Castille, après avoir été soumise à des comtes qui en étaient souverains, fut réunie au royaume de Navarre, Tan 1028, après la mort de Garcie, dernier comte, mort sans enfants. En 1033, elle fut érigée en royaume en faveur de Ferdinand, second fils de Sanche III, roi de Navarre. En 1037, le roi de Castille s'empara du royaume de Léon dont le dernier roi, Bermude III, périt dans une bataille.
A la mort de Ferdinand, sts fils se partagèrent ses états, mais dès 1073, l'un d'eux, Alphonse VI, avait de nouveau réuni la Castille et le. Léon sous son sceptre. Le 25 mai 1085 le roi augmenta encore ses possessions par la prise de Tolède, Tune des plus grandes villes que les Arabes possédassent dans la péninsule.
Googl(
Alphonse VI (1053-1109). — C'est avec Alphonse VI que commence la série monétaire de Castille et de Léon. Bien que la classification des monnaies espagnoles au nom d'Alphonse, antérieures au x* du nom, présente de sérieuses difficultés, on est d'accord aujourd'hui pour attribuer au règne d'Alphonse VI des deniers et des oboles fi-appés à Tolède et à Léon. Dans cette dernière ville, le roi, ANFVS REX. empreint ses monnaies d'un mono- ^'^' "*^
gramme du Christ (fig. 1286) ; à Tolède le champ des pièces est occupé par deux annelets et deux étoiles.
Urraque (1109-1126). — Urraque, fîUe d'Alphonse VI et de Constance de Bourgogne, succéda à son père. Le règne de cette princesse ne fut qu'une suite continuelle de troubles. Elle avait épousé en secondes noces Alphonse I, roi d'Aragon, qui se qualifia, en vertu de cette alliance, roi de Castille et de Léon et voulut user des droits de souveraineté dans ces deux pays. Urraque, princesse fière et impérieuse, ne l'entendit point ainsi; elle prétendit user de ses titres royaux dans toute leur étendue, à l'exclusion de son époux. Une guerre éclata entre Alphonse d'Aragon et Urraque, et il fallut une dissolution du mariage, prononcée en 1114 par le légat du pape, pour faire régner la paix dans le pays.
Il existe des deniers et des oboles (fig. 1287) frappés à Tolède par Alphonse d'Aragon. Le roi y est représenté en buste, de profil à droite ou à gauche. Au revers se montre une croix généralement brève et pattcc, mais dépourvue parfois dans sa partie supérieure de grénctis et de légendes, de manière à occuper tout le haut du champ.
Fig. 1287 Fig. 1288
Urraque signe de son nom seul, YRACA RE, VRRACA RG, un grand nombre de pièces. Un denier sans nom d'atelier, mais portant au revers LEGION IS, représente la tête de la reine couronnée, à gauche. Les autres monnaies portent les noms des ateliers de Tolède, de Léon et de Saint-Antonin. A Tolède, TOLETVO, le type est formé de la tête d'Urraque dessinée de face. A Léon et à Saint-Antonin, SBANTONINI ou BEATI ANTONN.^ le champ des deniers est occupé par deux alphas et deux omégas disposés en croix autour d'un point (fig. 1288).