ET SES DÉPENDANCES
JUSaiTA L'INTRODUCTION DU GROS D'ARGENT PAR CHARLES-ROBERT D'ANJOU
Sources : J. Rupp, Numi Hungariae hacUntu ccgniti, ddineati et e monumetitis historiconumariis illustrati, Bude, 1841 et 184$, 2 vol. in-4. — Weszerlc, Tabulae nummomm hungaricorum. Pcst, 187), in-4. — A. Hess, DU ungarischm Mûn^en des fûrsiîicb Montenuovo'schen Mûnicahinets. Francfort-sur-le-Mein, 1886, in-8.
S I. — La Hongrie.
La Hongrie s'étend sur une partie de Tancicnne Pannonic, de la Dacie et du pays des Jazyges. Après avoir été successivement occupé par les Huns, les Gépides, les Lombards et les Avares, le pays fut subjugué par Charlemagne. Il resta sous la domination des princes carolingiens jusque sous Charles le Gros. Vers la fin du ix« siècle, un peuple nouveau, les Hongrois ou Madgyars, vint l'occuper et lui donna son nom actuel.
L'histoire monétaire de la Hongrie commence au xi* siècle sous le règne d'Etienne I, qui embrassa la religion chrétienne et mit son peuple au niveau de la civilisation latine.
Les monnaies frappées par Etienne I (1000- 103 8) tont des deniers d'un module et d'une frappe assez réguliers, portant, à l'avers, une croix très grêle cantonnée de quatre petits triangles ou coins et, au revers, une croix analogue (fig. 1404). Les légendes comportent le nom du roi et son titre et le nom de Tatelier, Regia civitas, c'est-à-dire Gran (Strigonium), selon Rupp. La forme des lettres de ces premières monnaies hongroises est très particulière et présente de sérieuses difficultés de lecture; on remarquera surtout la forme du P, du G et du V.
Pierre II, fils d'Otton Orseolo, doge de Venise, fut élu en 1038
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pour succéder au roi Etienne. Les préférences marquées que ce roi avait pour les Allemands et les Italiens soulevèrent les protestations des Hongrois qui, de 1041 à 1044, se donnèrent à Samuel Aba, beaufrère d'Etienne ; mais en 1044 Pierre II fut rétabli.
Le type des deniers resta ce qu'il était sous Etienne, mais les légendes sont: + PETRVS REX ou+ SAMVHEL REX et + PANONIA ou + PA- NONEIA. Les lettres sont beaucoup plus lisibles et certaines formes anormales disparaissent.
Sous André I (1047-1060), la monnaie se compose de deniers et (ïoboles. Les types en usage, d'abord fidèlement conservés, subirent dans la suite quelques modifications ; Tavers porta une croix à triple nervure cantonnée de quatre globules. Les lettres des légendes, + REX ANDREAS et + REGIA CIVITAS ou + PANONEIA. sont moins bonnes que sous Pierre H. En 1048, André I avait donné à son frère Bêla I, avec le titre de duc, une partie des terres du royaume. En 1060, Bélal détrôna son frère et se fit reconnaître roi à sa place. On possède de lui des deniers et des oboles portant BELA DVX et d'autres portant BELA REX.
Fîg. 1404 Rg- "40s
A la mort de Bêla I, en 1063, l'empereur Henri IV fit couronner Salomon, fils d'André I, en exigeant, pour prix de ce service, qu'il lui rendit hommage pour la Hongrie comme fief de l'empire. Geisa, fils de Bcla I, souleva une partie du pays contre Salomon ; mais en 1064, '^^ deux rivaux en vinrent à un accommodement, suivant lequel le dernier Conservait le titre de roi et Geisa se trouvait associé au gouvernement avec le titre de duc.
On possède de Salomon des deniers et des oboles de deux types différents. L'avers porte SALOMON I REX et l'image du roi, debout, de face, couronné, les mains levées et étendues (fig. 1405). Au revers, nous trouvons i** une croix cantonnée de quatre coins avec la légende + PANNONENIA ou + PANONIA TERA; 2« le mot + PANONIA écrit en trois lignes au milieu du champ. Sur quelques oboles l'effigie royale est réduite à la tête couronnée accostée de deux croisettes.
Geisa s'appelait également Magnus. C'est sous ce nom DVX MV- GNAS qu'il apparaît sur les deniers frappés entre les années 1064 et
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1074. La gravure de ces pièces est très rudimentaire ; les deux faces sont marquées d'une simple croix.
En 1074, Geisa I devint roi de Hongrie, par la retraite de Salomon. Son règne ne dura que trois ans. Ses monnaies portent + GEYCA REX — h PANONIA, mais les légendes sont fréquemment altérées.
Ladislas I le Saint (1077-1095) succéda h son frère. Son monnayage est très remarquable. Cinq types différents se partagent les empreintes :
a). Croix brève des deux côtés. Les légendes sont -}- ladislavs rex et -J- ï'^no NIA (sic) ou le nom du roi répété au droit et au revers. Deniers.
b). Croix longue coupant la légende. Rev.: Croix . brève. Les pièces de cette catégorie et des catégories A suivantes portent le nom du roi au droit et au IJ revers. Deniers.
f c). Tête couronnée du roi de face. Rev. : Croix brève. Deniers et cboUs, ^*** '^°* d). Trois sceptres crucigères. Rev. : Croix brève.
Deniers (fig. 1406). Sur \tz oboles, le sceptre du milieu est plus grand que les deux autres, e). Roue à huit rais dentelés. Rev. : Croix brève.
Coloman(i095-iii4)ne frappa que des pièces de petit module, sans doute des oboles et des dcmi^oholes . Sur un grand nombre de monnaies il fait figurer, en même temps que son nom, CALMAN REX. LVBANV RE,.COLVMBANVS RE, celui de son prédécesseur Lidislas I; mais les pièces entièrement muettes sont encore plus nombreuses. Les types se composent, à Tavers, d'une tête informe de face, de quatre croisettes posées en croix autour d'un globule, de croix de diverses formes, pattées, recroisetées, longues ou brèves, torses, cantonnées de croissants et de globules, posées dans un quadrilobe, etc., enfin, des trois sceptres que nous avons vus sous ladislas I.
Dans le cours'du xii« siècle, sous Etienne II (1114-1131), Bêla II l'Aveugle (1131-1141), Geisa II (1141-1161) et Etienne III (1161-1173), le numéraire hongrois se compose presque exclusivement d'insignifiantes pièces muettes, de module très réduit, dont les types
Fig. 1407 Fig. 1408 Fig. 1409
ne sont guère composes que de croix et de dispositifs linéaires (fig. 1407 et 1408). Nous voyons s'accentuer ce qui depuis le temps de La-
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disks I était déjà un caractère particulier aux monnaies de la Hongrie: le coin du revers est beaucoup moins grand que celui du droit, de sorte qu'il laisse autour de son empreinte une large bordure lisse.
Avec Bêla III (1173-1196) le numéraire s'améliore, la gravure se perfectionne, les légendes redeviennent plus fréquentes. Les deniers portent des types assez simples : les lettres B-E-L-A dans les cantons d'une croix recroisetée, le mot BELA écrit en une ligne entre- deux fleurons, enfin une croix à doubles bandes coupant la légende circulaire MON ETA BELE REGIS R. Le revers est occupé par un R barré, abréviation du mot rex, ou par une croix portant aux extrémités de ses branches un alpha et un oméga.
Sur quelques deniers de Henri (i 196-1204), son nom HE-NRIC-VS est écrit en trois lignes dans le champ ; sur d'autres, son initiale quatre fois répétée cantonne une croix recroisetée; mais les monnaies de ce roi, généralement muettes, sont loin de présenter l'attrait de celles de son prédécesseur.
Ladislas l'Enfant, fils de Henri, ne régna que peu de jours (1204- 1205). On n'a pas retrouvé de monnaies à son nom. A sa mort, son oncle André II (1205 -123 5) lui succéda. En 1222 ce prince renouvela les privilèges de la noblesse et du clergé de Hongrie; le diplôme promulgué par lui à cette occasion, connu sous le nom de bulle d'or, parce qu'il fut scellé d'un sceau de ce métal, renferme au sujet de la monnaie les dispositions suivantes : « XXIII. Item nova nostra nioneta per annum observeiur a pascha usque ad paschant, et denarii taies sint, quales fuerunt tempore régis Belae. — XXIV. Comités catnerarii, monetarït, salinarii^ et tributarii, nobiles regni, Ismaelitae et Judaei fieri non possint. » Ce texte est extrêmement précieux, car il nous apprend qu'en Hongrie, comme dans les pays voisins, le numéraire était soumis à des refontes périodiques; il confirme ce que nous avons pu constater par les pièces ellesmêmes, que Bêla III fut le restaurateur de la monnaie hongroise ; enfin il nous apprend l'exclusion des Jui& des fonctions monétaires, alors qu'en Pologne les financiers Israélites n'étaient nullement, à cet égard, frappés d'incapacité. Un acte de 123 1 renouvelle cette disposition intolérante : « Monetae et salibus, ac aliis publias officiis Judaei et Saraceni non praeficientur. »
Les types des deniers et oboles d'André II sont aussi variés que peut le faire prévoir la longueur de son règne : l'eflSgie du roi debout ou assis, sa tête, seule ou accompagnée d'un édifice, divers motifs architecturaux, l'agneau pascal, des croix diversement cantonnées, les bustes
en regard du roi et de la reine, une tourelle crénelée entre deux écus à la croix de Hongrie, un écu fascé, etc. Les légendes ANDREAS ou ANDREAS REX n'apparaissent qu'à titre d'exception.
Bêla IV (123 5-1270), fils aîné d'André H, ne resta pas en paisible possession de son trône. En 1241, les Tartares, commandés parBatou, petit-fils de Genghizkan, envahirent la Hongrie, et vainquirent le roi qui dut chercher un refiage en Dalmatie. Pendant trois ans le pays fut ravagé par ces barbares qui se retirèrent enfin devant la peste et la famine provoquées par leurs massacres et leurs brigandages.
Les textes relatife au monnayage hongrois sont d'une rareté désespérante. Ils nous renseignent toutefois sur quelques particularités intéressantes. Voici ce qu'on lit dans les lettres concédées eh 1255 ^^^ habitants de Bisztric : « Item circa renavalimem wonelarum numnlarii ad eos venientes ... elapsis ipsis septem diebus omtttm habebunt iurisdictionem quant habent in Strigonio et .Buda. » Dans iin autre diplôme de la même année,. Bêla IV dit : « Excipimus auteni (a solutione tributi) fabros nostros de Strigonio illos, qui tempore novae monetae ... in fabrica laborabunt, si cum uxore et familia sua in Castro notato super ius nwrabuntur. » Le principal atelier du. règne était donc situé à Strigonie ou Gran et nous savons, par un autre texte, que l'archevêque de cette ville avait la garde des poids-étalons et des coins monétaires.
Les monnaies d'argent de Bêla IV portent fréquemment son nom et son titre, parfois le numéro d'ordre qui distingue le roi de ses prédécesseurs du même nom : REX BELA QVARTVS, REX VNGARIE, MO- NETA BELE REGIS. BELA REX — MONETA REGIS f HVNGARIA, BELE QVARTI — • OBOLVS. Les types, d'une gravure très fine, reproduisent ceux d'André II, et fournissent quelques images nouvelles. Nous y trouvons le roi assis de face, l'agneau pascal, un griffon, un quadrupède, deux têtes d'aigle, la tête de face couronnée, le chiffre IIII dans le champ, des croix cantonnées, un ange terrassant le dragon, etc. A côté des deniers bifaces. Bêla IV frappa des bractéates de petit module où l'on retrouve tour à tour la croix de Hongrie (fig. 1409), une tête bouclée de profil à gauche, le roi assis de face tenant le sceptre fleurdelisé et le globe crucigère. Parmi les bractéates particulièrement originales, nous signalerons celle qui porte trois petits profils conjugués avec les mots BELA REX en légende. Dans l'ouvrage de Rupp, ces bractéates sont attribués à Bêla III, mais elles sont évidemment plus récentes.
En 1254, Bêla IV associa son fils Etienne au gouvernement. <iuelques rares monnaies d'argent portent les noms des deux princes : REX BELA REX 8T8. mais on possède un nombre considérable de pièces de
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cuivre légèrement concaves, copies évidentes de pièces byzantines, reproduisant la même inscription auprès des images de Bêla IV et d'Étienné assis de face; le revers porte TefEgie de la Vierge SANCTA MARIA (fig. 1410). Les trouvailles qui ont répandu ces curieuses monnaies dans les collections renfermaient également d'autres pièces de cuivre copiées des monnaies d'Hekkhan, frappées en Turkestan, dans la première moitié du XI* siècle. M. J. Karabacek voit '*' ''*'*'
dans ces pièces les premières monnaies de cuivre émises en Hongrie, après le départ des Mongols, qui avaient introduit dans le pays des pièces de ce métal, d'origine asiatique *.
Etienne IV (1270-1272) et ses successeurs en reviennent à la frappe exclusive des petits deniers d'argent. Après la mort de Ladislas III le Cumain (1272- 1290), sa sœur, Marie, épouse de Charles II d'Anjou, roi de Naples, fit valoir les droits de son fils aîné Charles Martel, mais celui-ci ne put jamais se mettre en possession de la Hongrie, qui resta au pouvoir d'André III (1290-1301), petit-fils du roi André H.
A la mort d'André III, ses partisans donnèrent la couronne à Wenceslas de BohCmc, puis en 1305 à Otton dô Bavière; mais en 1307 la Hongrie passa définitivement à Charles-Robert d'Anjou (1307- 13 42), fils de Charles Martel.
Le monnayage de la Hongrie dans la dernière partie du xiii* siècle et le commencement du xiv*, ^é compose de deniers d'argent, le plus souvent muets, d'une gravure exquise. Les types sont d'une grande variété et portent toute une série de représentations humaines Rg. 1411
et animales. Notre figure 141 1 donne le spécimen le plus original peut-être de cette époque.
S II. — La Slavonie.
La Slavonie, qui s'étend au sud de la Hongrie, dont elle est séparée par la Drave, fut conquise, de 1088 à 1091, en même temps que la Croatie, par le roi de Hongrie Ladislas I. Celui-ci donna les deux pays
I. J. Karabacek, Der unmittdhare Einfluss der moi^olischen Invasion auf die Mûn^r vtrJjàltnisse Unganu,dsLHS la Nutnismatiscbe Zeitschrift de 1874-75, p. 49 et suiv.
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à son iîls avec le titre de duc et cet exemple fut suivi par ses successeurs, de sorte que la Slavonie devint Tapanage habituel des héritiers présomptife de la couronne de Hongrie, du vivant de leur père. Le monnayage particulier de la Slavonie paraît avoir commencé vers le milieu du XIII* siècle. Le type des deniers se compose à Tavers d'une belette à gauche, entre deux étoiles, et, au revers, d*une croix à double traverse accostée de deux petites couronnes placées en regard (fig. 141 2). La légende est uniformément + MONETA REGIS (ou DVCIS) f SCLA- VONIA; dans le champ du revers se trouvent parfois des lettres que Rupp interprète par des noms de rois, mais qui paraissent n'être que des signatures de maîtres des monnaies. Indépendamment des deniers, il y eut pour la Slavonie dosolfoles; elles reproduisent le type de la belette, mais portent simplement en légende: REX (ou DVX) SCLAVONIE.
S m. — La Dalmatie.
La Dalmatie passa en 1088 au royaume de Hongrie, ;\ l'exception de la ville de Zara, qui avait été conquise par les Vénitiens. On possède d'André II, roi de Hongrie, quelques deniers d'argent spéciaux à la Dalmatie, sur lesquels il s'intitule -f- ANDREAS-DALR. Ces pièces, partiellement copiées des deniers des patriarches d'Aquilée, ont d'un côté un soleil et un croissant, de l'autre, un édifice.
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